Explorer les données en direct

Évolution du marché : Plastiques divers (CN 392690) — 2015–2025

Introduction

Le code NC 392690 désigne une catégorie résiduelle et hétérogène d'« ouvrages en matières plastiques » n'entrant dans aucune des sous-positions plus spécifiques du chapitre 39 (392610 à 392640). Il englobe aussi bien des paniers de filtration pour égouts (39269050), des écrans faciaux de protection (39269060), que l'essentiel de la sous-position — une masse d'articles plastiques industriels, techniques et courants (39269097).

Sur la période 2015–2025, les échanges de l'UE avec le reste du monde sur ce code ont connu une trajectoire ascendante marquée, avec des phases d'accélération, de choc et de restructuration géographique. Les exportations sont passées de 6,1 à 10,2 milliards d'euros (+67 %) et les importations de 5,3 à 8,9 milliards d'euros (+70 %). Ce rapport propose d'analyser les grandes dynamiques de ce marché en trois temps : la croissance structurelle et les chocs conjoncturels, la concentration croissante des approvisionnements autour de la Chine et de quelques partenaires clés, puis les signaux de vulnérabilité et de recomposition de la position européenne.

Voir la vue d'ensemble complète sur le tableau de bord


1. Une trajectoire de croissance longue, ponctuée d'un basculement prix-quantité après 2020

1.1. La valeur des échanges a progressé deux fois plus vite que les volumes

Entre 2015 et 2025, les exportations de l'UE ont gagné 67 % en valeur mais seulement 11,2 % en quantité (de 576 575 à 641 306 tonnes). Côté importations, la hausse atteint 70 % en valeur contre 37,9 % en volume (de 670 150 à 923 809 tonnes). L'écart entre dynamique de valeur et dynamique de volume traduit une hausse généralisée des prix unitaires :

Indicateur 2015 2025 Variation
Exportations — valeur (Md€) 6,1 10,2 +67,0 %
Exportations — quantité (kt) 576,6 641,3 +11,2 %
Exportations — prix unitaire (€/kg) 10,59 15,89 +50,1 %
Importations — valeur (Md€) 5,3 8,9 +70,0 %
Importations — quantité (kt) 670,1 923,8 +37,9 %
Importations — prix unitaire (€/kg) 7,84 9,67 +23,3 %

Les prix à l'exportation ont progressé deux fois plus vite que les prix à l'importation (+50 % contre +23 %), ce qui suggère que les ouvrages plastiques européens se sont repositionnés vers des segments à plus forte valeur ajoutée. Le différentiel de prix unitaire export/import est ainsi passé de 35 % à 64 % en dix ans.

1.2. Le choc de 2020 et le rebond accéléré de 2021–2022

L'année 2020 marque une rupture visible dans les volumes :

2019 2020 2021 2022
Exportations (kt) 676 382 622 900 671 992 651 321
Importations (kt) 833 568 775 283 909 604 928 372
Exportations (Md€) 7,83 7,69 8,83 9,68
Importations (Md€) 6,76 6,73 8,15 9,20

Les exportations reculent de 7,9 % en volume en 2020, mais remontent dès 2021. Les importations, après un repli de 7,0 %, bondissent de 17,3 % en 2021 puis de 2,1 % supplémentaires en 2022. Ce rebond asymétrique — les importations retrouvent et dépassent leur niveau d'avant-crise plus vite que les exportations — illustre une dépendance accrue de l'UE vis-à-vis des fournisseurs extérieurs dans la phase de reprise post-Covid.

1.3. Une croissance portée par des prix structurellement plus élevés

La hausse des prix unitaires n'est pas limitée au pic de 2022 : elle se poursuit de manière quasiment ininterrompue sur l'ensemble de la période. Le prix unitaire à l'exportation passe de 10 586 €/t en 2015 à 15 894 €/t en 2025, sans jamais reculer significativement. Les prix à l'importation, plus volatils, culminent en 2022 (10 285 €/t) avant de refluer légèrement. Ce mouvement de fond reflète à la fois l'inflation des coûts des matières premières plastiques, la montée en gamme des produits échangés et, pour les exportations, le renforcement de la position de l'UE sur des niches à haute valeur ajoutée.


2. Une dépendance croissante vis-à-vis de la Chine dans les importations, contrastée par un rééquilibrage des exportations

2.1. La Chine consolide sa position de premier fournisseur

La part de la Chine dans les importations de l'UE sur le code 392690 n'a cessé de croître. En valeur, les importations en provenance de Chine sont passées de 1,93 Md€ en 2015 à 3,81 Md€ en 2025 (+97 %), avec un pic à 4,31 Md€ en 2022. En volume, la progression est de 345 164 à 550 014 tonnes (+59 %).

Fournisseur 2015 (Md€) 2025 (Md€) Variation
Chine 1,93 3,81 +97,5 %
États-Unis 0,83 1,19 +43,9 %
Royaume-Uni 0,67 0,77 +14,8 %
Suisse 0,42 0,63 +52,5 %
Turquie 0,13 0,28 +121,5 %
Vietnam 0,12 0,15 +26,1 %
Israël 0,11 0,13 +15,4 %

La Chine représentait 36,7 % des importations de l'UE en 2015 ; elle en représente 42,6 % en 2025. Sa croissance est nettement plus rapide que celle de tous les autres fournisseurs majeurs, ce qui accentue la concentration des approvisionnements.

2.2. La concentration des importations s'aggrave, celle des exportations diminue

L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI), qui mesure la concentration d'un flux commercial, confirme cette asymétrie :

2015 2025 Variation
HHI importations (valeur) 1 877 2 215 +18,0 %
HHI exportations (valeur) 803 716 −10,8 %

L'HHI des importations passe de 1 877 à 2 215, ce qui le rapproche du seuil de 2 500 souvent retenu pour caractériser un marché modérément concentré. En 2022, il atteignait même 2 514. À l'inverse, l'HHI des exportations diminue de 10,8 %, signe que l'UE diversifie progressivement ses débouchés à l'exportation.

Analyse de la concentration par pays

2.3. Les exportations s'orientent vers les marchés à fort potentiel

Les sept premiers partenaires à l'exportation présentent des trajectoires contrastées :

Destination 2015 (Md€) 2025 (Md€) Variation
États-Unis 1,00 1,73 +73,2 %
Royaume-Uni 1,01 1,21 +20,1 %
Suisse 0,50 0,89 +76,8 %
Chine 0,59 1,01 +70,6 %
Norvège 0,20 0,31 +53,5 %
Turquie 0,28 0,42 +52,9 %
Maroc 0,13 0,35 +173,8 %

Le Maroc (+173,8 %), les États-Unis (+73,2 %) et la Suisse (+76,8 %) affichent les progressions les plus spectaculaires. L'UE a ainsi renforcé sa présence sur des marchés de proximité (Maroc, Turquie, Norvège) comme sur des marchés lointains à forte valeur (États-Unis, Chine), contribuant à la baisse de concentration observée.

2.4. L'Allemagne demeure le moteur du commerce intra-UE

Au sein de l'UE, l'Allemagne domine tant à l'import qu'à l'export :

État membre Importations 2015 (Md€) Importations 2025 (Md€) Variation Exportations 2015 (Md€) Exportations 2025 (Md€) Variation
Allemagne 1,45 2,12 +46,4 % 2,39 4,04 +69,0 %
France 0,79 1,30 +63,5 % 0,66 1,16 +74,9 %
Pays-Bas 0,62 1,15 +84,7 % 0,38 0,71 +86,4 %
Italie 0,42 0,60 +42,0 % 0,81 1,11 +37,7 %
Pologne 0,20 0,55 +168,2 % 0,19 0,37 +93,6 %
Tchéquie 0,18 0,43 +139,5 %
Belgique 0,33 0,40 +21,4 % 0,31 0,39 +26,6 %

L'Allemagne concentre à elle seule 39,5 % des exportations intra-UE et 23,8 % des importations intra-UE de ce code. La Pologne (+168 % en importations, +94 % en exportations) et les Pays-Bas (+85 % et +86 %) apparaissent comme les moteurs secondaires de la croissance, reflétant la montée en puissance de l'Europe centrale et orientale comme pôle de production et de réexportation d'ouvrages plastiques.

Voir les partenaires clés par pays


3. Du quasi-équilibre à la dépendance nette : signaux de vulnérabilité et restructuration de l'offre européenne

3.1. L'UE a basculé d'une position d'exportateur net à un quasi-équilibre commercial

Le solde commercial de l'UE sur le code 392690 est resté positif sur toute la période, mais il s'est considérablement réduit en termes relatifs :

Année Solde (Md€) Dépendance nette aux importations (%)
2015 0,85 −1,1 %
2018 1,15 −11,4 %
2019 1,06 −12,2 %
2021 0,68
2022 0,48
2025 1,26 −0,1 %

L'indicateur de dépendance nette aux importations, qui mesure le poids des importations nettes par rapport à la consommation apparente, est passé de −1,1 % en 2015 à −0,1 % en 2025 — c'est-à-dire quasi-zéro. L'UE n'est plus structurellement exportatrice nette de ces produits. Cette évolution s'explique par la croissance des importations en volume (+37,9 %) qui a largement dépassé celle des exportations (+11,2 %).

3.2. La production européenne a connu des fluctuations extrêmes

Les données de production PRODCOM révèlent une trajectoire très erratique :

Année Production volume (kt) Production valeur (Md€) Prix moyen (€/kg)
2015 142,7 0,91 6,41
2020 236,8 1,64 6,94
2021 701,7 21,63 30,82
2022 724,2 24,41 33,71
2023 423,3 22,43 53,00
2024 294,3 22,38 76,03

Le bond spectaculaire observé en 2021–2022 (volume multiplié par 3 à 5, valeur multipliée par plus de 20) reflète vraisemblablement l'incorporation de nouvelles lignes de produits dans le périmètre statistique (notamment les écrans faciaux 39269060, dont la sous-position n'existait pas avant 2021) et des effets de prix liés à l'inflation des matières premières. Le prix moyen de production passe de 6,94 €/kg en 2020 à 76,03 €/kg en 2024, une progression qui témoigne autant de changements dans la composition du panier produit que d'une véritable inflation des coûts.

La production en volume recule fortement à partir de 2023 (de 724 à 294 kt), suggérant un ajustement après le pic pandémique ou des difficultés de compétitivité face aux importations asiatiques.

3.3. Les chocs de prix révèlent une vulnérabilité concentrée sur quelques partenaires

L'analyse de volatilité met en lumière deux chocs de prix significatifs côté importations :

  • Vietnam (2022) : augmentation de prix de +35,6 % par rapport à la baseline, avec un indice d'anomalie de 7,2 (significativement au-delà de la volatilité habituelle). En volume, les importations depuis le Vietnam n'ont pas connu de rupture (CV = 0,12), mais le prix unitaire est passé de 2 971 €/t (2020) à 4 174 €/t (2022), avant de refluer à 3 744 €/t en 2024.

  • Royaume-Uni (2020) : augmentation de prix de +22,9 % combinée à une chute de volume de −21,5 %. Les volumes importés depuis le Royaume-Uni n'ont jamais retrouvé leur niveau d'avant-Brexit : ils passent de 106 576 t en 2019 à 66 328 t en 2025 (−37,8 %). Le prix unitaire, lui, a bondi de 7 467 à 11 632 €/t (+55,8 %), ce qui compense partiellement la perte de volume en valeur mais reflète un appauvrissement de l'offre importée (moins de volume, mais plus cher — possiblement des produits à plus haute valeur ajoutée ou un surcoût lié aux nouvelles barrières douanières post-Brexit).

Côté exportations, la Russie présente la plus forte volatilité (CV = 0,43), liée à un effondrement des volumes à partir de 2022 : les exportations vers la Russie passent de 27 810 t en 2021 à 7 311 t en 2025 (−73,7 %), conséquence directe des sanctions économiques imposées après l'invasion de l'Ukraine.

Événements de chocs détectés

3.4. Une spécialisation européenne diversifiée mais fragilisée

La carte de spécialisation (RSCA, 2025) révèle que seuls quelques États membres possèdent un avantage comparatif révélé positif sur ce code :

État membre RSCA RCA
Slovénie +0,256 1,69
Tchéquie +0,226 1,59
Pologne +0,204 1,51
Autriche +0,148 1,35
Malte +0,130 1,30
Allemagne +0,094 1,21

À l'opposé, la Belgique (RSCA = −0,34), l'Irlande (−0,49), la Grèce (−0,66) et Chypre (−0,87) présentent un désavantage comparatif prononcé. La Belgique illustre un cas de plateforme de transit : elle représente 8,5 % du commerce total de l'UE sur ce code mais seulement 4,2 % de sa production, ce qui indique qu'une part significative de ses importations est réexportée.


Conclusion

Le marché des ouvrages en matières plastiques divers (CN 392690) a connu une décennie de forte croissance nominale (+67 % en exportations, +70 % en importations), largement tirée par la hausse des prix unitaires plutôt que par les volumes. Trois tendances majeures structurent l'évolution de ce marché pour l'UE :

  1. La montée en puissance de la Chine comme fournisseur dominant, qui concentre désormais plus de 42 % des importations de l'UE (contre 37 % en 2015). Cette dépendance croissante — l'indice HHI des importations a progressé de 18 % — constitue un risque structurel en cas de tensions commerciales ou de perturbations logistiques.

  2. L'érosion de la position d'exportateur net de l'UE, qui est passée d'un excédent commercial significatif à un quasi-équilibre. La croissance des importations en volume a largement dépassé celle des exportations (+38 % contre +11 %), signe d'une perte de compétitivité relative sur les segments les plus concurrentiels.

  3. La restructuration géographique des flux, tant à l'import (déclin du Royaume-Uni post-Brexit, montée de la Turquie et du Vietnam) qu'à l'export (diversification vers le Maroc, la Suisse, le Mexique, déclin vers la Russie post-sanctions). L'Europe centrale et orientale (Pologne, Tchéquie) émerge comme un pôle de spécialisation complémentaire aux traditionnels exportateurs ouest-européens (Allemagne, Italie, France).

Ces évolutions appellent une vigilance accrue sur la résilience des chaînes d'approvisionnement européennes dans ce secteur, alors même que la production intra-UE a montré de fortes fluctuations et que la part des importations dans la consommation apparente tend vers la parité.

Généré le 2026-08-04. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

Si vous avez besoin de conseils sur la politique commerciale européenne, ou de représentation pour vos intérêts à Bruxelles, merci de me contacter à support@tradedashboard.eu. Vous trouverez mon CV à cette adresse.