Évolution du marché : Beurre (CN 04051019) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 04051019 couvre le beurre naturel contenant entre 80 % et 85 % de matière grasse en poids, à l'exclusion des produits en emballages immédiats de moins d'un kilogramme, du beurre déshydraté et du ghee. Ce produit s'inscrit dans la nomenclature plus large des matières grasses laitières (NC 0405).
Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'Union européenne pour ce produit a connu des transformations profondes. Alors que les volumes exportés sont restés remarquablement stables (environ 84 500 tonnes en 2015 contre 83 153 tonnes en 2025), la valeur des exportations a plus que doublé, passant de 270 millions d'euros à 614 millions d'euros (+127,5 %). Ce paradoxe apparent — volumes constants et valeur en forte hausse — constitue le fil rouge de cette période, qui se distingue également par une redéfinition des partenaires commerciaux et un renforcement de la position exportatrice de l'UE.
1. L'envolée des prix comme moteur principal de la croissance de valeur
1.1. Des prix à la hausse qui ont doublé sur la décennie
La dynamique la plus marquante de la période est l'augmentation considérable des prix unitaires, tant à l'export qu'à l'import.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Prix moyen export (EUR/t) | 3 197 | 7 389 | +131,2 % |
| Prix moyen import (EUR/t) | 2 842 | 5 828 | +105,0 % |
Les prix export ont ainsi atteint leur maximum historique en 2025 avec 7 389 EUR/t, tandis que les prix import ont culminé autour de 6 011 EUR/t au cours de la période (aperçu général).
Cette hausse des prix reflète plusieurs facteurs structurels : l'inflation des coûts de production (alimentation animale, énergie, main-d'œuvre), la forte demande mondiale pour les matières grasses laitières, ainsi que des pics de tension sur les marchés mondiaux observés notamment en 2017 et lors de la période post-Covid.
1.2. Une production européenne en volume stable mais en valeur en forte progression
La production communautaire de beurre (code PRODCOM 10.51.30.30, correspondant au NC 04051019) a oscillé entre 1,52 et 1,90 milliard de kilogrammes sur la période, avec une valeur passant de 4,5 milliards d'euros à 12 milliards d'euros (volumes de production).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Production volume (kg) | 1 732 041 069 | 1 740 000 000 | +0,5 % |
| Production valeur (EUR) | 4 544 818 688 | 12 000 000 000 | +118,8 % |
L'écart entre la stabilité des volumes et la progression de la valeur confirme que la hausse des prix du beurre est un phénomène généralisé, touchant à la fois le marché intérieur et les échanges internationaux.
1.3. Un choc de prix notable en 2017
L'analyse des événements de choc révèle un épisode significatif en 2017, marqué par des transferts de prix anormaux sur les exportations vers plusieurs partenaires :
| Partenaire | Type de choc | Anomalie | Hausse (%) |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | Prix | 105,3 | +62,2 % |
| Serbie | Prix | 37,8 | +65,9 % |
| Taïwan | Prix | 27,4 | +54,0 % |
Le choc vers le Royaume-Uni est particulièrement significatif, avec une part de valeur de 37,3 %, reflétant à la fois l'ampleur du marché britannique pour le beurre européen et les tensions de prix qui ont marqué cette année-là sur le marché mondial du beurre.
2. Une recomposition géographique profonde des flux commerciaux
2.1. La diversification des sources d'approvisionnement de l'UE
Les importations de l'UE ont connu une remontée spectaculaire de leur valeur, passant de 49 millions d'euros à 179 millions d'euros (+262,7 %), tandis que les volumes importés ont progressé de 17 378 à 30 738 tonnes (+76,9 %).
La structure des fournisseurs s'est profondément transformée :
| Partenaire | Import 2015 (EUR) | Import 2025 (EUR) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 30 676 931 | 86 240 651 | +181,1 % |
| Nouvelle-Zélande | 18 184 355 | 17 831 229 | -1,9 % |
| Ukraine | 2 222 541 | 34 738 403 | +1 463,0 % |
| États-Unis | 136 544 | 23 654 817 | +17 224,0 % |
| Norvège | 287 820 | 11 405 597 | +3 862,8 % |
Trois dynamiques se dégagent :
- Le Royaume-Uni demeure de loin le premier fournisseur, mais son poids relatif a évolué dans un contexte de diversification générale.
- L'Ukraine a émergé comme un partenaire majeur, avec une progression de 1 463 % de la valeur de ses exportations vers l'UE, témoignant de l'intégration progressive de ce pays dans les chaînes d'approvisionnement européennes.
- Les États-Unis et la Norvège ont connu des hausses spectaculaires (respectivement +17 224 % et +3 863 %), s'inscrivant dans une tendance de diversification des sources d'importation.
Cette diversification se confirme par la baisse de l'indice de concentration HHI des importations, passé de 5 212 à 3 012 (-42,2 %), indiquant un marché d'approvisionnement nettement moins dépendant d'un petit nombre de fournisseurs.
Du côté de la répartition entre États membres, la Belgique (56 millions d'euros) et les Pays-Bas (53 millions d'euros) dominent les importations intra-UE depuis le reste du monde, tandis que la Pologne a connu une progression fulgurante (+14 663 %).
2.2. La conquête de nouveaux marchés à l'export
Les exportations de l'UE vers le reste du monde ont progressé de 127,5 % en valeur, passant de 270 à 614 millions d'euros.
| Partenaire | Export 2015 (EUR) | Export 2025 (EUR) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 66 343 741 | 189 846 065 | +186,2 % |
| Arabie saoudite | 22 572 257 | 47 931 843 | +112,3 % |
| Chine | 6 467 456 | 69 688 191 | +977,5 % |
| Maroc | 10 845 417 | 24 856 136 | +129,2 % |
| Japon | 10 798 487 | 27 689 119 | +156,4 % |
Le cas de la Chine est remarquable : les exportations vers ce pays ont été multipliées par près de 11 (+977,5 %), le propulsant au troisième rang des destinations extra-UE. Cette progression s'explique par la demande croissante de produits laitiers occidentaux dans les classes moyennes urbaines chinoises et par l'ouverture commerciale progressive de ce marché.
Le Royaume-Uni reste de très loin le premier débouché (190 millions d'euros en 2025), confirmant la profondeur des liens commerciaux agroalimentaires post-Brexit. Les marchés du Moyen-Orient (Arabie saoudite, Émirats arabes unis) et d'Asie du Sud-Est (Singapour) complètent cette géographie d'export diversifiée.
Certains marchés ont cependant reculé : les exportations vers l'Égypte ont diminué de 72,2 % et celles vers Singapour de 46,2 %, illustrant la volatilité inhérente à certains débouchés (volatilité par partenaire).
2.3. La persistance du Royaume-Uni comme pivot commercial
Le Royaume-Uni occupe une position unique dans le commerce du beurre avec l'UE, figurant à la fois comme premier partenaire à l'import (86 millions d'euros) et à l'export (190 millions d'euros). Le coefficient de variation des flux avec le Royaume-Uni est parmi les plus faibles (0,17 pour les exportations, 0,34 pour les importations), ce qui témoigne d'une relation commerciale stable et structurelle, malgré le Brexit.
Ce flux bidirectionnel s'explique par la spécialisation différentielle au sein de l'UE et par l'intégration profonde des chaînes logistiques laitières transmanche.
3. Le renforcement de la position exportatrice de l'Union européenne
3.1. Un excédent commercial croissant
L'UE est structurellement excédentaire sur le segment du beurre NC 04051019, et cet excédent s'est considérablement renforcé au cours de la période :
| Année | Solde (EUR) |
|---|---|
| 2015 | 220 646 511 |
| 2025 | 435 287 351 |
| Variation | +97,3 % |
Le taux de dépendance aux importations nettes est passé de -6,4 % à -16,6 % (valeur négative = excédent), traduisant un renforcement significatif de l'autonomie de l'UE sur ce produit.
3.2. Une spécialisation portée par l'Irlande et les pays du Nord-Ouest
L'analyse des avantages comparatifs révélés (spécialisation par État membre) met en évidence une forte concentration géographique de la capacité exportatrice :
| État membre | RSCA | RCA | Part prod. UE | Part export UE |
|---|---|---|---|---|
| Irlande | 0,809 | 9,47 | 19,8 % | 2,1 % |
| Finlande | 0,588 | 3,85 | 3,9 % | 1,0 % |
| Danemark | 0,401 | 2,34 | 4,0 % | 1,7 % |
| Pays-Bas | 0,389 | 2,27 | 33,0 % | 14,5 % |
| Belgique | 0,141 | 1,33 | 11,2 % | 8,5 % |
L'Irlande se distingue avec un indice de spécialisation (RSCA) de 0,809 et un RCA de 9,47, les plus élevés de l'UE, confirmant le rôle central de l'industrie laitière irlandaise. Les Pays-Bas, avec 33 % de la production communautaire, restent le premier producteur en volume.
3.3. Les champions nationaux de l'export
Les données par État membre exportateur confirment une accélération des exportations des principaux pays producteurs :
| État membre | Export 2015 (EUR) | Export 2025 (EUR) | Variation |
|---|---|---|---|
| Irlande | 86 429 171 | 230 799 773 | +167,0 % |
| Pays-Bas | 53 457 399 | 82 324 982 | +54,0 % |
| France | 29 872 891 | 112 474 941 | +276,5 % |
| Belgique | 28 851 312 | 70 131 770 | +143,1 % |
| Pologne | 5 772 748 | 22 347 168 | +287,1 % |
La France a connu la plus forte progression relative (+276,5 %), tandis que l'Irlande domine en valeur absolue avec 231 millions d'euros d'exportations, soit près de 38 % du total des exportations extra-UE de l'UE. La Pologne émerge également comme un exportateur significatif, avec une multiplication par 3,9 de ses ventes à l'international.
3.4. Une propension à l'export en nette hausse
Les indicateurs d'autonomie confirment ce mouvement de fond. Le taux de propension à l'export est passé de 9,8 % à 14,9 % (+52,7 %), avec un score de saillance de 87,8 — le plus élevé des indicateurs de vulnérabilité. L'intensité commerciale a également progressé, passant de 13,0 % à 15,4 %.
L'UE exporte ainsi une part croissante de sa production de beurre, consolidant sa position de fournisseur mondial majeur.
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché du beurre (NC 04051019) de l'Union européenne a été marqué par trois dynamiques principales : une hausse spectaculaire des prix qui a fait plus que doubler la valeur des échanges sans que les volumes ne progressent significativement ; une profonde recomposition géographique des partenaires commerciaux, avec l'émergence de la Chine, de l'Ukraine et des États-Unis comme acteurs de premier plan ; et un renforcement continu de la position exportatrice de l'UE, dont l'excédent commercial a presque doublé pour atteindre 435 millions d'euros.
L'UE demeure un exportateur net structurel de beurre, porté par des pays à forte tradition laitière comme l'Irlande, les Pays-Bas, la France et la Belgique. La diversification croissante des partenaires (baisse du HHI des importations de 42 %) et la hausse de la propension à l'export (+52,7 %) témoignent d'une insertion renforcée sur les marchés mondiaux. Toutefois, la volatilité des prix et la concentration des chocs sur certains partenaires (notamment le Royaume-Uni en 2017) rappellent la sensibilité de ce secteur aux fluctuations des marchés agricoles mondiaux.