Évolution du marché : Moteurs à essence (CN 840733) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution du commerce extérieur de l'Union européenne pour les moteurs à piston alternatif à allumage par étincelles d'une cylindrée comprise entre 250 cm³ et 1 000 cm³, destinés à la propulsion des véhicules automobiles (code NC 840733), sur la période 2015–2025. L'UE apparaît comme un exportateur net structurel de ce produit, avec un excédent commercial qui s'est considérablement creusé au fil de la décennie, passant d'environ 144 millions d'euros en 2015 à plus de 1 milliard d'euros en 2025. Cette dynamique s'inscrit dans le contexte profond de la transition vers l'électromobilité, qui redéfinit les flux et les partenaires commerciaux du secteur.
1. Une expansion commerciale spectaculaire, tirée par les exportations
1.1. Les exportations de l'UE ont connu une croissance exceptionnelle
Sur la période 2015–2025, la valeur des exportations de l'UE en moteurs CN 840733 est passée de 216,7 millions d'euros à 1 276,9 millions d'euros, soit une hausse de +489 % (Vue d'ensemble du commerce). En volume (masse nette), les exportations ont progressé de 13 091 tonnes à 61 995 tonnes (+374 %), tandis que le nombre de pièces exportées est passé de 174 718 à 688 332 unités (+294 %). Le pic de valeur a été atteint en 2024, à 1 460,4 millions d'euros, avant un léger repli en 2025.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur (M€) | 216,7 | 1 276,9 | +489 % |
| Volume (tonnes) | 13 091 | 61 995 | +374 % |
| Pièces (p/st) | 174 718 | 688 332 | +294 % |
| Prix moyen (€/t) | 16 555 | 20 596 | +24 % |
1.2. Les importations ont progressé plus modestement
Les importations de l'UE en provenance de pays tiers ont également augmenté, passant de 72,7 millions d'euros à 251,2 millions d'euros (+246 %). Toutefois, cette croissance est nettement inférieure à celle des exportations. L'excédent commercial s'est donc élargi de manière continue, passant de 144 millions d'euros à 1 025,7 millions d'euros (+612 %), confirmant la position compétitive de l'industrie européenne sur ce segment de moteurs.
1.3. Les prix moyens révèlent une segmentation des produits
Les prix moyens à l'exportation (exprimés en EUR/tonne) sont restés supérieurs aux prix d'importation tout au long de la période, ce qui suggère que l'UE exporte des moteurs à plus forte valeur ajoutée unitaire. Le prix moyen à l'exportation a culminé en 2022 à 27 512 €/t avant de refluer vers 20 596 €/t en 2025, tandis que les prix d'importation sont restés relativement stables autour de 18 000–19 000 €/t. L'écart de prix s'est donc resserré en fin de période, signe possible d'une convergence qualitative ou d'une pression concurrentielle accrue.
2. Une recomposition géographique profonde des partenaires commerciaux
2.1. À l'exportation, l'UE s'est tournée vers l'Afrique du Nord et les marchés émergents
Les trois principaux partenaires à l'exportation de l'UE en 2025 étaient :
| Partenaire | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Maroc | 0,07 | 524,6 | +737 801 % |
| Turquie | 66,0 | 348,2 | +428 % |
| Afrique du Sud | 0,1 | 253,8 | +261 779 % |
| Canada | 67,5 | 68,6 | +2 % |
| Inde | 39,4 | 0,1 | −99,7 % |
Le Maroc et l'Afrique du Sud ont connu une croissance spectaculaire, passant de flux quasi inexistants à plus de 500 et 250 millions d'euros respectivement. Cette dynamique s'explique vraisemblablement par le développement de plateformes industrielles automobiles dans ces pays (notamment les usines de montage ou d'assemblage de véhicules européens au Maroc et en Afrique du Sud), qui importent des moteurs pour leur production locale (Partenaires à l'exportation).
En revanche, les exportations vers l'Inde se sont effondrées de 39,4 millions d'euros à seulement 117 000 euros (−99,7 %), ce qui peut refléter le développement de la production locale indienne ou des changements réglementaires.
2.2. À l'importation, une diversification vers l'Asie du Sud-Est
Les principaux fournisseurs de l'UE en 2025 étaient :
| Partenaire | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Corée du Sud | 15,2 | 58,8 | +286 % |
| Chine | 7,9 | 50,7 | +541 % |
| Indonésie | 0,03 | 35,1 | +102 187 % |
| Viêt Nam | 0,0003 | 37,6 | +10 994 047 % |
| Turquie | 0,05 | 14,0 | +26 012 % |
| Japon | 14,7 | 19,7 | +34 % |
Les cas du Viêt Nam et de l'Indonésie sont particulièrement remarquables. Partant de flux quasi nuls en 2015, ces deux pays sont devenus des fournisseurs majeurs de l'UE en 2025, avec respectivement 37,6 et 35,1 millions d'euros. Cette progression fulgurante traduit probablement la montée en puissance de chaînes d'approvisionnement automobiles en Asie du Sud-Est, où des constructeurs japonais, coréens et désormais chinois ont installé des capacités de production de moteurs (Partenaires à l'importation).
2.3. La concentration des échanges a évolué en sens inverse selon le flux
L'indice de concentration HHI (Herfindahl-Hirschman) sur la valeur des échanges révèle une tendance opposée :
| Flux | HHI 2015 | HHI 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations | 1 922 | 1 513 | −21 % |
| Exportations | 2 295 | 2 979 | +30 % |
Les importations se sont diversifiées (HHI en baisse), avec l'arrivée de nouveaux fournisseurs asiatiques, tandis que les exportations se sont concentrées autour d'un nombre réduit de destinations clés — principalement le Maroc, la Turquie et l'Afrique du Sud, qui représentaient ensemble la quasi-totalité de la croissance à l'exportation (Indice de concentration HHI).
3. Une production européenne en déclin structurel malgré des performances à l'exportation
3.1. La production de l'UE a connu un recul marqué
Les données de production (PRODCOM) indiquent que la production de moteurs CN 840733 au sein de l'UE a baissé de manière significative sur la période :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Production (pièces) | 824 490 | 386 401 | −53 % |
| Production (valeur, M€) | 787 | 526 | −33 % |
La production a diminué de moitié en volume et d'un tiers en valeur entre 2015 et 2025. Ce déclin s'inscrit dans le contexte de la transition vers les véhicules électriques, qui ne nécessitent pas de moteurs à combustion interne, et de la rationalisation des plateformes moteurs thermiques par les constructeurs européens (Production — volumes).
3.2. Le paradoxe d'une production en baisse et d'exportations en hausse
Ce paradoxe apparent — production en déclin, exportations en forte hausse — peut s'expliquer de plusieurs manières :
- La restructuration industrielle : les usines européennes de moteurs ferment progressivement, mais celles qui restent exportent une part croissante de leur production vers des pays où la demande de moteurs thermiques reste forte (Afrique, Moyen-Orient, marchés émergents).
- L'évolution de la gamme : l'UE exporte peut-être des moteurs de cylindrée plus élevée et de plus grande valeur unitaire, tandis que la production de moteurs plus petits diminue.
- Le stock et les réexportations : une partie des exportations peut provenir de moteurs importés puis réexportés, ou de stocks constitués.
3.3. Une spécialisation géographique de la production au sein de l'UE
L'analyse de la spécialisation (RSCA) en 2025 révèle que la production de moteurs CN 840733 est concentrée dans quelques États membres :
| Pays | Indice RSCA | Part de la production UE |
|---|---|---|
| Hongrie | 0,83 | 28,5 % |
| Roumanie | 0,75 | 11,9 % |
| Allemagne | 0,37 | 45,5 % |
| Tchéquie | 0,32 | 9,4 % |
L'Allemagne domine en volume (45,5 % de la production UE), mais la Hongrie et la Roumanie affichent les indices de spécialisation les plus élevés, ce qui traduit une localisation privilégiée de la production de moteurs dans ces pays, probablement liée à des coûts de main-d'œuvre plus compétitifs et à la présence de grands constructeurs automobiles (Spécialisation des États membres).
3.4. L'Espagne, moteur de la croissance des exportations
Au sein de l'UE, l'Espagne a connu la plus forte croissance des exportations, passant de 0,4 million d'euros en 2015 à 542,8 millions d'euros en 2025 (+139 211 %), devenant ainsi le premier exportateur de l'UE devant la Roumanie (329,7 M€) et l'Autriche (102,5 M€). L'Allemagne, malgré sa position dominante en production, n'arrive qu'en quatrième position à l'exportation (221,6 M€). L'Espagne bénéficie vraisemblablement de sa proximité géographique avec le Maroc, principal destinataire des exportations UE, et de la présence de grandes usines automobiles (notamment les usines de moteurs du groupe Stellantis et Renault) (Exportateurs de l'UE).
Conclusion
Le marché européen des moteurs à essence de cylindrée moyenne (250–1 000 cm³) a connu une décennie de transformations profondes entre 2015 et 2025. Paradoxalement, alors que la production de l'UE a diminué de moitié sous l'effet de la transition vers l'électromobilité, les exportations ont été multipliées par près de six, portant l'excédent commercial au-delà du milliard d'euros. Cette dynamique s'explique par la forte demande persistante de moteurs thermiques dans les marchés émergents — en particulier au Maroc, en Afrique du Sud et en Turquie — où l'industrie automobile locale, souvent liée aux constructeurs européens, continue de s'approvisionner en moteurs auprès de l'UE. Simultanément, les importations se sont diversifiées avec l'arrivée de nouveaux fournisseurs asiatiques (Viêt Nam, Indonésie, Chine), traduisant la mondialisation croissante des chaînes de valeur du moteur thermique. À l'horizon, la poursuite de la transition électrique devrait accélérer le déclin de la production et, à terme, des exportations de ce produit, mais la période 2015–2025 illustre comment une industrie en déclin structurel peut néanmoins connaître un dernier cycle d'expansion commerciale grâce à la demande des marchés non encore convertis à l'électrique.