Évolution du marché : Produits longs en zinc (CN 7904) — 2015–2025
Introduction
Le code douanier 7904 couvre les barres, profilés et fils en zinc non dénommés ailleurs, un segment de produits longs en zinc utilisé dans la construction, la protection cathodique, l'industrie chimique et les applications électriques. La présente étude analyse l'évolution des échanges commerciaux extérieurs de l'Union européenne pour ce produit sur la période 2015–2025, sur la base des données de Trade Dashboard. La période observée est marquée par un basculement structurel : l'UE, excédentaire en début de période, est devenue déficitaire en fin de période. Ce glissement s'explique à la fois par un effondrement des exportations et par une montée en puissance des importations, dans un contexte de baisse de la production européenne et de forte hausse des prix.
1. Un retournement spectaculaire de la balance commerciale
1.1 De l'excédent au déficit en dix ans
La balance commerciale de l'UE pour le CN 7904 a subi une inversion complète entre 2015 et 2025. Partant d'un excédent de 7 067 658 EUR en 2015, elle s'est établie à −3 590 080 EUR en 2025, soit un recul de −150,8 %. Le solde a atteint un creux à −4 689 137 EUR au cours de la période, témoignant d'un déficit persistant sur les dernières années.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Évolution |
|---|---|---|---|
| Exportations (valeur, EUR) | 10 479 045 | 4 724 609 | −54,9 % |
| Exportations (volume, t) | 5 229 | 1 004 | −80,8 % |
| Importations (valeur, EUR) | 3 411 387 | 8 314 689 | +143,7 % |
| Importations (volume, t) | 1 214 | 2 233 | +84,0 % |
| Solde (EUR) | +7 067 658 | −3 590 080 | −150,8 % |
Source : Aperçu général
1.2 Une dynamique de volumes asymétrique
Le retournement s'explique par une divergence profonde des trajectoires de volumes. Les exportations ont perdu 80,8 % de leur volume, passant de 5 229 à 1 004 tonnes, alors que les importations ont progressé de 84,0 % (de 1 214 à 2 233 tonnes). En 2015, l'UE exportait plus de quatre fois le volume qu'elle importait ; en 2025, elle importait plus du double de ce qu'elle exportait.
1.3 Une hausse des prix masquant partiellement l'effondrement des exportations
Les prix unitaires ont suivi des trajectoires ascendantes pour les deux flux, mais à des rythmes très différents. Le prix moyen des exportations a bondi de 2 004 EUR/t à 4 626 EUR/t (+130,9 %), tandis que celui des importations n'a augmenté que de 2 792 EUR/t à 3 722 EUR/t (+33,3 %). Cette forte appréciation des prix à l'exportation — combinée à l'effondrement des volumes — suggère une contraction du tissu exportateur européen : seuls les opérateurs les plus spécialisés ou les productions de plus haute valeur ajoutée subsistent.
2. Une restructuration profonde des partenaires commerciaux et des flux intra-UE
2.1 L'Inde, nouveau fournisseur dominant des importations
Le partenaire le plus marquant de cette période est l'Inde, dont les ventes à l'UE ont explosé de 65 787 EUR à 4 696 327 EUR (+7 038,6 %), devenant ainsi le premier fournisseur extra-UE en 2025. La Chine a également progressé de manière significative (de 588 400 EUR à 1 662 364 EUR, +182,5 %). À l'inverse, les importations en provenance du Royaume-Uni ont reculé de 43,7 %, et celles du Japon se sont quasi effondrées (−99,5 %).
| Partenaire (importations) | 2015 | 2025 | Évolution |
|---|---|---|---|
| Inde | 65 787 | 4 696 327 | +7 038,6 % |
| Royaume-Uni | 2 091 395 | 1 177 518 | −43,7 % |
| Chine | 588 400 | 1 662 364 | +182,5 % |
| Brésil | 158 539 | 13 349 | −91,6 % |
| États-Unis | 230 953 | 231 607 | +0,3 % |
Source : Partenaires par valeur
2.2 L'effondrement des exportations vers le Royaume-Uni et la Russie
Côté exportations, le Royaume-Uni — premier débouché en 2015 avec 5 215 470 EUR — a vu ses achats fondre de 88,5 % à 601 127 EUR. La part du Royaume-Uni dans les exportations extra-UE est passée d'environ la moitié à un rôle marginal. Les exportations vers la Russie (−94,3 %) et l'Algérie (−98,7 %) ont presque disparu. Seuls les États-Unis (+54,3 %) ont maintenu une trajectoire ascendante parmi les partenaires majeurs.
| Partenaire (exportations) | 2015 | 2025 | Évolution |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 5 215 470 | 601 127 | −88,5 % |
| Russie | 297 998 | 17 131 | −94,3 % |
| Algérie | 433 102 | 5 679 | −98,7 % |
| Turquie | 441 807 | 89 100 | −79,8 % |
| États-Unis | 449 536 | 693 858 | +54,3 % |
| Suisse | 201 319 | 107 972 | −46,4 % |
Source : Partenaires par valeur
2.3 Des réorganisations majeures au sein de l'UE
Les flux intra-UE se sont également réorganisés. À l'importation, le Portugal a enregistré la plus forte hausse (+206,8 %), suivi du Danemark (+1 978,9 %) et de la France (+1 902,8 %). À l'exportation, la Belgique — premier exportateur en 2015 avec 5 765 723 EUR — a vu ses expéditions chuter de 82,2 % à 1 025 577 EUR. La Pologne (+6,9 %) et la France (+401,2 %) ont en revanche consolidé ou renforcé leur position.
| Rapporteur UE (importations) | 2015 | 2025 | Évolution |
|---|---|---|---|
| Portugal | 858 752 | 2 634 972 | +206,8 % |
| France | 53 041 | 1 062 290 | +1 902,8 % |
| Danemark | 27 410 | 569 832 | +1 978,9 % |
| Pays-Bas | 646 968 | 651 804 | +0,7 % |
| Belgique | 278 717 | 137 831 | −50,5 % |
Source : Rapporteurs par valeur
2.4 Une concentration des importations stable mais des exportations diversifiées
L'indice de concentration HHI des importations extra-UE est resté élevé, passant de 4 145 à 3 866 (−6,7 %), ce qui traduit une structure d'approvisionnement toujours relativement concentrée autour de quelques partenaires majeurs. En revanche, le HHI des exportations a chuté de 2 659 à 858 (−67,7 %), signe d'une diversification importante des débouchés. Le marché d'exportation est ainsi passé d'une structure oligopolistique (dominée par le Royaume-Uni) à une répartition beaucoup plus dispersée.
Source : Concentration HHI
3. Volatilité, chocs de prix et fragilité de l'approvisionnement
3.1 Une volatilité des échanges marquée sur certains partenaires
L'analyse des coefficients de variation (CV) met en évidence une volatilité particulièrement élevée sur certains flux. Les importations en provenance du Japon (CV = 3,28) et de la Norvège (CV = 2,63) ont été les plus instables, tandis que l'Inde (CV = 1,05) affiche un niveau de volatilité élevé qui traduit une montée en puissance rapide et irrégulière. Côté exportations, les flux vers le Royaume-Uni (CV = 1,84) et l'Inde (CV = 1,94) ont été les plus erratiques.
Source : Volatilité
3.2 Des chocs de prix significatifs sur les importations
L'analyse des événements de choc détecte trois épisodes majeurs. Le plus important concerne les importations en provenance de Chine en 2022 : une hausse de prix de +95,9 % avec un indice d'anormalité de 89,7 et une part de 27,2 % de la valeur totale des importations. Ce choc coïncide avec la crise énergétique post-pandémie et la guerre en Ukraine, qui ont fortement affecté les coûts de production et de transport. Un second choc, à l'exportation vers l'Algérie en 2020 (hausse de prix de +217,1 %), reflète probablement la conjonction de la pandémie de COVID-19 et de perturbations logistiques. Enfin, un choc d'importation en provenance du Royaume-Uni en 2017 (+54,6 %) pourrait être lié aux incertitudes liées au Brexit.
| Choc | Partenaire | Flux | Année | Hausse de prix | Anormalité | Part de valeur |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 1 | Chine | Import. | 2022 | +95,9 % | 89,7 | 27,2 % |
| 2 | Algérie | Export. | 2020 | +217,1 % | 36,4 | 5,0 % |
| 3 | Royaume-Uni | Import. | 2017 | +54,6 % | 29,7 | 45,3 % |
Source : Chocs d'approvisionnement
3.3 La dépendance nette aux importations en forte hausse
La dépendance nette aux importations est passée de 2,8 % en 2015 à −2,1 % en 2025, un recul de −175 %. Si le signe négatif en fin de période indique que l'UE est devenue exportatrice nette de produits longs en zinc au sens strict du ratio (la production résiduelle absorbant la demande), le creux atteint (−4,95 %) et la trajectoire globale révèlent une montée en puissance significative des approvisionnements extérieurs, portée notamment par l'Inde et la Chine. L'intensité commerciale (part des échanges dans la production) est passée de 6,3 % à 9,9 % (+55,9 %), ce qui confirme une ouverture accrue du marché.
3.4 Une spécialisation productive concentrée sur quelques États membres
En 2025, les États membres les plus spécialisés dans la production de produits longs en zinc (selon l'indicateur RSCA) sont la Belgique (RSCA = 0,789), le Luxembourg (0,686) et le Portugal (0,685). La Belgique, avec un RCA de 8,49 et une part de production intra-UE de 71,9 %, demeure de loin le principal producteur européen. À l'inverse, des pays comme l'Irlande (RSCA = −1,000), la Bulgarie (−0,996) ou la Slovaquie (−0,989) sont structurellement absents de cette filière.
Source : Spécialisation
Conclusion
Le marché européen des produits longs en zinc (CN 7904) a connu une transformation structurelle majeure entre 2015 et 2025. La chute des exportations (−80,8 % en volume) combinée à la forte progression des importations (+84,0 % en volume) a fait basculer la balance commerciale d'un excédent de 7,1 millions EUR à un déficit de 3,6 millions EUR. L'Inde est devenue le premier fournisseur extra-UE, tandis que le Royaume-Uni a perdu sa position de débouché dominant. La production européenne a perdu près de 40 % de son volume, consolidée sur quelques pôles spécialisés (Belgique, Luxembourg, Portugal). Dans ce contexte, la hausse des prix — en particulier le choc chinois de 2022 — et la concentration persistante des importations soulèvent des questions d'approvisionnement stratégique. La diversification observée à l'exportation et la hausse de l'intensité commerciale ne sauraient masquer l'érosion de la base productive européenne dans ce segment.
Données issues de Trade Dashboard — Code douanier CN 7904, échanges extra-UE, fréquence annuelle.