Évolution du marché : Vin blanc tranquille (CN 22042179) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 22042179 couvre les vins blancs tranquilles produits dans l'UE, conditionnés en récipients de contenance inférieure ou égale à 2 litres, titrant au plus 15 % vol. d'alcool acquis et bénéficiant d'une indication géographique protégée (IGP). Ce segment représente un volet significatif de l'exportation viticole européenne, à mi-chemin entre le vin de table et les appellations d'origine protégée (AOP). Sur la période 2015–2025, les échanges de l'UE avec les pays tiers ont connu des mutations profondes : contraction marquée des volumes, reconfiguration des partenaires commerciaux et montée en gamme des produits échangés. Ce rapport propose une analyse structurée de ces dynamiques, fondée sur les données douanières agrégées disponibles sur l'aperçu général du tableau de bord.
I. Une contraction des volumes masquée par la montée en gamme des prix
Les exportations perdent près de la moitié de leur volume physique
Entre 2015 et 2025, les exportations extra-UE de vins blancs IGP en contenants de moins de 2 litres ont chuté de 274 617 tonnes à 145 582 tonnes, soit un recul de 47,0 %. En termes d'unités supplémentaires (milliers de mètres cubes), la baisse est du même ordre : de 276,7 millions m³ à 144,4 millions m³ (–47,8 %). Ce repli n'est pas linéaire ; il semble s'être accéléré au cours de la période 2019–2021, période coïncidant avec les perturbations commerciales liées au Brexit puis à la pandémie de COVID-19.
Les prix unitaires progressent significativement
Pourtant, sur la même période, la valeur totale des exportations ne recule « que » de 34,9 % (de 718,9 M€ à 467,9 M€). L'écart entre la baisse des volumes et celle de la valeur s'explique par une hausse soutenue du prix moyen à la tonne : celui-ci passe de 2 618 €/t à 3 214 €/t, soit une progression de 22,8 %. En prix par millier de mètres cubes, l'augmentation est analogue (+24,7 %). Ce phénomène traduit une montée en gamme : les volumes qui subsistent sur les marchés d'exportation correspondent vraisemblablement à des vins de qualité supérieure, mieux valorisés, tandis que les segments les moins rémunérateurs ont été progressivement abandonnés ou réorientés vers le marché intérieur.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur exportations (M€) | 718,9 | 467,9 | –34,9 % |
| Volume exportations (t) | 274 617 | 145 582 | –47,0 % |
| Prix moyen export (€/t) | 2 618 | 3 214 | +22,8 % |
| Unité supp. (M m³) | 276,7 | 144,4 | –47,8 % |
Source : Vue d'ensemble du commerce
Un effet similaire côté importations, à une échelle bien moindre
Les importations extra-UE de ce produit sont restées marginales par rapport aux exportations, mais elles ont connu un effondrement encore plus prononcé. Leur valeur est passée de 24,1 M€ à 1,6 M€ (–93,5 %) et leur volume de 9 750 tonnes à 463 tonnes (–95,3 %). Le prix moyen à l'importation a toutefois augmenté de manière significative (+36,2 %), passant de 2 473 €/t à 3 368 €/t, suggérant là aussi un resserrement sur les seuls produits à forte valeur ajoutée.
II. Un rééquilibrage géographique des flux : l'Italie recule, la France et le Portugal progressent
L'Italie demeure leader mais perd du terrain
L'Italie restait en 2025 le premier exportateur extra-UE de vins blancs IGP, avec une valeur de 221,5 M€. Toutefois, ce montant représente un recul de 58,5 % par rapport à 2015, où elle atteignait 534,1 M€. L'Italie concentre historiquement une part considérable de ce commerce, notamment via des appellations comme le Pinot Grigio delle Venezie IGP, très demandées sur les marchés anglo-saxons.
La France et le Portugal saisissent des parts de marché
À l'inverse, la France a vu ses exportations progresser de 24,8 %, passant de 108,3 M€ à 135,1 M€, consolidant sa position de deuxième exportateur. Le Portugal affiche la croissance la plus spectaculaire : ses exportations ont été multipliées par 2,4, passant de 8,9 M€ à 21,8 M€ (+144,7 %). L'Espagne (+3,4 %) et le Japon comme destination (+12,6 %) montrent des trajectoires plus stables.
| Pays exportateur (valeur) | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Italie | 534,1 | 221,5 | –58,5 % |
| France | 108,3 | 135,1 | +24,8 % |
| Portugal | 8,9 | 21,8 | +144,7 % |
| Allemagne | 20,8 | 17,3 | –16,8 % |
| Espagne | 11,8 | 12,2 | +3,4 % |
| Lettonie | 5,3 | 4,2 | –20,8 % |
| Lituanie | 8,3 | 0,7 | –91,8 % |
Source : Principaux pays rapporteurs
Le marché américain s'effondre, d'autres destinations se maintiennent
Côté partenaires commerciaux, la contraction la plus marquante concerne les États-Unis : premier débouché en 2015 avec 338,8 M€, ils n'enregistrent plus que 111,7 M€ en 2025, soit un recul de 67,0 %. Ce déclin pourrait s'expliquer par les tensions tarifaires transatlantiques (menaces de droits de douane sur les vins européens à partir de 2019–2020) et par une concurrence accrue des vins californiens et du Nouveau Monde sur le segment des vins blancs IGP.
Le Royaume-Uni, deuxième débouché, perd 36,6 % de sa valeur d'importation (de 185,6 M€ à 117,7 M€), un déclin qui s'explique en partie par les nouvelles barrières douanières post-Brexit. En revanche, certains marchés ont résisté voire progressé : le Canada (+1,2 %), la Russie (+15,0 %), le Japon (+12,6 %), la Suisse (+21,0 %) et surtout la Norvège (+88,8 %) ont constitué des relais de croissance.
| Partenaire (valeur export) | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| États-Unis | 338,8 | 111,7 | –67,0 % |
| Royaume-Uni | 185,6 | 117,7 | –36,6 % |
| Canada | 65,2 | 66,0 | +1,2 % |
| Japon | 31,1 | 35,0 | +12,6 % |
| Russie | 21,1 | 24,3 | +15,0 % |
| Suisse | 15,2 | 18,4 | +21,0 % |
| Norvège | 6,4 | 12,1 | +88,8 % |
Source : Principaux partenaires
L'origine des importations intra-UE se restructure autour du Royaume-Uni
Du côté des importations, le Royaume-Uni était en 2015 la principale source (23,9 M€), mais ses livraisons vers l'UE se sont effondrées à 1,2 M€ (–95,0 %), effet direct du Brexit. La part des « pays et territoires non spécifiés » a connu une progression spectaculaire (+3 696,9 %), ce qui pourrait refléter des réexpéditions ou des réexportations transitant par des zones logistiques non clairement identifiées. La Suisse (+138,7 %) et les États-Unis (+261,5 %) ont gagné en importance relative comme sources d'approvisionnement, bien que sur des volumes restés faibles.
La concentration des échanges se réduit
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) sur les exportations a baissé de 3 016 à 1 539 (–49,0 %), indiquant que les flux se sont répartis entre un nombre plus diversifié de destinations. Côté importations, l'HHI a diminué de 9 809 à 6 919 (–29,5 %), signe d'une légère diversification des sources d'approvisionnement, même si la concentration reste élevée. Cette réduction de la concentration exportatrice est un signe de résilience : l'UE a diversifié ses débouchés face au recul de ses marchés historiques.
Source : Indice de concentration HHI
III. Une production stable en volume et en forte appréciation en valeur, au service d'une autonomie commerciale renforcée
La production européenne de vin blanc IGP demeure robuste
La production européenne de vins blancs (toutes catégories, unité supplémentaire en milliers de mètres cubes) est restée remarquablement stable sur la période : de 6,2 milliards m³ en 2015 à 6,1 milliards m³ en 2025, soit un recul marginal de 1,6 %. En revanche, la valeur de la production a bondi de 4,68 milliards € à 6,06 milliards €, soit une progression de 29,4 %. L'écart entre la stabilité des volumes et la hausse de la valeur traduit une appréciation structurelle des prix à la production, cohérente avec la montée en gamme observée à l'export.
Source : Volumes de production
La Grèce, la France et l'Italie dominent en spécialisation à l'export
Les indices de spécialisation (RSCA) pour 2025 révèlent une hiérarchie claire parmi les États membres. La Grèce (RSCA = 0,632) et la France (RSCA = 0,630) se taillent la part du lion en termes de spécialisation à l'exportation de ce produit. L'Italie (RSCA = 0,597) et le Portugal (RSCA = 0,488) complètent le peloton de tête des pays dont la structure d'exportation est fortement orientée vers les vins blancs IGP. À l'opposé, la Pologne, la Croatie et Malte affichent un RSCA très négatif (proche de –1), ce qui indique qu'ils importent ce produit bien plus qu'ils ne l'exportent.
Source : Indice de spécialisation
L'UE renforce son statut d'exportateur net
Le taux de dépendance nette aux importations est resté négatif tout au long de la période, signifiant que l'UE est structurellement exportatrice nette de vins blancs IGP. Ce taux est passé de –22,3 % à –35,3 %, soit une amplification de 57,9 % en valeur absolue. Autrement dit, l'excédent exportateur de l'UE s'est creusé : l'UE exporte proportionnellement beaucoup plus qu'elle n'importerait. Cette dynamique s'explique par l'effondrement des importations (–93,5 %) combiné à la relative tenue des exportations en valeur.
L'intensité commerciale (commerce total rapporté à la production) reste élevée à 57,5 % en 2025, signe qu'une part importante de la production européenne est destinée à l'export. La propension à exporter (exportations rapportées à la production) s'établit à 48,1 % et a même légèrement progressé (+3,3 %), suggérant que malgré la baisse des volumes exportés, le secteur maintient un effort d'orientation vers les marchés extérieurs.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Dépendance nette import. (%) | –22,3 | –35,3 | –57,9 %* |
| Intensité commerciale (%) | 58,4 | 57,5 | –1,5 % |
| Propension export (%) | 46,6 | 48,1 | +3,3 % |
* La variation exprimée en % de changement d'une valeur négative : le signe négatif s'amplifie.
Source : Dépendance nette aux importations
La volatilité des échanges reste maîtrisée, avec un choc notable sur le Royaume-Uni
L'analyse de la volatilité (coefficient de variation) révèle que les flux d'exportation les plus stables sont ceux vers le Japon (CV = 0,084) et la Suisse (CV = 0,098), tandis que les plus volatils concernent la Corée du Sud (CV = 0,512) et le Brésil (CV = 0,417). Côté importations, les flux depuis la Géorgie (CV = 2,163) et Singapour (CV = 2,211) sont extrêmement instables, bien que sur des valeurs absolues faibles.
Un choc significatif a été détecté sur les importations en provenance du Royaume-Uni en 2022 : une hausse de prix de 42,8 % avec un score d'anormalité de 4,0, correspondant à 100 % de la part de valeur des importations britanniques. Ce choc pourrait être lié aux ajustements de prix post-Brexit et à la dépréciation de la livre sterling.
Source : Barres de volatilité et Chocs détectés
Conclusion
La période 2015–2025 marque pour le segment des vins blancs IGP tranquilles (NC 22042179) une transformation profonde des échanges extra-UE, caractérisée par trois grandes tendances :
-
Un trade-off volume/prix : les volumes exportés ont reculé de près de la moitié, mais les prix unitaires ont progressé de plus de 20 %, témoignant d'une stratégie de montée en gamme qui préserve — partiellement — la valeur ajoutée du secteur.
-
Une reconfiguration géographique : le déclin du marché américain et les effets du Brexit sur les échanges avec le Royaume-Uni ont été compensés par la montée en puissance de marchés comme la Norvège, la Suisse et le Japon, tandis que la France et le Portugal ont renforcé leur position face à l'Italie, qui reste le leader historique mais en perte de vitesse.
-
Un renforcement de l'autonomie : l'UE est devenue encore plus nettement exportatrice nette, avec une production stable en volume mais en forte appréciation en valeur, et une diversification des débouchés qui réduit la concentration des risques.
Ces évolutions s'inscrivent dans un contexte plus large de recomposition du marché mondial du vin, marqué par la montée de la concurrence du Nouveau Monde, les tensions géopolitiques et commerciales, ainsi qu'une évolution des préférences des consommateurs vers des vins de qualité supérieure. L'avenir du segment dépendra de la capacité des producteurs européens à poursuivre cette stratégie de différenciation qualitative dans un environnement commercial de plus en plus incertain.