Évolution du marché : Mélanges de substances odoriférantes et mélanges, y.c. les solutions alcooliques, à base d'une ou de plusieurs de ces substances, des types utilisés comme matières de base pour l'industrie (à l'excl. des mélanges des types utilisés pour les industries alimentaires ou des boissons) (CN 330290) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 330290 couvre les mélanges de substances odoriférantes destinés à l'industrie (parfumerie, cosmétique, détergence, etc.), à l'exclusion de ceux utilisés par les industries alimentaires et des boissons. Ce segment représente un marché de premier plan dans la chaîne de valeur des arômes et fragrances : il sert de matière première transformée à une multitude d'industries aval. En 2025, le commerce extérieur de l'UE avec le reste du monde pour ce produit s'élevait à environ 2,5 milliards € en exportations et 1,7 milliard € en importations, soit un excédent commercial de 873 millions € — contre 251 millions € seulement en 2015.
Sur la période 2015–2025, trois grandes dynamiques structurent ce marché : (1) une forte croissance de la valeur commerciale, largement tirée par la hausse des prix unitaires plutôt que par les volumes ; (2) une réorientation géographique prononcée des échanges, avec l'essor spectaculaire des exportations vers le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord au détriment du Royaume-Uni ; et (3) la consolidation du rôle de la France en tant qu'épicentre productif et exportateur de l'Union européenne. Le présent rapport analyse ces dynamiques en s'appuyant sur les données commerciales de la période.
1. Une croissance de la valeur tirée par les prix, tandis que les volumes progressent plus modestement
1.1. Les exportations ont presque doublé en valeur, mais seulement de 22,6 % en volume
Entre 2015 et 2025, la valeur des exportations de l'UE (produit 330290) à destination des pays tiers a augmenté de 90,7 %, passant de 1 327 à 2 531 millions € (vue d'ensemble du commerce). En revanche, les quantités exportées n'ont progressé que de 22,6 % (de 95 123 à 116 579 tonnes). L'écart entre ces deux trajectoires — valeur en hausse de 90,7 % contre volumes en hausse de 22,6 % — traduit une augmentation considérable du prix moyen à l'exportation, qui est passé de 13 951 à 21 707 €/t (+55,6 %).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur exportations (M€) | 1 327 | 2 531 | +90,7 % |
| Quantité exportations (tonnes) | 95 123 | 116 579 | +22,6 % |
| Prix moyen export. (€/t) | 13 951 | 21 707 | +55,6 % |
| Valeur importations (M€) | 1 076 | 1 658 | +54,1 % |
| Quantité importations (tonnes) | 61 525 | 63 305 | +2,9 % |
| Prix moyen import. (€/t) | 17 487 | 26 188 | +49,8 % |
| Solde commercial (M€) | 251 | 873 | +247,5 % |
1.2. La hausse des prix à l'importation a aussi été marquée, mais les volumes importés sont restés stables
Du côté des importations, la valeur a augmenté de 54,1 % (de 1 076 à 1 658 millions €), tandis que les quantités n'ont progressé que de 2,9 % (de 61 525 à 63 305 tonnes). Le prix moyen à l'importation a ainsi grimpé de 49,8 %, passant de 17 487 à 26 188 €/t. Cette hausse des prix reflète probablement une combinaison d'inflation des matières premières (huiles essentielles, composés aromatiques), de tensions sur les coûts logistiques et d'un effet de premiumisation des produits importés.
1.3. L'excédent commercial de l'UE s'est considérablement renforcé
Le solde commercial de l'UE avec le reste du monde pour le produit 330290 est passé de 251 à 873 millions € entre 2015 et 2025, soit un accroissement de 247,5 %. Cette amélioration est le fruit conjoint d'exportations en forte croissance et d'importations en progression plus modérée. En conséquence, la dépendance nette aux importations (ratio solde/production) s'est intensifiée : passant de -7,7 % à -28,7 %, l'UE affirme son statut de surplus structurel sur ce segment.
1.4. La production de l'UE a doublé en valeur sans doubler en volume
Les données de production confirment ce mouvement : la valeur de la production de l'UE pour le code 330290 est passée de 1 707 millions € (2015) à 3 291 millions € (2024, dernière année disponible), soit une hausse de 93 %. En revanche, les quantités produites n'ont augmenté que de 28 % (de 153 à 200 millions de tonnes estimées). Le prix unitaire de production est ainsi passé de 11,1 à 16,5 €/t (+48 %), confirmant la dynamique inflationniste qui traverse l'ensemble de la chaîne de valeur.
2. Une réorientation géographique marquée : le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord au cœur des exportations, la Suisse au cœur des importations
2.1. Le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord absorbent une part croissante des exportations
L'analyse des principaux partenaires à l'exportation révèle une transformation profonde de la géographie des débouchés. Les Émirats arabes unis (EAU) sont devenus la première destination des exportations de l'UE pour le produit 330290, avec une valeur passée de 94 à 515 millions € (+448 %). L'Arabie saoudite (de 88 à 168 M€, +90 %), l'Algérie (de 31 à 105 M€, +235 %) et l'Égypte (de 40 à 82 M€, +105 %) connaissent des progressions comparables. La Turquie, autre partenaire MENA, a vu ses importations en provenance de l'UE passer de 76 à 148 M€ (+95 %).
| Partenaire (exportations UE) | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Émirats arabes unis | 94 | 515 | +448 % |
| Arabie saoudite | 88 | 168 | +90 % |
| Algérie | 31 | 105 | +235 % |
| Égypte | 40 | 82 | +105 % |
| Turquie | 76 | 148 | +95 % |
| Fédération de Russie | 94 | 158 | +68 % |
Cette dynamique s'explique par plusieurs facteurs : le développement des industries de parfumerie et de cosmétiques dans le Golfe, la croissance démographique et l'urbanisation en Afrique du Nord, ainsi que le rôle croissant de Dubaï comme hub logistique et de reformulation pour le secteur des fragrances.
2.2. Le Royaume-Uni, ancien premier partenaire, perd du terrain à l'exportation
Le Royaume-Uni, qui était la première destination des exportations de l'UE en 2015 (241 M€), est tombé à 171 M€ en 2025 (-29 %). Cette baisse, amorcée dès avant le Brexit mais accélérée après 2020, s'explique par les nouvelles barrières non tarifaires introduites par la sortie du Royaume-Uni du marché unique, ainsi que par la restructuration des chaînes d'approvisionnement entre l'UE et le Royaume-Uni. Un choc de prix significatif a été détecté sur les importations de l'UE en provenance du Royaume-Uni en 2021 : les quantités importées ont chuté de 44 % par rapport à la période de référence (2019–2020), tandis que les prix ont plus que doublé (de 10 371 à 23 160 €/t). Ce choc, d'une anormalité de 2,4 écarts-types, est cohérent avec les perturbations post-Brexit qui ont affecté les flux bilatéraux.
2.3. La Suisse, partenaire d'importation dominant, affiche une stabilité remarquable
À l'importation, la Suisse domine nettement le tableau avec une part de plus de 60 % de la valeur totale importée par l'UE. Les importations en provenance de Suisse sont passées de 671 à 1 024 millions € (+53 %), avec un coefficient de variation de seulement 0,07 sur la période — le plus faible de tous les partenaires majeurs. Cette stabilité s'explique par le poids de grands groupes internationaux de saveurs et fragrances (Firmenich, Givaudan, dsm-firmenich) dont les sièges sont en Suisse et qui approvisionnent leurs filiales européennes.
| Partenaire (importations UE) | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation | CV |
|---|---|---|---|---|
| Suisse | 671 | 1 024 | +53 % | 0,07 |
| Royaume-Uni | 206 | 373 | +81 % | 0,45 |
| États-Unis | 149 | 160 | +7 % | 0,22 |
| Turquie | 2,3 | 17,3 | +660 % | 0,58 |
| Inde | 4,8 | 8,1 | +68 % | 0,18 |
2.4. La Turquie et l'Inde émergent comme fournisseurs de l'UE, tandis que le Japon et la Chine déclinent
La Turquie a connu une hausse spectaculaire de ses exportations vers l'UE (de 2,3 à 17,3 M€, +660 %), traduisant le développement de son industrie de parfumerie et de produits aromatiques. L'Inde progresse également (de 4,8 à 8,1 M€, +68 %). En revanche, le Japon (de 13 à 10 M€, -25 %) et la Chine (de 22 à 17 M€, -21 %) voient leurs parts diminuer, ce qui peut refléter des changements dans les flux intra-firmes et une moindre dépendance de l'UE vis-à-vis de ces fournisseurs pour ce type de produits.
3. La France au centre de la spécialisation européenne, face à un marché de plus en plus tourné vers l'extérieur
3.1. La France concentre plus de la moitié de la production et des exportations de l'UE
Les données de spécialisation montrent que la France occupe une position de leader incontesté dans le secteur des mélanges odoriférants industriels au sein de l'UE. En 2025, la France représente :
- 50,7 % de la production de l'UE (en valeur) pour le code 330290 ;
- un indice de spécialisation (RSCA) de 0,73, nettement supérieur à tous les autres États membres ;
- un coefficient d'avantage comparatif révélé (RCA) de 6,48, indiquant une concentration très forte de la production dans ce segment par rapport à la moyenne de l'UE.
La France exportait 1 051 millions € de produits 330290 en 2025, contre 478 millions € en 2015 (+120 %), et importait 1 335 millions € (+94 %). Son poids dans les importations comme dans les exportations reflète à la fois son rôle de centre de production et de plateforme de redistribution.
3.2. L'Allemagne, l'Espagne et les Pays-Bas complètent le dispositif exportateur européen
L'Allemagne, avec 488 M€ d'exportations en 2025 (+24 % depuis 2015), et l'Espagne, avec 436 M€ (+112 %), constituent les deuxième et troisième exportateurs de l'UE. Les Pays-Bas (356 M€, +94 %) et l'Italie (90 M€, +270 %) ont connu des progressions marquées. L'Italie en particulier a multiplié par 3,7 ses exportations, ce qui peut refléter le développement de son industrie cosmétique et de la parfumerie artisanale.
| État membre | Export. 2015 (M€) | Export. 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| France | 478 | 1 051 | +120 % |
| Allemagne | 393 | 488 | +24 % |
| Espagne | 206 | 436 | +112 % |
| Pays-Bas | 184 | 356 | +94 % |
| Italie | 24 | 90 | +270 % |
| Pologne | 14 | 30 | +107 % |
3.3. La concentration des importations reste élevée et stable, celle des exportations s'accroît légèrement
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations de l'UE pour le produit 330290 se situe à environ 4 423 en 2025, un niveau élevé qui traduit une concentration marquée sur la Suisse et, dans une moindre mesure, le Royaume-Uni. Ce chiffre est resté remarquablement stable (-0,5 % sur la période), ce qui indique que la structure d'approvisionnement de l'UE n'a pas fondamentalement changé (concentration).
À l'exportation, le HHI est beaucoup plus faible (672), indiquant une diversification plus poussée des débouchés. Il a augmenté de 12 % depuis 2015, ce qui s'explique par la montée en puissance des EAU comme premier partenaire. Cette concentration croissante des exportations vers les EAU représente un risque potentiel de dépendance vis-à-vis d'un seul marché.
3.4. Le commerce extérieur de l'UE est de plus en plus orienté vers l'extérieur
L'indicateur de propension à l'exportation (ratio exportations/production) est passé de 55,7 % à 71,6 % entre 2015 et 2024, tandis que l'intensité commerciale (commerce total / production) a augmenté de 70 à 81 %. L'UE exporte donc une part croissante de sa production vers les pays tiers, ce qui témoigne de la compétitivité de son industrie des mélanges odoriférants mais aussi d'une vulnérabilité accrue aux fluctuations de la demande extérieure.
3.5. Des chocs de prix ponctuels affectent les flux bilatéraux
L'analyse des chocs de prix révèle plusieurs épisodes marquants :
- Algérie (2022) : un choc de prix à l'exportation (anormalité : 23,3 écarts-types), avec une hausse de 43,8 % des prix et une baisse de 27 % des quantités. Les prix sont ensuite restés élevés (143,8 % de la référence), tandis que les volumes ont rebondi fortement (+126 % de la référence dans la phase post-choc).
- Ukraine (2017) : un doublement des prix à l'exportation (+92 %), associé à une chute de 30 % des quantités. Ce choc, d'une anormalité de 18,8, pourrait être lié aux tensions géopolitiques et aux difficultés logistiques dans la région.
- Israël (2017) : un choc de prix (+8,2 %) avec une anormalité de 17,1 écarts-types, suivi d'une forte hausse des volumes exportés (+22 %).
- Thaïlande et Mexique (2022) : des chocs de prix de moindre amplitude (+21 % et +19 %) mais détectés comme significatifs, suivis d'un retour progressif à la normale.
Ces épisodes montrent que si le marché global est relativement stable, des perturbations localisées peuvent affecter significativement les flux bilatéraux.
Conclusion
Le marché européen des mélanges de substances odoriférantes à usage industriel (CN 330290) a connu, entre 2015 et 2025, une transformation profonde. La valeur des échanges a fortement progressé (+91 % en exportations, +54 % en importations), mais cette croissance repose avant tout sur une hausse substantielle des prix (+56 % à l'exportation, +50 % à l'importation), tandis que les volumes n'ont augmenté que modestement (+23 % en exportations, +3 % en importations). Ce phénomène de « croissance par les prix » s'observe tant dans le commerce que dans la production de l'UE, dont la valeur a doublé en dix ans sans que les volumes ne suivent.
Sur le plan géographique, la réorientation des exportations vers le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord est le fait marquant de la période. Les Émirats arabes unis sont devenus la première destination des exportations de l'UE (515 M€ en 2025), dépassant le Royaume-Uni qui a perdu près de 30 % de ses achats européens dans un contexte post-Brexit. L'Arabie saoudite, l'Algérie, l'Égypte et la Turquie ont tous connu des progressions à deux ou trois chiffres. À l'importation, la Suisse demeure le fournisseur dominant et le plus stable (coefficient de variation de 0,07), avec plus d'un milliard d'euros en 2025.
La France se distingue comme le cœur productif et exportateur de l'UE dans ce secteur, avec plus de 50 % de la production communautaire et un indice de spécialisation (RSCA) de 0,73. L'excédent commercial de l'UE s'est considérablement renforcé (de 251 à 873 M€), tandis que la propension à exporter a crû de 56 à 72 %, témoignant d'une ouverture commerciale croissante. Cette dynamique, porteuse de croissance, s'accompagne néanmoins de risques : la concentration des exportations sur les EAU, la dépendance aux importations suisses, et les chocs de prix ponctuels sur certains marchés bilatéraux sont autant de facteurs de vigilance pour l'avenir du secteur.