Évolution du marché : Pneus tourisme (CN 401110) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 401110 couvre les pneumatiques neufs en caoutchouc destinés aux voitures de tourisme, breaks et voitures de course. Entre 2015 et 2025, le commerce extérieur de l'Union européenne sur ce produit a connu des transformations profondes. Les importations ont bondi de 56 % en valeur (passant de 3,91 à 6,10 milliards d'euros), tandis que les exportations n'ont progressé que de 22 % (de 4,54 à 5,54 milliards d'euros), provoquant un retournement spectaculaire de la balance commerciale. Ce rapport identifie et analyse trois grandes dynamiques qui ont façonné ce marché sur la décennie : l'expansion massive des importations sous l'impulsion de la Chine, le basculement structurel vers le déficit commercial, et les chocs géopolitiques qui ont reconfiguré les flux d'approvisionnement et révélé les vulnérabilités du secteur.
Les données proviennent du tableau de bord du commerce extérieur de l'UE.
1. Une explosion des importations tirée par la domination croissante de la Chine
Les importations ont doublé en volume tandis que les exportations reculaient
Sur la période 2015–2025, les importations de l'UE en pneumatiques tourisme hors-UE ont connu une croissance remarquable. En volume, elles sont passées de 992 630 à 1 468 205 tonnes (+47,9 %), alors que les exportations ont fléchi de 833 185 à 748 280 tonnes (−10,2 %). En valeur, l'écart est encore plus prononcé : les importations ont bondi de 3,91 à 6,10 milliards d'euros (+56,1 %) contre une progression plus modeste des exportations de 4,54 à 5,54 milliards d'euros (+22,1 %).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Valeur des importations (Mds €) | 3,91 | 6,10 | +56,1 |
| Volume des importations (k tonnes) | 993 | 1 468 | +47,9 |
| Valeur des exportations (Mds €) | 4,54 | 5,54 | +22,1 |
| Volume des exportations (k tonnes) | 833 | 748 | −10,2 |
La tendance est claire : l'UE absorbe des volumes croissants de pneumatiques neufs tout en exportant moins de tonnes, signe d'une perte progressive de compétitivité à l'export ou d'une spécialisation vers des segments à plus forte valeur ajoutée.
La Chine, moteur quasi exclusif de la hausse des importations
Parmi les partenaires commerciaux de l'UE, la Chine se distingue nettement. Les importations en provenance de Chine ont été multipliées par trois, passant de 947 millions à 2,81 milliards d'euros (+196,4 %). En volume, elles ont plus que doublé, de 330 939 à 860 341 tonnes. En 2025, la Chine représente à elle seule 46,0 % de la valeur totale des importations de l'UE en pneumatiques tourisme, contre 24,2 % en 2015.
| Partenaire | Valeur import 2015 (M€) | Valeur import 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Chine | 947 | 2 807 | +196,4 |
| Corée du Sud | 418 | 1 000 | +139,0 |
| Turquie | 260 | 514 | +98,2 |
| Serbie | 169 | 477 | +182,2 |
| Royaume-Uni | 710 | 178 | −74,9 |
| Japon | 306 | 278 | −9,4 |
| Russie | 318 | 0 | −100,0 |
Les données du graphique des partenaires montrent que la croissance chinoise s'est accélérée à partir de 2021, avec un bond de 2,09 à 2,81 milliards d'euros entre 2022 et 2025. La Corée du Sud (+139 %) et la Serbie (+182 %) ont également connu des hausses significatives, tandis que le Royaume-Uni a vu ses exportations vers l'UE s'effondrer de 710 à 178 millions d'euros (−74,9 %), probablement en raison du Brexit.
Une concentration des importations en forte augmentation
L'indice Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations a été multiplié par deux, passant de 1 272 en 2015 à 2 568 en 2025 (+101,9 %). Ce chiffre reflète un marché d'importation de plus en plus dominé par un petit nombre de fournisseurs, principalement la Chine. En volume, le HHI est passé de 1 631 à 3 683 (+125,8 %), confirmant la tendance à la concentration des sources d'approvisionnement.
En revanche, le HHI des exportations est resté relativement stable (de 1 281 à 1 182, soit −7,8 %), indiquant une base de destinations d'exportation plus diversifiée.
2. L'inversion de la balance commerciale et la montée en gamme des prix
D'un excédent structurel à un déficit historique
La transformation la plus marquante de cette décennie est le retournement de la balance commerciale. En 2015, l'UE affichait un excédent de 630 millions d'euros sur les pneumatiques tourisme. En 2025, elle enregistre un déficit de 559 millions d'euros, un basculement de −188,8 %. Le déficit a commencé à apparaître dès 2022 (−1,26 % de la production, indicateur de dépendance nette aux importations) avant de se creuser brutalement en 2025, où le ratio de dépendance nette atteint 1,16 %.
| Année | Balance commerciale (Mds €) | Dépendance nette (%) |
|---|---|---|
| 2015 | +0,63 | +0,57 |
| 2019 | +0,29 | −2,44 |
| 2020 | +0,32 | −3,30 |
| 2022 | +0,16 | −1,26 |
| 2024 | −0,18 | −4,49 |
| 2025 | −0,56 | +1,16 |
L'année 2020 (crise Covid) n'a que temporairement interrompu la tendance : l'excédent s'est maintenu à 318 millions d'euros, porté par un recul plus marqué des importations (−14,1 %) que des exportations (−12,5 %).
Les prix à l'exportation augmentent nettement plus vite que les prix à l'importation
Un autre phénomène notable est la divergence des dynamiques de prix entre importations et exportations. Le prix moyen à l'exportation a bondi de 5 443 à 7 400 €/tonne (+36,0 %), tandis que le prix moyen à l'importation n'a progressé que de 3 935 à 4 152 €/tonne (+5,5 %).
| Indicateur de prix (€/tonne) | 2015 | 2020 | 2025 | Variation 2015–2025 |
|---|---|---|---|---|
| Prix moyen export | 5 443 | 5 315 | 7 400 | +36,0 % |
| Prix moyen import | 3 935 | 3 580 | 4 152 | +5,5 % |
| Écart export/import | 1 508 | 1 735 | 3 248 | — |
L'écart de prix entre les pneumatiques exportés et importés s'est considérablement creusé, passant de 1 508 à 3 248 €/tonne. Cela suggère que les exportations européennes se concentrent sur des pneumatiques de segments supérieurs (premium, performance), tandis que les importations — notamment chinoises — couvrent des gammes plus accessibles. La propension à exporter est passée de 21,3 % à 37,6 % en 2024, ce qui confirme que l'UE reste un acteur exportateur majeur, mais sur des produits à plus forte valeur unitaire.
La production européenne maintient sa valeur malgré un recul des volumes
Les données de production intra-européenne confirment cette montée en gamme. Les volumes produits dans l'UE ont diminué de 263 millions d'unités en 2015 à 255 millions en 2024 (−3,4 %), tandis que la valeur de la production a bondi de 11,1 à 14,8 milliards d'euros (+33 %). Le prix unitaire de production est passé de 42,3 à 58,2 €/unité (+37,6 %), indiquant un passage vers des pneumatiques plus sophistiqués et coûteux à produire.
3. Chocs géopolitiques, réorientation des flux et spécialisation intra-européenne
L'effondrement des échanges avec la Russie : un choc d'approvisionnement sans précédent
La dynamique la plus spectaculaire en termes de chocs d'approvisionnement est l'éviction totale de la Russie des échanges bilatéraux. Les importations de l'UE en provenance de Russie sont passées de 318 millions d'euros en 2015 à quasi-zéro en 2025 (−100 %). En volume, le déclin a été progressif mais radical : de 71 742 tonnes en 2015 à 54 344 en 2022, puis à seulement 32 tonnes en 2023. L'analyse des chocs détecte cet événement comme une « sortie de marché » complète, avec une anormalité de 5,4 et un décalage de volume de −100 %.
Côté exportations, les ventes de pneumatiques européens vers la Russie ont chuté de 32 146 à 1 998 tonnes. Un choc de prix à l'exportation a été détecté en 2023 (anormalité de 12,8, décalage de prix de +129,3 %), reflétant probablement la composition résiduelle des flux (produits de niche, volumes très faibles avec des prix unitaires déformés). Le prix unitaire à l'exportation vers la Russie a bondi de 5 266 à 11 271 €/tonne entre 2022 et 2023.
Un choc de prix sur les importations chinoises en 2022, suivi d'une accélération des volumes
L'analyse des chocs de prix identifie un événement significatif sur les importations chinoises en 2022 : le prix moyen a bondi de 33,1 % (de 2 990 à 3 742 €/tonne), avec une anormalité de 3,7. Ce choc reflète probablement les perturbations des chaînes logistiques post-Covid et la hausse des coûts de transport maritime. Toutefois, ce choc n'a pas freiné la progression des volumes : les importations en provenance de Chine sont passées de 559 475 tonnes en 2022 à 860 341 tonnes en 2025, une accélération de la part de marché chinoise malgré — ou peut-être grâce à — la correction des prix à la baisse en 2023–2024.
La reconfiguration des destinations d'exportation : montée des États-Unis, de la Turquie et de la Suisse
Les exportations de l'UE se sont réorientées au cours de la décennie. Le Royaume-Uni reste le premier client mais son poids a diminué (de 1 153 à 973 millions d'euros, −15,6 %), effet probable du Brexit. Les États-Unis sont devenus la destination la plus dynamique, avec une progression de 980 à 1 400 millions d'euros (+42,8 %). La Turquie (+81,9 %), la Suisse (+52,3 %) et le Canada (+77,0 %) ont également connu des hausses marquées. Ces déplacements de flux témoignent d'une diversification géographique des exportations européennes, compensant partiellement la perte du marché britannique.
Une spécialisation contrastée au sein de l'UE
La carte de spécialisation révèle une Europe à deux vitesses. La Roumanie (RSCA = 0,68, RCA = 5,34), le Portugal (RSCA = 0,56, RCA = 3,54) et la Hongrie (RSCA = 0,51, RCA = 3,04) concentrent une part disproportionnée de la production par rapport à leur poids économique global. Inversement, Malte (RSCA = −1,00), l'Irlande (RSCA = −0,99) et la Bulgarie (RSCA = −0,88) sont les États membres les moins spécialisés.
| État membre | RSCA (2025) | RCA (2025) | Part de production |
|---|---|---|---|
| Roumanie | 0,6845 | 5,3394 | 8,9 % |
| Portugal | 0,5599 | 3,5449 | 4,9 % |
| Hongrie | 0,5051 | 3,0415 | 8,2 % |
| Slovaquie | 0,3919 | 2,2891 | 4,8 % |
| Tchéquie | 0,3129 | 1,9110 | 9,2 % |
| Allemagne | −0,1209 | 0,7843 | 16,6 % |
| France | −0,0682 | 0,8724 | 6,8 % |
| Italie | −0,1314 | 0,7678 | 6,2 % |
L'Allemagne demeure le premier producteur de l'UE (16,6 % de la production), mais avec un RSCA négatif (−0,12), ce qui indique qu'elle n'est pas spécialisée dans les pneumatiques tourisme par rapport à son profil d'exportation global. Les pays d'Europe centrale et orientale (Roumanie, Hongrie, Slovaquie, Tchéquie) émergent comme les véritables pôles de spécialisation pneumatique du continent.
Conclusion
La période 2015–2025 marque un tournant structurel pour le marché européen des pneumatiques tourisme. L'Union européenne est passée d'une position excédentaire à une situation déficitaire, sous l'effet conjugué d'une explosion des importations chinoises (+196 % en valeur) et d'un recul des volumes exportés (−10 %). La concentration des approvisionnements a doublé en dix ans, créant une dépendance croissante vis-à-vis de la Chine, qui représente désormais près de la moitié des importations.
Parallèlement, l'industrie européenne s'est engagée dans une montée en gamme : les prix à l'exportation ont progressé de 36 % et la valeur de la production intra-européenne a bondi de 33 % malgré un recul des volumes produits. Les chocs géopolitiques — en premier lieu l'éviction de la Russie — ont reconfiguré les flux commerciaux, tandis que la spécialisation se déplace vers les pays d'Europe centrale et orientale. L'enjeu pour la prochaine décennie sera de concilier la compétitivité prix des productions asiatiques avec le maintien d'une base industrielle européenne capable de répondre à la transition vers la mobilité électrique, qui modifiera les exigences en matière de pneumatiques.