Introduction
Le présent rapport analyse l'évolution du commerce extérieur de l'Union européenne pour le code NC 391990, qui couvre les plaques, feuilles, bandes, rubans, pellicules et autres formes planes auto-adhésives en matières plastiques (en rouleaux d'une largeur supérieure à 20 cm), à l'exclusion des revêtements de sols, murs ou plafonds de la position 3918. Ce code, résiduel au sein de la sous-position 3919, inclut notamment des sous-produits comme les tampons circulaires à polir pour semi-conducteurs (39199020) — un segment de niche à très haute valeur ajoutée.
La période d'analyse couvre les années 2015 à 2025, ce qui permet d'observer les effets de plusieurs chocs majeurs : la pandémie de Covid-19 (2020), la crise énergétique post-conflit russo-ukrainien (2022), ainsi que les tendances structurelles de fond du marché européen des matières plastiques.
Sources et définitions détaillées disponibles sur le tableau de bord.
Une décennie de forte inflation des prix, malgré des volumes en recul
La valeur du commerce extérieur progresse nettement, portée par les prix
Sur la période 2015–2025, la valeur des exportations de l'UE vers les pays tiers est passée de 1,46 milliard € à 1,82 milliard €, soit une hausse de +24,4 %. Les importations, quant à elles, ont connu une progression encore plus marquée, passant de 852 millions € à 1,33 milliard € (+55,8 %). Derrière ces chiffres globaux se cache une dynamique fondamentale : c'est essentiellement l'inflation des prix unitaires qui explique cette croissance, et non une hausse des volumes échangés.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Exportations — valeur (Mds €) | 1,46 | 1,82 | +24,4 % |
| Exportations — volume (kt) | 254 036 | 209 865 | −17,4 % |
| Exportations — prix unitaire (€/t) | 5 762 | 8 675 | +50,6 % |
| Importations — valeur (Mds €) | 0,85 | 1,33 | +55,8 % |
| Importations — volume (kt) | 116 398 | 129 011 | +10,8 % |
| Importations — prix unitaire (€/t) | 7 315 | 10 282 | +40,6 % |
Source : vue d'ensemble du commerce.
Les volumes exportés s'érodent après un pic en 2021
Les volumes exportés ont suivi une trajectoire en dents de scie : après une progression régulière de 254 036 tonnes en 2015 à un pic de 302 132 tonnes en 2021 — année de rebond post-Covid —, ils ont chuté à 245 067 tonnes en 2022 (perturbation des chaînes d'approvisionnement), puis à 209 594 tonnes en 2023 avant une légère reprise à 232 306 tonnes en 2024 et un nouveau repli à 209 865 tonnes en 2025. Ce recul de 17,4 % sur la décennie contraste nettement avec la hausse de la valeur, témoignant d'un effet prix dominant.
Le solde commercial reste excédentaire mais se réduit
L'UE demeure structurellement excédentaire sur ce segment. Le solde est toutefois passé de 612 millions € en 2015 à 494 millions € en 2025 (−19,2 %), avec un pic à 755 millions € en 2019 et un point bas à 494 millions € en 2025. Ce rétrécissement du solde s'explique par la croissance plus rapide des importations (+55,8 %) par rapport aux exportations (+24,4 %), les importateurs tiers — notamment la Chine et la Corée du Sud — ayant accru leurs parts de valeur.
Une recomposition géographique profonde des partenaires commerciaux
L'Asie orientale comme moteur de la croissance des importations
L'analyse des partenaires d'importation révèle une montée en puissance spectaculaire de la Chine : les importations en provenance de Chine sont passées de 146 millions € à 317 millions € (+116,5 %), faisant de ce pays le premier fournisseur de l'UE en 2025, devançant les États-Unis (352 M€, +20,6 %) et le Royaume-Uni (247 M€, +54,9 %). La Corée du Sud a également progressé de manière très significative (+89,0 %), passant de 53 à 101 millions €.
| Partenaire (importations) | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Chine | 146 | 317 | +116,5 % |
| États-Unis | 292 | 352 | +20,6 % |
| Royaume-Uni | 159 | 247 | +54,9 % |
| Corée du Sud | 53 | 101 | +89,0 % |
| Turquie | 18 | 36 | +100,1 % |
| Taïwan | 25 | 30 | +19,5 % |
| Inde | 11 | 18 | +65,2 % |
Source : principaux partenaires par valeur.
La Turquie connaît la plus forte progression relative (+100,1 %), et l'Inde affiche une trajectoire marquée par une forte volatilité (coefficient de variation de 0,389 pour les volumes importés), avec un pic à 29 millions € en 2022 suivi d'un recul.
Les exportations vers la Russie s'effondrent, compensées par les États-Unis et la Turquie
Le partenaire d'exportation le plus marquant de la période est incontestablement la Russie : après une croissance régulière de 144 à 211 millions € (2015–2021), les exportations vers la Fédération de Russie se sont effondrées à 64 millions € en 2025 (−55,3 % par rapport à 2015), en raison de l'imposition de sanctions commerciales dans le contexte du conflit ukrainien. Ce déclin a été en partie compensé par :
- La forte progression vers les États-Unis (+81,4 %, de 136 à 247 M€), devenu le 2ᵉ client de l'UE devant la Russie ;
- La hausse vers la Turquie (+29,4 %) ;
- La croissance vers la Suisse (+41,3 %).
| Partenaire (exportations) | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 256 | 297 | +16,2 % |
| États-Unis | 136 | 247 | +81,4 % |
| Turquie | 115 | 149 | +29,4 % |
| Suisse | 91 | 129 | +41,3 % |
| Chine | 149 | 172 | +15,5 % |
| Fédération de Russie | 144 | 64 | −55,3 % |
| Afrique du Sud | 51 | 46 | −9,1 % |
Source : principaux partenaires par valeur.
Une concentration des importations qui se desserre légèrement
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations par valeur est passé de 1 928 à 1 777 entre 2015 et 2025 (−7,9 %), signalant une légère diversification des sources d'approvisionnement. Cet indice avait culminé à 2 053 en 2017, avant de refluer. Du côté des exportations, l'HHI est resté remarquablement stable et bas (755 → 736), indiquant une répartition géographique diversifiée et constante des débouchés européens. En volume importé, l'HHI a cependant fortement augmenté (+69,4 %), passant de 1 458 à 2 470 — signe d'une concentration croissante des fournisseurs en termes de quantités, probablement portée par la montée de la Chine.
Source : concentration (HHI).
Une production européenne en hausse mais un profil de vulnérabilité qui se dégrade
Les États membres : une spécialisation très inégale
La répartition de la production au sein de l'UE est fortement concentrée. L'Allemagne domine avec 26,8 % de la production et un indice d'avantage comparatif révélé (RCA) de 1,26, suivie de l'Italie (RCA 1,41), de la Belgique (RCA 1,69) et de la Finlande (RCA 2,06). Le Luxembourg présente un RCA exceptionnellement élevé (35,4), mais sa part dans la production totale est marginale (0,3 %), ce qui indique une hyper-spécialisation de niche.
Les pays les moins spécialisés sont le Portugal (RCA 0,07), Malte (0,01) et Chypre (0,002), qui importent quasi-intégralement ce produit.
| État membre | Part production (%) | RCA | RSCA |
|---|---|---|---|
| Allemagne | 26,8 | 1,26 | +0,12 |
| Italie | 11,3 | 1,41 | +0,17 |
| Belgique | 14,3 | 1,69 | +0,26 |
| Finlande | 2,1 | 2,06 | +0,35 |
| Pologne | 8,0 | 1,21 | +0,10 |
| Luxembourg | 0,1 | 35,41 | +0,95 |
Source : carte de la spécialisation.
La production a progressé mais dans un contexte de prix volatils
La production européenne (valeurs Prodcom, disponibles à partir de 2010) a crû d'environ 336 à 438 millions de tonnes entre 2010 et 2024, soit +30,7 %, avec un pic à 600 millions de tonnes en 2021. En valeur, la progression est de 1,38 milliard € à 2,10 milliard € (+52,0 %), avec un point haut à 2,87 milliards € en 2018. L'écart entre les pics de volume (2021) et de valeur (2018) illustre les fluctuations de prix unitaires de production, qui ont oscillé entre 3,85 et 5,47 €/kg sur la période — reflet des tensions sur les coûts des matières premières plastiques.
Source : volumes de production.
La dépendance nette aux importations se réduit… puis se dégrade à nouveau
L'indicateur de dépendance nette aux importations (net import reliance) est négatif, ce qui confirme le statut de l'UE comme exportateur net. Toutefois, sa trajectoire révèle des dynamiques préoccupantes :
| Année | Dépendance nette (%) | Interprétation |
|---|---|---|
| 2018 | −35,9 | Faible dépendance |
| 2019 | −71,3 | Dépendance très faible (excédent maximal) |
| 2022 | −43,3 | Dégradation liée à la crise énergétique |
| 2023 | −28,0 | Point le moins favorable de la période |
| 2024 | −36,9 | Légère amélioration |
Le point bas de 2023 (−28,0 %) constitue le creux de la période, signe d'une érosion de l'avantage net de l'UE, alimentée par la montée des importations en provenance de Chine et d'Asie orientale. En parallèle, la propension à exporter a sensiblement augmenté, passant de 77,8 % en 2010 à 91,2 % en 2024 (+17,3 %), mais l'intensité commerciale globale (94,6 %) suggère que le secteur est de plus en plus dépendant des échanges extérieurs.
Source : dépendance nette aux importations.
Conclusion
Le marché européen des plaques et feuilles auto-adhésives en matières plastiques (NC 391990) a connu une transformation significative entre 2015 et 2025. Si l'UE demeure un acteur majeur et un exportateur net, trois tendances structurelles se dégagent :
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Une inflation des prix plus forte que la croissance des volumes : les prix unitaires exportés ont augmenté de 50,6 % alors que les volumes reculaient de 17,4 %, traduisant une montée en gamme ou une transmission des hausses de coûts des matières premières.
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Une recomposition géopolitique des flux : la quasi-disparition des exportations vers la Russie (−55,3 %), compensée uniquement partiellement par la croissance vers les États-Unis et la Turquie, et parallèlement l'envolée des importations en provenance de Chine (+116,5 %) modifient profondément la carte commerciale.
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Une vulnérabilité croissante : la dépendance nette aux importations, bien que structurellement négative, s'est dégradée jusqu'en 2023, et la concentration des volumes importés s'est accentuée (HHI en volume : +69,4 %).
Ces évolutions s'inscrivent dans un contexte plus large de restructuration des chaînes de valeur mondiales des matières plastiques, de transition vers des matériaux durables et de tensions géopolitiques persistantes qui continueront d'influencer les flux commerciaux dans les années à venir.