Évolution du marché : Assortiments de textiles en emballages (CN 6308) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution des échanges commerciaux de l'Union européenne (UE) avec les pays tiers pour le code 6308 de la nomenclature combinée (NC), correspondant aux « Assortiments composés de pièces de tissus et de fils... en emballages pour la vente au détail », sur la période 2015–2025. Globalement, le marché européen de ce produit a connu une forte contraction, particulièrement pour les exportations, tandis que les importations ont mieux résisté. Ce mouvement s'accompagne d'une réorganisation des partenaires commerciaux, d'une concentration géographique accrue des échanges et d'une transformation de la base productive au sein même de l'UE. Le présent rapport décompose ces dynamiques principales.
1. Un recul marqué du commerce extérieur de l'UE
Cette première section examine les tendances générales des flux d'importation et d'exportation de l'UE pour le code 6308. Les données révèlent une contraction significative sur la période, avec des évolutions contrastées entre volumes et valeurs.
1.1. Effondrement des exportations en volume et en valeur
Entre 2015 et 2025, les exportations de l'UE ont connu un déclin sévère. En valeur, elles ont chuté de 48,2 %, passant de 32,9 millions d'euros à 17,0 millions d'euros. Cette baisse est encore plus prononcée en volume (masse nette), avec une contraction de 59,9 % (de 1 276,8 tonnes à 512,0 tonnes). Ces chiffres indiquent une perte substantielle de parts de marché à l'exportation sur la décennie (Voir l'évolution générale du commerce).
1.2. Un déclin plus modéré des importations
Les importations de l'UE dans ce produit ont également diminué, mais dans une moindre mesure. Leur valeur a reculé de 17,4 % (de 10,3 M€ à 8,5 M€), tandis que le volume a baissé de 10,6 % (de 898,2 tonnes à 803,1 tonnes). Cette relative résilience par rapport aux exportations suggère que la demande intérieure pour ces assortiments textile a mieux tenu, ou que la substitution par la production locale a été limitée dans un premier temps.
1.3. Un excédent commercial en forte érosion
Combinant la chute des exportations et le déclin plus mesuré des importations, l'excédent commercial de l'UE sur ce produit a été divisé par près de 2,7. Il est passé de 22,5 millions d'euros en 2015 à 8,5 millions d'euros en 2025, une baisse de 62,3 %. Le solde commercial, bien que restant positif (l'UE demeure exportatrice nette), a donc perdu beaucoup de son importance (Analyse de la vulnérabilité et de l'autonomie).
2. Une réorganisation profonde des partenaires commerciaux
L'analyse par origine et destination des flux met en lumière un bouleversement des partenaires clés pour l'UE, avec une concentration accrue des échanges vers un nombre réduit de pays.
2.1. Montée en puissance de la Chine et de la Turquie à l'importation
Le paysage des fournisseurs de l'UE s'est transformé. La Chine a doublé sa présence sur le marché européen, avec une hausse de 103,2 % de ses ventes à l'UE (de 2,0 M€ à 4,1 M€). Parallèlement, la Turquie a augmenté ses exportations vers l'UE de 70,8 % (de 379 307 € à 647 881 €). Ces deux pays consolident leur rôle de fournisseurs majeurs (Partenaires principaux à l'importation).
2.2. Déclin des partenaires historiques à l'importation
À l'inverse, plusieurs partenaires traditionnels ont vu leur part s'effriter. Les importations en provenance du Royaume-Uni ont reculé de 64,8 % (de 2,3 M€ à 814 135 €). Le cas du Maroc est spectaculaire, avec une quasi-disparition des exportations vers l'UE (-99,9 %). Le Pakistan a également subi une baisse importante de 67,9 %. Cette dynamique peut refléter des reconfigurations des chaînes d'approvisionnement.
2.3. Une concentration géographique plus forte des échanges
Les parts de marché à l'importation se sont concentrées sur moins de partenaires. L'indice de concentration HHI (Herfindahl-Hirschman) pour les importations a augmenté de 68,2 %, passant de 1 677 à 2 820. Les exportations affichent une tendance similaire avec une hausse de 56,6 % du HHI. Cette concentration accrue accroît la dépendance de l'UE envers un nombre limité de fournisseurs (Mesures de concentration).
3. Dynamiques intra-UE et signes d'adaptation
Alors que le commerce avec l'extérieur se contracte, des mutations internes à l'UE sont perceptibles, notamment via le renforcement de la production et une spécialisation différentielle des États membres.
3.1. Une production intra-UE en forte croissance
Le secteur de la production de ces assortiments textiles au sein de l'UE a connu une expansion remarquable. Sa valeur est passée de 46,8 millions d'euros à 96,6 millions d'euros entre 2015 et 2025, soit une augmentation de 106,2 %. Cette dynamique, bien plus vigoureuse que celle des échanges avec l'extérieur, peut indiquer une réindustrialisation ou une relocalisation partielle de la production (Volumes et valeurs de production).
3.2. Une spécialisation géographique au sein de l'UE
La production intra-UE est très inégalement répartie. En 2025, les pays les plus spécialisés dans ce produit (selon l'indice RSCA) sont le Portugal, la Lettonie, la Tchéquie, l'Italie et Chypre. À l'opposé, des pays comme la Finlande, l'Irlande ou l'Autriche n'y sont pas du tout spécialisés. Cette géographie de la production peut expliquer les flux commerciaux et les différences de compétitivité (Spécialisation des États membres).
3.3. Volatilité et chocs sur certains flux
L'analyse de la volatilité (coefficient de variation) révèle des flux particulièrement instables. À l'exportation, les échanges avec les Émirats arabes unis (CV de 2,35) et le Maroc (CV de 1,47) ont été très volatils. Des chocs de prix significatifs ont été détectés, notamment pour les exportations vers le Maroc en 2022 et le Nigeria en 2021. Ces épisodes soulignent les risques liés à la dépendance envers des marchés spécifiques (Analyse de la volatilité et des chocs).
Conclusion
La période 2015–2025 a été marquée, pour le marché des assortiments textiles (NC 6308), par une profonde restructuration. Le commerce extérieur de l'UE s'est contracté, particulièrement à l'exportation, entraînant un rétrécissement de l'excédent commercial. Cette contraction s'est accompagnée d'une réorientation des sources d'importation, avec un renforcement de la part de la Chine et de la Turquie au détriment de partenaires historiques comme le Maroc ou le Royaume-Uni, conduisant à une plus grande concentration des échanges.
Parallèlement, un contraste saisissant apparaît entre le déclin du commerce extérieur et la vigueur de la production intra-UE, qui a plus que doublé en valeur. Cette tendance pourrait indiquer une relocalisation ou un développement de la production locale pour répondre à la demande du marché intérieur, dans un contexte où la compétitivité-prix des exportations semble affectée. L'avenir dépendra de la capacité de l'UE à renforcer sa base productive spécialisée et à diversifier ses partenariats commerciaux pour atténuer les risques liés à la volatilité et à la concentration.