Évolution du marché : Polypropylène, sous formes primaires (CN 390210) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution des échanges de l'Union européenne avec le reste du monde pour le polypropylène sous formes primaires (code NC 390210) sur la période 2015–2025. Produit pétrochimique fondamental, le polypropylène est un polymère de masse utilisé dans l'emballage, l'automobile, le textile et de nombreux autres secteurs. La période étudiée est marquée par des bouleversements majeurs : crise énergétique, perturbations post-Covid, guerre en Ukraine et sanctions contre la Russie. L'analyse révèle une transformation structurelle profonde de la position commerciale de l'UE, un réaménagement radical des partenaires d'approvisionnement et des épisodes de volatilité prix exceptionnels.
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1. Du surplus au déficit : le basculement de l'UE vers la dépendance importatrice
1.1 Une inversion spectaculaire de la balance commerciale
La trajectoire la plus marquante de cette période est le passage de l'UE d'une position d'exportateur net à celle d'importateur net de polypropylène. En 2015, l'UE dégageait un excédent commercial de +118 M€, qui s'est transformé en un déficit de −627 M€ en 2025, soit un recul relatif de 630 %. Le point culminant du déficit a été atteint en 2021 (−998 M€), année de la crise énergétique.
L'indicateur de dépendance aux importations nettes confirme cette dynamique : il est passé de −9,6 % en 2015 (excédentaire) à +5,5 % en 2025 (déficitaire).
Indicateur de dépendance aux importations nettes
1.2 Des exportations en recul continu, des importations en hausse
Les exportations de l'UE vers le reste du monde ont diminué de manière quasi continue :
| Indicateur | 2015 | 2021 (pic) | 2025 | Évolution 2015→2025 |
|---|---|---|---|---|
| Valeur export (M€) | 1 361 | 1 467 | 1 052 | −22,7 % |
| Quantité export (kt) | 1 027 | 997 | 757 | −26,2 % |
| Valeur import (M€) | 1 243 | 2 464 | 1 679 | +35,1 % |
| Quantité import (kt) | 1 094 | 1 766 | 1 517 | +38,6 % |
Les importations, quant à elles, ont connu un pic exceptionnel en 2021 à 2 464 M€ (1 766 kt), avant de se stabiliser autour de 1 680 M€ en 2024–2025. Les exportations ont atteint leur minimum historique en 2025.
1.3 Une production intérieure en contraction
La production européenne de polypropylène a reculé de 10,3 % sur la période (quantité), passant de 10,1 milliards de kg à 9,0 milliards de kg. Le point bas a été atteint en 2010 (8,1 Mds kg), suivi d'un rebond en 2017 (11,3 Mds kg), avant une nouvelle contraction. En valeur, la production est passée de 9,8 Mds € à 8,7 Mds € (−10,9 %). Ce repli de la capacité de production locale explique en partie l'augmentation des besoins importateurs.
1.4 Des prix divergents entre importations et exportations
Les prix unitaires moyens révèlent une dynamique intéressante :
| Flux | 2015 (€/t) | 2021 (pic, €/t) | 2025 (€/t) | Évolution |
|---|---|---|---|---|
| Export | 1 326 | 1 717 | 1 389 | +4,8 % |
| Import | 1 136 | 1 572 | 1 107 | −2,5 % |
Les prix à l'exportation sont restés structurellement plus élevés que les prix à l'importation (écart de ~280 €/t en 2025), ce qui peut refléter une différenciation de qualité ou de services mais aussi une perte de compétitivité-prix sur les marchés tiers. L'écart tend à se maintenir, les prix à l'exportation affichant une légère hausse tandis que ceux à l'importation ont baissé.
2. Réaménagement géographique des partenaires : sanctions, substitutions et diversification
2.1 Le quasi-effacement de la Russie des importations européennes
La transformation la plus spectaculaire du réseau d'approvisionnement concerne la Russie. Premier fournisseur modéré en 2015 (58 M€), la Russie a connu un pic d'importations en 2021 à 449 M€, devenant ponctuellement le quatrième fournisseur de l'UE. Dès 2022, l'invasion de l'Ukraine et les sanctions qui ont suivi ont provoqué un effondrement : les importations en provenance de Russie sont passées de 449 M€ (2021) à 244 M€ (2022), puis à 0 € (2023), avant de ne se limiter qu'à 0,15 M€ en 2025 (−99,7 %). En volume, la chute est tout aussi brutale : de 349 kt en 2021 à 0,5 kt en 2025.
Les chocs sur la Russie montrent un choc de prix de +34,5 % en 2021 (abnormalité : 5,5) suivi d'un effondrement volumique de −96,7 %.
2.2 L'Arabie saoudite consolide sa position de premier fournisseur
L'Arabie saoudite a renforcé sa position de fournisseur dominant de l'UE, passant de 429 M€ (2015) à 561 M€ (2025), soit +30,8 %. En volume, le pays a augmenté ses livraisons de 412 à 566 kt (+37 %). À elle seule, l'Arabie saoudite représentait 33 % de la valeur des importations de l'UE en 2025, contre 34 % en 2015. Sa volatilité est remarquablement faible (coefficient de variation de 0,10), ce qui en fait un partenaire relativement stable.
2.3 Montée en puissance de la Corée du Sud et de l'Égypte, déclin de l'Inde et du Royaume-Uni
D'autres substitutions notables ont eu lieu :
| Partenaire import | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Arabie saoudite | 429 | 561 | +30,8 % |
| Royaume-Uni | 243 | 192 | −21,2 % |
| Corée du Sud | 127 | 294 | +132,2 % |
| Égypte | 23 | 60 | +160,9 % |
| Inde | 66 | 17 | −74,8 % |
| Afrique du Sud | 27 | 52 | +90,8 % |
La Corée du Sud a doublé sa part (de 127 à 294 M€), l'Égypte a presque triplé la sienne (de 23 à 60 M€). À l'inverse, l'Inde a vu ses exportations vers l'UE divisées par quatre, et le Royaume-Uni a perdu un cinquième de son volume, probablement en lien avec les effets du Brexit.
Évolution des principaux partenaires à l'importation
2.4 Recul marqué des exportations vers la Turquie et le Royaume-Uni
Côté exportations, les deux principaux clients de l'UE ont fortement réduit leurs achats :
| Partenaire export | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Turquie | 442 | 235 | −46,9 % |
| Royaume-Uni | 291 | 169 | −41,9 % |
| Chine | 118 | 120 | +1,9 % |
| Suisse | 101 | 78 | −23,1 % |
| États-Unis | 62 | 78 | +24,6 % |
| Serbie | 28 | 62 | +123,9 % |
La Turquie a perdu près de la moitié de ses achats auprès de l'UE (de 442 à 235 M€), en lien avec le développement de capacités de production propres dans la région. La Serbie a plus que doublé ses importations (de 28 à 62 M€), reflétant l'intégration croissante de cette économie dans la chaîne de valeur européenne.
Évolution des principaux partenaires à l'exportation
2.5 Diminution de la concentration à l'exportation, stabilité relative à l'importation
L'indice de concentration Herfindahl-Hirschman (HHI) fournit une mesure de la diversification des partenaires :
| Flux | HHI 2015 | HHI 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations (valeur) | 1 801 | 1 668 | −7,4 % |
| Exportations (valeur) | 1 698 | 1 092 | −35,7 % |
L'indice HHI des importations est resté relativement stable (autour de 1 500–1 800), tandis que celui des exportations a baissé de manière significative, passant de 1 698 à 1 092. Cette baisse indique une diversification des marchés de destination des exportations européennes, avec un moindre poids relatif des partenaires traditionnels (Turquie, Royaume-Uni) au profit de marchés plus fragmentés (Serbie, Maroc, Israël).
3. Chocs de prix et volatilité : l'empreinte de la crise énergétique de 2021
3.1 L'année 2021 : un choc systémique de prix sur l'ensemble des partenaires
L'année 2021 se distingue nettement comme un point de rupture sur le plan des prix. La hausse des coûts de l'énergie (gaz naturel, naphta) et les déséquilibres d'offre post-Covid ont provoqué des augmentations de prix unitaires anormales sur pratiquement tous les flux :
| Choc de prix (importations) | Abnormalité | Hausse prix | Part dans le commerce |
|---|---|---|---|
| Corée du Sud (2021) | 3,5 | +29,1 % | 16,6 % |
| Royaume-Uni (2021) | 3,2 | +33,9 % | 18,7 % |
| Afrique du Sud (2021) | 2,9 | +50,5 % | 4,2 % |
| Arabie saoudite (2021) | 2,6 | +31,2 % | 41,1 % |
| Égypte (2021) | 2,5 | +41,0 % | 6,8 % |
| Inde (2021) | 2,4 | +39,9 % | 4,5 % |
À l'exportation, des chocs de prix similaires ont été observés pour les flux vers la Chine (+42,2 % en 2022, abnormalité 4,8), la Serbie (+47,5 % en 2021, abnormalité 3,9) et la Turquie (+32,7 % en 2021). Les prix ont commencé à se normaliser à partir de 2023, sans retrouver intégralement leurs niveaux d'avant-crise.
3.2 Volatilité contrastée selon les partenaires
Le coefficient de variation des quantités importées varie considérablement selon les fournisseurs, ce qui a des implications directes pour la gestion des risques de la chaîne d'approvisionnement :
| Partenaire (imports) | Coefficient de variation |
|---|---|
| Arabie saoudite | 0,10 (faible) |
| Royaume-Uni | 0,25 (modéré) |
| Corée du Sud | 0,25 (modéré) |
| Inde | 0,43 (élevé) |
| Égypte | 0,58 (élevé) |
| Brésil | 0,90 (très élevé) |
| Russie | 1,02 (extrêmement élevé) |
| Viêt Nam | 1,34 (extrêmement élevé) |
Voir la volatilité des partenaires
L'Arabie saoudite se distingue comme le partenaire le plus stable (CV = 0,10), tandis que la Russie (CV = 1,02) et le Viêt Nam (CV = 1,34) présentent des niveaux de volatilité extrêmes. L'Égypte et l'Inde, bien que fournisseurs importants, présentent également une volatilité notable qui pourrait constituer un facteur de risque pour les acheteurs européens.
3.3 Les États membres : des spécialisations hétérogènes
En 2025, les indicateurs de spécialisation révèlent une répartition inégale de la production de polypropylène au sein de l'UE :
| État membre | RSCA | Part prod. UE | Part commerce UE |
|---|---|---|---|
| Grèce | +0,64 | 3,0 % | 0,7 % |
| Belgique | +0,45 | 22,1 % | 8,5 % |
| Slovaquie | +0,38 | 4,7 % | 2,1 % |
| Finlande | +0,34 | 2,0 % | 1,0 % |
| Espagne | +0,14 | 7,7 % | 5,8 % |
| Allemagne | −0,02 | 20,2 % | 21,2 % |
| Portugal | −0,69 | 0,3 % | 1,4 % |
| Estonie | −0,96 | 0,01 % | 0,3 % |
La Belgique est de loin le premier producteur (22,1 % de la production UE), suivie de l'Allemagne (20,2 %) et de la France (9,4 %). La Grèce affiche le plus fort indice de spécialisation (RSCA = 0,64), signe d'une concentration sectorielle forte sur ce produit au sein de son appareil productif, bien que sa part dans la production européenne soit modeste.
Carte de spécialisation des États membres
Conclusion
L'analyse du commerce de l'UE en polypropylène sous formes primaires sur la période 2015–2025 révèle une triple transformation structurelle. Premièrement, l'UE est passée d'une position excédentaire à déficitaire, son déficit commercial atteignant 627 M€ en 2025, sous l'effet combiné d'une contraction des exportations (−22,7 %) et d'une augmentation des importations (+35,1 %). Deuxièmement, le réseau de partenaires s'est radicalement réaménagé : l'effacement de la Russie après 2022 a été partiellement compensé par la consolidation de l'Arabie saoudite et la montée de fournisseurs comme la Corée du Sud, l'Égypte et l'Afrique du Sud, tandis que les exportations vers la Turquie et le Royaume-Uni ont fortement reculé. Troisièmement, la crise énergétique de 2021 a laissé une empreinte durable sous forme de prix élevés et d'une volatilité accrue, avec des chocs de prix dépassant +30 % sur de nombreux partenaires.
Ces évolutions soulignent la vulnérabilité de l'UE dans ce secteur stratégique. La dépendance croissante vis-à-vis de fournisseurs lointains (Arabie saoudite, Corée du Sud), la fragilisation de la production intérieure et la concentration des importations entre peu de mains (l'Arabie saoudite représentant à elle seule un tiers des importations) constituent autant de facteurs de risque pour la sécurité d'approvisionnement européenne en polypropylène.