Évolution du marché : Pompes pour liquides centrifuges, à moteur (sauf pompes à dispositif mesureur ou conçues pour en comporter du n° 841311 ou 841319, pompes à carburant, à huile ou à liquide de refroidissement pour moteurs à allumage par étincelles ou par compression et sauf pompes à béton) (CN 841370) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 841370 regroupe les pompes pour liquides centrifuges à moteur, à l'exclusion des pompes à dispositif mesureur, des pompes à carburant/huile/liquide de refroidissement pour moteurs thermiques et des pompes à béton. Il s'agit d'un poste résiduel de large couverture qui englobe notamment les pompes immergées, les circulateurs de chauffage central, les pompes à roue radiale et les pompes multicellulaires — autant de segments essentiels à l'industrie, au bâtiment et à l'agriculture.
La période 2015–2025 est marquée par des mutations profondes : une montée en gamme des exportations européennes, une croissance spectaculaire des importations en provenance d'Asie, l'effondrement des flux vers et depuis la Russie à la suite des sanctions, et une hausse généralisée des prix unitaires. Le présent rapport propose une lecture structurée de ces dynamiques en trois axes : l'évolution agrégée des échanges, la recomposition géographique des partenaires, et les tensions sur les prix ainsi que la vulnérabilité du secteur.
Vue d'ensemble complète sur le tableau de bord
1. Une croissance en valeur portée par la hausse des prix, malgré des volumes stagnants
Les exportations progressent de près de 29 % en valeur, mais reculent légèrement en volume
Sur la période 2015–2025, les exportations de l'UE vers le reste du monde sont passées de 2 884 M€ à 3 716 M€, soit une hausse de +28,8 %. Cette progression est d'autant plus notable qu'elle s'accompagne d'un recul de -4,0 % du volume exporté (de 166 408 à 159 811 tonnes). Le prix unitaire moyen à l'exportation a ainsi bondi de +34,2 %, passant de 17 332 €/t à 23 252 €/t. Autrement dit, l'UE exporte désormais moins de tonnes mais à un prix significativement plus élevé, ce qui traduit une orientation vers des produits à plus forte valeur ajoutée.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Exportations (valeur, M€) | 2 884 | 3 716 | +28,8 % |
| Exportations (volume, kt) | 166,4 | 159,8 | -4,0 % |
| Prix unitaire export (€/t) | 17 332 | 23 252 | +34,2 % |
Les importations progressent deux fois plus vite que les exportations
Le dynamisme des importations est encore plus marqué. En valeur, elles ont presque doublé, passant de 550 M€ à 1 077 M€ (+95,9 %). En volume, la progression atteint +68,0 % (de 84 881 à 142 589 tonnes). Le prix unitaire à l'importation a augmenté de 16,6 %, mais reste très inférieur au prix à l'exportation : en 2025, il est de 7 554 €/t à l'import contre 23 252 €/t à l'export — un rapport de 1 à 3 environ. Ce différentiel de prix reflète non seulement une différence de gamme de produits, mais aussi un positionnement géographique distinct : les importations sont dominées par des pompes immergées et des circulateurs à bas prix unitaire, tandis que les exportations portent davantage sur des pompes multicellulaires et des équipements industriels de haute performance.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations (valeur, M€) | 550 | 1 077 | +95,9 % |
| Importations (volume, kt) | 84,9 | 142,6 | +68,0 % |
| Prix unitaire import (€/t) | 6 477 | 7 554 | +16,6 % |
L'excédent commercial reste solide mais le taux de couverture se réduit
L'UE demeure un exportateur net massif de pompes centrifuges à moteur. L'excédent commercial est passé de 2 334 M€ à 2 639 M€ (+13,0 %). Toutefois, le taux de couverture (exportations / importations) a diminué, passant d'environ 5,2 en 2015 à 3,5 en 2025. Ce recul s'explique principalement par la forte croissance des importations (+95,9 %), nettement supérieure à celle des exportations (+28,8 %).
L'indicateur de dépendance nette aux importations, qui mesure la balance commerciale rapportée à la production intérieure, confirme cette tendance : l'UE reste structurellement excédentaire, mais l'écart se creuse du fait de l'afflux de produits tiers.
Indicateur de dépendance aux importations
L'Allemagne et l'Italie dominent la production et l'exportation européennes
Au sein de l'UE, l'Allemagne reste de loin le premier exportateur (925 M€ en 2025), suivie de l'Italie (810 M€) qui a connu une progression remarquable de +45,1 %. La Suède (387 M€, +87,6 %) et le Danemark (298 M€, +67,5 %) complètent le peloton de tête. En termes de spécialisation comparée (RSCA), la Hongrie (RSCA = 0,53) et le Danemark (0,34) affichent les indices les plus élevés, signe d'une concentration sectorielle forte.
Spécialisation comparée des États membres
2. Une reconfiguration géographique profonde des partenaires commerciaux
L'effondrement des échanges avec la Russie : le choc géopolitique majeur
La trajectoire des exportations vers la Russie constitue le changement le plus spectaculaire de la période. Premier partenaire à l'export en 2015 avec 279 M€, la Russie a vu ses importations en provenance de l'UE s'effondrer à 2,5 M€ en 2025, soit une chute de -99,1 %. Le basculement est intervenu principalement entre 2021 (330 M€, record historique) et 2022 (172 M€), avant un effondrement quasi total en 2023 (52 M€) et 2024–2025 (26 M€ et 2,5 M€ respectivement). Ce mouvement s'inscrit directement dans le cadre des sanctions européennes adoptées à la suite de l'invasion de l'Ukraine en février 2022.
| Partenaire export | 2015 (M€) | 2021 (M€) | 2025 (M€) | Variation 2015–2025 |
|---|---|---|---|---|
| États-Unis | 254 | 346 | 570 | +124,2 % |
| Royaume-Uni | 194 | 263 | 371 | +90,5 % |
| Chine | 239 | 321 | 261 | +8,9 % |
| Turquie | 136 | 128 | 261 | +92,1 % |
| Arabie saoudite | 202 | 80 | 261 | +29,4 % |
| Émirats arabes unis | 98 | 83 | 135 | +37,4 % |
| Russie | 279 | 330 | 2,5 | -99,1 % |
Partenaires à l'exportation par valeur
La Chine, un fournisseur de plus en plus dominant à l'import
Côté importations, la Chine consolide sa position de premier fournisseur de l'UE. Ses ventes vers l'UE sont passées de 217 M€ en 2015 à 467 M€ en 2025, soit +114,9 %. La Chine représente désormais près de 43 % des importations totales de l'UE en ce produit. Un pic a été atteint en 2022 à 490 M€, accompagné d'un choc de prix majeur (voir section 3).
La Serbie constitue la deuxième surprise : avec un bond de +452 % (de 30 M€ à 168 M€), elle est devenue le deuxième fournisseur de l'UE. Cette progression s'explique vraisemblablement par l'intégration de la Serbie dans les chaînes de valeur européennes, les accords d'association avec l'UE et les investissements directs dans la production locale.
L'Inde (+239,5 %), la Suisse (+38,9 %), le Royaume-Uni (+41,0 %) et les États-Unis (+28,2 %) complètent le tableau des principaux fournisseurs.
| Partenaire import | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Chine | 217 | 467 | +114,9 % |
| Serbie | 30 | 168 | +452,1 % |
| Royaume-Uni | 65 | 91 | +41,0 % |
| Suisse | 60 | 83 | +38,9 % |
| États-Unis | 57 | 74 | +28,2 % |
| Inde | 13 | 43 | +239,5 % |
| Taïwan | 14 | 21 | +54,0 % |
Partenaires à l'importation par valeur
La Turquie et le Moyen-Orient comblent partiellement le vide russe
Du côté des exportations, la Turquie a presque doublé ses achats à l'UE (+92,1 %, de 136 M€ à 261 M€), tandis que l'Arabie saoudite a progressé de 29,4 % (de 202 M€ à 261 M€). Les Émirats arabes unis (+37,4 %) et les États-Unis (+124,2 %, de 254 M€ à 570 M€) ont également absorbé une part croissante des exportations européennes. Les États-Unis sont ainsi devenus le premier client de l'UE en 2025, dépassant le Royaume-Uni (371 M€).
La concentration des importations s'accroît
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations en valeur est passé de 2 016 à 2 353 entre 2015 et 2025, signe d'une concentration accrue. En volume, le HHI a au contraire baissé (de 5 810 à 3 723), indiquant une diversification des sources en termes de quantités mais une domination croissante de la Chine en valeur.
3. Chocs de prix, volatilité et tensions structurelles
Le choc de prix chinois de 2022 : un événement de marché majeur
L'événement le plus significatif de la période en matière de prix est le choc observé sur les importations en provenance de Chine en 2022. Le prix unitaire moyen des pompes chinoises importées par l'UE a bondi de +91,1 % par rapport à la moyenne 2020–2021, passant de 3 556 €/t à 6 795 €/t. L'indice d'anomalie atteint 93,6, le plus élevé de la série. Simultanément, le volume importé de Chine a chuté de 37 % (de 114 108 t en moyenne 2020–2021 à 71 924 t en 2022). Ce double mouvement — hausse de prix et baisse de volume — pourrait s'expliquer par des perturbations des chaînes d'approvisionnement post-Covid, la hausse des coûts de transport maritime et un possible rééquilibrage vers des produits de gamme supérieure. En 2023–2024, les prix se sont stabilisés à un niveau élevé (environ 6 200 €/t), sans revenir à leur niveau d'avant-choc, tandis que les volumes restent nettement inférieurs à leur pic de 2021.
| Période | Volume moyen import CN (t) | Prix moyen import CN (€/t) |
|---|---|---|
| 2020–2021 (baseline) | 114 108 | 3 556 |
| 2022 (choc) | 71 924 | 6 795 |
| 2023–2024 (post-choc) | 70 241 | 6 216 |
La Serbie et le Royaume-Uni : des marchés export en tension
Les exportations vers la Serbie ont connu un choc de prix en 2018 (+54,2 %), suivi d'une expansion massive des volumes (+253 % par rapport à la baseline 2016–2017). Les prix sont ensuite restés à un niveau élevé (environ 19 000–20 000 €/t), ce qui suggère un changement structurel de la composition des flux — possiblement un basculement vers des équipements plus sophistiqués.
Du côté du Royaume-Uni, un choc de prix a été détecté en 2023 (+73,7 %), avec un prix unitaire atteignant 19 651 €/t, alors que le volume importé de l'UE a chuté de 39 %. Les prix ont poursuivi leur ascension en 2024–2025 (24 539 €/t en moyenne post-choc), ce qui pourrait refléter les effets du Brexit sur la structure des échanges et la préférence pour des produits de haute valeur.
Une volatilité marquée sur certains partenaires
Les coefficients de variation (CV) des volumes mettent en évidence des marchés très volatils :
- Viêt Nam (import CV = 1,85) : volumes extrêmement irréguliers, avec un pic à 8 229 t en 2021 retombé à 708 t en 2025.
- Serbie (import CV = 0,66) et Inde (0,62) : forte volatilité des volumes importés.
- Russie (export CV = 0,61) : volatilité extrême liée aux sanctions.
À l'opposé, les échanges avec la Suisse (CV import = 0,16), le Japon (0,12), la Chine à l'export (0,13) et les États-Unis à l'export (0,14) sont remarquablement stables.
Les segments de produits montent en gamme
L'analyse des sous-positions confirme la montée en valeur ajoutée des exportations européennes. Le segment des pompes immergées monocellulaires (84137021) reste le premier poste à l'exportation (820 M€ en 2025, +51,8 %), suivi des pompes centrifuges monocellulaires à roue radiale > 15 mm (84137081, 550 M€) et des pompes monocellulaires hors radiales (84137051, 437 M€). Ce dernier segment affiche la plus forte progression (+105,9 %), avec des prix unitaires en hausse constante (de 11 283 à 15 958 €/t).
Du côté des importations, les pompes immergées monocellulaires (84137021) dominent (240 M€, +124,5 %), suivies des pompes centrifuges monocellulaires > 15 mm (84137081, 181 M€) et des circulateurs de chauffage central (84137030, 191 M€, +185,6 %). Les circulateurs constituent le segment à la croissance la plus rapide à l'importation, signe d'une demande européenne soutenite en équipements de chauffage et de climatisation.
Un secteur structurellement excédentaire mais de plus en plus intégré au commerce mondial
L'indicateur de propension à l'exporter est passé de 26 % à 60 % entre 2003 et 2024, et l'intensité commerciale de 30 % à 66 %. L'UE ne se contente pas de produire pour son marché intérieur : elle exporte une part croissante de sa production. La production intérieure de l'UE en valeur a progressé de 52,3 % sur la période (de 3,9 Mds€ à 5,9 Mds€), tandis que les volumes de production restent très variables d'une année à l'autre (de 24 à 128 millions d'unités selon les années, avec des signalements de données confidentielles ou de faible qualité pour certaines années).
Conclusion
Le marché européen des pompes centrifuges à moteur (NC 841370) a connu entre 2015 et 2025 une triple transformation. D'abord, les échanges ont crû fortement en valeur (+29 % à l'export, +96 % à l'import), portés principalement par une hausse des prix unitaires qui traduit une montée en gamme et des coûts de production en hausse. Ensuite, la carte des partenaires a été profondément redessinée : l'effondrement des exportations vers la Russie (-99 %), la consolidation de la Chine comme fournisseur dominant (+115 % à l'import), l'essor de la Serbie comme plateforme de production pro-européenne (+452 %) et la montée en puissance de la Turquie et du Moyen-Orient à l'export illustrent la recomposition géopolitique des flux. Enfin, la période a été marquée par des épisodes de volatilité significatifs, en particulier le choc de prix chinois de 2022 et les perturbations post-Brexit sur les flux avec le Royaume-Uni.
L'UE conserve un excédent commercial massif (2,6 Mds€ en 2025) et une base de production solide (5,9 Mds€ en valeur). Toutefois, la dépendance croissante aux importations chinoises — qui représentent désormais 43 % du total — et la concentration accrue des sources d'approvisionnement appellent à une vigilance accrue en matière de résilience des chaînes d'approvisionnement, dans un contexte où les tensions géopolitiques et les exigences de transition énergétique (notamment pour les circulateurs de chauffage) continueront de façonner ce marché.