Évolution du marché : Préparations pour sauces et sauces préparées; condiments et assaisonnements, composés (à l'excl. de la sauce de soja, du tomato ketchup et autres sauces tomates, de la farine de moutarde et de la moutarde préparée) (CN 210390) — 2015–2025
Introduction
Le code combiné 210390 couvre un ensemble hétérogène de préparations pour sauces, condiments et assaisonnements composés, à l'exclusion des sauces de soja, des ketchups et sauces tomate, ainsi que de la moutarde. Il s'agit d'une position résidive au sein du nomenclature 2103, englobant notamment des sauces vinaigrées, des assaisonnements liquides ou en poudre, du chutney de mangue liquide (21039010) et des amers aromatiques à base de gentiane (21039030)[Vue d'ensemble].
Sur la période 2015–2025, l'Union européenne a connu dans ce segment une trajectoire commerciale marquée par une forte expansion des exportations — qui ont plus que doublé en valeur —, un creusement significatif de l'excédent commercial et une recomposition géographique sensible des partenaires. Ce rapport identifie et interprète les principales dynamiques à l'œuvre, en s'appuyant sur les données annuelles de commerce extra-UE.
1. Une expansion commerciale vigoureuse portée par un excédent en forte croissance
Des échanges globaux en hausse soutenue de 2015 à 2024
Entre 2015 et 2024, les exportations de l'UE vers le reste du monde sont passées de 1,015 milliard € à 2,473 milliards € (+143 %), avant de se stabiliser à 2,401 milliards € en 2025. Les importations ont suivi une trajectoire ascendante similaire, passant de 514,5 millions € à 1,036 milliard € sur la même période (+101 %)[Vue d'ensemble].
| Année | Exportations (Mds €) | Importations (Mds €) | Solde (Mds €) |
|---|---|---|---|
| 2015 | 1,015 | 0,515 | +0,501 |
| 2018 | 1,220 | 0,639 | +0,581 |
| 2020 | 1,494 | 0,677 | +0,817 |
| 2022 | 1,955 | 0,905 | +1,050 |
| 2024 | 2,473 | 1,016 | +1,457 |
| 2025 | 2,401 | 1,036 | +1,365 |
L'excédent commercial de l'UE est ainsi passé de 500,8 millions € en 2015 à 1,365 milliard € en 2025, soit une progression de +173 %[Vue d'ensemble]. Ce creusement du solde positif traduit une capacité exportatrice européenne croissante, dans un contexte où la production intracommunautaire s'est également renforcée : la production de l'UE est passée d'environ 1,75 milliard d'unités de quantité à 3,05 milliards entre 2015 et 2024 (+73 %).
Une hausse des volumes et des prix conjuguée
L'augmentation des exportations ne résulte pas uniquement d'une inflation des prix. Les quantités exportées sont passées de 436 851 tonnes à 728 445 tonnes (+66,7 %), tandis que les prix moyens à l'exportation ont progressé de 2 324 €/t à 3 296 €/t (+41,8 %)[Vue d'ensemble].
Côté importations, la hausse des quantités (+62 %) a été accompagnée d'une augmentation plus modérée des prix (+24,4 %), suggérant que les pressions tarifaires ou les coûts logistiques ont été mieux absorbés du côté de l'offre importée. L'écart croissant entre les prix moyens à l'exportation (3 296 €/t en 2025) et à l'importation (3 055 €/t) indique que l'UE exporte des produits à plus forte valeur ajoutée — un constat cohérent avec la spécialisation de pays comme l'Italie dans des sauces et condiments de niche.
L'UE consolide sa position d'exportateur net
L'indicateur de dépendance nette aux importations confirme cette dynamique : il est passé de -3,9 % en 2015 à -18,3 % en 2025 (une valeur négative signifiant un excédent). Cette intensification du statut d'exportateur net, combinée à une propension à l'exportation passée de 8,1 % à 26,4 % (+228 %), suggère que l'industrie européenne des condiments composés s'est résolument tournée vers les marchés extérieurs au cours de la décennie.
2. Une recomposition géographique des échanges : montée de l'Asie et attraction américaine
Le Royaume-Uni, partenaire dominant mais relativement en déclin
Le Royaume-Uni demeure de loin le premier partenaire de l'UE, tant à l'importation (349,6 M€ en 2025, soit 33,7 % des importations extra-UE) qu'à l'exportation (751,1 M€, soit 31,3 %)[Partenaires]. Toutefois, la part du Royaume-Uni dans les importations de l'UE a sensiblement diminué : les flux en provenance du Royaume-Uni ont progressé de 80 % sur la période, alors que la croissance globale des importations a été de 101 %.
L'Asie orientale et du Sud-Est, moteur de la croissance des importations
La dynamique la plus frappante côté importations est la montée en puissance des fournisseurs asiatiques :
| Partenaire | Importations 2015 (M€) | Importations 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Thaïlande | 71,8 | 186,0 | +159 % |
| Chine | 19,5 | 82,6 | +323 % |
| Japon | 16,3 | 45,9 | +182 % |
| Turquie | 6,1 | 20,0 | +230 % |
La Chine a quadruplé ses ventes vers l'UE en valeur (+323 %), la Thaïlande a progressé de 159 %, et le Japon de 182 %. La Turquie a connu la plus forte croissance relative (+230 %). À l'inverse, les importations en provenance de Suisse ont reculé de 82,2 M€ à 72,3 M€ (-12 %), traduisant un tassement relatif de ce fournisseur historique[Partenaires].
Cette géographie des importations se reflète dans la concentration mesurée par l'indice HHI : l'HHI des importations est passé de 2 048 à 1 697 (-17 %), signe d'une diversification des sources d'approvisionnement.
Les États-Unis, premier marché d'exportation en forte ascension
Du côté des exportations, la trajectoire la plus spectaculaire est celle des États-Unis, devenus le deuxième client de l'UE derrière le Royaume-Uni. Les exportations vers les USA sont passées de 87,3 M€ à 481,5 M€ (+452 %) sur la période, avec un pic à 591,0 M€ en 2024[Partenaires].
| Destination | Exportations 2015 (M€) | Exportations 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 368,9 | 751,1 | +104 % |
| États-Unis | 87,3 | 481,5 | +452 % |
| Suisse | 85,7 | 149,3 | +74 % |
| Russie | 75,2 | 79,2 | +5 % |
| Norvège | 44,7 | 86,2 | +93 % |
| Canada | 14,6 | 61,1 | +319 % |
Le recul marqué des exportations vers la Russie — de 123,1 M€ en 2021 à 79,2 M€ en 2025 (-36 % par rapport au pic) — constitue une exception notable, vraisemblablement liée aux sanctions économiques post-2022. À l'opposé, le Canada (+319 %) et l'Australie (+98 %) apparaissent comme des marchés à forte croissance, suggérant un développement des marchés anglo-saxons hors Europe.
L'Italie, locomotive de l'exportation européenne
Parmi les États membres, c'est l'Italie qui a connu la trajectoire la plus remarquable : ses exportations extra-UE sont passées de 201,1 M€ à 849,4 M€ (+322 %), consolidant sa position de premier exportateur européen de cette catégorie de produits[Reporteurs]. L'Italie cumule un avantage comparatif net (RSCA de 0,356 en 2025) et concentre 16,9 % de la production européenne et 8,0 % des exportations totales de l'UE[Spécialisation].
La Belgique (+316 %), les Pays-Bas (+113 %) et la Pologne (+88 %) complètent le tableau des moteurs exportateurs de l'UE, tandis que la France (+29 %) et l'Allemagne (+46 %) ont connu une progression plus modérée.
3. Concentration, volatilité et enjeux structurels du marché
Une concentration des exportations en légère déclin
L'indice HHI des exportations est passé de 1 575 à 1 485 (-5,7 %) entre 2015 et 2025[Concentration]. Ce niveau reste modéré et indique un marché de destination relativement diversifié. Néanmoins, le poids croissant des États-Unis pourrait à terme augmenter la dépendance vis-à-vis d'un seul marché : en 2024, les USA représentaient 23,9 % des exportations totales.
Une volatilité marquée sur certains corridors
L'analyse des coefficients de variation (CV) des quantités échangées révèle des niveaux de volatilité très hétérogènes selon les partenaires[Volatilité] :
| Partenaire | CV importations | CV exportations |
|---|---|---|
| Royaume-Uni | 0,076 (stable) | 0,105 (stable) |
| Chine | 0,398 (élevé) | — |
| Ukraine (import) | 0,406 (élevé) | — |
| États-Unis (export) | — | 0,556 (très élevé) |
| Maroc (export) | — | 0,527 (très élevé) |
| Canada (export) | — | 0,341 (élevé) |
Les importations en provenance du Royaume-Uni et des États-Unis affichent une remarquable stabilité, tandis que celles venues de Chine, d'Ukraine et de Turquie sont plus erratiques. À l'exportation, les flux vers les États-Unis et le Maroc présentent les plus fortes variations interannuelles, ce qui peut refléter des cycles de commande concentrés ou des effets de change.
Deux chocs de prix importateurs identifiés en 2023
L'analyse algorithmique des chocs a détecté deux événements significatifs sur les importations en 2023[Chocs] :
-
Suisse — choc de prix à la hausse : le prix unitaire des importations en provenance de Suisse a bondi de +12,3 % en 2023 par rapport à la baseline 2021–2022 (de 3 995 €/t à 4 485 €/t), tandis que les quantités ont reculé de 11,3 %. Les prix ne sont pas revenus à leur niveau d'avant le choc en 2024–2025, se situant à +17,6 % au-dessus de la baseline.
-
Japon — choc de prix à la baisse : à l'inverse, le prix unitaire des importations japonaises a chuté de -13,4 % en 2023 (de 3 967 €/t à 3 435 €/t), tandis que les quantités ont augmenté de 13,3 %. Ce mouvement peut suggérer une compétition accrue sur le segment japonais ou un changement de mix produit.
Le produit principal domine largement le sous-code
Le détail par sous-position confirme que le code 21039090 (préparations pour sauces et condiments composés, hors chutney et amers) représente l'écrasante majorité du commerce : 99,7 % des importations et 99,8 % des exportations en valeur en 2025. Le chutney de mangue liquide (21039010) et les amers aromatiques (21039030) restent des niches marginales, ce dernier se distinguant toutefois par des prix unitaires très élevés (près de 12 750 €/t à l'importation en 2025), caractéristiques de produits alcoolisés de spécialité.
Conclusion
Le marché européen des préparations pour sauces, condiments et assaisonnements composés (CN 210390) a connu sur la décennie 2015–2025 une dynamique commerciale remarquablement favorable. L'Union européenne a consolidé et renforcé son statut d'exportateur net, portée par l'excellence italienne, l'ouverture de marchés à forte valeur — en premier lieu les États-Unis — et une production intracommunautaire en expansion. Parallèlement, les importations se sont diversifiées géographiquement, avec l'émergence de fournisseurs asiatiques (Thaïlande, Chine, Japon) qui ont progressivement réduit la dépendance vis-à-vis des sources traditionnelles européennes.
Néanmoins, plusieurs signaux appellent la vigilance : la forte concentration des exportations sur le marché américain (un quart des ventes extracommunautaires en 2024), la volatilité des flux avec certains partenaires, et l'impact des sanctions sur les échanges avec la Russie illustrent les risques géopolitiques et commerciaux auxquels ce secteur reste exposé. La hausse soutenue des prix moyens à l'exportation — supérieure à celle des importations — suggère toutefois que l'industrie européenne parvient à maintenir un positionnement sur des segments à valeur ajoutée, un atout essentiel pour absorber d'éventuels chocs futurs.