Évolution du marché : Bateaux à moteur, d’une longueur > 24 m, de plaisance ou de sport, ne comportant pas de moteur hors-bord (CN 890333) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 890333 couvre les bateaux à moteur de plus de 24 mètres destinés à la plaisance ou au sport, à l'exclusion des moteurs hors-bord. Il s'agit d'un code regroupant deux sous-positions : les bateaux destinés à la navigation maritime (89033310) et ceux non destinés à la navigation maritime (89033390). Ce segment représente un marché de niche à forte valeur ajoutée, intimement lié à l'industrie du yachting et de la plaisance de luxe.
Les données commerciales extracommunautaires disponibles couvrent la période 2022–2025, tandis que les données de production européenne s'étendent de 2003 à 2024. Ce rapport analyse l'évolution des échanges de l'UE avec le reste du monde, en mettant en lumière trois dynamiques majeures : la vigueur de la croissance des exportations, la structure segmentée du marché et l'évolution de la concentration géographique des partenaires commerciaux.
Une croissance spectaculaire des exportations européennes dans un marché à dominante maritime
Une progression de 91 % de la valeur des exportations sur trois ans
Entre 2022 et 2025, la valeur des exportations de l'UE (CN 890333) est passée de 3,99 milliards d'euros à 7,63 milliards d'euros, soit une hausse de 91,0 %. Cette croissance s'est accompagnée d'une augmentation du prix unitaire moyen de 92,7 %, passant de 41 026 € à 79 074 €, ce qui traduit une montée en gamme ou un renchérissement des coûts de production.
| Indicateur | 2022 | 2023 | 2024 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|---|---|
| Valeur exportations (Mds €) | 3,99 | 5,82 | 6,40 | 7,63 | +91,0 % |
| Quantité exportations (unités primaires) | 440,4 | 82,3 | 422,5 | 709,0 | +61,0 % |
| Prix unitaire moyen (€) | 41 026 | 43 163 | 30 482 | 79 074 | +92,7 % |
Sources : Vue d'ensemble du commerce
Le segment maritime (89033310) domine très largement les exportations
La répartition par sous-position révèle que le segment maritime (89033310) représente l'écrasante majorité des exportations en valeur. En 2025, les exportations de bateaux destinés à la navigation maritime atteignent 7,57 milliards d'euros, contre 56,1 millions d'euros seulement pour les bateaux non maritimes (89033390). Le segment maritime concentre ainsi plus de 99 % de la valeur exportée.
| Segment | Valeur exports 2022 (€) | Valeur exports 2025 (€) |
|---|---|---|
| 89033310 – Navigation maritime | 3 975 340 013 | 7 571 843 784 |
| 89033390 – Non maritime | 18 068 308 | 56 061 000 |
Sources : Comparaison par produit
Une forte volatilité des quantités, masquant la dynamique de fond
La quantité exportée en unités primaires montre une grande instabilité, avec un effondrement à 82,3 unités en 2023 suivi d'un rebond à 709,0 unités en 2025. Cette volatilité est caractéristique d'un marché de biens d'équipement de grande valeur où chaque livraison représente un montant considérable, rendant les agrégats de quantité très sensibles au calendrier des livraisons. Le coefficient de variation des quantités exportées vers le Royaume-Uni atteint par exemple 1,64, ce qui illustre cette irréguidité. En dépit de ces fluctuations de volume, la valeur des exportations a progressé de manière quasi continue, signe d'un marché structurellement dynamique.
Sources : Volatilité
Un marché dominé par les Pays-Bas et l'Italie, avec une production européenne en plein essor
Les Pays-Bas, hub logistique incontournable du secteur
Les Pays-Bas occupent une position centrale tant à l'import qu'à l'export. En 2025, les exportations néerlandaises hors UE atteignent 5,19 milliards d'euros (en hausse de 106,2 % par rapport à 2022), tandis que les importations s'établissent à 2,75 milliards d'euros (+48,0 %). Cette position s'explique probablement par le rôle de Rotterdam comme hub logistique maritime, combiné à la présence de chantiers navals et de sociétés de négoce spécialisées.
| Pays membre | Exportations 2022 (M€) | Exportations 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Pays-Bas | 2 516 | 5 190 | +106,2 % |
| Italie | 1 262 | 2 077 | +64,6 % |
| Allemagne | 115 | 105 | −8,6 % |
| Espagne | 62 | 62 | −0,5 % |
| Croatie | 3 | 50 | +1 636,4 % |
Sources : Principaux reporters
L'Italie, premier producteur et exportateur spécialisé
L'analyse de la spécialisation révèle que l'Italie est le premier producteur européen de ce segment, avec une part de 73,8 % de la production de l'UE en valeur et un indice RCA de 9,2 en 2025. L'Italie est suivie de la Roumanie (9,2 % de la production, RCA de 5,5), de Malte (RCA de 70,2, toutefois sur un volume très limité) et de Chypre (RCA de 48,4). À l'inverse, l'Allemagne, les Pays-Bas et la Pologne affichent un désavantage comparatif marqué (RSCA négatif), confirmant leur rôle de plateformes logistiques plutôt que de production.
| Pays | Part production UE (2025) | RSCA |
|---|---|---|
| Italie | 73,8 % | 0,80 |
| Roumanie | 9,2 % | 0,69 |
| Malte | 2,9 % | 0,97 |
| Chypre | 1,6 % | 0,96 |
| Croatie | 1,5 % | 0,58 |
Sources : Spécialisation
Une production européenne multipliée par 2,5 en valeur depuis 2015
La production européenne (PRODCOM 30.12.19.30) a connu une expansion remarquable. En valeur, elle est passée de 4,16 milliards d'euros en 2015 à 9,24 milliards d'euros en 2024, avec un pic à 10,32 milliards en 2022. En volume, la production est passée de 15 596 unités en 2015 à 57 400 unités en 2024, avec un pic exceptionnel de 103 200 unités en 2022. La hausse de la production (+362,5 % en valeur entre 2015 et 2024) s'inscrit dans le contexte d'une demande mondiale post-Covid de yachts de grande taille, particulièrement forte en 2021–2022.
| Année | Production (unités) | Production (Mds €) |
|---|---|---|
| 2015 | 15 596 | 4,16 |
| 2018 | 16 897 | 4,51 |
| 2020 | 17 641 | 5,29 |
| 2022 | 103 200 | 8,00 |
| 2024 | 57 400 | 9,24 |
Sources : Volumes de production, Valeur de production
Un marché de plus en plus diversifié, avec un excédent commercial structurel en expansion
La concentration géographique des échanges en net recul
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) témoigne d'une diversification croissante des partenaires commerciaux. À l'import, le HHI est passé de 4 753 en 2022 à 1 803 en 2025 (−62,1 %), ce qui signifie que l'UE ne dépend plus de quelques fournisseurs dominants. À l'export, la même tendance s'observe : le HHI a baissé de 3 493 à 2 079 (−40,5 %).
| HHI | 2022 | 2023 | 2024 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|---|---|
| Imports (valeur) | 4 753 | 5 487 | 6 502 | 1 803 | −62,1 % |
| Exports (valeur) | 3 493 | 4 785 | 4 699 | 2 079 | −40,5 % |
Sources : Concentration HHI
Les îles Caïman et les Marshall : des destinations d'immatriculation en repli
Les échanges vers et depuis les îles Caïman et les îles Marshall — souvent associées à l'immatriculation de yachts de luxe — ont connu une évolution contrastée. Les exportations vers les îles Caïman ont culminé à 4,23 milliards d'euros en 2024 avant de redescendre à 1,10 milliard en 2025. Les importations en provenance des îles Marshall ont chuté de 432 millions d'euros en 2022 à 34,5 millions en 2025. Ces fluctuations reflètent la nature ponctuelle des transactions de grands yachts et les variations des régimes d'immatriculation.
| Partenaire | Imports 2022 (M€) | Imports 2025 (M€) |
|---|---|---|
| Îles Caïman | 1 484 | 149 |
| Îles Marshall | 432 | 34 |
| États-Unis | 118 | 32 |
| Norvège | 0,02 | 260 |
| Turquie | 13 | 199 |
Sources : Détail de la concentration
Un excédent commercial en forte progression : l'UE, puissance exportatrice nette
L'UE affiche un excédent commercial structurel sur ce segment, qui est passé de 1,73 milliard d'euros en 2022 à 4,34 milliards d'euros en 2025 (+150,3 %). L'indicateur de dépendance aux importations nettes est très négatif (−149,6 % en 2025), confirmant le statut de l'UE comme exportateur net majeur. En parallèle, l'indice de propension à l'exporter, bien qu'en baisse de 160,7 % (2003) à 91,6 % (2024), reste supérieur à 90 %, ce qui traduit la forte orientation exportatrice de l'industrie européenne du yachting.
| Indicateur | Valeur initiale | Valeur finale | Variation |
|---|---|---|---|
| Balance commerciale (Mds €) | 1,73 (2022) | 4,34 (2025) | +150,3 % |
| Dépendance importations nettes (%) | −28,6 (2003) | −149,6 (2024) | −422,8 % |
| Intensité commerciale (%) | 125,5 (2003) | 93,6 (2024) | −25,4 % |
Sources : Dépendance aux importations nettes, Intensité commerciale, Propension à l'exportation
La catégorie « destinations non spécifiées » : un signal à surveiller
Une part croissante des exportations est enregistrée sous la catégorie « Pays et territoires non spécifiés dans le cadre des échanges extracommautaires », passant de 106 millions d'euros en 2022 à 4,58 milliards d'euros en 2025. Cette catégorie, qui représente désormais près de 60 % de la valeur totale des exportations, peut correspondre à des biens en transit, entreposés en zone franche ou dont la destination finale n'est pas déclarée. Cette évolution mérite une attention particulière, car elle pourrait refléter des changements dans les pratiques de déclaration ou un développement du commerce via des juridictions offshore.
Conclusion
Le marché des bateaux à moteur de plaisance de plus de 24 mètres (CN 890333) a connu une expansion remarquable sur la période 2022–2025, porté par une production européenne en plein essor et une demande mondiale soutenue pour les yachts de grande taille. L'UE, et en particulier l'Italie et les Pays-Bas, consolide sa position de puissance exportatrice nette, avec un excédent commercial qui a plus que doublé en trois ans.
Plusieurs tendances structurelles se dégagent : la domination écrasante du segment maritime dans les échanges, une diversification géographique croissante des partenaires commerciaux (baisse significative du HHI), et une montée en gamme des produits exportés. Toutefois, la volatilité des quantités — inhérente à ce type de bien d'équipement de luxe — et l'importance croissante de la catégorie « destinations non spécifiées » constituent des points d'attention pour les analystes. À moyen terme, la forte capacité de production européenne et la dynamique du marché mondial du yachting devraient continuer à soutenir la position compétitive de l'UE sur ce segment de niche à très haute valeur ajoutée.