Évolution du marché : Olives préparées (CN 200570) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution du commerce extérieur de l'Union européenne pour le code nomenclature combinée 200570 — Olives, préparées ou conservées autrement qu'au vinaigre ou à l'acide acétique, non congelées — sur la période 2015–2025. L'UE occupe une position de premier plan sur ce marché mondial, tant en qualité de premier exportateur que de producteur majeur. La période observée, marquée par des chocs sanitaires, géopolitiques et inflationnistes, a profondément reconfiguré les flux commerciaux, les prix et la structure des partenaires. L'analyse s'appuie sur les données agrégées disponibles (Vue d'ensemble du produit).
1. Un excédent commercial européen massif en expansion constante
L'UE, plaque tournante mondiale de l'olive préparée
L'Union européenne est un exportateur net structurel d'olives préparées. En 2015, les exportations hors UE s'élevaient à 706,6 M€ et ont atteint 1 209,4 M€ en 2025, soit une progression de +71,2 % sur la période. Sur la même période, les importations en provenance de pays tiers ont doublé — passant de 146,9 M€ à 301,9 M€ (+105,5 %) — mais restent très inférieures aux exportations. L'excédent commercial de l'UE est ainsi passé de 559,7 M€ à 907,5 M€ (+62,1 %), confirmant le rôle de l'UE comme fournisseur net du monde (Vue d'ensemble des flux).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Exportations (M€) | 706,6 | 1 209,4 | +71,2 % |
| Importations (M€) | 146,9 | 301,9 | +105,5 % |
| Solde commercial (M€) | 559,7 | 907,5 | +62,1 % |
Une production européenne en progression
La production intracommautaire (PRODCOM) confirme cette dynamique ascendante. En volume, elle est passée de 1,67 milliard de kg en 2015 à 2,08 milliards de kg en 2025 (+24,4 %). En valeur, la hausse est encore plus spectaculaire : de 2,68 Mds€ à 6,81 Mds€ (+153,8 %), ce qui reflète une augmentation très significative de la valeur unitaire de la production (Production PRODCOM).
L'hégémonie de l'arc méditerranéen
La spécialisation confirme la géographie oléicole européenne. En 2025, la Grèce affiche un indice de spécialisation (RSCA) de 0,97 et un RCA de 58,5, le plus élevé de l'UE, avec 39,4 % de sa production exportée. L'Espagne suit avec un RSCA de 0,75 (RCA 7,0) et 40,5 % de production dédiée à l'export. Ensemble, ces deux pays représentent la quasi-totalité des exportations UE de ce produit. L'Italie, le Portugal, la France, la Pologne et les Pays-Bas complètent le tableau, mais à un niveau de spécialisation nettement inférieur (Spécialisation des États membres).
| Pays | RCA (2025) | RSCA (2025) | Part de la production exportée |
|---|---|---|---|
| Grèce | 58,48 | 0,97 | 39,4 % |
| Espagne | 6,98 | 0,75 | 40,5 % |
| Italie | 0,72 | –0,17 | 5,7 % |
| Belgique | 0,67 | –0,20 | 5,7 % |
| Portugal | 0,39 | –0,44 | 0,5 % |
2. Une hausse des prix qui pèse davantage que la croissance des volumes
Les volumes stagnent tandis que les valeurs s'envolent
Le contraste entre l'évolution des volumes et celle des valeurs constitue l'un des traits marquants de la période. Du côté des exportations, les quantités n'ont augmenté que de +12,9 % (de 358 423 t à 404 710 t), tandis que la valeur a progressé de +71,2 %. L'écart est encore plus frappant en unité supplémentaire (poids net égoutté) : les exportations n'ont crû que de +4,9 % en volume égoutté, contre +63,2 % en valeur unitaire (Vue d'ensemble des flux).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Exportations | |||
| Valeur (M€) | 706,6 | 1 209,4 | +71,2 % |
| Volume (kt) | 358,4 | 404,7 | +12,9 % |
| Prix moyen (€/t) | 1 971 | 2 988 | +51,6 % |
| Importations | |||
| Valeur (M€) | 146,9 | 301,9 | +105,5 % |
| Volume (kt) | 116,0 | 150,9 | +30,0 % |
| Prix moyen (€/t) | 1 266 | 2 001 | +58,1 % |
Un phénomène d'inflation et de premiumisation
Les prix unitaires à l'export ont augmenté de +51,6 % (de 1 971 €/t à 2 988 €/t), et les prix à l'import de +58,1 % (de 1 266 €/t à 2 001 €/t). En unité supplémentaire (kg/net égoutté), la progression est de +63,2 % à l'export et +56,0 % à l'import. Ce mouvement généralisé de hausse des prix s'explique vraisemblablement par la conjonction de plusieurs facteurs : inflation des coûts de production (énergie, main-d'œuvre, intrants agricoles), tensions sur les matières premières liées au changement climatique (sécheresses récurrentes dans le bassin méditerranéen), et une tendance à la premiumisation des olives préparées (olives farcies, spécialités, appellations).
Le choc de prix sur les importations égyptiennes en 2022
Un événement de prix exceptionnel a été détecté sur les importations en provenance d'Égypte en 2022 : le prix unitaire a bondi de +37 % avec un indice d'anormalité de 1 527,9, le plus élevé de la série. L'Égypte représentait alors 15,1 % de la valeur des importations UE. Ce choc traduit possiblement la dépréciation massive de la livre égyptienne et la hausse des coûts logistiques post-Covid et post-conflit ukrainien (Événements de choc).
3. Diversification géographique et émergence de nouveaux partenaires
Une concentration qui diminue des deux côtés
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) mesurant la concentration géographique des échanges a baissé tant pour les importations que pour les exportations. À l'import, l'HHI en valeur est passé de 3 744 à 2 943 (–21,4 %), et en volume de 3 862 à 2 586 (–33,1 %). À l'export, il est passé de 2 088 à 1 801 en valeur (–13,7 %). Ces baisses indiquent une diversification progressive des partenaires commerciaux de l'UE, réduisant potentiellement la vulnérabilité aux chocs idiosyncratiques (Indice de concentration).
| HHI | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations (valeur) | 3 744 | 2 943 | –21,4 % |
| Importations (volume) | 3 862 | 2 586 | –33,1 % |
| Exportations (valeur) | 2 088 | 1 801 | –13,7 % |
| Exportations (volume) | 1 644 | 1 392 | –15,3 % |
Le duopole Maroc–Turquie à l'import, avec de nouveaux challengers
Les importations restent dominées par le Maroc (107,0 M€ en 2025, +54,3 %) et la Turquie (112,3 M€, +100,8 %), qui représentent à eux deux plus des deux tiers de la valeur importée. Cependant, la croissance la plus spectaculaire vient d'acteurs secondaires : l'Égypte a multiplié ses ventes à l'UE par 4,2 (de 11,1 M€ à 46,3 M€), l'Albanie par 9,2 (de 2,6 M€ à 24,2 M€), et la Syrie par 14,5 (de 0,16 M€ à 2,3 M€). L'Argentine a également émergé, passant de 0,1 M€ à 2,1 M€ (Partenaires d'importation).
| Partenaire d'import | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Maroc | 69,4 | 107,0 | +54,3 % |
| Turquie | 55,9 | 112,3 | +100,8 % |
| Égypte | 11,1 | 46,3 | +318,0 % |
| Albanie | 2,6 | 24,2 | +823,9 % |
| Argentine | 0,1 | 2,1 | +1 872,1 % |
La consolidation des marchés tiers à l'export
Du côté des exportations, les Ét-Unis restent de loin le premier client (468,1 M€ en 2025, +55,1 %), suivis du Royaume-Uni (143,3 M€, +131,2 %) et de la Russie (76,6 M€, +45,1 %). Le Royaume-Uni a connu la plus forte progression parmi les grands partenaires, probablement en lien avec la reconfiguration post-Brexit des flux commerciaux. Le Canada (+117,0 %), l'Ukraine (+164,5 %) et l'Australie (+48,4 %) confirment la dynamique de diversification à l'export. Du côté de la volatilité, les flux vers les principaux partenaires historiques (États-Unis, Royaume-Uni, Australie) sont remarquablement stables, avec des coefficients de variation inférieurs à 0,10 (Partenaires d'exportation · Volatilité).
| Partenaire d'export | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation | CV |
|---|---|---|---|---|
| États-Unis | 301,8 | 468,1 | +55,1 % | 0,09 |
| Royaume-Uni | 62,0 | 143,3 | +131,2 % | 0,09 |
| Russie | 52,8 | 76,6 | +45,1 % | 0,14 |
| Arabie saoudite | 47,7 | 62,3 | +30,8 % | 0,11 |
| Canada | 33,4 | 72,5 | +117,0 % | 0,11 |
| Australie | 31,4 | 46,6 | +48,4 % | 0,09 |
| Ukraine | 7,7 | 20,4 | +164,5 % | 0,24 |
Une volatilité plus élevée sur les sources d'approvisionnement émergentes
Les partenaires d'importation les plus récents et les plus petits présentent une volatilité nettement supérieure. L'Argentine (CV = 1,01), le Chili (CV = 1,06) et la Macédoine du Nord (CV = 0,70) illustrent cette instabilité. À l'opposé, le Maroc (CV = 0,13) et la Turquie (CV = 0,18) offrent des flux très réguliers, ce qui explique leur position dominante et durable. L'égypte (CV = 0,60) et l'Albanie (CV = 0,48) se situent dans un intermédiaire, signalant une montée en puissance encore fragile (Volatilité par partenaire).
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen des olives préparées (CN 200570) a connu une dynamique de croissance soutenue, portée davantage par la hausse des prix (+51,6 % à l'export) que par l'expansion des volumes (+12,9 %). L'UE demeure un exportateur net dominant, avec un excédent commercial porté à 907,5 M€ en 2025, grâce à la production massive de l'Espagne et de la Grèce. Les importations, bien qu'ayant plus que doublé en valeur, restent modestes en comparaison et se diversifient géographiquement : au duopole historique Maroc–Turquie se sont adjoints l'Égypte et l'Albanie comme sources croissantes. Cette diversification, attestée par la baisse de l'indice HHI, est un facteur de résilience, mais les nouveaux partenaires demeurent plus volatils. L'inflation des prix unitaires, observée tant à l'import qu'à l'export, témoigne d'une tension structurelle sur les coûts de production et d'une évolution vers des produits à plus forte valeur ajoutée, tendance susceptible de se poursuivre dans un contexte de changement climatique affectant les rendements oléicoles méditerranéens.