Évolution du marché : Plateformes de forage (CN 890520) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 890520 couvre les plates-formes de forage ou d'exploitation, flottantes ou submersibles. Il s'agit d'un produit de niche, hautement spécialisé et à forte valeur unitaire, intimement lié aux cycles d'investissement dans l'exploration et la production pétrolières et gazières offshore, ainsi qu'aux projets d'énergies marines renouvelables (éolien offshore). La présente note analytique examine l'évolution des échanges commerciaux de l'Union européenne avec le reste du monde sur la période 2015–2025, en s'appuyant sur les données du Trade Dashboard.
I. Un marché dominé par les exportations, marqué par une érosion de la valeur
L'UE est structurellement exportatrice nette de plates-formes de forage. Les flux sortants représentent plusieurs ordres de grandeur au-dessus des flux entrants, avec un excédent commercial persistant — bien que fortement dégradé.
L'excédent commercial recule de 60 % sur la décennie
Le solde commercial de l'UE pour le code 890520 est passé de +451,5 millions d'euros en 2015 à +180,0 millions d'euros en 2025, soit une contraction de -60,1 %. La trajectoire n'a toutefois pas été linéaire : le solde a atteint un maximum de +858,8 millions d'euros avant de replonger, et a même enregistré un creux historique négatif de -692,4 millions d'euros, signe d'une année où les importations ont temporairement dépassé les exportations.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Min | Max | Variation |
|---|---|---|---|---|---|
| Exportations (M€) | 464,1 | 187,8 | 31,2 | 871,6 | −59,5 % |
| Importations (M€) | 12,6 | 7,7 | 0,4 | 755,1 | −38,7 % |
| Solde (M€) | +451,5 | +180,0 | −692,4 | +858,8 | −60,1 % |
Source : Vue d'ensemble des échanges
Le nombre de plates-formes exportées augmente, mais leur valeur unitaire chute
Un paradoxe notable émerge des données. Le nombre de pièces exportées par l'UE (quantité supplémentaire) est passé de 210 unités en 2015 à 243 unités en 2025, en hausse de +15,7 %. Sur l'ensemble de la période, le maximum a même atteint 1 890 unités. En revanche, le prix moyen par plate-forme exportée s'est effondré : de 2,20 millions d'euros par pièce en 2015, il est tombé à 0,77 million d'euros par pièce en 2025, soit un recul de -64,9 %. Cela suggère que les plates-formes exportées par l'UE sont en moyenne plus petites, moins complexes ou moins onéreuses qu'en début de période — possiblement des unités modulaires ou des équipements associés plutôt que des grandes installations clé en main.
Un pic d'importations exceptionnel révèle une dépendance ponctuelle
Le maximum historique des importations, à 755,1 millions d'euros, contraste fortement avec les niveaux habituels (quelques millions d'euros par an). Un tel pic, visible notamment via le poids du Danemark dans les importations (maximum de 592,9 millions d'euros) et l'entrée du Royaume-Uni comme fournisseur majeur, peut refléter l'acquisition d'une plate-forme de grande valeur auprès de constructeurs non européens. Ce type d'événement isolé traduit la nature très irrégulière de ce marché : quelques transactions de grande taille suffisent à bouleverser les agrégats annuels.
II. Une géographie commerciale en recomposition
La structure géographique des échanges a profondément évolué entre 2015 et 2025, tant du côté des partenaires commerciaux que des États membres de l'UE qui enregistrent les flux.
Les Pays-Bas restent le premier exportateur mais voient leur part s'effriter
Les Pays-Bas ont longtemps été le cœur de l'exportation européenne de plates-formes de forage, avec un maximum de 842,5 millions d'euros. Cependant, leur valeur exportée en 2025 ne s'élève plus qu'à 47,2 millions d'euros, en recul de -89,6 % par rapport à leur niveau initial. Cette dégradation pourrait refléter des reports de commandes vers d'autres chantiers navals ou la fin de programmes d'exportation spécifiques.
L'Italie émerge comme le nouvel acteur majeur
À l'inverse, l'Italie a connu une croissance spectaculaire : ses exportations sont passées de 0,5 million d'euros en 2015 à 139,4 millions d'euros en 2025, soit une progression de +28 636 %. L'Italie est ainsi devenue le premier exportateur de plates-formes de l'UE, devançant désormais les Pays-Bas. Cette dynamique est vraisemblablement liée à la montée en puissance des chantiers navals italiens (notamment dans le secteur de l'éolien offshore et des FPSO).
| État membre | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Pays-Bas | 453,1 | 47,2 | −89,6 % |
| Italie | 0,5 | 139,4 | +28 636 % |
| Roumanie | 32,0 | — | — |
| Danemark | 0,008 | 0,04 | +364 % |
| Pologne | 5,3 | 0,6 | −88,9 % |
Source : Principaux États membres exportateurs
Les partenaires d'exportation se diversifient vers de nouveaux bassins pétroliers
Côté destinations, la Corée du Sud est devenue un client important (de 1,1 million à 40,0 millions d'euros, soit +3 680 %), tandis que l'Égypte et le Gabon apparaissent dans les principaux partenaires. L'Afrique de l'Ouest et le bassin latino-américain (Brésil, Guyane) restent des marchés récurrents pour les plates-formes flottantes, conformément à la géographie des projets offshore en eaux profondes. Singapour, ancien partenaire significatif (max. 26,0 M€), a quasiment disparu des flux en 2025.
| Partenaire | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Corée du Sud | 1,1 | 40,0 | +3 680 % |
| Égypte | 0,01 | 0,4 | +3 839 % |
| Gabon | 11,8 | 1,8 | −84,6 % |
| Singapour | 1,0 | 0,003 | −99,7 % |
Source : Principaux partenaires d'exportation
Le Royaume-Uni émerge comme fournisseur majeur côté importations
Les importations de l'UE proviennent historiquement de petits fournisseurs fragmentés (Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Pérou, Sénégal). Le Royaume-Uni, quasi absent en 2015 (0,1 million d'euros), a grimpé à 6,4 millions d'euros en 2025 (+5 518 %). En parallèle, les importations en provenance de Russie se sont totalement taries (de 2,1 M€ à zéro), probablement en lien avec les sanctions commerciales post-2022.
III. Un marché de plus en plus concentré et dominé par quelques spécialistes
La structure de concentration et la spécialisation sectorielle des États membres confirment que ce marché repose sur un nombre restreint d'acteurs capables de concevoir et construire de telles plateformes.
La concentration des échanges s'accroît des deux côtés
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) mesure la concentration d'un marché. Sur la période, le HHI des importations a augmenté de +61,1 % (de 4 767 à 7 680), et celui des exportations de +27,7 % (de 4 748 à 6 063). Ces niveaux indiquent un marché modérément à fortement concentré, avec une tendance au resserrement. Cela signifie que le commerce se fait avec un nombre de plus en plus restreint de partenaires et d'exportateurs : quelques grandes transactions suffisent désormais à dominer les flux annuels.
| Indice HHI | Début | Fin | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations | 4 767 | 7 680 | +61,1 % |
| Exportations | 4 748 | 6 063 | +27,7 % |
Source : Concentration du marché
La Lettonie se distingue comme le pays le plus spécialisé, mais de manière marginale
Les données de spécialisation (RSCA) révèlent un profil inattendu. La Lettonie affiche le ratio de spécialisation le plus élevé (RSCA de 0,99), avec une part de production de 89,5 % dans ce secteur. Toutefois, sa part dans le total des échanges de l'UE n'est que de 0,3 %, ce qui signifie que sa « spécialisation » reflète une activité très localisée et de faible ampleur absolue. La République tchèque et le Luxembourg suivent avec des niveaux de spécialisation modérés (RSCA de 0,19 et 0,09 respectivement).
À l'inverse, la France et la Suède affichent des indices de spécialisation fortement négatifs (RSCA de −0,91 et −0,95), indiquant qu'ils importent bien plus qu'ils n'exportent dans ce segment, ce qui est cohérent avec la présence de grands opérateurs de forage offshore dans ces pays mais une moindre capacité de construction locale.
Source : Spécialisation des États membres
L'absence de données de production européenne empêche une analyse complète de la chaîne de valeur
Aucun code PRODCOM n'est associé au code NC 890520, ce qui empêche de mesurer la production nationale des États membres et donc de calculer un taux de dépendance aux importations fiable. Cette lacune statistique est fréquente pour les biens de grande taille, fabunités sur commande et dont le cycle de production s'étale sur plusieurs années.
Conclusion
Le marché européen des plates-formes de forage (CN 890520) est passé d'une phase d'expansion au milieu des années 2015 à une phase de contraction et de restructuration. L'excédent commercial, bien que toujours positif, s'est considérablement réduit sous l'effet d'une baisse de la valeur unitaire exportée et d'une moindre contribution des Pays-Bas. L'Italie est devenue le nouveau moteur des exportations européennes, tandis que la Corée du Sud s'impose comme un partenaire commercial majeur.
La nature sporadique des transactions (quelques plates-formes de grande valeur suffisent à faire basculer les statistiques annuelles), la forte concentration croissante et la disparition des flux en provenance de Russie après 2022 sont autant de caractéristiques qui définissent ce marché étroitement lié aux cycles d'investissement dans l'énergie offshore. À l'horizon 2025, l'accélération des projets d'éolien offshore pourrait modifier la nature même des plates-formes concernées par ce code douanier, avec une demande croissante pour des navires-grues et des unités d'installation plutôt que pour des plates-formes de forage pétrolier traditionnelles.