Explorer les données en direct

Évolution du marché : Autres tabacs manufacturés (CN 240399) — 2015–2025

Introduction

Le code NC 240399 désigne une catégorie résiduelle qui englobe le tabac à mâcher, le tabac à priser et l'ensemble des autres tabacs manufacturés, poudres, extraits et sauces de tabac — à l'exclusion des cigarettes, cigares, tabacs à fumer, tabacs homogénéisés, de la nicotine extraite et des produits relevant du code 2404 (cigarettes électroniques, poches de nicotine, etc.). Cette catégorie couvre ainsi un spectre de produits hétérogène, allant de produits traditionnels (tabac à priser scandinave) à des semi-produits industriels (extraits et sauces de tabac).

Sur la période 2015-2025, l'Union européenne demeure un exportateur net massif de ces produits, avec un solde commercial constamment positif et une dépendance nette aux importations fortement négative (passant de −1 076 % à −161 %). Toutefois, la décennie est avant tout marquée par un cycle boom-bust d'une ampleur exceptionnelle à l'exportation, une inflation structurelle des prix — notamment à l'importation — et une reconfiguration profonde des partenaires commerciaux. Le présent rapport examine ces trois dynamiques majeures.


1. L'essor et le déclin : un cycle d'exportation d'une ampleur exceptionnelle

Les exportations de l'UE ont culminé à 2,5 milliards d'euros en 2021 avant de se replier de près de 75 %

La trajectoire des exportations de l'UE sur la période est spectaculaire. En valeur, elles sont passées de 268 millions d'euros en 2015 à un pic de 2 538 millions d'euros en 2021 — soit une multiplication par près de dix en six ans — avant de retomber à 676 millions d'euros en 2025. En volume, le mouvement est comparable : de 15 829 tonnes en 2015, les exportations ont atteint un maximum de 79 006 tonnes en 2021 pour revenir à 39 164 tonnes en 2025.

Indicateur 2015 Pic 2025 Variation 2015→2025
Valeur exportations (M€) 268 2 538 (2021) 676 +151,9 %
Volume exportations (t) 15 829 79 006 (2021) 39 164 +147,4 %
Prix moyen exportations (€/t) 16 953 38 751 (2020) 17 257 +1,8 %
Valeur importations (M€) 20 59 (2025) 59 +190,6 %
Volume importations (t) 2 844 4 004 (2025) 4 004 +40,8 %
Solde commercial (M€) 248 2 500 (2021) 617 +148,7 %

Source : Vue d'ensemble du commerce

Ce cycle n'a pas été linéaire : la phase d'expansion s'est accélérée en 2019-2021, probablement alimentée par des commandes exceptionnelles et des effets de stock liés à la pandémie de Covid-19, avant un retournement brutal en 2022.

Le segment «autres tabacs fabriqués» (24039990) a porté à lui seul l'essentiel du cycle boom-bust

La décomposition par sous-position révèle une dualité frappante au sein du code 240399 :

Sous-position Valeur export. 2015 (M€) Pic (M€) Valeur export. 2025 (M€) Volume export. 2015 (t) Volume export. 2025 (t)
24039990 — Autres tabacs fabriqués 90 2 392 (2021) 510 13 516 37 804
24039910 — Tabac à mâcher et à priser 178 312 (2020) 166 2 313 1 360

Source : Comparaison par segment

Le segment 24039990 (extraits, sauces, tabacs fabriqués divers) a connu une expansion colossale — sa valeur d'exportation a été multipliée par 26 entre 2015 et 2021 — avant de se contracter de près de 80 % en quatre ans. En revanche, le segment 24039910 (tabac à mâcher et à priser), qui représente des produits de niche à forte valeur ajoutée (prix unitaire moyen de 77 000 à 122 000 €/t), est resté remarquablement stable, oscillant entre 146 et 312 millions d'euros. Cette stabilité contraste nettement avec la volatilité extrême du segment «autres», suggérant que le tabac à mâcher et à priser — notamment le snus scandinave — repose sur une demande structurelle plus prévisible.

Du côté des importations, le segment 24039910 a connu une croissance tout aussi frappante : de 2,3 millions d'euros en 2015 à 34,6 millions d'euros en 2025, sa part dans les importations totales passant de 11 % à 59 %. Ce basculement traduit une demande européenne croissante pour ces produits, en particulier dans les pays d'Europe centrale.

La production européenne est restée stable en volume mais a subi une érosion de sa valeur

La production de l'UE a évolué de manière contrastée : les volumes sont passés de 90 000 tonnes à 96 010 tonnes (+6,7 %), tandis que la valeur a reculé de 1,19 milliard d'euros à 1,05 milliard d'euros (−11,8 %). Le prix moyen de la production domestique est ainsi passé d'environ 13 200 €/t à 10 900 €/t, ce qui indique une pression déflationniste sur les prix intérieurs ou un changement de mix productif vers des produits à moindre valeur unitaire. Ce décalage entre volume et valeur pourrait refléter une intensification concurrentielle ou des effets de composition liés à la baisse de la demande de tabac traditionnel dans l'UE.


2. L'inflation des prix et la montée de la volatilité redéfissent la valeur des échanges

Les prix à l'importation ont doublé sur la période, principalement sous l'effet du tabac à mâcher et à priser

Alors que les volumes importés ont progressé de 40,8 % (de 2 844 à 4 004 tonnes), la valeur des importations a bondi de 190,6 % (de 20 à 59 millions d'euros). Le prix moyen à l'importation a ainsi presque doublé, passant de 7 106 €/t à 14 672 €/t (+106,5 %). Cette inflation est largement imputable au segment 24039910, dont le prix à l'importation est passé de 12 930 €/t en 2015 à un sommet de 38 644 €/t en 2024, avant de se stabiliser autour de 20 155 €/t en 2025. Le segment 24039990 a connu une trajectoire similaire, avec un prix passant de 6 724 €/t à 10 564 €/t.

Cette hausse des prix à l'importation pourrait refléter plusieurs facteurs : une sophistication accrue des produits importés, des contraintes d'offre sur certains marchés d'origine, ou l'impact de réglementations plus strictes sur les matières premières tabac.

Les prix à l'exportation ont connu une volatilité extrême, avec un pic historique en 2020

Côté exportations, le prix moyen a suivi une trajectoire en cloche : de 16 953 €/t en 2015, il a culminé à 38 751 €/t en 2020 avant de redescendre à 17 257 €/t en 2025. Ce pic de 2020, au cœur de la pandémie, coïncide avec une forte accélération des volumes (59 034 tonnes) et de la valeur (2,29 milliards d'euros), ce qui suggère des transactions exceptionnellement élevées — possiblement des commandes de grande ampleur ou des réexportations.

Au sein des sous-positions, les écarts de prix sont considérables : le tabac à mâcher et à priser s'échange en moyenne à 77 000-122 000 €/t à l'exportation, contre 7 000-35 000 €/t pour le segment «autres tabacs fabriqués». Cette dualité de prix témoigne d'un marché clairement segmenté entre des produits de niche à très forte valeur ajoutée et des semi-produits à vocation industrielle.

Trois chocs de prix majeurs ont été identifiés sur des partenaires clés

L'analyse de volatilité a permis d'identifier trois chocs de prix significatifs :

Partenaire Flux Année du choc Amplitude du choc Degré d'anomalie Part de valeur
Royaume-Uni Importations 2020 +161,2 % 16,1 14,5 %
Ukraine Exportations 2017 +145,7 % 15,5 5,3 %
Turquie Importations 2021 +374,5 % 11,8 21,2 %

Source : Chocs d'approvisionnement

Le choc sur les importations en provenance du Royaume-Uni en 2020 (+161 %) coïncide avec la période post-Brexit et les perturbations logistiques liées à la pandémie. Le choc turc de 2021 (+375 %) traduit l'irruption brutale de ce pays comme fournisseur, avec un effet prix marqué. Enfin, le choc ukrainien de 2017 (+146 %) sur les exportations précède de plusieurs années l'instabilité géopolitique qui affecterait ce partenaire par la suite.


3. Une reconfiguration géographique majeure des partenaires commerciaux de l'UE

La Turquie s'est imposée comme un partenaire bilatéral majeur, à l'import comme à l'export

L'une des transformations les plus frappantes de la période concerne l'émergence de la Turquie comme partenaire commercial central. À l'exportation, les livraisons vers la Turquie sont passées de 31 millions d'euros en 2015 à 152 millions d'euros en 2025 (+397 %), faisant de ce pays la deuxième destination des exportations de l'UE. À l'importation, la progression est encore plus saisissante : de 53 000 euros à 15,6 millions d'euros (+29 227 %), ce qui place désormais la Turquie parmi les principaux fournisseurs de l'UE.

Ce développement bilatéral pourrait refléter l'intégration croissante de la Turquie dans les chaînes de valeur du tabac européen, avec des échanges de semi-produits et de tabacs fabriqués dans les deux sens.

Parallèlement, d'autres partenaires ont connu des trajectoires contrastées :

Partenaire (importations) Valeur 2015 (M€) Valeur 2025 (M€) Variation
Suisse 4,7 33,0 +602 %
Turquie 0,05 15,6 +29 227 %
Inde 1,1 2,1 +96 %
Pakistan 0,01 1,4 +12 094 %
Royaume-Uni 6,8 0,5 −92 %
Brésil 1,7 0,7 −59 %
Russie 0,1 1,0 +884 %

Source : Principaux partenaires à l'importation

Les importations se sont concentrées autour de la Suisse et d'un nombre restreint de fournisseurs

L'indice de concentration HHI des importations a presque doublé, passant de 2 090 à 3 929 (+87,9 %), ce qui traduit une concentration accrue des approvisionnements. En 2025, la Suisse à elle seule représente environ 33 millions d'euros sur 59 millions d'euros d'importations totales, soit près de 56 % du total. Ce quasi-monopole s'explique probablement par le rôle de la Suisse comme hub de transformation du tabac et par la proximité géographique et réglementaire avec l'UE.

Du côté des États membres de l'UE, la répartition des importations s'est également reconfigurée :

État membre (importations) Valeur 2015 (M€) Valeur 2025 (M€) Variation
Pays-Bas 3,7 19,3 +426 %
Tchéquie 0,5 18,1 +3 478 %
Slovaquie 0,0 10,5
Allemagne 6,5 1,8 −72 %
Pologne 5,4 0,07 −99 %

Source : Principaux déclarants à l'importation

L'Europe centrale (Tchéquie, Slovaquie) est devenue un pôle d'importation majeur, tandis que l'Allemagne et la Pologne ont fortement réduit leurs achats extra-européens.

L'effondrement du Royaume-Uni comme fournisseur (de 6,8 M€ à 0,5 M€, soit −92 %) constitue un marqueur direct des conséquences du Brexit sur les flux commerciaux de tabac manufacturé.

La Norvège demeure la première destination d'exportation, mais de nouveaux marchés ont émergé

À l'inverse des importations, l'indice HHI des exportations a baissé de 4 305 à 2 394 (−44,4 %), signe d'une diversification des débouchés.

Partenaire (exportations) Valeur 2015 (M€) Valeur 2025 (M€) Variation
Norvège 172 281 +64 %
Turquie 31 152 +397 %
Allemagne 38 130 +241 %
Pays-Bas 18 125 +580 %
Suisse 18 61 +235 %
Serbie 4 33 +660 %
Iran 2 40 +2 192 %
Japon 9 1 −88 %

Source : Principaux partenaires à l'exportation

La Norvège reste de loin le premier débouché (281 M€ en 2025), ce qui s'explique par la forte demande de snus et de tabac à priser dans les pays nordiques. L'effondrement des exportations vers le Japon (de 9 M€ à 1 M€, mais avec un pic à 1,6 milliard d'euros en 2020) est particulièrement remarquable : ce marché a été à lui seul le principal moteur du boom de 2020, avant de se tarir quasi totalement.

Parmi les États membres, la spécialisation à l'exportation est concentrée dans le Nord de l'Europe : le Danemark (RCA = 2,26), la Suède (RCA = 2,11) et les Pays-Bas (RCA = 2,10) affichent les plus forts indices d'avantage comparatif révélé. La Suède est devenue le premier exportateur de l'UE (351 M€ en 2025, soit 52 % du total), confirmant le poids dominant du snus dans cette catégorie. À l'inverse, l'Italie, autrefois gros exportateur (pic à 1,55 milliard d'euros), a vu ses exportations s'effondrer à 248 000 euros (RCA = 0), et la Roumanie a connu un déclin similaire.


Conclusion

La période 2015-2025 a été marquée, pour le code NC 240399, par une instabilité remarquable masquant des tendances structurelles plus profondes. Le cycle boom-bust des exportations, dominé par le segment «autres tabacs fabriqués» et porté par des marchés éphémères comme le Japon, a été le fait marquant de la décennie. En parallèle, l'inflation des prix à l'importation (+106 %) et la montée en puissance du tabac à mâcher et à priser comme segment d'importation (de 11 % à 59 % de la valeur totale) traduisent un rééquilibrage vers des produits de niche à haute valeur ajoutée.

L'UE demeure un exportateur net massif, avec un intensité commerciale encore élevée (73,7 %) et une propension à exporter de 71,1 %. Toutefois, ces indicateurs ont reculé respectivement de 26 et 28 points depuis 2015, ce qui suggère un mouvement de repli vers le marché intérieur ou une moindre dépendance aux débouchés extra-européens. La vulnérabilité de l'UE demeure très limitée sur ce segment, la production domestique (96 000 tonnes) couvrant largement la demande, les importations ne représentant que 4 % du volume produit. Les principaux risques résident désormais dans la concentration des importations autour de la Suisse et dans la volatilité des prix, davantage que dans un déficit structurel d'approvisionnement.

Généré le 2026-08-09. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

Si vous avez besoin de conseils sur la politique commerciale européenne, ou de représentation pour vos intérêts à Bruxelles, merci de me contacter à support@tradedashboard.eu. Vous trouverez mon CV à cette adresse.