Évolution du marché : Préparations cosmétiques et de toilette (CN 330790) — 2015–2025
Introduction
La position tarifaire CN 330790 couvre les dépilatoires, les autres produits de parfumerie ou de toilette préparés ainsi que les préparations cosmétiques non dénommés ailleurs. Il s'agit d'une position résidive au sein du chapitre 33, englobant une grande diversité de produits allant des soins corporels aux préparations cosmétiques variées. La production européenne (selon le code Prodcom 20.42.19.90) a connu une croissance remarquable sur la période, passant d'environ 903 millions d'euros à près de 1 770 millions d'euros (+95,9 %). Le présent rapport analyse les dynamiques du commerce extra-UE de cette position sur la période 2015–2025, en s'appuyant sur les échanges de valeur, de volume et les structures de partenaires.
1. Une expansion vigoureuse des flux commerciaux, portée par la hausse des prix et des volumes
1.1. Les exportations conservent leur leadership avec une croissance soutenue
Sur l'ensemble de la période, les exportations de l'UE sont passées de 448,7 millions d'euros à 714,5 millions d'euros, soit une progression de +59,2 %. En volume, l'augmentation atteint +31,0 % (de 60 219 à 78 902 tonnes), tandis que le prix moyen à l'exportation a grimpé de 7 452 à 9 054 EUR/tonne (+21,5 %). La croissance des exportations résulte ainsi d'une combinaison de gains en volume et de hausse des prix unitaires, suggérant un basculement vers des produits à plus forte valeur ajoutée.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur (M EUR) | 448,7 | 714,5 | +59,2 % |
| Quantité (tonnes) | 60 219 | 78 902 | +31,0 % |
| Prix moyen (EUR/t) | 7 452 | 9 054 | +21,5 % |
1.2. Les importations progressent encore plus rapidement
Les importations extra-UE ont connu une trajectoire encore plus dynamique, passant de 189,7 millions d'euros à 353,2 millions d'euros, soit un bond de +86,2 %. Le volume importé a progressé de +45,5 % (de 43 570 à 63 388 tonnes), et le prix moyen des importations de 4 354 à 5 572 EUR/tonne (+28,0 %). Le rythme de croissance des importations dépasse nettement celui des exportations tant en valeur (+86,2 % contre +59,2 %) qu'en volume (+45,5 % contre +31,0 %), révélant une accélération de la demande européenne pour des produits cosmétiques en provenance de pays tiers.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur (M EUR) | 189,7 | 353,2 | +86,2 % |
| Quantité (tonnes) | 43 570 | 63 388 | +45,5 % |
| Prix moyen (EUR/t) | 4 354 | 5 572 | +28,0 % |
1.3. L'excédent commercial se consolide malgré un léger recul relatif
L'UE demeure un exportateur net sur cette position. Le solde commercial est passé de 259,0 à 361,3 millions d'euros (+39,5 %), atteignant un pic historique à 390,6 millions d'euros. La dépendance nette aux importations reste stable autour de −24 % (−24,2 % en 2015, −24,1 % en 2025), confirmant que l'UE exporte environ un quart de plus qu'elle n'import en valeur. Toutefois, le ratio de cet excédent par rapport à la production a fluctué, passant par un creux à −8,4 % (reflétant un pic d'importations relatif), avant de revenir à son niveau initial.
2. Une reconfiguration géographique profonde des partenaires commerciaux
2.1. Le Royaume-Uni s'impose comme le premier partenaire des deux côtés de la Manche
L'évolution la plus marquante sur la période est la montée en puissance du Royaume-Uni dans les flux commerciaux de la CN 330790. Du côté des importations, le Royaume-Uni a progressé de 59,6 à 140,9 millions d'euros (+136,5 %), devenant de loin le premier fournisseur extra-UE. Du côté des exportations, il est passé de 52,2 à 90,8 millions d'euros (+74,0 %), consolidant là aussi sa première place. Cette dynamique s'explique vraisemblablement par le Brexit (2020), qui a transformé les échanges intra-UE en flux commerciaux extra-UE comptabilisés dans les statistiques douanières, ainsi que par la profondeur des chaînes de valeur intégrées entre l'UE et le Royaume-Uni dans le secteur cosmétique.
| Partenaire | Importations 2015 | Importations 2025 | Var. | Exportations 2015 | Exportations 2025 | Var. |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 59,6 M | 140,9 M | +136,5 % | 52,2 M | 90,8 M | +74,0 % |
| États-Unis | 49,4 M | 45,0 M | −8,9 % | 51,3 M | 76,4 M | +48,9 % |
| Chine | 16,7 M | 50,9 M | +204,6 % | 8,8 M | 46,7 M | +429,3 % |
| Suisse | 26,6 M | 15,2 M | −42,9 % | 28,0 M | 81,8 M | +191,9 % |
| Russie | — | — | — | 86,3 M | 59,5 M | −31,1 % |
2.2. La Chine :
une montée en puissance spectaculaire des deux côtés
La Chine enregistre les progressions les plus remarquables : ses exportations vers l'UE ont bondi de 16,7 à 50,9 millions d'euros (+204,6 %) aux importations, et les exportations de l'UE vers la Chine de 8,8 à 46,7 millions d'euros (+429,3 %). Ce doublement des flux traduit à la fois l'intégration de la Chine dans les chaînes d'approvisionnement cosmétiques (notamment pour les produits à bas et moyen de gamme) et la demande croissante du marché chinois pour les marques européennes. Un choc de prix significatif a été détecté en 2021 sur les importations en provenance de Chine, avec une hausse des prix de +63,5 % et un degré d'anormalité de 22,3, probablement lié aux perturbations logistiques post-Covid et à la hausse des coûts de transport maritime.
2.3. Une recomposition des flux vers les marchés proches et émergents
Plusieurs reconfigurations notables ponctuent la période :
- La Suisse est devenue un marché d'exportation majeur (+191,9 %), reflétant probablement le rôle de hub logistique et de centre de négoce (Genève, Zurich) pour le secteur cosmétique, tandis que les importations depuis la Suisse ont diminué de 42,9 %.
- La Russie, premier marché d'exportation en 2015 avec 86,3 millions d'euros, a reculé à 59,5 millions d'euros (−31,1 %), une baisse que l'on peut attribuer aux sanctions économiques post-2022 et à la dépréciation du rouble.
- La Bosnie-Herzégovine a bondi de 1,4 à 9,5 millions d'euros (+587,9 %) aux importations, ce qui pourrait témoigner de l'émergence de capacités de production locales dans les Balkans occidentaux, facilitée par les accords commerciaux de l'UE.
- La Chine et la Turquie confirment leur rôle croissant en tant que fournisseurs alternatifs, avec respectivement +204,6 % et +50,2 % de progression à l'importation.
2.4. L'Alger et la Russie reflètent les difficultés géopolitiques
Du côté des exportations, l'Algérie a reculé de 10,2 à 6,9 millions d'euros (−32,9 %), avec une volatilité élevée (coefficient de variation de 0,87). Si ce marché restait un débouché traditionnel pour les cosmétiques européens, la conjoncture économique algérienne et les restrictions de change semblent peser sur les importations.
3. Un secteur européen structurellement compétitif, mais marqué par des chocs localisés
3.1. Une spécialisation confirmée des grands pays exportateurs
L'analyse des avantages comparatifs révélés en 2025 confirme la prééminence des pays historiques de l'industrie cosmétique. La Croatie (RSCA = 0,73), le Danemark (0,59), la Roumanie (0,52) et la France (0,34) figurent parmi les États membres les plus spécialisés. La France, avec une part de 15,9 % de la production européenne de cette position, demeure le cœur du secteur, mais la montée de la Roumanie et de la Croatie suggère une relocalisation partielle de la production vers l'Europe du Sud-Est, probablement tirée par des coûts de main-d'œuvre plus compétitifs.
| État membre | RSCA 2025 | Part production | Part exportations UE |
|---|---|---|---|
| Croatie | 0,73 | 2,6 % | 0,4 % |
| Danemark | 0,59 | 6,7 % | 1,7 % |
| Roumanie | 0,52 | 5,3 % | 1,7 % |
| France | 0,34 | 15,9 % | 7,8 % |
À l'inverse, Malte (RSCA = −0,99), la Slovaquie (−0,58) et l'Irlande (−0,50) affichent un net désavantage comparatif, avec des parts de production négligeables dans ce segment.
3.2. Une concentration baissière à l'exportation, stable à l'importation
L'indice Herfindahl-Hirschman (HHI) des exportations est passé de 767 à 599 (−21,9 % en valeur), signalant une diversification géographique des débouchés. Les exportations se répartissent désormais de manière plus homogène entre le Royaume-Uni, les États-Unis, la Suisse, la Chine et la Russie. À l'inverse, l'HHI des importations a légèrement augmenté (de 1 998 à 2 154, soit +7,8 %), suggérant une concentration accrue des approvisionnements, probablement tirée par le poids croissant du Royaume-Uni comme fournisseur.
3.3. Des chocs de prix ponctuels mais significatifs
L'analyse des chocs d'approvisionnement identifie trois événements notables :
| Choc | Type | Flux | Année | Hausse de prix | Anormalité |
|---|---|---|---|---|---|
| Chine | Prix | Importations | 2021 | +63,5 % | 22,3 |
| Turquie | Prix | Importations | 2022 | +82,2 % | 10,3 |
| Canada | Prix | Exportations | 2018 | +38,3 % | 12,1 |
Le choc chinois de 2021, le plus significatif (anormalité de 22,3), coïncide avec les perturbations logistiques mondiales post-Covid et la crise des conteneurs. Le choc turc de 2022 est vraisemblablement lié à l'instabilité macroéconomique de la Turquie et à la dépréciation marquée de la livre turque. Ces épisodes illustrent la vulnérabilité ponctuelle des approvisionnements européens à des événements exogènes touchant des partenaires clés.
3.4. Un secteur de plus en plus intégré au commerce mondial
Les indicateurs de vulnérabilité et d'autonomie révèlent une ouverture commerciale croissante du secteur. L'intensité commerciale (rapport du commerce extérieur à la production) est passée de 46,0 % à 50,0 %, tandis que la propension à exporter (exportations/production) a augmenté de 36,7 % à 39,8 %. L'UE exporte ainsi près de 40 % de sa production de cosmétiques vers des marchés extra-européens, un chiffre en progression qui traduit la compétitivité des marques européennes à l'international. C'est la propension à exporter qui enregistre la plus forte progression relative (+8,5 points de variation par rapport à la valeur de début de période).
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le commerce extra-UE de la position CN 330790 a connu une expansion vigoureuse et généralisée, nourrie à la fois par la hausse des volumes échangés et par une appréciation des prix moyens. L'Union européenne a conservé sa position d'exportateur net avec un excédent commercial consolidé autour de 361 millions d'euros, tout en important de plus en plus — signe d'une intégration renforcée dans les chaînes de valeur mondiales de la cosmétique.
Les transformations géographiques les plus marquantes tiennent au Brexit, qui a artificiellement gonflé les flux avec le Royaume-Uni désormais comptabilisés comme extra-UE, à l'essor spectaculaire des échanges avec la Chine dans les deux sens, et à l'affaiblissement des débouchés russes sous l'effet des sanctions géopolitiques. Parallèlement, la production européenne a presque doublé (+95,9 %), portée notamment par des pays comme l'Italie (+147,3 % d'exportations) et la Croatie (+105,7 %), tandis que la France conserve son leadership historique.
Les risques identifiés restent modérés : les chocs de prix observés en Chine (2021) et en Turquie (2022) furent ponctuels et n'ont pas remis en cause la trajectoire de fond. La légère concentration accrue des importations et la volatilité de certains fournisseurs émergents (Bosnie-Herzégovine, Inde, Israël) appellent toutefois à une vigilance accrue sur la diversification des approvisionnements. Globalement, le secteur des préparations cosmétiques et de toilette demeure l'un des fleurons du commerce extérieur européen, avec un avantage comparatif robuste et un ancrage industriel diversifié au sein de l'Union.