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Évolution du marché : Minerais de métaux précieux et leurs concentrés (à l'excl. des minerais d'argent et de leurs concentrés) (CN 261690) — 2015–2025

Introduction

Le code NC 261690 couvre les minerais de métaux précieux — principalement l'or et les métaux du groupe du platine (MGP) — et leurs concentrés, à l'exclusion des minerais d'argent. Cette nomenclature, résiduelle par rapport au code 261610 (minerais d'argent), constitue une matière première stratégique pour les filières de raffinage et de transformation européenne. Le code PRODCOM correspondant est le 07.29.14.20.

Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'Union européenne avec les pays tiers pour ce produit a connu une transformation profonde. La valeur des importations a été multipliée par cinq et celle des exportations par un facteur comparable, mais depuis une base beaucoup plus faible, creusant un déficit commercial considérable. Parallèlement, la géographie des partenaires s'est radicalement reconfigurée, avec l'émergence de nouveaux fournisseurs en Amérique latine et au Caucase, tandis que la production intra-européenne a significativement progressé.

Ce rapport analyse les principales dynamiques observées en trois volets : l'expansion commerciale et ses déséquilibres structurels, la reconfiguration géographique des flux, et l'évolution de l'autonomie européenne face aux vulnérabilités résiduelles. Les données portent sur les échanges extra-UE (pays tiers uniquement), sur une base annuelle, avec exclusion des périodes incomplètes et des valeurs aberrantes.

En savoir plus sur le périmètre et les définitions du produit


1. Une expansion commerciale spectaculaire mais structurellement déséquilibrée

1.1. Les importations ont été multipliées par cinq en valeur et par dix en volume

La valeur des importations de l'UE en provenance des pays tiers a été multipliée par cinq sur la période, passant de 546,0 M€ en 2015 à 2 740,1 M€ en 2025 (+401,8 %). La croissance a été particulièrement marquée à partir de 2019, avec un pic à 2 931,2 M€ en 2021, avant un léger recul en 2023–2024 puis un rebond en 2025.

En volume, la progression est encore plus spectaculaire : les importations sont passées de 18 311 tonnes à 176 794 tonnes, soit une multiplication par près de dix (+865,5 %). Le bond le plus significatif s'est produit entre 2019 (51 103 t) et 2020 (126 149 t), coïncidant avec l'essor de nouveaux fournisseurs.

Les exportations ont connu une trajectoire différente : leur valeur a progressé de 72,8 M€ à 376,8 M€ (+417,9 %), mais les volumes sont restés relativement stables, passant de 173 794 t à 153 919 t (−11,4 %). L'UE est ainsi passée d'une position de net exportateur en volume (ratio export/import de 9,5 en 2015) à celle de net importateur (ratio de 0,9 en 2025).

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Année Exportations (M€) Importations (M€) Solde (M€)
2015 72,8 546,0 −473,3
2016 50,5 544,2 −493,7
2017 76,8 608,0 −531,2
2018 88,7 923,1 −834,4
2019 164,3 1 406,1 −1 241,8
2020 261,2 2 531,9 −2 270,7
2021 409,2 2 931,2 −2 522,0
2022 268,1 2 926,3 −2 658,1
2023 219,8 2 240,8 −2 021,0
2024 256,9 1 830,2 −1 573,2
2025 376,8 2 740,1 −2 363,2

1.2. Les prix à l'importation ont reculé tandis que ceux à l'exportation ont fortement progressé

L'un des faits marquants de la période est la divergence prononcée des prix unitaires entre importations et exportations. Les prix moyens d'importation ont diminué de 48,0 %, passant de 29 821 €/t en 2015 à 15 499 €/t en 2025. Cette baisse s'explique vraisemblablement par un changement de composition des approvisionnements, avec l'arrivée de nouveaux fournisseurs proposant des concentrés de moindre teneur unitaire.

À l'inverse, les prix moyens d'exportation ont été multipliés par près de six, passant de 419 €/t à 2 448 €/t (+484,6 %). Cette hausse traduit une possible montée en gamme des matériaux réexportés par l'UE, avec un biais vers des concentrés ou produits semi-transformés de plus haute valeur.

Le ratio prix import/prix export est ainsi passé de 71 à 6, ce qui indique un rétrécissement considérable de l'écart de valeur unitaire. En 2015, l'UE importait des concentrés à très haute teneur (probablement aurifères) et réexportait des matériaux de moindre valeur ; cette asymétrie s'est fortement atténuée.

Année Prix export (€/t) Prix import (€/t) Ratio imp/exp
2015 419 29 821 71
2017 1 615 19 328 12
2019 1 475 27 515 19
2021 2 816 22 526 8
2022 2 066 25 676 12
2024 1 558 17 734 11
2025 2 448 15 499 6

1.3. Le déficit commercial s'est creusé de manière spectaculaire

Le solde commercial de l'UE pour le code 261690 s'est systématiquement détérioré, passant de −473,3 M€ en 2015 à −2 363,2 M€ en 2025, soit une aggravation de 399,3 %. Le déficit a atteint son niveau le plus bas en 2022 (−2 658,1 M€), avant de se résorber partiellement en 2023–2024, puis de se creuser à nouveau en 2025.

Ce déséquilibre structurel s'explique par le rythme de croissance des importations, qui a nettement dépassé celui des exportations. Tandis que la valeur des exportations a été multipliée par 5,2, celle des importations l'a été par 5,0 — mais depuis une base sept fois supérieure. En volume, la situation est encore plus frappante : l'UE est passée d'un excédent net de 155 483 tonnes en 2015 à un déficit net de 22 875 tonnes en 2025.


2. Une reconfiguration géographique profonde des partenaires commerciaux

2.1. De nouveaux fournisseurs latino-américains et caucasiens ont émergé sur le marché européen

La période 2015–2025 a été marquée par l'irruption de fournisseurs qui n'étaient pas ou peu présents au début de la période.

L'Équateur illustre le mieux cette dynamique : passant d'importations quasi nulles en 2015 (0,9 M€) à 516,3 M€ en 2025, le pays est devenu le deuxième fournisseur de l'UE, derrière l'Afrique du Sud. Cette montée en puissance, amorcée en 2020 (171,4 M€), coïncide avec le développement de grands projets miniers aurifères équatoriens. En volume, les importations en provenance d'Équateur sont passées de 331 kg en 2016 à 55 853 kg en 2025.

L'Argentine a émergé comme fournisseur significatif à partir de 2016 (13,1 M€), pour atteindre 78,0 M€ en 2025. La Géorgie, quant à elle, est apparue brutalement en 2024 (41,8 M€) et a atteint 150,7 M€ dès 2025, suggérant la mise en production d'un gisement majeur.

Du côté des exportations, de nouveaux débouchés ont émergé : la Malaisie (de 0 à 91,3 M€), le Canada (de 0,3 M€ à 84,2 M€) et le Mexique (de 0 à 38,1 M€). À l'inverse, les États-Unis, premier débouché en 2015 avec 10,8 M€, ont quasi disparu des exportations (0,1 M€ en 2025, −99,3 %). La Russie a connu un pic exceptionnel de 126,5 M€ en 2021 avant de disparaître des statistiques.

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Principales sources d'importation (M€)

Partenaire 2015 2020 2025
Afrique du Sud 422,3 1 241,7 1 202,7
Équateur 171,4 516,3
Canada 8,0 438,7 287,4
Mexique 15,0 75,1 228,9
États-Unis 9,7 108,9 125,2
Argentine 36,6 78,0
Papouasie-Nouvelle-Guinée 21,6 122,3 46,7
Tanzanie 48,4 280,4 0,01
Autres 21,0 57,0 254,9
Total 546,0 2 531,9 2 740,1

Principaux débouchés à l'exportation (M€)

Destination 2015 2020 2025
Chine 50,9 137,0 74,7
Malaisie 0,6 91,3
Canada 0,3 60,8 84,2
Suisse 11,0 59,7 56,3
Mexique 38,1
Namibie 5,1
États-Unis 10,8 0,02 0,1
Autres 0,1 3,1 27,2
Total 72,8 261,2 376,8

2.2. L'Afrique du Sud demeure le premier fournisseur mais voit sa part relative fortement diminuer

L'Afrique du Sud reste de loin le principal fournisseur de l'UE, avec 1 202,7 M€ en 2025. Toutefois, sa part dans les importations totales a considérablement diminué, passant de 77,3 % en 2015 à 43,9 % en 2025. En valeur absolue, ses livraisons ont progressé de 185 %, mais cette croissance est restée bien en deçà de celle de l'ensemble des importations.

La Tanzanie offre un contraste saisissant : ayant fourni 48,4 M€ en 2015 et atteint un pic de 280,4 M€ en 2020, le pays a chuté à 0,01 M€ en 2025, une chute de −100 %. Les quantités importées sont passées de 8 422 kg à 0,4 kg, indiquant un effondrement quasi total des flux.

Le Canada a connu une trajectoire ascendante régulière, passant de 8,0 M€ (2015) à un pic de 438,7 M€ (2020), avant de se stabiliser autour de 287,4 M€ en 2025. Le Mexique a progressé de manière soutenue (de 15,0 M€ à 228,9 M€), tandis que la Papouasie-Nouvelle-Guinée, après un pic de 122,3 M€ en 2020, a reflué à 46,7 M€ en 2025.

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2.3. La concentration des échanges a nettement reculé, tant à l'importation qu'à l'exportation

L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI), qui mesure la concentration des flux sur les partenaires, confirme la tendance à la diversification :

  • Importations : le HHI (en valeur) est passé de 6 092 en 2015 à 2 529 en 2025 (−58,5 %). Ce niveau, juste au seuil de la concentration modérée, reflète la multiplication des sources d'approvisionnement, même si l'Afrique du Sud reste prépondérante.
  • Exportations : le HHI est passé de 5 338 à 1 832 (−65,7 %), indiquant une diversification encore plus prononcée. Il convient de noter que cet indice avait temporairement augmenté jusqu'à 7 143 en 2018, lorsqu'environ 84 % des exportations étaient concentrées sur la Chine, avant de décliner fortement avec l'émergence de nouveaux débouchés.
Année HHI importations HHI exportations
2015 6 092 5 338
2017 4 858 5 981
2018 3 909 7 143
2020 2 928 3 817
2021 4 097 3 317
2022 4 133 4 631
2024 3 336 2 635
2025 2 529 1 832

Du côté des États membres, l'Allemagne concentre à elle seule 74,6 % des importations de l'UE en 2025 (2 044,9 M€), suivie par la Finlande (16,5 %, 453,2 M€) et la Bulgarie (8,8 %, 241,8 M€). À l'exportation, la Bulgarie (147,8 M€), la Grèce (105,6 M€), la Finlande (73,8 M€) et l'Espagne (67,1 M€) dominent.

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3. Le renforcement de l'autonomie européenne face à des vulnérabilités persistantes

3.1. La production intra-européenne a connu une croissance significative

Les données de production PRODCOM (code 07.29.14.20) montrent une progression notable de la production européenne de minerais de métaux précieux. La valeur produite est passée de 409 M€ en 2019 à 850 M€ en 2024, soit une hausse de 107,6 %. En volume, les quantités déclarées ont connu une augmentation beaucoup plus importante (de 13,5 millions d'unités à 180 millions d'unités), mais cette progression doit être interprétée avec prudence : les données de 2020 à 2024 sont arrondies (bandes d'arrondissement de 6 à 90 millions d'unités), et l'écart entre la croissance des volumes et celle des valeurs suggère un possible changement méthodologique ou une modification de la composition des productions déclarées.

Consulter les volumes de production

Année Quantité (M unités) Valeur (M€)
2019 13,5 409
2020 18,0 631
2021 20,0 640
2022 18,0 560
2023 200,0 810
2024 180,0 850

En 2025, les États membres les plus spécialisés dans ce produit sont la Bulgarie (RSCA de 0,98 ; RCA de 102,8 ; 64,7 % de la production sectorielle), la Grèce (RSCA de 0,75 ; RCA de 7,1), la Finlande (RSCA de 0,67 ; RCA de 5,1), la Suède (RSCA de 0,47 ; RCA de 2,8) et l'Espagne (RSCA de 0,40 ; RCA de 2,3). À l'inverse, la France et l'Italie, malgré leur poids économique, présentent une spécialisation quasi nulle (RSCA de −1,0) dans ce secteur.

Consulter la spécialisation des États membres

3.2. La dépendance nette aux importations a reculé depuis 2022

Malgré la croissance des importations en valeur absolue, la dépendance nette de l'UE aux importations a diminué de manière significative, passant d'un pic de 82,5 % en 2022 à 64,0 % en 2024. Cette amélioration est directement liée à la montée en puissance de la production intra-européenne, qui a permis de couvrir une part croissante de la demande.

L'intensité commerciale (rapport entre les échanges totaux et la production) a également reculé, passant de 94,0 % en 2021 à 79,8 % en 2024, ce qui confirme une moindre dépendance au commerce international. La propension à exporter a diminué de 40,1 % à 36,4 % sur la période disponible.

Indicateur 2019 2020 2021 2022 2023 2024
Dépendance nette aux importations 75,2 % 78,2 % 79,7 % 82,5 % 71,2 % 64,0 %
Intensité commerciale 86,5 % 88,6 % 94,0 % 92,5 % 81,4 % 79,8 %

Le point culminant de la dépendance (2022) coïncide avec un niveau record des importations (2 926,3 M€) et un déficit maximal (−2 658,1 M€). La réduction observée depuis lors traduit à la fois une reprise de la production européenne et une moindre dynamique des importations en 2023–2024.

Consulter la dépendance nette aux importations | Consulter l'intensité commerciale

3.3. Des chocs d'approvisionnement ponctuels et une volatilité élevée persistent sur certains partenaires

Deux événements de choc majeurs ont été identifiés sur la période, tous deux sur le flux des exportations :

  • Choc de prix sur les exportations vers la Chine (2017) : le prix moyen a bondi de 338,9 %, passant de 534 €/t (2016) à 1 958 €/t (2017), tandis que les volumes s'effondraient de −71 % (de 62 887 t à 29 818 t). Ce choc, qualifié d'anomalie de 12,1 écarts-types, a représenté 94,1 % de la valeur totale des exportations cette année-là. Les prix se sont ensuite stabilisés à un niveau durablement supérieur (entre 875 et 1 245 €/t), suggérant un changement structurel dans la composition des exportations vers la Chine.

  • Choc d'offre sur la Namibie (2019–2021) : les exportations vers la Namibie ont chuté de 100 %, passant de 7 592 t (2018) à zéro pendant trois années consécutives. Le pays a ensuite connu une reprise vigoureuse à partir de 2022, avec des volumes 290 % supérieurs au niveau de base et des prix en hausse de 57 %.

Consulter les chocs d'approvisionnement

Par ailleurs, plusieurs partenaires présentent une volatilité élevée des volumes échangés (coefficient de variation > 1,5), ce qui constitue un facteur de risque :

  • Côté importations : Brésil (CV = 2,37), Chili (2,01), Canada (1,72), Colombie (1,29), Tanzanie (1,25).
  • Côté exportations : Turquie (CV = 2,60), États-Unis (2,25), Canada (1,79), Russie (1,57), Corée du Sud (1,53).

À l'inverse, les partenaires les plus stables en volume sont la Chine à l'exportation (CV = 0,35) et le Mexique à l'importation (CV = 0,57), ce qui en fait des contreparties relativement fiables.

Consulter la volatilité des échanges


Conclusion

Sur la période 2015–2025, le marché européen des minerais de métaux précieux (CN 261690) a connu une transformation profonde articulée autour de trois dynamiques principales.

Premièrement, l'expansion commerciale a été spectaculaire, avec une multiplication par cinq de la valeur des échanges. Cependant, cette croissance s'est accompagnée d'un creusement considérable du déficit commercial (−2 363 M€ en 2025), l'UE étant passée d'une position de net exportateur en volume à celle de net importateur. La divergence des prix unitaires — baisse de 48 % à l'importation, hausse de 485 % à l'exportation — reflète une recomposition qualitative des flux.

Deuxièmement, la géographie des partenaires s'est radicalement reconfigurée. De nouveaux fournisseurs (Équateur, Argentine, Géorgie) ont émergé, tandis que la concentration des échanges a nettement reculé : le HHI des importations a diminué de 58 %, celui des exportations de 66 %. L'Afrique du Sud demeure le pilier de l'approvisionnement (44 % des importations), mais sa part relative a été divisée par près de deux.

Troisièmement, la montée de la production intra-européenne (valeur doublée entre 2019 et 2024) a permis de réduire la dépendance nette aux importations depuis son pic de 2022 (82,5 %) jusqu'à 64,0 % en 2024. Toutefois, des chocs d'approvisionnement ponctuels (Chine en 2017, Namibie en 2019–2021) et une volatilité persistante sur certains partenaires rappellent que la sécurisation des approvisionnements en métaux précieux reste un enjeu stratégique pour l'Union européenne.

Généré le 2026-08-05. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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