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Évolution du marché : Noisettes (CN 080222) — 2015–2025

Introduction

Les noisettes (CN 080222) — fraîches ou sèches, sans coques — constituent un produit clé de la filière fruits à coques en Europe. L'Union européenne est à la fois le plus grand producteur et le plus grand importateur mondial de noisettes, ce qui lui confère une position stratégique singulière dans ce marché. Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'UE pour ce produit a connu des mutations profondes : recomposition géographique des approvisionnements, expansion de la production intra-européenne, ajustements de prix et érosion des exportations. Ce rapport propose une analyse de ces dynamiques à la lumière des données douanières disponibles (Vue d'ensemble du commerce).


1. Diversification des sources d'approvisionnement : la Turquie toujours dominante mais de moins en moins seule

1.1 La Turquie demeure le premier fournisseur mais perd des parts de marché

La Turquie reste de loin le premier fournisseur de noisettes décortiquées de l'UE tout au long de la période. Toutefois, sa part a sensiblement reculé : les importations en provenance de Turquie sont passées de 987 M€ à 743 M€, soit une baisse de 24,7 % en valeur. En parallèle, l'indice de concentration HHI des importations (en valeur) a chuté de 6 903 à 4 070, soit une diminution de 41 %, signe d'une diversification nette des approvisionnements (Concentration HHI).

Partenaire Valeur 2015 (M€) Valeur 2025 (M€) Variation (%)
Türkiye 986,7 743,2 −24,7
Chile 12,6 288,2 +2 186,7
Georgia 130,2 83,0 −36,3
Azerbaijan 61,1 58,2 −4,7
United States 1,9 80,5 +4 135,5
United Kingdom 6,8 0,03 −99,5

Source : Partenaires par valeur

1.2 L'émergence spectaculaire du Chili et des États-Unis

La dynamique la plus marquante de la période est la montée en puissance de deux fournisseurs jusqu'alors marginaux. Le Chili est passé de 12,6 M€ à 288,2 M€ (+2 187 %), devenant le deuxième fournisseur de l'UE. Les États-Unis, quant à eux, ont connu une progression de 1,9 M€ à 80,5 M€ (+4 136 %). Cette émergence s'inscrit dans le contexte d'une demande européenne croissante et de la volonté de réduire la dépendance vis-à-vis d'un fournisseur unique. Néanmoins, ces deux sources d'approvisionnement présentent une volatilité élevée (coefficients de variation de 0,59 pour le Chili et de 1,66 pour les États-Unis), contre seulement 0,12 pour la Turquie, ce qui en fait des partenaires moins prévisibles (Volatilité).

1.3 Le Brexit et l'effondrement des échanges avec le Royaume-Uni

Le Royaume-Uni a quasi-disparu des flux d'importation de l'UE : ses livraisons sont passées de 6,8 M€ à 31 500 € (−99,5 %). Ce quasi-effondrement s'explique par la sortie du Royaume-Uni du marché unique européen, entraînant de nouvelles barrières douanières et logistiques qui ont rendu ces échanges marginaux.


2. Une production européenne en plein essor, mais des prix sous forte pression

2.1 Un quasi-doublement des volumes produits dans l'UE

La production intra-européenne de noisettes a connu une expansion remarquable sur la période, passant de 314 000 tonnes à 600 000 tonnes, soit une progression de 91,1 %. Cette hausse est largement portée par l'Italie — de loin le pays le plus spécialisé de l'UE avec un RSCA de 0,77 — mais aussi par la Bulgarie (RSCA de 0,49) et l'Espagne, qui a vu ses importations hors-UE croître de 116,7 %, suggérant un développement de sa filière de transformation (Production).

Indicateur 2015 2025 Variation (%)
Production (t) 314 000 600 000 +91,1
Valeur de production (M€) 1 000 990 −1,0

2.2 Une stagnation de la valeur de production malgré la hausse des volumes

Le paradoxe majeur de cette période est que la valeur de la production européenne est restée quasiment stable (1 000 M€ en 2015 contre 990 M€ en 2025, soit −1,0 %), alors que les volumes ont presque doublé. Cela implique une division par près de deux de la valeur unitaire de la production. Cette pression sur les prix de production s'explique par l'offre abondante tant locale qu'importée et par la concurrence accrue entre fournisseurs.

2.3 Des prix à l'importation en recul significatif

Les prix moyens à l'importation sont passés de 9 966 €/t à 8 442 €/t (−15,3 %). Cette baisse reflète à la fois l'arrivée de nouveaux fournisseurs proposant des prix compétitifs et l'ajustement global du marché face à la hausse de l'offre. Les prix à l'exportation ont également reculé de 10 615 €/t à 9 152 €/t (−13,8 %), confirmant un ajustement généralisé des prix sur ce marché (Vue d'ensemble du commerce).

2.4 Quelques événements de prix atypiques

Deux chocs de prix ont été détectés : une hausse de 112,4 % des prix à l'exportation vers les États-Unis en 2021 (indice d'anomalie de 7,2) et une hausse de 171,1 % vers l'Azerbaïdjan en 2019 (indice de 2,1). Ces épisodes, de portée limitée en termes de valeur, témoignent de la volatilité ponctuelle qui peut affecter certains corridors commerciaux (Chocs détectés).


3. Des exportations en repli marqué et une dépendance extérieure persistante

3.1 Un effondrement des exportations de l'UE

Les exportations extra-européennes de noisettes de l'UE ont connu un déclin prononcé, passant de 43,6 M€ à 17,6 M€ (−59,5 %) en valeur et de 4 107 tonnes à 1 928 tonnes (−53,1 %) en volume. L'Italie, premier exportateur de l'UE, a vu ses exportations chuter de 23,2 M€ à 7,8 M€ (−66,5 %). L'Allemagne (−54,2 %), l'Espagne (−65,0 %) et les Pays-Bas (−36,6 %) ont suivi la même trajectoire (Rapporteurs par valeur).

Pays UE (export.) Valeur 2015 (M€) Valeur 2025 (M€) Variation (%)
Italy 23,2 7,8 −66,5
Germany 6,1 2,8 −54,2
Spain 5,6 2,0 −65,0
Netherlands 3,2 2,0 −36,6
France 0,9 0,7 −27,0

3.2 Des destinations historiques en recul

Le Royaume-Uni, premier débouché des exportations européennes en 2015 avec 8,8 M€, n'a plus reçu que 1,1 M€ en 2025 (−87,2 %), principalement en raison du Brexit. La Suisse, deuxième destination, a reculé de 14,2 M€ à 6,4 M€ (−54,9 %). Le Brésil (−77,6 %) et les États-Unis (−70,0 %) ont également fortement réduit leurs achats auprès de l'UE. Seule la Turquie a légèrement augmenté ses importations en provenance de l'UE (+4,0 %), ce qui s'explique probablement par des réexportations ou des besoins de complément de l'industrie turque de transformation.

3.3 Une dépendance aux importations qui demeure structurelle

Malgré la diversification des fournisseurs et la croissance de la production locale, la dépendance nette de l'UE aux importations est restée remarquablement stable autour de 83 % (83,1 % en 2015, 83,8 % en 2025). L'intensité commerciale (part du commerce extérieur dans la production + commerce) se maintient à un niveau très élevé de 92,9 %, tandis que la propension à l'exporter a légèrement fléchi de 58,7 % à 52,2 % (Indicateurs de vulnérabilité).

Indicateur 2015 2025 Variation (pts)
Dépendance nette aux importations (%) 83,1 83,8 +0,9
Intensité commerciale (%) 93,6 92,9 −0,8
Propension à exporter (%) 58,7 52,2 −6,5

3.4 Une reconfiguration des importateurs intra-européens

Au sein de l'UE, la hiérarchie des importateurs s'est reconfigurée. L'Allemagne reste le premier importateur (458 M€), mais l'Italie a nettement progressé (de 376 M€ à 463 M€, +23,1 %), reflétant son rôle central dans la transformation (pâte de noisettes, confiserie). La Pologne a connu une croissance exceptionnelle (+637 %), passant de 10,2 M€ à 75,4 M€, signe d'un développement rapide de l'industrie agroalimentaire locale. L'Espagne a doublé ses importations (+116,7 %). À l'inverse, la Belgique (−85,4 %) et la France (−33,9 %) ont nettement réduit les leurs.


Conclusion

Le marché européen des noisettes décortiquées (CN 080222) a profondément évolué entre 2015 et 2025. Trois tendances majeures se dégagent :

  1. Diversification géographique réussie mais partielle : la Turquie reste le fournisseur dominant, mais le Chili et les États-Unis sont devenus des partenaires majeurs, réduisant la concentration des approvisionnements (HHI −41 %). Toutefois, ces nouveaux fournisseurs affichent une volatilité nettement plus élevée.

  2. Croissance de la production européenne sous pression des prix : les volumes produits dans l'UE ont quasi doublé, mais la valeur de production est restée stagnante, entraînant un effondrement des prix unitaires qui pèse sur la rentabilité des producteurs.

  3. Érosion des exportations et dépendance structurelle : les exportations de l'UE ont chuté de près de 60 %, affectées par le Brexit et le repli de plusieurs destinations. La dépendance nette aux importations demeure à 83 %, un niveau stable qui traduit l'écart persistant entre la demande européenne (stimulée par l'industrie agroalimentaire, notamment en Italie, Allemagne et Pologne) et la capacité de production locale.

Généré le 2026-08-08. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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