Évolution du marché : Bonneterie élastique (CN 600410) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution du commerce extérieur de l'Union européenne pour le code nomenclaturé 600410, couvrant les étoffes de bonneterie d'une largeur supérieure à 30 cm contenant au moins 5 % en poids de fils d'élastomères (hors fils de caoutchouc). Sur la période 2015–2025, ce segment — intimement lié aux industries du vêtement de sport, de la lingerie et du prêt-à-porter extensible — a connu des transformations structurelles significatives. Le présent examen s'appuie sur les données de la vue d'ensemble et vise à mettre en lumière trois dynamiques majeures : le rééquilibrage spectaculaire de la balance commerciale, la reconfiguration géographique des partenaires d'échange, et les mutations profondes de la base productive européenne.
I. Du déficit chronique à l'excédent : un basculement de la balance commerciale
La trajectoire de la balance commerciale de l'UE pour ce produit constitue sans doute le résultat le plus marquant de la décennie. En 2015, l'Union affichait un déficit de 103,5 millions d'euros ; en 2025, elle est devenue excédentaire à hauteur de 68,4 millions d'euros, soit un redressement de 166 % (vue d'ensemble).
Des importations en repli prononcé
Le reflux des importations a été le principal moteur de ce rééquilibrage. En valeur, les importations extracommunautaires sont passées de 468,8 M€ à 334,7 M€, soit une baisse de 28,6 %. En volume, la contraction est du même ordre : de 85 964 tonnes à 62 962 tonnes (−26,8 %). Le prix unitaire importé est resté remarquablement stable autour de 5 300–5 400 €/t, ce qui indique que la baisse en valeur reflète bien un recul des volumes et non un simple effet de prix (vue d'ensemble).
Des exportations en progression axée sur la valeur
Du côté des exportations, la dynamique est plus nuancée. En volume, les expéditions de l'UE ont même reculé de 21 579 tonnes à 18 341 tonnes (−15,0 %). Cependant, en valeur, les exportations ont progressé de 365,3 M€ à 403,1 M€ (+10,4 %). Cette divergence s'explique par une hausse substantielle du prix unitaire exporté, passé de 16 927 €/t à 21 969 €/t (+29,8 %). L'UE exporte donc moins de volume mais à un prix nettement supérieur, ce qui témoigne d'une montée en gamme ou d'une spécialisation vers des produits à plus forte valeur ajoutée (vue d'ensemble).
Réduction de la dépendance aux importations
L'indicateur de dépendance nette aux importations confirme cette tendance : il est passé de −18,3 % en 2015 à −8,5 % en 2025. Si l'UE reste structurellement excédentaire, la marge d'autonomie s'est significativement creusée, signe d'une compétitivité retrouvée face à la concurrence internationale.
II. Reconfiguration géographique des flux : montée des Balkans, repli des fournisseurs asiatiques traditionnels
L'analyse par partenaires commerciaux révèle une redistribution profonde des flux, tant à l'import qu'à l'export (partenaires).
La reconfiguration des sources d'approvisionnement
Le tableau suivant synthétise l'évolution des sept principaux partenaires d'importation de l'UE :
| Partenaire | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Turquie | 211,1 | 113,1 | −46,4 |
| Chine | 123,8 | 118,1 | −4,6 |
| Corée du Sud | 74,5 | 28,2 | −62,2 |
| Viêt Nam | 10,5 | 7,5 | −28,3 |
| Égypte | 10,7 | 0,06 | −99,4 |
| Indonésie | 4,1 | 4,3 | +4,4 |
| Serbie | 0,6 | 23,7 | +3 692 |
Plusieurs dynamiques se distinguent :
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La Turquie, premier fournisseur historique, a perdu près de la moitié de ses parts, passant de 211 M€ à 113 M€. Ce recul est d'autant plus notable que la Turquie a connu un choc de prix à l'importation en 2022, avec une hausse anormale de +46,4 % des prix unitaires (abnormalité de 9,5), reflétant l'inflation et la dépréciation de la livre turque.
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La Corée du Sud a connu le déclin le plus prononcé en termes relatifs (−62,2 %). Un choc de prix sur les importations coréennes avait déjà été détecté dès 2019 (abnormalité de 13,1, hausse de prix de +17,2 %), ce qui suggère une perte de compétitivité progressive.
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L'Égypte a quasiment disparu du tableau des fournisseurs (−99,4 %), passant de 10,7 M€ à seulement 64 000 €.
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La Serbie est la grande révélation de la période : ses exportations vers l'UE sont passées de 0,6 M€ à 23,7 M€, soit une multiplication par 38. Ce bond s'inscrit dans le contexte de l'intégration progressive des pays des Balkans occidentaux dans les chaînes de valeur européennes, facilitée par l'accord de stabilisation et d'association avec l'UE. Le coefficient de variation des importations en provenance de Serbie (0,44) confirme toutefois une volatilité encore élevée, caractéristique d'un fournisseur en phase de montée en puissance.
La dynamique des exportations : nearshoring méditerranéen et déclin asiatique
Du côté des exportations, la réorientation est tout aussi nette :
| Partenaire | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Maroc | 45,7 | 46,6 | +1,9 |
| Tunisie | 48,6 | 65,7 | +35,2 |
| Sri Lanka | 35,9 | 61,7 | +71,7 |
| Turquie | 11,1 | 11,8 | +5,5 |
| Hong Kong | 39,2 | 10,4 | −73,4 |
| Serbie | 16,5 | 26,9 | +62,9 |
| Macédoine du Nord | 15,1 | 13,3 | −12,5 |
La progression des exportations vers Tunisie (+35,2 %), Sri Lanka (+71,7 %) et Serbie (+62,9 %) reflète la dynamique du nearshoring : l'UE approvisionne des pays d'assemblage à faible coût situés à proximité géographique (Tunisie, Serbie, Maroc) ou spécialisés dans la confection textile (Sri Lanka). Ces échanges correspondent probablement à des envois de tissus élastiques destinés à être transformés en produits finis puis réimportés dans l'UE, dans un schéma de « délocalisation de proximité ».
Le recul spectaculaire des exportations vers Hong Kong (−73,4 %) marque quant à lui la fin du rôle de hub logistique que jouait cette place pour le textile à destination de la Chine continentale.
Concentration des échanges
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) sur la valeur des importations a diminué de 3 093 à 2 549 (−17,6 %), ce qui traduit une diversification des sources d'approvisionnement (concentration). À l'export, le HHI est passé de 708 à 821 (+16,1 %), indiquant une légère concentration accrue des destinations, probablement due à la montée en poids de quelques partenaires clés comme la Tunisie et le Sri Lanka.
III. Un tissu productif européen en contraction, mais tourné vers l'exportation
Une production en repli marqué
Les données de production révèlent une contraction significative de l'appareil productif européen :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Volume de production | 360 895 t | 280 115 t | −22,4 |
| Valeur de production | 2 768 M€ | 1 994 M€ | −28,0 |
La baisse de la valeur de production (−28,0 %) est plus prononcée que celle des volumes (−22,4 %), ce qui indique une érosion simultanée des prix de production intérieure. Ce double recul s'explique vraisemblablement par la concurrence des importations à bas prix et la délocalisation partielle de la production textile vers des pays tiers, phénomène amplifié par les perturbations de la chaîne d'approvisionnement liées à la pandémie de Covid-19 et à la hausse des coûts énergétiques européens post-2021.
L'Italie, pivot incontesté de la spécialisation européenne
L'analyse des avantages comparatifs révélés (spécialisation) met en évidence la prédominance de l'Italie :
| État membre | RCA | RCA normalisé (RSCA) | Part dans les exports UE | Part dans la production UE |
|---|---|---|---|---|
| Italie | 5,59 | 0,70 | 8,0 % | 44,8 % |
| Grèce | 4,09 | 0,61 | 0,7 % | 2,8 % |
| Slovénie | 2,85 | 0,48 | 1,0 % | 2,9 % |
| Lettonie | 2,60 | 0,44 | 0,3 % | 0,9 % |
| Autriche | 1,49 | 0,20 | 3,3 % | 4,9 % |
L'Italie cumule un RCA de 5,59 et concentre 44,8 % de la production européenne de bonneterie élastique. Elle est également le premier exportateur de l'UE avec 242,3 M€ en 2025, en hausse de 33,3 % par rapport à 2015 (exportateurs). Ce positionnement s'inscrit dans la tradition des districts textiles italiens (Carpi, Prato, Biella), qui ont su se repositionner sur des créneaux à forte valeur ajoutée.
À l'inverse, les pays du Nord de l'Europe (Suède, Finlande, Luxembourg) affichent des RCA quasi nuls et ne participent pas à ce segment, confirmant la géographie industrielle traditionnelle du textile européen.
Une intensification du commerce et une propension exportatrice en forte hausse
Malgré la contraction de la production, deux indicateurs de vulnérabilité et d'ouverture montrent une tendance paradoxale (vulnérabilité) :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Intensité commerciale | 52,4 % | 83,8 % | +60,0 |
| Propension exportatrice | 40,5 % | 73,2 % | +80,9 |
La propension exportatrice (exportations rapportées à la production) a presque doublé, passant de 40,5 % à 73,2 %. Cela signifie que les producteurs européens, bien que moins nombreux et moins volumineux, sont devenus beaucoup plus dépendants des débouchés extérieurs. L'UE est passée d'un modèle où la production servait principalement le marché intérieur à un modèle où près des trois quarts de la production sont destinés à l'exportation. L'intensité commerciale (somme des échanges rapportée à la production) confirme cette ouverture : l'UE est désormais profondément intégrée dans les échanges mondiaux pour ce produit, avec un ratio de 83,8 %.
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen de la bonneterie élastique (CN 600410) a subi une triple transformation. Premièrement, l'UE est passée d'un déficit commercial de 104 M€ à un excédent de 68 M€, portée par une montée en gamme des exportations (+29,8 % du prix unitaire) et un recul significatif des importations (−28,6 %). Deuxièmement, la géographie des échanges a été profondément reconfigurée : le recul des fournisseurs traditionnels (Turquie, Corée du Sud, Égypte) a été partiellement compensé par l'émergence de la Serbie, tandis que les exportations se réorientent vers les bassins de confection méditerranéens et asiatiques (Tunisie, Sri Lanka). Troisièmement, la base productive européenne s'est contractée de plus d'un quart en volume, mais les producteurs restants — au premier rang desquels l'Italie — se sont intensément tournés vers l'exportation, atteignant une propension exportatrice de 73 %.
Ces évolutions suggèrent un secteur en consolidation : moins de producteurs, mais plus compétitifs et plus orientés vers les marchés internationaux. Les risques associés à cette spécialisation accrue — dépendance à quelques marchés d'exportation, vulnérabilité aux chocs de prix comme ceux observés en Turquie (2022) ou en Corée du Sud (2019) — appellent à une vigilance soutenue des décideurs européens en matière de politique commerciale et de résilience industrielle.