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Évolution du marché : Yachts à moteur (CN 890333) — 2015–2025

Introduction

Le code NC 890333 couvre les bateaux à moteur de plus de 24 mètres destinés à la plaisance ou au sport, hors moteurs hors-bord. Ce segment représente le haut de gamme de l'industrie nautique de plaisance — les superyachts et grands yachts à moteur. Le présent rapport analyse l'évolution des échanges commerciaux de l'Union européenne avec les pays tiers sur la période 2022–2025, fenêtre pour laquelle des données complètes sont disponibles (aperçu du produit).

Les données révèlent trois dynamiques majeures : une expansion considérable de la production et des exportations européennes ; un glissement structurel vers des unités de plus grande valeur unitaire ; et une recomposition significative de la géographie commerciale, avec une moindre concentration des partenaires.


1. Une puissance exportatrice européenne en pleine ascension

1.1 Une production en forte croissance

La production européenne de yachts à moteur (code Prodcom 30.12.19.30, correspondant au segment CN 890333) a connu une trajectoire de croissance remarquable sur la période observée.

Indicateur 2022 2025 Variation
Volume de production (p/st) 22 867 57 400 +151,0 %
Valeur de production (EUR) 2,00 Mrd € 9,24 Mrd € +362,5 %

La valeur de production a ainsi été multipliée par près de 4,6 en seulement trois ans. Cette progression spectaculaire s'explique à la fois par une hausse des volumes et, surtout, par une montée en valeur unitaire considérable, passant d'environ 87 000 € à 161 000 € par unité produite — signe d'un positionnement toujours plus haut de gamme de l'industrie européenne (volumes de production).

1.2 Des exportations en forte hausse et un excédent commercial en expansion

Les exportations extra-UE ont suivi une trajectoire ascendante similaire :

Indicateur 2022 2025 Variation
Valeur des exportations (EUR) 3,99 Mrd € 7,63 Mrd € +91,0 %
Volume des exportations (t) 440 t 709 t +61,0 %
Prix moyen à l'export (EUR/t) 41 026 € 79 074 € +92,7 %

Parallèlement, les importations extra-UE ont progressé plus modestement en valeur (+28,5 %), passant de 2,26 Mrd € à 2,90 Mrd €, tout en chutant en volume de poids (de 37,4 t à 3,3 t). L'excédent commercial de l'UE a ainsi presque triplé, passant de 1,73 Mrd € à 4,73 Mrd € (+172,5 %).

La dépendance nette aux importations, qui était déjà négative en 2022 (−28,6 %), s'est encore creusée pour atteindre −149,6 % en 2025. L'UE est structurellement et de manière croissante un exportateur net de grands yachts à moteur.

1.3 L'Italie et les Pays-Bas, piliers de l'exportation européenne

La croissance des exportations n'est pas également répartie au sein de l'UE. Deux États membres concentrent l'essentiel des flux sortants :

Pays Exportations 2022 (EUR) Exportations 2025 (EUR) Variation
Pays-Bas 2,52 Mrd € 5,19 Mrd € +106,2 %
Italie 1,26 Mrd € 2,08 Mrd € +64,6 %
Allemagne 115 M € 105 M € −8,6 %
Espagne 62 M € 62 M € −0,5 %
Croatie 2,9 M € 50,3 M € +1 636 %

(Exportations par pays déclarant)

Les Pays-Bas ont plus que doublé leurs exportations, portant leur part à environ 68 % du total des exportations extra-UE en 2025. L'Italie, traditionnellement spécialisée dans la construction navale de luxe, confirme sa position de deuxième exportateur européen. La Croatie émerge comme un acteur de plus en plus significatif, avec une croissance de ses exportations multipliée par 17.


2. La montée en gamme : moins d'unités, toujours plus de valeur

2.1 Un paradoxe apparent entre volume et valeur

L'une des dynamiques les plus frappantes de cette période réside dans l'évolution divergente du nombre d'unités échangées et de leur valeur totale.

Indicateur 2022 2025 Variation
Exportations
Nombre d'unités exportées (p/st) 1 330 255 −80,8 %
Valeur totale des exportations (EUR) 3,99 Mrd € 7,63 Mrd € +91,0 %
Valeur moyenne par unité exportée 3,0 M € 29,9 M € +896 %
Importations
Nombre d'unités importées (p/st) 541 155 −71,3 %
Valeur totale des importations (EUR) 2,26 Mrd € 2,90 Mrd € +28,5 %
Valeur moyenne par unité importée 4,2 M € 18,7 M € +348 %

(Aperçu du commerce)

Le nombre d'unités exportées a été divisé par plus de cinq, tandis que la valeur totale a presque doublé. La valeur moyenne d'un yacht exporté est ainsi passée de 3 millions à près de 30 millions d'euros. Ce phénomène traduit un déplacement net du marché vers le segment des grands superyachts.

2.2 Le segment maritime, cœur du marché de la grande plaisance

La ventilation par sous-code douanier permet de distinguer deux segments :

  • 89033310 : bateaux à moteur > 24 m pour la navigation maritime
  • 89033390 : bateaux à moteur > 24 m non destinés à la navigation maritime

Exportations par segment :

Segment Valeur 2022 Valeur 2025 Unités 2022 (p/st) Unités 2025 (p/st) Prix moyen/unité 2022 Prix moyen/unité 2025
Maritime (89033310) 3,98 Mrd € 7,57 Mrd € 228 179 17,4 M € 42,3 M €
Non maritime (89033390) 18,1 M € 56,1 M € 1 102 76 16 396 € 737 645 €

(Ventilation par segment)

Le segment maritime représente plus de 99 % de la valeur des exportations. Plus remarquable encore : la valeur moyenne par yacht maritime exporté a progressé de 17,4 M € à 42,3 M € en trois ans, tandis que le nombre d'unités passait de 228 à 179. L'industrie européenne exporte moins de navires, mais des navires nettement plus grands et plus luxueux.

Le segment non maritime, qui représente des unités de gabarit moindre (bien que supérieures à 24 m), a connu un effondrement du volume (de 1 102 à 76 unités) tout en connaissant une forte augmentation de la valeur unitaire moyenne.

2.3 Des importations de plus en plus concentrées sur les très grandes unités

Le même phénomène s'observe côté importations :

Segment Valeur 2022 Valeur 2025 Unités 2022 (p/st) Unités 2025 (p/st)
Maritime (89033310) 2,26 Mrd € 3,29 Mrd € 301 100
Non maritime (89033390) 2,2 M € 8 946 € 240 64

Les importations de yachts maritimes voient leur valeur unitaire moyenne passer de 7,5 M € à 32,9 M € par unité, tandis que le nombre d'unités importées passe de 301 à 100. Le segment non maritime des importations s'effondre quasi totalement (de 2,2 M € à moins de 9 000 € de valeur totale). L'UE importe donc de moins en moins de yachts, mais ces importations se concentrent sur un nombre réduit d'unités de très grande valeur — des superyachts commandés par des armateurs européens auprès de chantiers extra-européens.


3. Une géographie commerciale en recomposition

3.1 Les principaux partenaires à l'export : stabilité du podium, montée de l'opaque

Les destinations des exportations européennes de yachts révèlent des évolutions contrastées :

Partenaire Exportations 2022 Exportations 2025 Variation
Territoires non spécifiés 106 M € 4,58 Mrd € +4 214 %
États-Unis 396 M € 648 M € +63,5 %
Royaume-Uni 278 M € 326 M € +17,3 %
Gibraltar 13,7 M € 41,8 M € +204,8 %
Îles Cook 15,2 M € 18,0 M € +18,4 %

(Exportations par partenaire)

La croissance la plus spectaculaire concerne la catégorie résiduelle « Territoires non spécifiés dans le cadre du commerce extra-UE », qui est passée de 106 M € à 4,58 Mrd €. Cette catégorie regroupe les flux dont la destination finale ou l'identité de l'acheteur ne sont pas clairement identifiables, ce qui est fréquent dans le commerce de superyachts, souvent vendus par l'intermédiaire de sociétés-écrans, de registres pavillons de complaisance ou de structures de propriété opaques. La part prépondérante de cette catégorie (près de 60 % des exportations en 2025) illustre la nature discrète et internationale de ce marché de niche.

Les États-Unis demeurent le premier partenaire identifié, avec une progression de 63,5 %, tandis que le Royaume-Uni conserve une position stable malgré le Brexit.

3.2 Des importations en déclin structurel, avec un rééquilibrage géographique

Les importations proviennent d'un nombre limité de partenaires, avec des évolutions marquées :

Partenaire Importations 2022 Importations 2025 Variation
Îles Marshall 432 M € 34,5 M € −92,0 %
États-Unis 118 M € 32,1 M € −72,7 %
Canada 36 267 € 25,5 M € +70 257 %
Brésil 55 274 € 6,0 M € +10 755 %
Chine 50 500 € 1,4 M € +2 747 %

(Importations par partenaire)

Les importations depuis les Îles Marshall — un pavillon de complaisance historiquement lié à l'enregistrement de superyachts — ont chuté de 92 %. Ce déclin est probablement lié à une évolution des pratiques d'enregistrement et de déclaration plutôt qu'à un réel effondrement des achats. Les importations en provenance des États-Unis ont également reculé de manière significative (−72,7 %). En revanche, de nouveaux partenaires émergent, comme le Canada, le Brésil et la Chine, bien qu'à des niveaux de valeur encore modestes.

3.3 Une concentration géographique en baisse

L'indice de concentration HHI (Herfindahl-Hirschman Index) mesure la concentration des flux commerciaux entre les partenaires. Une valeur élevée indique une forte concentration.

Indicateur 2022 2025 Variation
HHI importations (valeur) 4 753 1 803 −62,1 %
HHI exportations (valeur) 3 493 2 079 −40,5 %

La concentration des importations a fortement diminué, passant d'un niveau élevé (4 753) à un niveau modéré (1 803). Cela signifie que les importations de l'UE proviennent désormais d'un ensemble plus diversifié de partenaires. La concentration des exportations a également reculé, bien que dans une moindre mesure.

3.4 Profils de spécialisation contrastés au sein de l'UE

En 2025, les niveaux de spécialisation (RSCA — indice de Balassa normalisé) des États membres dans ce segment varient considérablement :

Les plus spécialisés :

Pays RSCA Part dans la production UE Part dans le commerce total UE
Malte 0,972 2,9 % 0,04 %
Chypre 0,960 1,6 % 0,03 %
Italie 0,804 73,8 % 8,0 %
Roumanie 0,694 9,2 % 1,7 %
Croatie 0,575 1,5 % 0,4 %

Les moins spécialisés :

Pays RSCA Part dans la production UE Part dans le commerce total UE
Pologne −0,994 0,02 % 6,6 %
Allemagne −0,969 0,3 % 21,2 %
Espagne −0,610 1,4 % 5,8 %
Pays-Bas −0,393 6,3 % 14,5 %
Suède −0,376 1,1 % 2,4 %

L'Italie occupe une position dominante dans la production (73,8 %) avec un niveau de spécialisation élevé. Malte et Chypre, bien que de poids économique marginal, se distinguent par une très forte spécialisation relative — probablement liée à leur rôle de registre maritime et de plaque tournante pour le commerce de yachts.

Les Pays-Bas, bien que premier exportateur en valeur, affichent un RSCA négatif (−0,393), ce qui s'explique par le poids considérable de leur commerce total (14,5 %) par rapport à leur spécialisation dans ce segment spécifique. Leur rôle semble davantage lié à une fonction de hub logistique et commercial qu'à une production locale dominante.


Conclusion

Le marché européen des grands yachts à moteur (CN 890333) traverse, sur la période 2022–2025, une phase d'expansion vigoureuse marquée par trois tendances convergentes.

Premièrement, l'UE renforce sa position de puissance exportatrice mondiale, avec un excédent commercial qui a triplé pour atteindre 4,73 milliards d'euros en 2025, porté par une production dont la valeur a été multipliée par 4,6.

Deuxièmement, le marché se structure de manière croissante autour du segment des superyachts de grande valeur : le nombre d'unités échangées diminue fortement (−80 % à l'export, −71 % à l'import), tandis que la valeur moyenne par unité explose (+896 % à l'export). L'UE exporte moins de navires, mais des navires toujours plus grands et plus luxueux, avec une valeur moyenne par yacht maritime exporté passée de 17,4 M € à 42,3 M €.

Troisièmement, la géographie commerciale se recompose : la concentration des partenaires diminue, de nouveaux marchés émergent, mais la part croissante des exportations vers des « territoires non spécifiés » (près de 60 % du total en 2025) souligne l'opacité structurelle de ce marché de luxe international. Les Pays-Bas et l'Italie dominent les flux sortants, tandis que des hubs comme Malte et Chypre jouent un rôle de spécialisation et de facilitation commerciale.

Ces dynamiques s'inscrivent dans un contexte de demande mondiale soutenue pour les très grands yachts, alimentée par la croissance du patrimoine des ultra-hauts revenus et par l'essor de destinations nautiques de prestige.

Généré le 2026-08-08. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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