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Évolution du marché : Pantalons et shorts en coton (CN 610342) — 2015–2025

Introduction

Ce rapport analyse l'évolution du commerce extérieur de l'Union européenne pour les pantalons, shorts et vêtements assimilés en bonneterie de coton pour hommes ou garçonnets (nomenclature combinée 610342) sur la période 2015–2025. Ce segment, qui relève du textile habillement et de la mode, couvre une large gamme de produits allant des pantalons casual aux salopettes à bretelles en passant par les culottes et shorts, à l'exclusion des sous-vêtements et maillots de bain. L'analyse s'appuie sur les données commerciales de l'UE dans leur ensemble et révèle trois grandes dynamiques : une explosion des importations tirée par l'Asie du Sud et du Sud-Est, un effondrement de la production intra-européenne, et une reconfiguration des flux d'exportation vers de nouveaux marchés.


1. Une dépendance importatrice en forte accélération

1.1 Un déficit commercial qui se creuse considérablement

Sur la période 2015–2025, le déficit commercial de l'UE pour le produit CN 610342 s'est considérablement aggravé. Partant de -300,5 M€ en 2015, il a atteint -726,5 M€ en 2025, soit une dégradation de 141,7 %. À son point le plus bas, le solde a même atteint -993,1 M€, révélant une pression déficitaire continue. En parallèle, la dépendance nette aux importations est passée de 34,3 % à 86,7 %, avec un pic à 89,3 %, signe que l'UE couvre désormais la quasi-totalité de sa consommation par des approvisionnements extérieurs.

1.2 Des importations en volume et en valeur en forte hausse

Les importations ont connu une croissance spectaculaire sur l'ensemble de la période :

Indicateur 2015 2025 Variation
Valeur (M€) 453,1 940,1 +107,5 %
Volume net (t) 30 723 86 395 +181,2 %
Pièces (M p/st) 95,9 239,4 +149,7 %
Prix moyen / tonne (€) 14 748 10 880 -26,2 %
Prix moyen / pièce (€) 4,73 3,92 -17,0 %

Le volume importé a presque triplé en tonnes, tandis que la valeur a un peu plus que doublé. Ce décalage s'explique par la baisse du prix unitaire moyen : le prix à la tonne a reculé de 26,2 % et le prix à la pièce de 17,0 %. Autrement dit, l'UE importe des quantités bien supérieures mais à des prix unitaires en baisse, ce qui traduit à la fois un effet de volume et une pression à la baisse sur les coûts d'approvisionnement, probablement liée à la concurrence entre fournisseurs asiatiques.

1.3 Une production intra-européenne en déclin accéléré

La production de l'UE dans ce segment s'est effondrée :

Indicateur 2015 2025 Variation
Quantité (M pièces) 33,4 8,5 -74,6 %
Valeur (M€) 211,6 153,6 -27,4 %

En dix ans, la production en pièces a été divisée par près de quatre. La valeur a diminué de manière moins prononcée (-27,4 %), ce qui suggère que les producteurs européens restants se sont repositionnés sur des segments à plus forte valeur ajoutée. Néanmoins, avec seulement 8,5 millions de pièces produites en 2025 contre 239,4 millions importées, la part de la production domestique dans l'approvisionnement total est devenue marginale.


2. Restructuration géographique des approvisionnements : l'essor de l'Asie du Sud et du Sud-Est

2.1 Le déclin de la Chine et la montée de nouveaux fournisseurs

La géographie des importations a été profondément remaniée entre 2015 et 2025 :

Fournisseur Valeur import. 2015 (M€) Valeur import. 2025 (M€) Variation
Bangladesh 111,2 301,8 +171,5 %
Pakistan 58,3 154,3 +164,9 %
Chine 105,2 83,1 -21,0 %
Cambodge 32,0 105,9 +231,3 %
Inde 21,8 79,2 +263,7 %
Turquie 50,0 78,5 +57,0 %
Royaume-Uni 25,4 14,2 -43,9 %

Bangladesh est devenu le premier fournisseur de l'UE, suivi du Pakistan — deux pays qui ont connu des croissations supérieures à 160 %. L'Inde (+263,7 %) et le Cambodge (+231,3 %) ont connu les progressions les plus marquées en termes relatifs. À l'inverse, la Chine a perdu du terrain (-21,0 %), reflétant la tendance de long terme de délocalisation textile hors de Chine vers des pays à coûts de main-d'œuvre plus compétitifs. Le Royaume-Uni, qui n'est plus un partenaire intra-UE depuis le Brexit, a vu ses exportations vers l'UE reculer de 43,9 %.

2.2 Des chocs de prix concentrés sur les fournisseurs clés

L'analyse de la volatilité et des chocs d'approvisionnement révèle des épisodes significatifs :

Fournisseur Type de choc Année Hausse anormale Part de valeur
Bangladesh Prix 2022 +31,0 % (abnormalité : 30,9) 34,3 %
Pakistan Prix 2022 +23,9 % (abnormalité : 11,8) 14,7 %
Cambodge Prix 2019 +21,0 % (abnormalité : 11,2) 14,1 %

Les deux premiers chocs, simultanés en 2022, concernent les deux principaux fournisseurs de l'UE (Bangladesh et Pakistan) et sont vraisemblablement liés aux effets combinés de la crise énergétique mondiale et des perturbations logistiques post-Covid qui ont affecté les coûts de production dans le sous-continent indien. Le choc cambodgien de 2019 pourrait refléter des ajustements salariaux ou réglementaires dans ce pays. Par ailleurs, la volatilité des importations depuis le Royaume-Uni est particulièrement élevée (coefficient de variation de 1,60), en lien avec les turbulences post-Brexit.

2.3 Une concentration des importations légèrement en hausse

L'indice de concentration HHI pour les importations en valeur est passé de 1 545 à 1 675 (+8,4 %). Ce niveau reste dans la catégorie « modérément concentré » et suggère que la diversification des sources d'approvisionnement s'est légèrement réduite, malgré la montée de nouveaux fournisseurs. En effet, Bangladesh, Pakistan et Cambodge ont accru leur part au point de compenser le recul de la Chine et du Royaume-Uni, sans qu'un véritablement nouveau pôle de diversification n'émerge. À l'inverse, la concentration des exportations de l'UE s'est fortement réduite (HHI passant de 2 142 à 808, soit -62,3 %), signe d'une diversification significative des marchés de destination.


3. Une industrie exportatrice européenne en mutation vers le haut de gamme

3.1 Des exportations en valeur en hausse malgré des volumes stables

Contrairement aux importations, les exportations de l'UE ont connu une trajectoire différente :

Indicateur 2015 2025 Variation
Valeur (M€) 152,6 213,7 +40,0 %
Volume net (t) 5 162 4 896 -5,2 %
Pièces (M p/st) 14,5 14,5 +0,1 %
Prix moyen / tonne (€) 29 564 43 628 +47,6 %
Prix moyen / pièce (€) 10,55 14,74 +39,8 %

Le volume exporté est resté quasi stable en pièces (14,5 millions), tandis que la valeur a progressé de 40 %. Le prix moyen à la tonne a bondi de 47,6 % et le prix moyen à la pièce de 39,8 %. Cette divergence entre volume stable et valeur en forte hausse traduit une premiumisation nette : les exportateurs européens se concentrent sur des produits à plus forte valeur ajoutée, probablement des pantalons techniques, de marque ou de qualité supérieure, dans un segment où la compétitivité-prix des pays asiatiques est moins déterminante. L'UE conserve ainsi un avantage comparatif sur le créneau milieu et haut de gamme, malgré la désindustrialisation globale du segment.

3.2 L'Italie, moteur central des exportations européennes

Au sein de l'UE, la répartition des exportations par État membre révèle une forte hétérogénéité :

État membre Export. 2015 (M€) Export. 2025 (M€) Variation
Italie 31,5 71,1 +125,6 %
Espagne 39,5 13,3 -66,3 %
Belgique 37,3 27,1 -27,2 %
France 6,3 19,4 +210,0 %
Pays-Bas 11,6 15,8 +36,6 %
Allemagne 8,8 12,8 +46,2 %
Pologne 1,9 16,5 +790,6 %

L'Italie a doublé ses exportations et est devenue le premier exportateur européen, en cohérence avec son expertise textile reconnue et sa capacité à produire des articles à forte valeur ajoutée. À l'opposé, l'Espagne (-66,3 %) et la Belgique (-27,2 %) ont vu leurs exportations reculer fortement. La Pologne affiche une progression spectaculaire (+790,6 %), témoignant de l'essor de son industrie textile, tandis que la France (+210,0 %) confirme une dynamique de reconquête à l'export.

3.3 Une réorientation des marchés de destination des exportations

Les partenaires à l'exportation de l'UE ont considérablement évolué :

Destination Valeur export. 2015 (M€) Valeur export. 2025 (M€) Variation
Royaume-Uni 67,3 37,9 -43,7 %
Turquie 6,0 29,8 +397,3 %
Russie 7,1 14,3 +99,6 %
États-Unis 6,4 16,5 +158,7 %
Suisse 6,9 13,8 +101,3 %
Ukraine 1,2 9,7 +686,2 %
Ceuta 1,7 0,2 -88,5 %

Le Royaume-Uni reste le premier marché à l'export mais a perdu près de la moitié de sa valeur, un recul directement lié au Brexit et aux nouvelles barrières tarifaires et non tarifaires. En revanche, la Turquie est devenue le deuxième marché de destination, avec une progression de 397,3 %, ce qui peut s'expliquer par des réexportations vers le Moyen-Orient ou par une intégration accrue dans les chaînes de valeur textile régionales. L'Ukraine (+686,2 %), les États-Unis (+158,7 %) et la Suisse (+101,3 %) ont tous connu des hausses marquées. Cette diversification des marchés se reflète dans l'effondrement de l'indice HHI des exportations (de 2 142 à 808), signe que l'UE a réduit sa dépendance vis-à-vis du marché britannique pour s'ouvrir à une base de clients plus étendue.

3.4 Spécialisation intra-européenne : des profils contrastés

Les données de spécialisation pour 2025 montrent que certains Ét-membres se distinguent clairement dans ce segment :

État membre RSCA RCA Part dans la prod. UE
Belgique 0,575 3,707 31,4 %
Portugal 0,259 1,701 2,3 %
Slovénie 0,210 1,532 1,5 %
Pologne 0,193 1,478 9,8 %
Espagne 0,096 1,213 7,0 %

La Belgique affiche un avantage comparatif révélé (RCA) de 3,7, largement supérieur au seuil de compétitivité, et représente 31,4 % de la production européenne de ce segment. Au contraire, des pays comme Malte (RSCA : -0,941), l'Irlande (-0,937) ou l'Estonie (-0,924) sont très peu présents dans ce créneau. Cette polarisation suggère une concentration géographique de la production résiduelle européenne autour de quelques pôles spécialisés.


Conclusion

La période 2015–2025 marque une transformation profonde du marché européen des pantalons et shorts en coton pour hommes. L'UE est passée d'une situation de dépendance modérée aux importations (34 %) à une dépendance quasi-totale (87 %), portée par un triplement des volumes importés au détriment d'une production intra-européenne divisée par quatre en termes de pièces. L'approvisionnement s'est restructuré autour de l'Asie du Sud (Bangladesh, Pakistan, Inde) et du Sud-Est asiatique (Cambodge), au détriment de la Chine, tandis que les chocs de prix de 2022 ont mis en lumière la vulnérabilité de cette dépendance. Du côté des exportations, l'UE a su maintenir et renforcer sa position sur le segment premium (+40 % en valeur pour un volume stable), portée principalement par l'Italie, et a diversifié ses marchés de destination face au recul britannique post-Brexit. L'industrie européenne du pantalon en coton ne disparaît pas : elle se repositionne vers le haut de gamme, tandis que le volume basique est désormais presque entièrement approvisionné depuis l'étranger.

Généré le 2026-08-09. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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