Évolution du marché : Parties et accessoires des machines et appareils des types utilisés exclusivement ou principalement pour la fabrication des lingots, des plaquettes ou des dispositifs à semi-conducteur, des circuits intégrés électroniques ou des dispositifs d’affichage à écran plat ainsi que des machines et appareils visés à la note 11 C du chapitre 84, n.d.a. (CN 848690) — 2015–2025
Introduction
Le code douanier 848690 couvre un segment stratégique de la chaîne de valeur des semi-conducteurs : les pièces détachées et accessoires des machines utilisées pour la fabrication de lingots, de plaquettes, de dispositifs à semi-conducteurs, de circuits intégrés et d'écrans plats. L'Union européenne, qui ambitionne de renforcer son autonomie en la matière (notamment via le European Chips Act), est ici à la fois importatrice et exportatrice de ces composants. La période 2015–2025, marquée par la pandémie de COVID-19, la crise mondiale des semi-conducteurs et l'intensification des rivalités géostratégiques, offre un terrain d'analyse particulièrement riche.
Ce rapport s'appuie sur les données commerciales de l'UE avec les pays tiers (vue d'ensemble du commerce) et s'articule autour de trois axes : la transformation du solde commercial de l'UE, la concentration géographique et les chocs de prix sur les flux, et enfin l'évolution des capacités de production et de la structure du marché intra-européen.
1. D'une dépendance nette à un excédent structurel : la mue exportatrice de l'UE
La dynamique la plus saillante de la période est le basculement de l'Union européenne du statut d'importateur net à celui d'exportateur net de parties et accessoires de machines pour semi-conducteurs. Ce glissement témoigne d'une montée en gamme progressive des capacités européennes.
1.1 Une croissance spectaculaire des exportations, portée par la hausse des prix
Entre 2015 et 2025, les exportations de l'UE sont passées de 1,77 milliard d'euros à 5,18 milliards d'euros, soit une progression de +192,3 %. La quantité exportée a nettement augmenté (+25,8 %, passant de 5 831 à 7 338 tonnes), mais c'est surtout l'effet prix qui a tiré cette hausse : le prix unitaire moyen des exportations a bondi de +132,3 % (de 303 795 €/t à 705 701 €/t), avec un maximum en 2025. Cela suggère un glissement vers des composants à plus forte valeur ajoutée et un effet de rareté des équipements de fabrication de semi-conducteurs.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur exportations (Md€) | 1,77 | 5,18 | +192,3 % |
| Quantité exportations (milliers de tonnes) | 5,83 | 7,34 | +25,8 % |
| Prix unitaire exportations (k€/t) | 303,8 | 705,7 | +132,3 % |
| Valeur importations (Md€) | 1,38 | 3,33 | +142,3 % |
| Quantité importations (milliers de tonnes) | 5,63 | 9,74 | +72,8 % |
| Prix unitaire importations (k€/t) | 244,0 | 342,2 | +40,3 % |
| Solde commercial (Md€) | 0,40 | 1,85 | +365,6 % |
Source : vue d'ensemble du commerce
1.2 Un creusement continu du solde positif
Le solde commercial s'est redressé de manière quasi ininterrompue. D'un excédent modeste de 397 millions d'euros en 2015, il a atteint 1,85 milliard d'euros en 2023 avant de légèrement fluctuer, pour finir à 1,85 milliard en 2025. La progression cumulée est de +365,6 %. L'indicateur de dépendance aux importations nettes (Net Import Reliance) confirme ce renversement : il est passé de +11,8 % en 2015 à −50,7 % en 2024 (la plus récente année complète de production disponible), ce qui signifie que l'UE exporte désormais plus qu'elle n'absorbe de sa propre production plus les importations nettes (indicateur de dépendance).
1.3 L'Asie de l'Est, moteur de la croissance à la sortie
La hausse des exportations est concentrée sur un petit nombre de destinations :
| Partenaire | Exportations 2015 (M€) | Exportations 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Taïwan | 247 | 1 545 | +526,5 % |
| Corée du Sud | 392 | 1 288 | +228,3 % |
| Chine | 123 | 516 | +318,9 % |
| États-Unis | 692 | 1 268 | +83,4 % |
| Suisse | 18 | 56 | +203,2 % |
Source : partenaires par valeur
Taïwan (destination n°1 en 2025, avec 30 % des exportations) et la Corée du Sud (25 %) ont absorbé l'essentiel de cette progression. Ces deux pays, grands fondeurs et assembleurs de semi-conducteurs (TSMC, Samsung), ont massivement investi dans leurs capacités de production au cours de la période, générant une forte demande en pièces détachées issues de l'UE. En parallèle, la Chine a vu ses importations en provenance de l'UE quadrupler, reflétant à la fois ses propres ambitions en semi-conducteurs et la volonté de réduire sa dépendance vis-à-vis des fournisseurs américains et japonais dans les équipements en amont.
2. Un approvisionnement concentré et ponctué de chocs de prix
Si l'UE s'est imposée comme exportatrice, elle reste néanmoins largement dépendante de fournisseurs extra-européens pour ses propres importations. L'analyse de la concentration et de la volatilité des flux révèle des fragilités particulières.
2.1 Les États-Unis, fournisseur dominant mais concentration en baisse
Les importations en provenance des États-Unis ont progressé de 811 millions à 1,62 milliard d'euros (+99,8 %), les États-Unis restant de loin le premier fournisseur extra-UE. Cependant, leur part relative s'est érodée au profit de l'Asie :
| Fournisseur | Import. 2015 (M€) | Import. 2025 (M€) | Part 2015 | Part 2025 |
|---|---|---|---|---|
| États-Unis | 811 | 1 620 | 59,0 % | 48,6 % |
| Taïwan | 77 | 523 | 5,6 % | 15,7 % |
| Corée du Sud | 105 | 486 | 7,6 % | 14,6 % |
| Japon | 182 | 257 | 13,2 % | 7,7 % |
| Chine | 31 | 86 | 2,2 % | 2,6 % |
| Suisse | 45 | 98 | 3,3 % | 2,9 % |
Source : partenaires par valeur
L'indice de concentration HHI (Herfindahl-Hirschmann) pour les importations a baissé de 3 784 à 2 914 (−23 %) (concentration), signe d'une diversification relative des sources d'approvisionnement. La Corée du Sud (+363 %) et surtout Taïwan (+582 %) ont fortement accru leur présence.
2.2 Des chocs de prix différés selon les partenaires
L'analyse des chocs de prix identifie quatre événements significatifs :
| Partenaire | Flux | Choc | Année centrale | Décalage vs. baseline |
|---|---|---|---|---|
| Taïwan (imports) | Prix | Hausse de +131,9 % | 2023 | Quantité −56 %, prix ×2,3 vs. baseline 2021–2022 |
| Royaume-Uni (imports) | Prix | Hausse de +146,2 % | 2021 | Quantité −61 %, prix ×2,5 vs. baseline 2019–2020 |
| Chine (imports) | Prix | Baisse de −14,2 % | 2022 | Prix −14 % et quantité +49 % vs. baseline 2019–2020 |
| Taïwan (exports) | Prix | Hausse de +106,3 % | 2017 | Prix ×2,1 vs. baseline 2015–2016 |
Les flux d'importation depuis Taïwan montrent une volatilité remarquable : le volume a fluctué entre 161 et 2 024 tonnes selon les années (coefficient de variation de 0,84), avec un prix unitaire culminant en 2023 à 970 158 €/t — soit près de 131 % au-dessus de la moyenne de la période 2021–2022. Ce pic de prix en 2023 s'inscrit dans le contexte du resserrement des contrôles à l'exportation sur les équipements de semi-conducteurs (mesures américaines de 2022 contre la Chine), qui a redessiné les flux commerciaux et exercé une pression à la hausse sur les composants stratégiques.
Le choc sur les importations du Royaume-Uni en 2021 — prix multiplié par 2,5 — est probablement lié aux ajustements post-Brexit et à la reclassification de certains flux. Enfin, la baisse de prix des importations chinoises en 2022 (−14 %) coïncidant avec une hausse de volume (+49 %) peut refléter une stratégie de pénétration par les prix de fournisseurs chinois cherchant à gagner des parts de marché dans l'UE.
Côté exportations, un choc majeur sur Taïwan en 2017 (+106 % de prix, +70 % de volume) correspond au début du « super-cycle » mémoire qui a stimulé la demande en équipements de gravure et de dépôt, tirant indirectement la demande en pièces détachées. Ce choc, d'une anomalie statistique de 54,6 points (le plus élevé de la série), a représenté 32 % de la valeur totale des exportations cette année-là.
2.3 La volatilité asymétrique des flux : des flux entrants plus instables que les sortants
Les barres de volatilité montrent que l'instabilité des volumes est nettement plus élevée côté importations que côté exportations pour les partenaires clés. Exemples marquants :
| Partenaire | CV importations (volume) | CV exportations (volume) |
|---|---|---|
| Taïwan | 0,84 | 0,31 |
| États-Unis | 0,14 | 0,13 |
| Corée du Sud | 0,26 | 0,30 |
| Japon | 0,46 | 0,15 |
| Chine | 0,31 | 0,49 |
| Malaisie | 1,19 | 0,42 |
Les importations depuis Taïwan et la Malaisie (pays où sont implantées de nombreuses usines d'assemblage-test) présentent des coefficients de variation très supérieurs à 0,5, témoignant d'une dépendance à des livraisons irrégulières ou de grandes commandes ponctuelles. Côté exportations, les volumes sont globalement plus stables, à l'exception notable du Royaume-Uni (CV de 1,28), affecté par les ruptures commerciales post-Brexit (la part de l'UE dans les exportations vers le Royaume-Uni a décru de 2,6 % à 0,9 % entre 2017 et 2023).
3. Restructuration intra-européenne : spécialisation, concentration de la production et rôle pivot des Pays-Bas
L'Union européenne n'est pas un bloc homogène : les dynamiques de production et d'exportation sont fortement concentrées entre quelques États membres.
3.1 Une production en valeur multipliée par près de 5
La valeur de la production intra-européenne (données Prodcom 28.99.51.00) a connu une croissance spectaculaire :
| Année | Valeur de production (M€) | Variation vs. 2015 |
|---|---|---|
| 2015 | 694 | — |
| 2018 | 1 132 | +63 % |
| 2021 | 2 000 | +188 % |
| 2023 | 3 200 | +361 % |
| 2024 | 3 360 | +384 % |
La production a ainsi progressé de 694 millions à 3,36 milliards d'euros entre 2015 et 2024, une hausse de +488,1 % sur la période complète 2008–2024. Cette expansion traduit la montée en puissance de la base industrielle européenne en équipements et composants pour semi-conducteurs, en lien avec les investissements massifs dans les usines de fabrication (Intel à Magdebourg, Infineon à Dresde, STMicroelectronics à Agrate, etc.).
3.2 Une poignée de pays concentrent l'essentiel des capacités
La carte de spécialisation de 2025 révèle une forte asymétrie :
| État membre | RSCA | RCA | Part de la production UE | Part des exportations intra-UE |
|---|---|---|---|---|
| Allemagne | 0,405 | 2,36 | 50,0 % | 21,2 % |
| Tchéquie | 0,350 | 2,08 | 10,0 % | 4,8 % |
| Irlande | 0,279 | 1,77 | 3,7 % | 2,1 % |
| Pays-Bas | 0,198 | 1,49 | 21,7 % | 14,5 % |
| Autriche | 0,151 | 1,36 | 4,5 % | 3,3 % |
L'Allemagne domine tant en production (50 % de la valeur UE) qu'en spécialisation à l'export (RSCA de 0,405). La Tchéquie (RSCA de 0,350) confirme son rôle de plate-forme de production pour le secteur, probablement lié aux implantations d'Osram et de divers équipementiers. L'Irlande bénéficie de la présence de grands fondeurs (Intel à Leixlip).
À l'inverse, les États membres les moins spécialisés — Lettonie (RSCA de −1,000), Estonie (−0,998), Grèce (−0,997) — sont pratiquement absents de ce segment.
3.3 Les Pays-Bas, plaque tournante logistique et cas d'espèce
Les Pays-Bas se distinguent par un positionnement unique. Leur pays concentre, en 2025 :
- 66 % des exportations extra-UE (4,16 milliards d'euros, en hausse de +238 % depuis 2015) ;
- 66 % des importations extra-UE (2,19 milliards, +172 %).
Ce rôle hors norme s'explique par la présence sur le territoire néerlandais d'ASML (Veldhoven), leader mondial de la lithographie pour semi-conducteurs et de ses innombrables fournisseurs de composants et sous-systèmes. Une part significative des flux « néerlandais » peut en réalité transiter par le pays pour des raisons logistiques (hub portuaire de Rotterdam), mais l'essentiel reflète une base productive réelle.
L'Allemagne occupe la deuxième place, avec des exportations à 466 M€ (+59,5 %) et des importations à 470 M€ (+76,3 %). L'Autriche, troisième exportateur extra-UE (210 M€, +117 %), a plus que doublé ses flux, probablement alimentée par les capacités de développement de technologies de nanofabrication à Graz et Villach.
3.4 Vers un marché plus équilibré mais encore vulnérable
La propension à exporter de l'UE a culminé à 356 % en 2017 avant de refluer à 128 % en 2024. L'intensité commerciale (rapport échanges/production) reste élevée à 115 % (intensité commerciale), ce qui signifie que le secteur est structurellement tourné vers l'extérieur.
Le score de saillance de la propension à exporter (96,6 points) dépasse celui de l'intensité commerciale (74,9 points), ce qui indique que l'UE occupe un rôle de fournisseur plus prononcé que celui de demande nette pour ce segment. Toutefois, la dépendance à quelques marchés clés — Taïwan, Corée du Sud, États-Unis — expose le secteur européen à des risques géopolitiques croissants.
Conclusion
La période 2015–2025 marque une transformation profonde du commerce de l'UE en pièces détachées d'équipements de fabrication de semi-conducteurs (CN 848690). Trois dynamiques se conjuguent :
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L'émergence de l'UE comme exportatrice nette, avec un solde commercial passé de +400 millions à +1,85 milliard d'euros, tiré par l'explosion de la demande asiatique (Taïwan +527 %, Corée du Sud +228 %, Chine +319 %) et la hausse des prix unitaires (+132 % sur les exportations).
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Une volatilité persistante sur les approvisionnements, avec des chocs de prix récurrents — notamment sur Taïwan en 2017 et 2023, et sur le Royaume-Uni en 2021 — qui révèlent la sensibilité du secteur aux tensions géopolitiques et aux cycles d'investissement de l'industrie des semi-conducteurs.
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Une concentration géographique extrême au sein de l'UE, l'Allemagne assurant la moitié de la production, les Pays-Bas les deux tiers des échanges extra-UE, et la production totale en valeur ayant été multipliée par près de 5 sur la décennie.
L'UE dispose désormais d'une base productive dynamique dans ce segment, mais son exposition aux fluctuations des marchés asiatiques et la concentration de ses flux sur quelques partenaires soulignent la nécessité de poursuivre les efforts de diversification et de renforcement des capacités endogènes.