Évolution du marché : Ouvrages en béton (CN 681099) — 2015–2025
Introduction
Le code CN 681099 couvre les ouvrages en ciment, béton ou pierres artificielles (hors éléments préfabriqués pour le bâtiment et le génie civil, et hors tuiles, briques et articles similaires). Il s'agit d'un poste résiduel regroupant notamment les tuyaux en béton, les vases, pots de fleurs, ornements architectoniques et objets d'ornement. Ce rapport examine l'évolution des échanges extérieurs de l'Union européenne avec les pays tiers sur la période 2015–2025, en s'appuyant sur les données commerciales annuelles complètes disponibles.
Sur cette période, le marché européen de ces ouvrages a connu une transformation profonde : une croissance vigoureuse de la valeur des échanges masque un recul sensible des volumes exportés et une hausse marquée des prix unitaires. Parallèlement, les importations ont presque doublé en valeur, portées par des partenaires d'approvisionnement de plus en plus diversifiés.
1. Un marché tiré par la valeur plutôt que par les volumes
1.1 Les exportations : des volumes en repli mais des prix en forte hausse
Sur la période 2015–2025, la valeur des exportations de l'UE a progressé de 27,2 %, passant de 498 millions d'euros à 633 millions d'euros. Cependant, cette croissance ne repose pas sur une augmentation des quantités : au contraire, les volumes exportés ont reculé de 22,9 %, passant de 679 509 tonnes à 523 681 tonnes (vue d'ensemble du commerce).
Cette divergence s'explique par une hausse spectaculaire du prix unitaire moyen des exportations, qui a augmenté de 65 %, passant de 733 €/t à 1 209 €/t. Cette dynamique de « valeur sur prix » suggère un glissement vers des produits à plus forte valeur ajoutée ou une revalorisation tarifaire liée à la hausse des coûts de production (énergie, matières premières, main-d'œuvre).
1.2 Les importations : une trajectoire de croissance soutenue
Les importations ont connu une progression nettement plus dynamique que les exportations. La valeur est passée de 140 millions d'euros à 257 millions d'euros (+84,1 %), tandis que les volumes ont augmenté de 170 000 tonnes à 306 000 tonnes (+80,4 %). Contrairement aux exportations, le prix unitaire des importations est resté relativement stable, passant de 823 €/t à 840 €/t (+2,0 %).
Cette stabilité des prix à l'importation, combinée à la forte hausse des prix à l'exportation, a creusé l'écart de compétitivité prix entre les produits européens et les produits importés, ce qui a pu contribuer à la montée des parts de marché des fournisseurs tiers.
1.3 Un excédent commercial maintenu mais en tension
Malgré la forte croissance des importations, l'UE a conservé un excédent commercial positif sur l'ensemble de la période, passant de 358 millions d'euros à 376 millions d'euros (+5,0 %). Toutefois, l'excédent a connu un pic à 626 millions d'euros avant de se réduire, ce qui indique que la progression rapide des importations grignote progressivement l'avantage structurel de l'UE.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Évolution |
|---|---|---|---|
| Exportations (valeur, M€) | 498 | 633 | +27,2 % |
| Exportations (volume, kt) | 680 | 524 | −22,9 % |
| Exportations (prix, €/t) | 733 | 1 209 | +65,0 % |
| Importations (valeur, M€) | 140 | 257 | +84,1 % |
| Importations (volume, kt) | 170 | 306 | +80,4 % |
| Importations (prix, €/t) | 823 | 840 | +2,0 % |
| Solde (M€) | 358 | 376 | +5,0 % |
Source : vue d'ensemble du commerce
2. Une reconfiguration profonde des partenaires commerciaux
2.1 L'Espagne, moteur incontesté des exportations européennes
Au sein de l'UE, l'Espagne domine nettement les exportations de ce poste, avec une valeur passée de 243 millions d'euros à 392 millions d'euros (+61,8 %), représentant désormais plus de 60 % des exportations intra-UE vers des pays tiers. La Pologne (14 M€ → 27 M€, +88,2 %) et les Pays-Bas (11 M€ → 25 M€, +127,7 %) émergent comme des acteurs de plus en plus dynamiques (principaux reporters).
En revanche, l'Allemagne (97 M€ → 70 M€, −27,7 %), l'Italie (65 M€ → 48 M€, −27,0 %) et la France (11 M€ → 8 M€, −25,2 %) ont vu leurs exportations décliner, signe possible d'une restructuration des chaînes de valeur ou d'un désavantage compétitif croissant dans ce segment.
2.2 Les États-Unis, pilier du marché d'exportation
Le principal partenaire d'exportation reste les États-Unis, qui ont absorbé 284 millions d'euros d'exportations en 2025 (contre 157 millions en 2015, +80,5 %). Le Royaume-Uni (77 M€ → 103 M€, +33,5 %) et la Suisse (47 M€ → 63 M€, +35,2 %) confirment leur rôle de marchés de proximité stables et rémunérateurs.
Certains marchés ont enregistré des évolutions contrastées :
| Partenaire export | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Évolution |
|---|---|---|---|
| États-Unis | 157 | 284 | +80,5 % |
| Royaume-Uni | 77 | 103 | +33,5 % |
| Suisse | 47 | 63 | +35,2 % |
| Canada | 13 | 34 | +162,9 % |
| Norvège | 27 | 16 | −41,5 % |
| Australie | 15 | 6 | −61,6 % |
| Algérie | 33 | 1 | −97,8 % |
La chute des exportations vers l'Algérie (−97,8 %) est particulièrement marquée et pourrait refléter des restrictions à l'importation imposées par les autorités algériennes ou une substitution locale.
2.3 La montée en puissance de nouveaux fournisseurs importateurs
Côté importations, la Chine reste le premier fournisseur extra-UE avec 126 millions d'euros en 2025 (contre 73 millions en 2015, +71,6 %), mais c'est la croissance d'autres partenaires qui retient l'attention :
| Partenaire import | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Évolution |
|---|---|---|---|
| Chine | 73 | 126 | +71,6 % |
| Viet Nam | 23 | 25 | +8,4 % |
| Royaume-Uni | 11 | 23 | +109,1 % |
| Turquie | 2 | 11 | +555,8 % |
| Serbie | 2 | 10 | +398,5 % |
| Suisse | 3 | 8 | +166,1 % |
| Biélorussie | 1 | 6 | +289,5 % |
La Turquie (+555,8 %), la Serbie (+398,5 %) et la Biélorussie (+289,5 %) ont connu des hausses spectaculaires, ce qui témoigne d'une diversification géographique des sources d'approvisionnement de l'UE vers des pays voisins ou candidats à l'intégration européenne.
2.4 Une concentration des importations en baisse, des exportations en hausse
L'indice de concentration HHI des importations a diminué de 3 140 à 2 655 (−15,4 %), ce qui confirme une diversification des sources d'approvisionnement. À l'inverse, l'HHI des exportations a augmenté de 1 455 à 2 428 (+66,9 %), indiquant une concentration croissante des débouchés sur un nombre réduit de marchés, principalement les États-Unis. Cette asymétrie constitue un risque potentiel : l'UE est devenue moins dépendante d'un fournisseur unique mais plus dépendante d'un marché de destination unique.
3. Chocs ponctuels et spécialisation intra-européenne
3.1 Une production en baisse de volume mais en hausse de valeur
La production européenne a connu une trajectoire similaire à celle des exportations : les volumes ont reculé de 22,3 millions de tonnes à 17,0 millions de tonnes (−23,7 %), tandis que la valeur a augmenté de 2,54 milliards d'euros à 3,25 milliards d'euros (+27,9 %). Cette évolution reflète la montée des coûts de production, la désintermédiation des produits à faible valeur ajoutée et éventuellement un effet de substitution au profit de matériaux alternatifs.
3.2 Des profils de spécialisation très hétérogènes au sein de l'UE
L'analyse des avantages comparatifs révélés (spécialisation) met en évidence de fortes disparités entre États membres :
- Les plus spécialisés (RSCA élevé) : l'Estonie (RSCA = 0,54), l'Espagne (0,44), la Pologne (0,41), la Lettonie (0,39) et la Lituanie (0,33). Ces pays, souvent situés en périphérie de l'UE ou dotés de ressources granulaires abondantes, ont structuré une partie de leur appareil productif autour de ce secteur.
- Les moins spécialisés (RSCA négatif) : la France (−0,69), le Luxembourg (−0,66), la Suède (−0,58), la Croatie (−0,57) et la Bulgarie (−0,52). Ces économies sont structurellement importatrices nettes de ces produits ou ont orienté leur production vers d'autres segments (préfabriqués, par exemple).
3.3 Des chocs d'approvisionnement ciblés mais significatifs
L'analyse de la volatilité et des chocs révèle deux événements notables :
- Serbie, 2019 : un choc de prix à l'importation d'une amplitude anormale (score d'anomalie de 19,6), avec un bond de +68,5 % du prix unitaire. Ce choc, bien que limité en part de valeur (4 %), pourrait refléter un ajustement de politique commerciale ou une perturbation de l'offre locale.
- Viet Nam, 2022 : un choc de prix à l'importation (anomalie de 5,0, hausse de +42,7 %), affectant 15,7 % de la valeur des importations en provenance de ce partenaire. Il pourrait être lié aux perturbations post-Covid des chaînes logistiques asiatiques.
En termes de volatilité structurelle (coefficient de variation), les flux les plus instables à l'importation proviennent de Macédoine du Nord (CV = 2,0), de Turquie (CV = 0,94) et de Biélorussie (CV = 0,53). À l'exportation, les marchés les plus volatils sont le Sénégal (CV = 2,6), l'Algérie (CV = 2,2) et Andorre (CV = 0,87), confirmant que les marchés de petite taille ou politiquement instables génèrent des flux erratiques.
Conclusion
Le marché européen des ouvrages en béton (CN 681099) a profondément évolué entre 2015 et 2025. Trois tendances majeures se dégagent :
- Une revalorisation des prix qui tire la valeur des échanges à la hausse malgré un recul significatif des volumes, tant à l'exportation qu'à la production.
- Une diversification des sources d'importation (montée de la Turquie, de la Serbie, du Royaume-Uni post-Brexit) qui réduit la dépendance envers la Chine, couplée à une concentration croissante des débouchés d'exportation autour des États-Unis.
- Une hétérogénéité persistante au sein de l'UE, où quelques pays (Espagne, Pologne) captent l'essentiel de la spécialisation tandis que d'autres (France, Suède) restent structurellement importateurs.
L'excédent commercial demeure positif, mais sa croissance modeste (+5 %) contraste fortement avec la progression des importations (+84 %). La principale vulnérabilité réside désormais moins dans l'origine des approvisionnements — désormais diversifiés — que dans la dépendance croissante envers un marché de destination dominant. La capacité de l'UE à maintenir sa compétitivité-prix dans un contexte de hausse des coûts de production sera un facteur déterminant pour l'avenir de ce secteur.