Évolution du marché : Maïs (à l'excl. du maïs de semence) (CN 100590) — 2015–2025
Introduction
Le maïs constitue l'une des céréales les plus échangées au sein de l'Union européenne, tant pour l'alimentation animale que pour les usages industriels. Le code NC 100590 couvre l'ensemble du maïs à l'exception du maïs de semence, englobant ainsi une large part du commerce agricole de l'UE avec le reste du monde. Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'UE en maïs a connu des transformations profondes : une croissance massive des importations, un recul structurel des exportations, un élargissement géographique des sources d'approvisionnement et une volatilité accrue liée à des chocs géopolitiques et climatiques majeurs. Ce rapport analyse les principales dynamiques observées, en s'appuyant exclusivement sur les données commerciales disponibles (Vue d'ensemble du commerce).
1. Une dépendance importatrice croissante masquant des volatilités annuelles considérables
Les importations ont plus que doublé en valeur, portant le déficit commercial à un niveau record
Entre 2015 et 2025, la valeur des importations de maïs de l'UE est passée de 1,95 milliard € à 4,01 milliards €, soit une hausse de 106 %. En volume, les importations ont augmenté de 11,4 millions de tonnes à 18,5 millions de tonnes (+62,5 %), tandis que le prix unitaire moyen a progressé de 171 €/t à 217 €/t (+26,7 %). Le déficit commercial s'est ainsi creusé de 1,22 milliard € en 2015 à 3,45 milliards € en 2025, une aggravation de 182 %.
| Indicateur | 2015 | 2022 (pic) | 2025 | Évolution 2015–2025 |
|---|---|---|---|---|
| Importations (valeur, Mds €) | 1,95 | 6,96 | 4,01 | +106,0 % |
| Importations (volume, Mt) | 11,4 | 23,7 | 18,5 | +62,5 % |
| Importations (prix moyen, €/t) | 171 | 294 | 217 | +26,7 % |
| Déficit commercial (Mds €) | −1,22 | −5,83 | −3,45 | −182,4 % |
L'année 2022 constitue un pic exceptionnel : les importations ont atteint 6,96 milliards € et 23,7 millions de tonnes, conséquence directe de la crise ukrainienne et de la flambée des prix des céréales sur les marchés mondiaux. Le déficit de cette année-là a atteint 5,83 milliards €.
L'Espagne, principal portail d'entrée, illustre la géographie des importations au sud de l'UE
La répartition des importations entre États membres révèle une forte hétérogénéité. L'Espagne est de loin le premier importateur de l'UE, avec une valeur passée de 688 M€ en 2015 à 1 496 M€ en 2025 (+117,5 %). L'Italie a connu la progression la plus spectaculaire (+196,8 %), suivie de l'Irlande (+225,6 %) et de la Slovénie (+845,4 %). À l'inverse, l'Allemagne a vu ses importations reculer de 81 M€ à 33 M€ (−59,9 %).
| État membre (importateur) | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Espagne | 688 | 1 496 | +117,5 % |
| Pays-Bas | 431 | 570 | +32,4 % |
| Italie | 231 | 686 | +196,8 % |
| Portugal | 216 | 372 | +72,5 % |
| Irlande | 108 | 353 | +225,6 % |
| Allemagne | 81 | 33 | −59,9 % |
| Slovénie | 11 | 108 | +845,4 % |
Ces dynamiques reflètent en partie les besoins croissants de l'élevage intensif ibérique et irlandais, ainsi que l'importance du port de Rotterdam comme hub de redistribution vers l'arrière-pays européen.
2. L'Ukraine et les Amériques : trois fournisseurs dominants aux trajectoires contrastées
L'Ukraine demeure le premier fournisseur malgré une part en repli relatif
L'Ukraine a constitué tout au long de la période la principale source d'approvisionnement de l'UE en maïs, avec des importations passées de 1,29 milliard € en 2015 à 1,71 milliard € en 2025 (+32,9 %). Le pic a été atteint en 2022 avec 3,32 milliards €, soit près de la moitié de la valeur totale des importations cette année-là. En volume, les importations ukrainiennes ont varié entre 6,7 Mt (2016) et 14,2 Mt (2019), avec une volatilité modérée (coefficient de variation de 0,28), témoignant d'une relation commerciale relativement stable (Partenaires par valeur).
Le Brésil, fournisseur cyclique sensible aux conditions climatiques et aux accords commerciaux
Le Brésil a connu la croissance la plus instable parmi les grands fournisseurs. Ses exportations vers l'UE ont bondi de 187 M€ en 2015 à 2,30 milliards € en 2022 (pic), avant de retomber à 323 M€ en 2024 puis de remonter à 583 M€ en 2025. Le coefficient de variation de 0,53 confirme une volatilité élevée. Ce profil cyclique s'explique par la dépendance aux récoltes brésiliennes (deuxième saison « safrinha ») et par les fluctuations du taux de change réal/dollar.
Les États-Unis émergent comme un fournisseur majeur à partir de 2024
La trajectoire des importations américaines est la plus spectaculaire : de 72 M€ en 2015, elles ont atteint 1,09 milliard € en 2025 (+1 424,7 %), avec un bond de 326 M€ à 1 092 M€ entre 2024 et 2025 seul. En volume, le volume importé des États-Unis a culminé à 5,16 millions de tonnes en 2025, en faisant cette année-là le premier fournisseur en volume. Cette hausse coïncide avec la levée progressive des barrières commerciales et la recherche par l'UE de diversification face aux risques géopolitiques en mer Noire. Le coefficient de variation très élevé (1,49) traduit néanmoins une relation encore instable.
La Russie disparaît des flux d'approvisionnement
Les importations en provenance de Russie se sont effondrées, passant de 91 M€ en 2015 à 26 181 € en 2025 (−100 %). Ce quasi-arrêt s'explique par les sanctions commerciales imposées à la suite du conflit russo-ukrainien à partir de 2022.
| Fournisseur | 2015 (M€) | 2022 (M€) | 2025 (M€) | Variation 2015–2025 | CV |
|---|---|---|---|---|---|
| Ukraine | 1 290 | 3 323 | 1 715 | +32,9 % | 0,28 |
| Brésil | 187 | 2 303 | 583 | +212,1 % | 0,53 |
| Canada | 27 | 356 | 421 | +1 489,1 % | 0,50 |
| États-Unis | 72 | 277 | 1 092 | +1 424,7 % | 1,49 |
| Serbie | 121 | 192 | 43 | −63,9 % | 0,59 |
| Russie | 91 | 97 | 0,03 | −100,0 % | 0,79 |
| Moldavie | 28 | 158 | 17 | −41,2 % | 0,56 |
L'indice de concentration Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations a baissé de 4 580 à 2 899 (−36,7 %), confirmant une diversification structurelle des sources d'approvisionnement de l'UE (Concentration HHI).
3. Des exportations en repli structurel concentrées autour du Royaume-Uni
Les exportations de l'UE reculent en volume et se concentrent géographiquement
Les exportations de maïs de l'UE vers le reste du monde ont diminué de 726 M€ en 2015 à 563 M€ en 2025 (−22,4 %) en valeur, et de 4,27 Mt à 2,50 Mt (−41,4 %) en volume, malgré une hausse des prix de 170 à 225 €/t (+32,4 %). L'année 2023 a constitué un pic temporaire à 1,37 milliard € et 5,35 Mt, porté par des ventes exceptionnelles vers la Corée du Sud et l'Iran.
Le Royaume-Uni est resté le premier débouché des exportations de l'UE tout au long de la période, avec une valeur passée de 154 M€ à 191 M€ (+23,6 %). La stabilité relative de ce flux (CV de 0,22) traduit l'importance des liens logistiques et de la dépendance alimentaire britannique post-Brexit.
Les marchés d'Asie et du Moyen-Orient : une volatilité élevée
Les exportations vers la Corée du Sud ont fluctué entre 0,15 M€ (2025) et 360 M€ (2023), avec un coefficient de variation de 1,11. Vers l'Iran, les fluctuations vont de 0,05 M€ (2017) à 292 M€ (2021), avec un CV de 0,96. Ces marchés restent très dépendants des autorisations d'importation locales et des conditions géopolitiques (Volatilité des flux).
La Roumanie, moteur historique des exportations, perd en dynamisme
La Roumanie demeure le premier État membre exportateur, mais sa part a nettement reculé : de 406 M€ en 2015 à 250 M€ en 2025 (−38,4 %). À l'inverse, la Pologne a connu une progression spectaculaire de 2,3 M€ à 79,7 M€ (+3 334 %), et l'Irlande de 1,4 M€ à 30,5 M€ (+2 133 %).
| État membre (exportateur) | 2015 (M€) | 2023 (pic, M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|---|
| Roumanie | 406 | 816 | 250 | −38,4 % |
| France | 182 | 113 | 128 | −29,9 % |
| Bulgarie | 51 | 207 | 25 | −50,9 % |
| Pologne | 2,3 | 128 | 80 | +3 334 % |
| Irlande | 1,4 | 31 | 31 | +2 133 % |
| Espagne | 2,3 | 39 | 25 | +1 003 % |
L'HHI des exportations a augmenté de 976 à 1 719 (+76,1 %), indiquant une concentration croissante autour de quelques destinations, principalement le Royaume-Uni et le Liban.
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché du maïs de l'Union européenne s'est profondément transformé. L'UE est passée d'une situation de déficit modéré à une dépendance massive vis-à-vis des fournisseurs extérieurs, avec un déficit commercial porté à 3,45 milliards € en 2025. La guerre en Ukraine a provoqué un choc temporaire majeur en 2022 (pic de 6,96 Mds € d'importations), mais a surtout accéléré une tendance de fond : la diversification des approvisionnements vers les Amériques du Nord et du Sud, au détriment des fournisseurs traditionnels d'Europe de l'Est et de la mer Noire. Le quasi-effacement de la Russie et l'ascension fulgurante des États-Unis et du Canada illustrent ce réalignement géopolitique des flux.
Côté exportations, le déclin structurel de la Roumanie et la concentration accrue vers le Royaume-Uni reflètent les difficultés de l'UE à maintenir sa compétitivité à l'export sur les marchés lointains, malgré des prix en hausse. Enfin, la spécialisation des États membres reste très hétérogène : la France, la Croatie et la Slovénie affichent des avantages comparatifs marqués en maïs, tandis que les économies nordiques et insulaires demeurent quasi-totalement dépendantes des importations. Ces dynamiques appellent une vigilance accrue quant à la sécurité alimentaire et à la résilience des chaînes d'approvisionnement céréalières de l'UE.