Évolution du marché : Polyuréthane alvéolaire (CN 392113) — 2015–2025
Introduction
La position tarifaire CN 392113 couvre les plaques, feuilles, pellicules, bandes et lames en polyuréthannes alvéolaires (mousses de PU), à l'exclusion des produits auto-adhésifs et des revêtements de sol. Ce produit, qui se décline en deux sous-positions — mousses souples (CN 39211310) et mousses rigides (CN 39211390) — trouve des applications majeures dans l'isolation thermique du bâtiment, l'ameublement, l'automobile et l'emballage technique.
Sur la période 2015–2025, l'Union européenne a consolidé sa position d'exportateur net sur ce segment, avec un excédent commercial passé de 267 M€ à 381 M€. Toutefois, cette trajectoire n'est pas linéaire : le pic de 2021–2023 a été suivi d'un tassement, tandis que la géographie des échanges s'est profondément reconfigurée sous l'effet de chocs géopolitiques et de mutations structurelles dans la demande.
1. Une industrie européenne en forte croissance, structurellement excédentaire
La progression spectaculaire des échanges extérieurs
Entre 2015 et 2025, les exportations de l'UE vers les pays tiers ont crû de 54,5 % en valeur (de 409 M€ à 632 M€) et de 33,6 % en volume (de 108 561 t à 145 020 t). Les importations ont connu une progression encore plus dynamique, avec +77,1 % en valeur (de 142 M€ à 251 M€) et +67,0 % en volume (de 24 477 t à 40 866 t). L'année 2021 marque un point d'inflexion majeur, avec un pic d'exportations à 676 M€ et 172 213 t, avant un sommet absolu de valeur atteint en 2023 à 745 M€.
| Indicateur | 2015 | 2019 | 2021 | 2023 | 2025 | Δ 2015–2025 |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Exportations (M€) | 409 | 526 | 676 | 745 | 632 | +54,5 % |
| Importations (M€) | 142 | 190 | 289 | 248 | 251 | +77,1 % |
| Solde commercial (M€) | +267 | +336 | +388 | +497 | +381 | +42,6 % |
| Exportations (kt) | 109 | 131 | 172 | 162 | 145 | +33,6 % |
| Importations (kt) | 24 | 39 | 57 | 43 | 41 | +67,0 % |
Sources : Vue d'ensemble des échanges
Un excédent commercial qui se consolide mais connaît un pic en 2023
L'UE demeure un exportateur net sur l'ensemble de la période, le solde commercial restant systématiquement positif. Le taux de dépendance aux importations nettes confirme cette tendance : il passe de −3,1 % en 2015 à −10,2 % en 2025, avec un creux à −11,8 % autour de 2023. L'excédent atteint un maximum de 497 M€ en 2023, année où les exportations culminent à 745 M€ tandis que les importations se sont déjà contractées à 248 M€ après le pic post-Covid de 2021 (289 M€). Le recul ultérieur du solde à 381 M€ en 2025 reflète à la fois l'érosion des exportations (−15 % depuis 2023) et la reprise modérée des importations.
Une base productive en expansion, tirée par l'export
La production européenne de polyuréthane alvéolaire a progressé de 62,7 % en volume (de 778 kt à 1 265 kt) et de 85,3 % en valeur (de 2 591 M€ à 4 800 M€). Plus significativement, la propension à l'exportation a doublé, passant de 6,7 % à 14,3 %, et l'intensité commerciale est passée de 10,0 % à 18,5 %. Ces ratios montrent que l'industrie européenne du PU alvéolaire s'est considérablement internationalisée au cours de la décennie, une part croissante de la production étant destinée aux marchés extérieurs.
2. Une géographie commerciale profondément reconfigurée
L'effondrement du commerce avec la Russie et l'essor de fournisseurs émergents
La transformation la plus spectaculaire de la période concerne la partenariat avec la Russie. Les importations en provenance de Russie sont passées de 6,3 M€ en 2015 à pratiquement zéro (15 €) en 2025, après un pic à 30,5 M€, en raison directe des sanctions économiques imposées à partir de 2022. Le coefficient de volatilité (CV) de 1,05 pour cet axe commercial confirme l'extrême instabilité de ces flux.
Simultanément, de nouveaux partenaires ont gagné en importance du côté des importations :
| Partenaire | Import. 2015 (M€) | Import. 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 49,2 | 67,4 | +37,0 % |
| États-Unis | 29,9 | 67,1 | +124,2 % |
| Chine | 15,7 | 34,3 | +118,4 % |
| Suisse | 18,5 | 25,5 | +37,2 % |
| Turquie | 4,0 | 12,1 | +206,6 % |
| Serbie | 3,8 | 11,7 | +207,3 % |
Source : Principaux partenaires commerciaux
La Turquie et la Serbie affichent les progressions les plus marquées (+207 %), ce qui s'inscrit dans une dynamique de relocalisation de la production et d'intégration des chaînes d'approvisionnement balkaniques, notamment dans le secteur automobile. Du côté des exportations, la Serbie passe de 10,9 M€ à 26,7 M€ (+145 %), tandis que le Yémen connaît une croissance spectaculaire de 23 000 € à 1,9 M€ (+7 938 %), bien que depuis une base extrêmement faible.
L'Allemagne, pivot incontesté du commerce intra-UE
Au sein de l'Union européenne, l'Allemagne domine nettement tant les importations que les exportations hors UE. Elle représente 209 M€ d'exportations en 2025 (33 % du total UE) et 33 M€ d'importations. L'Autriche (+122 %), l'Irlande (+92 %) et l'Italie (+92 %) sont les autres grands exportateurs, tandis que les Pays-Bas (+331 %) et la Pologne (+328 %) connaissent les plus fortes hausses à l'import, reflétant leur rôle croissant de hubs logistiques.
| État membre | Export. 2015 (M€) | Export. 2025 (M€) | Δ |
|---|---|---|---|
| Allemagne | 149,8 | 209,2 | +39,6 % |
| Autriche | 31,6 | 70,1 | +121,8 % |
| Irlande | 27,7 | 53,2 | +92,2 % |
| Italie | 25,2 | 48,4 | +92,0 % |
| Belgique | 40,9 | 46,4 | +13,4 % |
Source : Principaux États membres exportateurs
En termes de spécialisation, la Lituanie (RSCA = 0,48), l'Autriche (0,39) et la Slovénie (0,39) se distinguent par un avantage comparatif révélé élevé, tandis que Chypre, l'Irlande et la Bulgarie sont les moins spécialisés.
Une diversification géographique en progrès
L'indice de concentration HHI décline sur l'ensemble de la période, tant pour les importations (de 1 991 à 1 798, −9,7 %) que pour les exportations (de 1 002 à 820, −18,2 %). Ce mouvement indique une diversification des partenaires commerciaux, l'UE réduisant sa dépendance vis-à-vis de quelques fournisseurs ou clients dominants. La baisse plus marquée du côté des exportations suggère que les producteurs européens ont exploré de nouveaux débouchés, notamment au Moyen-Orient (Arabie saoudite, Émirats arabes unis) et en Afrique du Nord (Maroc).
3. Le basculement vers les mousses rigides et les chocs de prix ponctuels
Le déclin relatif des mousses souples face à la résilience des mousses rigides
La décomposition par sous-position révèle une restructuration profonde du marché. À l'importation, la part des mousses souples (CN 39211310) dans le volume total est passée de 63 % en 2015 à 51 % en 2025, tandis que les mousses rigides (CN 39211390) sont passées de 37 % à 49 %.
| Sous-position | Import. 2015 (kt) | Import. 2021 (kt) | Import. 2025 (kt) | Δ 2015–2025 |
|---|---|---|---|---|
| Souples (39211310) | 15,4 | 39,3 | 21,0 | +36,3 % |
| Rigides (39211390) | 9,1 | 17,5 | 19,8 | +118,6 % |
| Total | 24,5 | 56,9 | 40,8 | +66,9 % |
Les mousses souples ont connu un pic spectaculaire à 39 312 t en 2021, avant de reculer fortement à 21 000 t en 2025. Les mousses rigides, en revanche, ont poursuivi une trajectoire de croissance quasi ininterrompue, doublant de volume sur la décennie. Ce basculement s'explique vraisemblablement par le renforcement des réglementations européennes en matière d'efficacité énergétique des bâtiments, qui stimule la demande de panneaux isolants rigides en PU.
Du côté des exportations, le mouvement est similaire mais moins prononcé :
| Sous-position | Export. 2015 (kt) | Export. 2021 (kt) | Export. 2025 (kt) | Δ 2015–2025 |
|---|---|---|---|---|
| Souples (39211310) | 52,8 | 98,9 | 68,9 | +30,5 % |
| Rigides (39211390) | 55,7 | 73,3 | 76,1 | +36,5 % |
| Total | 108,6 | 172,2 | 145,0 | +33,6 % |
Les mousses rigides dépassent les souples à l'exportation depuis 2022, consolidant leur position dominante.
Un écart de prix persistant entre importations et exportations
Un trait notable du marché est l'écart de prix systématique entre importations et exportations. En 2025, le prix moyen des importations s'établit à 6 153 €/t, contre 4 360 €/t pour les exportations — soit un écart de 41 %. Cet écart se retrouve au niveau de chaque sous-position :
| Segment | Prix import 2025 (€/t) | Prix export 2025 (€/t) | Écart |
|---|---|---|---|
| Souples | 5 268 | 4 132 | +27 % |
| Rigides | 7 088 | 4 566 | +55 % |
Source : Comparaison par sous-position
Cet écart peut s'expliquer par la nature différente des flux : l'UE importerait des produits à plus forte valeur ajoutée ou de spécialités depuis des marchés éloignés (États-Unis, Chine), tout en exportant des produits plus standardisés vers des marchés proches et concurrentiels. Il convient également de noter que le prix import des mousses rigides a progressé de 8,8 % sur la période (de 6 517 à 7 088 €/t), tandis que celui des mousses souples a légèrement reculé (−2,1 %), ce qui pourrait refléter une tension sur l'offre de produits rigides haut de gamme.
Des chocs de prix localisés mais significatifs
L'analyse de la volatilité et des événements de choc met en lumière trois épisodes marquants :
| Choc | Partenaire | Type | Année | Amplitude | Anomalie |
|---|---|---|---|---|---|
| Prix à l'import | Chine | Prix | 2017 | +55,0 % | 256,4 |
| Prix à l'import | Royaume-Uni | Prix | 2019 | −29,3 % | 10,4 |
| Prix à l'export | Émirats arabes unis | Prix | 2018 | +64,7 % | 5,7 |
Le choc le plus extrême concerne les importations en provenance de Chine en 2017, avec une hausse de prix de 55 % et une anomalie statistique de 256 écarts-types — un signal exceptionnel qui pourrait être lié à des restrictions de capacité ou à des hausses de coûts des matières premières en Chine. Le choc de prix au Royaume-Uni en 2019 (−29 %) survient dans un contexte d'incertitude liée au Brexit et de dépréciation de la livre sterling. Ces épisodes, bien que violents, restent géographiquement circonscrits : les flux globaux de l'UE ont fait preuve d'une relative résilience, portée par la diversification des partenaires.
Les coefficients de volatilité les plus élevés concernent des partenaires secondaires — Russie (CV = 1,05), Ukraine (0,98), Albanie (0,98) — tandis que les flux majeurs restent plus stables (États-Unis : CV = 0,08 ; Suisse : 0,10 pour les exportations).
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen du polyuréthane alvéolaire a connu une forte croissance, portée par l'expansion de la base productive (+63 % en volume) et une internationalisation croissante (propension à l'exportation doublée, passant de 6,7 % à 14,3 %). L'UE demeure un exportateur net avec un excédent de 381 M€ en 2025, bien que le pic de 497 M€ atteint en 2023 soit désormais dépassé.
Trois dynamiques structurelles se dégagent : (1) la géographie commerciale s'est profondément reconfigurée, avec l'effondrement du commerce russo-européen et l'émergence de la Turquie, de la Serbie et de la Chine comme partenaires clés ; (2) le segment des mousses rigides a supplanté les mousses souples, tant à l'import qu'à l'export, porté par la transition énergétique du bâtiment ; (3) la concentration des échanges recule, signe d'une meilleure résilience face aux chocs, même si des épisodes de volatilité ponctuelle (Chine 2017, Royaume-Uni 2019) rappellent la persistance de vulnérabilités sur des axes spécifiques.