Évolution du marché : Piments frais (CN 070960) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 070960 couvre les piments du genre Capsicum ou Pimenta, à l'état frais ou réfrigéré, incluant aussi bien les poivrons doux (sous-code 07096010) que les piments forts destinés à divers usages. Sur la période 2015–2025, le commerce extra-UE de ce produit a connu des transformations majeures : les importations ont plus que doublé en valeur, le solde commercial s'est réduit de près de 30 %, et la structure des partenaires commerciaux s'est profondément réorganisée. Ce rapport analyse ces dynamiques en s'appuyant sur les données commerciales de l'Union européenne avec les pays tiers, de 2015 à 2025 (données annuelles complètes).
1. Une demande d'importation en forte hausse, tirée par les volumes et les prix
Les importations ont plus que doublé en valeur sur la décennie
Entre 2015 et 2025, la valeur des importations extra-UE de piments frais est passée de 268 M€ à 568 M€, soit une progression de +111,9 % (Aperçu général). Cette hausse résulte de la combinaison d'une augmentation des volumes importés (+59,5 %, passant de 224 850 t à 358 686 t) et d'une hausse du prix moyen à l'importation (+32,9 %, de 1 193 €/t à 1 585 €/t).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur importations | 268 M€ | 568 M€ | +111,9 % |
| Volume importations | 224 850 t | 358 686 t | +59,5 % |
| Prix moyen import. | 1 193 €/t | 1 585 €/t | +32,9 % |
La Turquie s'impose comme le principal fournisseur en forte croissance
Le Maroc reste le premier fournisseur de l'UE sur l'ensemble de la période, avec des importations passant de 118 M€ à 249 M€ (+111,5 %). Toutefois, la progression la plus spectaculaire revient à la Turquie, dont les ventes à l'UE ont été multipliées par près de 4 (de 58 M€ à 223 M€, soit +285,6 %). L'Albanie (+3 783 %) et l'Égypte (+685 %) émergent également comme fournisseurs, bien qu'à des niveaux de valeur encore nettement inférieurs (respectivement 16 M€ et 11 M€ en 2025). À l'inverse, les importations en provenance d'Israël ont fortement reculé (de 58 M€ à 23 M€, soit -60,5 %).
| Fournisseur | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Maroc | 118 | 249 | +111,5 % |
| Turquie | 58 | 223 | +285,6 % |
| Israël | 58 | 23 | −60,5 % |
| Macédoine du Nord | 8 | 12 | +37,9 % |
| Albanie | 0,4 | 16 | +3 783 % |
| Serbie | 4 | 4 | +18,1 % |
| Égypte | 1,4 | 11 | +685 % |
L'Espagne et l'Autriche, moteurs de la hausse des importations intra-UE
Du côté des États membres, l'Espagne affiche la plus forte progression des importations extra-UE (de 37 M€ à 145 M€, soit +291 %), confirmant son rôle de plaque tournante méditerranéenne pour l'approvisionnement en piments. L'Autriche (+219 %) et la Roumanie (+607 %) connaissent également une croissance remarquable, tandis que les importations des Pays-Bas (−47 %), de l'Allemagne (−42 %) et de la Slovénie (−53 %) sont en net recul (Rapporteurs par valeur). Cette redistribution géographique suggère un rapprochement des circuits d'importation vers les zones de production et de consommation méridionales et orientales de l'UE.
2. Des exportations en valeur dynamiques mais aux volumes quasiment stagnants
Les exportations progressent en valeur grâce à la hausse des prix
Les exportations extra-UE de piments frais sont passées de 524 M€ à 752 M€ entre 2015 et 2025, soit +43,6 % en valeur. Cependant, les volumes exportés sont restés remarquablement stables (302 185 t en 2015 contre 306 870 t en 2025, soit seulement +1,6 %). L'intégralité de la croissance en valeur provient donc de la hausse du prix moyen à l'exportation, qui est passé de 1 733 €/t à 2 450 €/t (+41,4 %).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur exportations | 524 M€ | 752 M€ | +43,6 % |
| Volume exportations | 302 185 t | 306 870 t | +1,6 % |
| Prix moyen export. | 1 733 €/t | 2 450 €/t | +41,4 % |
Le Royaume-Uni demeure le débouché dominant, mais le solde se détériore
Le Royaume-Uni absorbe à lui seul la majeure partie des exportations extra-UE : 542 M€ en 2025, soit +85,5 % par rapport à 2015 (292 M€). La Suisse (96 M€, +77 %) et la Norvège (66 M€, +50 %) complètent le trio de tête des marchés d'exportation, caractérisés par une volatilité très faible (coefficient de variation respectif de 0,11, 0,08 et 0,06). À l'inverse, les exportations vers les États-Unis (−96 %), le Bélarus (−89 %) et le Canada (−74 %) se sont effondrées, reflétant des redéploiements commerciaux majeurs.
| Partenaire | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation | CV |
|---|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 292 | 542 | +85,5 % | 0,11 |
| Suisse | 54 | 96 | +77,2 % | 0,08 |
| Norvège | 44 | 66 | +50,3 % | 0,06 |
| Bélarus | 23 | 2,4 | −89,5 % | 0,95 |
| États-Unis | 59 | 2,3 | −96,2 % | 0,83 |
| Ukraine | 2,4 | 9,8 | +311,0 % | 0,43 |
| Canada | 12 | 3,0 | −74,4 % | 0,55 |
Le solde commercial se réduit sous l'effet d'importations en forte hausse
Malgré une croissance des exportations en valeur, le solde commercial de l'UE en piments frais est passé de +255 M€ à +183 M€ entre 2015 et 2025, soit une diminution de −28,2 %. L'excédent avait culminé à 378 M€ avant de se contracter, les importations (+112 % en valeur) progressant beaucoup plus vite que les exportations (+44 %). L'UE reste excédentaire, mais l'écart se referme progressivement, signe d'une dépendance croissante vis-à-vis des fournisseurs tiers.
3. Un marché de plus en plus concentré dominé par l'Espagne et les Pays-Bas
La concentration des échanges s'accroît sensiblement
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) révèle un renforcement marqué de la concentration des échanges extra-UE. Côté importations, le HHI en valeur est passé de 2 879 à 3 492 (+21,3 %), traduisant un poids accru des principaux fournisseurs (Maroc et Turquie notamment). Côté exportations, la concentration est encore plus prononcée : le HHI est passé de 3 475 à 5 460 (+57,1 %), ce qui reflète la domination grandissante du Royaume-Uni et de la Suisse comme débouchés (Concentration HHI).
| HHI (valeur) | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations | 2 879 | 3 492 | +21,3 % |
| Exportations | 3 475 | 5 460 | +57,1 % |
L'Espagne, État membre le plus spécialisé, consolide sa position
Selon l'indice RCA symétrique (RSCA), l'Espagne est de loin l'État membre le plus spécialisé dans les exportations de piments frais, avec un RSCA de 0,80 et un RCA de 9,16 en 2025 (Spécialisation). L'Espagne représente 53,1 % des exportations intra-UE de piments. Les Pays-Bas arrivent en deuxième position (RSCA de 0,33, RCA de 2,00), suivis de la Bulgarie (RSCA 0,26) et de la Grèce (RSCA 0,20). Les pays nordiques (Irlande, Estonie, Finlande, Suède, Danemark) affichent des RSCA fortement négatifs, confirmant leur statut d'importateurs nets.
Les poivrons doux dominent largement la structure segmentaire
Le sous-code 07096010 (piments doux / poivrons) représente l'écrasante majorité des échanges, tant à l'importation qu'à l'exportation. En 2025, les importations de poivrons doux atteignent 307 384 t pour 465 M€, tandis que les piments forts (07096099) ne représentent que 51 298 t pour 104 M€. Côté exportations, les proportions sont similaires : 294 573 t de poivrons doux (709 M€) contre 12 264 t de piments forts (43 M€). Les segments industriels (07096091 pour la capsicine, 07096095 pour les huiles essentielles) restent marginaux en volume (quelques tonnes par an), avec des prix unitaires très volatils liés à la faiblesse des volumes échangés.
| Segment | Import. 2025 (t) | Export. 2025 (t) | Description |
|---|---|---|---|
| 07096010 | 307 384 | 294 573 | Piments doux / poivrons |
| 07096099 | 51 298 | 12 264 | Piments forts (hors usages industriels) |
| 07096091 | 3,6 | 32,7 | Pour fabrication de capsicine |
| 07096095 | — | < 0,01 | Pour huiles essentielles |
Conclusion
Le marché extra-UE des piments frais sur la période 2015–2025 se caractérise par trois tendances majeures. Premièrement, une demande d'importation en forte expansion, portée à la fois par la croissance des volumes et par la hausse des prix, avec un rééquilibrage géographique des approvisionnements au profit de la Turquie et de l'Albanie au détriment d'Israël. Deuxièmement, des exportations en valeur dynamiques mais dont les volumes stagnent, concentrées de manière croissante vers le Royaume-Uni et la Suisse, ce qui réduit progressivement l'excédent commercial de l'UE. Troisièmement, un renforcement de la concentration et de la spécialisation, avec une Espagne qui domine tant à l'importation qu'à l'exportation et des Pays-Bas qui conservent leur rôle de hub logistique. L'érosion du solde positif (+255 M€ à +183 M€) et l'augmentation du HHI à l'importation suggèrent que la dépendance de l'UE vis-à-vis d'un nombre restreint de fournisseurs méditerranéens pourrait constituer un enjeu de résilience à moyen terme, notamment face aux risques climatiques et géopolitiques affectant les bassins de production du Maghreb et du Proche-Orient.