Évolution du marché : Rasoirs (CN 821210) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 821210 couvre les rasoirs et rasoirs de sûreté non électriques en métaux communs, segment englobant aussi bien les rasoirs jetables à lames non remplaçables (82121010) que les rasoirs classiques à lames amovibles (82121090). Sur la période 2015–2025, l'Union européenne s'est affirmée comme un acteur majeur de ce marché, tant en production qu'à l'exportation. Le présent rapport analyse les dynamiques commerciales observables dans les données, en s'appuyant sur les échanges de l'UE avec les pays tiers. Trois grandes tendances structurelles se dégagent : une montée en puissance de la position exportatrice européenne, une profonde recomposition géographique des flux — notamment un basculement des importations vers l'Asie — et une stratégie de volume qui s'accompagne d'une érosion marquée des prix unitaires.
1. Une industrie européenne résolument tournée vers l'export
L'UE affiche sur l'ensemble de la période un solde commercial structurellement excédentaire sur le segment des rasoirs, un excédent qui s'est non seulement maintenu mais nettement renforcé.
Un excédent commercial en croissance constante
Le solde commercial de l'UE est passé de 318,7 M€ en 2015 à 365,1 M€ en 2025, soit une progression de +14,6 %. Ce résultat est d'autant plus remarquable qu'il s'est construit sur une hausse des exportations (+8,7 % en valeur) conjuguée à une légère contraction des importations (−3,8 %). En valeur, les exportations sont passées de 469,7 M€ à 510,4 M€, tandis que les importations ont reculé de 151,0 M€ à 145,2 M€ (aperçu général).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Exportations (M€) | 469,7 | 510,4 | +8,7 % |
| Importations (M€) | 151,0 | 145,2 | −3,8 % |
| Solde (M€) | 318,7 | 365,1 | +14,6 % |
Une capacité productive nationale en forte expansion
L'indicateur de dépendance nette aux importations (vulnérabilité) est passé de +50,7 % en 2015 à −276,0 % en 2025. Ce basculement spectaculaire — une variation de −644 % — signifie que l'UE, initialement légèrement dépendante de l'extérieur, est devenue un exportateur net massif. Cette transformation s'explique en grande partie par la croissance de la production européenne de rasoirs : la valeur de production nationale est passée de 77,0 M€ à 185,9 M€ (+141,3 %), avec un pic à 438,4 M€ au cours de la période (production).
Une propension à l'exportation en hausse
La propension à l'exporter est passée de 161,1 % à 261,5 % (+62,3 %), tandis que l'intensité commerciale est passée de 116,8 % à 184,1 % (+57,6 %). Ces chiffres confirment que le secteur européen des rasoirs s'est de plus en plus inscrit dans une logique d'ouverture internationale, avec un volume d'exportations qui dépasse très largement la production nationale — signe que l'UE joue un rôle de plateforme de réexportation et de hub manufacturier pour les marchés mondiaux.
2. La recomposition géographique des flux : l'Asie au cœur des importations
La période 2015–2025 se caractérise par un profond rééquilibrage des partenaires commerciaux de l'UE, tant côté importations qu'exportations, avec des conséquences notables sur la structure de concentration du marché.
Les importations basculent vers le Vietnam et la Chine
Le changement le plus spectaculaire concerne l'origine des importations. Le Vietnam est passé de 3,7 M€ à 58,8 M€ (+1 484 %), devenant le premier fournisseur de l'UE devant la Chine, qui a elle-même progressé de 28,9 M€ à 51,6 M€ (+78,5 %). À l'inverse, les fournisseurs traditionnels se sont effondrés (partenaires à l'importation) :
| Partenaire | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Vietnam | 3,7 | 58,8 | +1 484 % |
| Chine | 28,9 | 51,6 | +78,5 % |
| Royaume-Uni | 37,7 | 5,4 | −85,6 % |
| États-Unis | 15,6 | 5,9 | −62,4 % |
| Mexique | 19,3 | 2,1 | −89,2 % |
| Israël | 8,6 | 0,06 | −99,3 % |
| Égypte | 5,5 | 0,1 | −97,9 % |
Ce basculement reflète les restructurations des chaînes de valeur mondiales : les grandes marques ont progressivement délocalisé leur production vers l'Asie du Sud-Est, en particulier le Vietnam, qui offre des coûts de main-d'œuvre compétitifs et bénéficie de l'accord de libre-échange UE-Vietnam (entré en vigueur en 2020).
Une concentration des importations en forte hausse
Le HHI des importations a plus que doublé, passant de 1 375 à 3 039 (+120,9 %). Ce niveau de HHI dépasse le seuil de 2 500 généralement considéré comme caractérisant un marché concentré. L'UE est ainsi devenue fortement dépendante de deux fournisseurs asiatiques — le Vietnam et la Chine — pour ses importations de rasoirs, ce qui constitue un risque potentiel en cas de choc d'approvisionnement ou de tension géopolitique.
Les exportations se diversifient géographiquement
Côté exportations, la tendance est inverse : le HHI des exportations a diminué de 998 à 650 (−34,9 %), témoignant d'une meilleure diversification des débouchés. Le Royaume-Uni reste le premier client mais a vu ses achats reculer de 123,6 M€ à 80,0 M€ (−35,2 %), un déclin en partie lié au Brexit. En revanche, plusieurs marchés ont connu une croissance significative (partenaires à l'exportation) :
| Partenaire | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| États-Unis | 23,5 | 41,0 | +74,5 % |
| Turquie | 31,2 | 46,3 | +48,1 % |
| Ukraine | 9,6 | 16,6 | +72,1 % |
| Arabie saoudite | 39,4 | 42,0 | +6,5 % |
| Fédération de Russie | 45,7 | 24,2 | −47,0 % |
| Royaume-Uni | 123,6 | 80,0 | −35,2 % |
L'essor des exportations vers la Turquie et l'Ukraine peut s'expliquer par la relocalisation de capacités industrielles (notamment en Pologne et en Tchéquie) et par l'absence de capacités de production locales dans ces pays.
Une spécialisation portée par la Pologne, la Tchéquie et la Grèce
Les données de spécialisation montrent que trois pays dominent la production et l'exportation européennes. La Pologne et la Tchéquie concentrent respectivement 29,7 % et 22,6 % de la production de rasoirs de l'UE, avec des indices RSCA de 0,63 et 0,65, indiquant une spécialisation marquée. La Grèce, bien que ne représentant que 9,7 % de la production, affiche le RSCA le plus élevé (0,87), suggérant une niche de spécialisation très concentrée. En revanche, des pays comme l'Irlande (RSCA = −1,00), la Slovénie (−0,97) ou la Lituanie (−0,95) ne jouent qu'un rôle marginal dans ce segment.
3. Une stratégie de volume qui érode les prix unitaires
La troisième dynamique majeure de la période est le décalage croissant entre la progression des volumes échangés et celle des valeurs, signe d'une pression concurrentielle intense sur les prix.
Des volumes en hausse, mais des prix à la baisse
Les exportations de l'UE en tonnes ont progressé de 22 046 t à 27 038 t (+22,6 %), et en pièces de 1,58 milliard à 2,01 milliards (+27,3 %). Pourtant, en valeur, la hausse n'a été que de 8,7 %. Le prix moyen à l'exportation a donc baissé de 21 307 €/t à 18 873 €/t (−11,4 %) et de 0,297 €/pièce à 0,254 €/pièce (−14,6 %) (aperçu général).
| Indicateur export | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Volume (t) | 22 046 | 27 038 | +22,6 % |
| Volume (millions p/st) | 1 579,6 | 2 010,1 | +27,3 % |
| Prix moyen (€/t) | 21 307 | 18 873 | −11,4 % |
| Prix moyen (€/p/st) | 0,297 | 0,254 | −14,6 % |
Cette dynamique suggère que la croissance des exportations européennes s'est faite en partie par l'absorption de parts de marché sur des segments à plus faible valeur ajoutée, ou par une compétition accrue sur les prix face aux producteurs asiatiques.
Le segment des rasoirs jetables structure la dynamique des importations
La ventilation par sous-code douanier révèle des évolutions contrastées (segmentation par produit) :
- 82121010 (rasoirs à lames non remplaçables) : le volume importé en tonnes a baissé de 6 747 t à 4 427 t (−34,4 %), et en pièces de 660 millions à 217 millions (−67,1 %). Ce segment, historiquement dominé par les importations bon marché, se contracte fortement — probablement sous l'effet des mesures environnementales européennes limitant les plastiques à usage unique et de la montée du rasage durable.
- 82121090 (autres rasoirs et rasoirs de sûreté) : en revanche, les importations en tonnes ont presque doublé, passant de 2 977 t à 5 354 t (+79,8 %), et en pièces de 44 millions à 133 millions (+200,8 %). Ce segment, dont le prix unitaire est nettement plus élevé (0,68 €/p/st en 2025 contre 0,25 €/p/st pour le 82121010), représente désormais une part croissante des importations.
La hausse du prix moyen des importations en unités supplémentaires (+92,2 %, passant de 0,214 à 0,412 €/pièce) s'explique ainsi par ce changement de structure : l'UE importe proportionnellement moins de rasoirs jetables bon marché et davantage de rasoirs à lames amovibles de valeur supérieure.
Des chocs ponctuels mais révélateurs
L'analyse de volatilité et des chocs d'approvisionnement met en évidence plusieurs épisodes significatifs :
- Israël présente la volatilité la plus élevée à l'importation (CV = 1,19), ses exportations vers l'UE passant de 8,6 M€ à seulement 62 k€ (−99,3 %), reflétant vraisemblablement la cessation des activités de production historiques dans ce pays.
- L'Égypte a connu un choc d'approvisionnement majeur en 2024 (abnormalité = 4,4), avec une chute de −97,7 % des importations, ce qui pourrait être lié à des perturbations du trafic maritime via le canal de Suez.
- La Malaisie a connu un choc de prix à l'exportation en 2020 (décalage de +737,8 %), bien que la part en valeur soit restée marginale (1,1 %).
- Enfin, la Serbia a connu un choc de prix à l'exportation en 2022 (+18,6 %), possiblement lié à des tensions inflationnistes post-pandémiques.
Conclusion
Le marché européen des rasoirs non électriques (CN 821210) a connu, sur la décennie 2015–2025, une triple transformation. Premièrement, l'UE s'est affirmée comme un exportateur net majeur, portée par une capacité productive en forte croissance (+141 % en valeur) et une propension à l'exportation en hausse constante. Deuxièmement, la géographie des échanges a été profondément remodelée : les importations se sont concentrées sur l'Asie (Vietnam et Chine, représentant ensemble plus de 75 % des achats extra-européens en 2025), tandis que les exportations se sont diversifiées, compensant le déclin britannique post-Brexit par des gains aux États-Unis, en Turquie et en Ukraine. Troisièmement, la croissance des volumes s'est accompagnée d'une érosion des prix unitaires à l'exportation, signe d'une compétition mondiale intense.
Les risques principaux résident dans la forte concentration des importations sur deux fournisseurs asiatiques (HHI > 3 000) et dans la dépendance au segment des rasoirs à lames amovibles, dont la valeur unitaire est plus volatile. La transition environnementale — qui favorise le rasage durable au détriment du jetable — pourrait à terme restructurer davantage la demande et favoriser les producteurs européens positionnés sur les segments premium.