Évolution du marché : Noix de cajou (CN 080132) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution du commerce extérieur de l'Union européenne pour les noix de cajou fraîches ou sèches, sans coques (code douanier CN 080132) sur la période 2015–2025. L'UE se positionne comme un importateur net majeur de ce produit, avec un taux de dépendance aux importations nettes stable autour de 83 à 84 % sur l'ensemble de la période. Entre 2015 et 2025, le marché européen de la noix de cajou a connu des transformations profondes : un quasi-doublement des volumes importés, une réorganisation majeure des fournisseurs, une intensification de la production intra-UE et une volatilité accrue sur certains flux. Le présent rapport s'articule autour de trois dynamiques principales observées dans les données.
1. Une demande européenne en forte croissance, tirée par le volume plus que par la valeur
Les importations ont pratiquement doublé en volume
Entre 2015 et 2025, les importations intra-UE de noix de cajou sans coques ont presque doublé en volume, passant de 100 953 tonnes à 201 371 tonnes, soit une augmentation de 99,5 %. En valeur, la progression est également spectaculaire : de 688 millions d'euros à 1,273 milliard d'euros (+85,0 %). Ces chiffres traduisent une demande européenne en croissance soutenue, portée par la popularisation de la noix de cajou dans l'alimentation européenne (snacking, régimes végétariens, cuisine asiatique).
Les prix unitaires ont décliné sur la période
Paradoxalement, cette hausse de la demande s'est accompagnée d'une baisse des prix unitaires à l'importation. Le prix moyen est passé de 6 817 EUR/t en 2015 à 6 322 EUR/t en 2025, soit un recul de 7,3 %. Le prix minimum observé sur la période a été de 5 546 EUR/t. Cette dynamique s'explique vraisemblablement par une offre mondiale en expansion (notamment en Afrique de l'Ouest) et par une intensification de la concurrence entre fournisseurs.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations — Volume (t) | 100 953 | 201 371 | +99,5 % |
| Importations — Valeur (M EUR) | 688 | 1 273 | +85,0 % |
| Importations — Prix moyen (EUR/t) | 6 817 | 6 322 | −7,3 % |
| Exportations — Volume (t) | 7 178 | 9 656 | +34,5 % |
| Exportations — Valeur (M EUR) | 55,1 | 69,9 | +26,9 % |
| Solde commercial (M EUR) | −633 | −1 203 | −90,0 % |
Le déficit commercial s'est creusé de manière significative
Le solde commercial de l'UE pour les noix de cajou est structurellement déficitaire et s'est aggravé, passant de −633 millions d'euros à −1,203 milliard d'euros (−90 %). Les exportations européennes, bien qu'en progression (+34,5 % en volume), restent marginales par rapport aux importations (moins de 5 % du volume importé en 2025). L'UE demeure donc un consommateur final et un répartiteur (hub) de ce produit vers des marchés tiers, notamment le Royaume-Uni et la Suisse.
2. Une réorganisation géographique profonde des approvisionnements
Le Vietnam s'impose comme le fournisseur dominant
La part des partenaires dans les importations européennes a connu un bouleversement majeur. Le Vietnam est passé de 428 millions d'euros à 908 millions d'euros (+112 %), consolidant sa position de premier fournisseur avec une part dominante. Ce pays bénéficie de son intégration dans les chaînes d'approvisionnement asiatiques et de la compétitivité de ses exportations transformées.
La Côte d'Ivoire émerge comme un acteur majeur
L'évolution la plus spectaculaire concerne la Côte d'Ivoire, dont les exportations vers l'UE sont passées de 13 millions d'euros à 206 millions d'euros (+1 456 %). Ce pays, qui fait partie des premiers producteurs mondiaux de noix de cajou brutes, a manifestement accru sa capacité de décortication et d'exportation de noix sans coques. Le Burkina Faso connaît une trajectoire similaire, albeit à une échelle plus modeste (de 3 M EUR à 12 M EUR, +280 %). Cette dynamique traduit une industrialisation croissante du secteur de la noix de cajou en Afrique de l'Ouest.
L'Inde et le Brésil voient leur part décliner
À l'inverse, l'Inde — autrefois second fournisseur de l'UE avec 165 millions d'euros — a vu ses exportations vers l'Europe reculer de 56 % pour s'établir à 72 millions d'euros en 2025. Le Brésil a connu un déclin similaire (−39 %). Le Royaume-Uni, qui était un fournisseur significatif en 2015 (26 M EUR), a vu ses exportations vers l'UE s'effondrer de 98,6 %, probablement en lien avec les effets du Brexit sur les circuits commerciaux.
| Partenaire | 2015 (M EUR) | 2025 (M EUR) | Variation |
|---|---|---|---|
| Vietnam | 428 | 908 | +112 % |
| Inde | 165 | 72 | −56 % |
| Côte d'Ivoire | 13 | 206 | +1 456 % |
| Brésil | 21 | 13 | −39 % |
| Royaume-Uni | 26 | 0,4 | −99 % |
| Burkina Faso | 3 | 12 | +280 % |
| Indonésie | 15 | 3,5 | −77 % |
Le Royaume-Uni reste le premier client des exportations UE
Côté exportations, le Royaume-Uni demeure de loin le premier partenaire, avec 34 millions d'euros en 2025 (quasi-stable par rapport à 2015). La Suisse a doublé ses achats auprès de l'UE (de 6 M à 12 M EUR, +100 %). Les autres destinations restent relativement marginales.
3. Concentration accrue des importations et rôle structurant des Pays-Bas et de l'Allemagne
L'indice HHI révèle une concentration croissante des importations
L'indice de concentration Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations (en valeur) est passé de 4 471 à 5 384 (+20,4 %), indiquant une concentration géographique croissante des approvisionnements. Cette hausse reflète la montée en puissance du Vietnam et de la Côte d'Ivoire au détriment d'un éventail plus diversifié de fournisseurs. En parallèle, l'HHI des exportations a diminué de 34,9 % (de 4 385 à 2 853), signe d'une diversification des destinations d'exportation de l'UE.
Les Pays-Bas, hub logistique européen, conservent leur leadership
En 2025, les États membres de l'UE les plus importants pour les importations de noix de cajou sont les Pays-Bas (387 M EUR), l'Allemagne (440 M EUR), l'Espagne (120 M EUR), la France (87 M EUR) et l'Italie (77 M EUR). Les Pays-Bas, avec un indice de spécialisation (RSCA) de 0,59, sont le hub logistique européen par excellence pour ce produit, jouant un rôle de réexportation vers le reste de l'UE.
L'Allemagne a connu la plus forte croissance en importations
L'Allemagne a vu ses importations passer de 139 millions d'euros à 440 millions d'euros (+215 %), dépassant les Pays-Bas en valeur absolue en 2025. L'Espagne (+300 %) et la France (+103 %) ont également connu des hausses significatives. Du côté des exportations intra-UE, l'Allemagne (29 M EUR) et les Pays-Bas (26 M EUR) dominent, tandis que l'Espagne a connu une progression remarquable (+749 %).
| État membre (importations) | 2015 (M EUR) | 2025 (M EUR) | Variation |
|---|---|---|---|
| Pays-Bas | 341 | 387 | +13 % |
| Allemagne | 139 | 440 | +215 % |
| Espagne | 30 | 120 | +300 % |
| France | 43 | 87 | +103 % |
| Italie | 38 | 77 | +104 % |
La production intra-UE a presque doublé en volume
Un signal notable de la période est le quasi-doublement de la production intra-UE de noix de cajou, passant de 314 000 tonnes à 600 000 tonnes (+91 %). Toutefois, la valeur de cette production est restée quasiment stable (environ 1 milliard d'euros), ce qui suggère une baisse des prix de production ou une transformation à moindre valeur ajoutée. Cette production européenne (principalement des opérations de transformation, décortication et réemballage) reste insuffisante pour couvrir la demande, d'où la dépendance aux importations nettes maintenue à 84 %.
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen de la noix de cajou (CN 080132) a connu une croissance remarquable, avec un doublement des volumes importés et une valeur dépassant 1,2 milliard d'euros. Trois tendances structurantes se dégagent : la montée en puissance du Vietnam et de la Côte d'Ivoire au détriment de fournisseurs historiques comme l'Inde et le Brésil ; la concentration croissante des approvisionnements (HHI en hausse de 20 %) ; et le rôle central des Pays-Bas et de l'Allemagne comme principales portes d'entrée du produit sur le marché européen. Malgré une production intra-UE en forte hausse, la dépendance aux importations demeure structurellement élevée (84 %), ce qui expose l'UE à des risques d'approvisionnement, notamment liés à la volatilité des flux en provenance de Côte d'Ivoire (coefficient de variation de 1,10) et de Tanzanie (CV de 1,14). Les prix unitaires à l'importation ont légèrement reculé, signe d'une offre mondiale abondante, mais la consolidation autour de quelques fournisseurs majeurs pourrait à terme peser sur la négociation tarifaire européenne.