Évolution du marché : Machines pour le verre (CN 8475) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution du commerce extérieur de l'Union européenne pour les machines relevant du code NC 8475, englobant les machines pour l'assemblage des lampes et tubes, ainsi que les machines pour la fabrication ou le travail à chaud du verre, et leurs parties. Sur la période 2015-2025, le commerce de l'UE dans ce secteur hautement spécialisé a connu des transformations significatives, marquées par une montée en gamme, une réorientation géographique et une volatilité accrue. L'analyse se base sur les données annuelles complètes fournies.
1. Une montée en valeur portée par une forte augmentation des prix unitaires à l'exportation
L'UE a globalement maintenu une position excédentaire sur la période, mais les dynamiques sous-jacentes révèlent un changement profond de la nature des échanges.
1.1. La valeur des exportations progresse tandis que les volumes reculent
La valeur totale des exportations de l'UE a augmenté de 12,1 % entre 2015 et 2025, passant de 841,3 millions à 943,2 millions d'euros. Cette croissance masque toutefois une tendance volumétrique défavorable : la quantité exportée a chuté de 24,2 % sur la même période, passant de 17 507 à 13 270 tonnes. Cette divergence indique une montée en gamme des équipements exportés ou une inflation des coûts de production.
1.2. L'explosion des prix à l'exportation, indicateur d'une spécialisation accrue
La hausse de la valeur malgré la baisse des volumes s'explique par une augmentation spectaculaire du prix moyen à l'exportation, qui a crû de 47,9 % pour atteindre 71 058 €/t en 2025. Ce prix a connu des fluctuations importantes, culminant à 105 668 €/t en 2021, année de forte reprise post-Covid. Cette dynamique suggère que l'UE se spécialise dans des machines plus complexes, à plus forte valeur ajoutée, et moins dépendantes des volumes physiques.
Evolution des échanges (valeur, quantité, prix)
Tableau 1 : Évolution des indicateurs clés du commerce de l'UE (2015 vs 2025)
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Exportations (valeur, M€) | 841,3 | 943,2 | +12,1 % |
| Exportations (quantité, t) | 17 507 | 13 270 | -24,2 % |
| Prix moyen export (€/t) | 48 052 | 71 058 | +47,9 % |
| Solde commercial (M€) | 432,4 | 467,5 | +8,1 % |
2. Un réalignement géographique des échanges avec une montée en puissance des marchés émergents
Les flux commerciaux se sont restructurés autour de nouveaux pôles, tant en ce qui concerne les clients que les fournisseurs de l'UE.
2.1. Le déclin relatif des partenaires traditionnels au profit de l'Asie et du Moyen-Orient
Les États-Unis, restés le premier client de l'UE, ont vu leur part dans les exportations se réduire fortement : leur valeur a chuté de 40,8 % sur la période, passant de 260,9 à 154,5 M€. À l'inverse, des marchés émergents ont gagné en importance. L'Inde est devenue un partenaire clé, avec une hausse de 158,9 % des exportations de l'UE vers ce pays (de 14,6 à 37,8 M€). Les exportations vers la Chine et la Turquie sont restées relativement stables, tandis que le Royaume-Uni a connu une forte progression (+73,7 %) malgré le Brexit.
2.2. Une réduction significative de la dépendance aux importations en provenance des États-Unis
Le profil des importations de l'UE a lui aussi été radicalement transformé. Les importations en provenance des États-Unis se sont effondrées de 83,1 %, passant de 224,2 à 37,9 M€. Cette chute a été partiellement compensée par une hausse des achats auprès de la Chine (+161,3 %) et de l'Inde (+277,6 %), bien que ces niveaux restent bien inférieurs à l'ancien poids des États-Unis. La Suisse et le Royaume-Uni ont également vu leur part se réduire.
Évolution des principaux partenaires commerciaux
3. Une production européenne en forte croissance mais des vulnérabilités structurelles persistent
Malgré un renforcement de l'autonomie commerciale, le secteur reste exposé à des chocs et à une concentration des échanges.
3.1. Une production intérieure en expansion fulgurante
Les données de production (PRODCOM) indiquent une croissance exceptionnelle de la production de machines pour le verre au sein de l'UE. La valeur de production a été multipliée par plus de 118, passant de 10,2 millions à 1,21 milliard d'euros entre 2015 et 2025. Les quantités produites ont connu une évolution similaire. Cette dynamique explique la réduction de la dépendance aux importations et le retour de l'UE vers une position de net exportateur net (la dépendance nette aux importations est passée de +73 % à -84 %).
3.2. Une volatilité marquée et des chocs de prix ponctuels
Le secteur est caractérisé par une forte volatilité des flux, particulièrement sur les importations. Le coefficient de variation des importations en provenance du Royaume-Uni atteint 1,86, et celui de la Thaïlande 1,84. Des chocs de prix importants ont été détectés, comme une hausse de prix des exportations vers l'Arabie Saoudite de +464 % en 2018, ou vers les États-Unis de +109 % en 2020. Ces événements reflètent la nature projet-par-projet et la forte sensibilité à la conjoncture de cette industrie.
3.3. Une concentration des exportations qui diminue, mais des spécialisations nationales très marquées
La concentration des exportations de l'UE (mesurée par l'indice HHI) a diminué de 29,5 %, indiquant une diversification des marchés. Cependant, au sein de l'UE, la spécialisation est très inégale. Le Luxembourg (RSCA de 0,75), la Finlande (0,60) et la Suède (0,49) affichent une très forte spécialisation à l'export dans ce segment, tandis que des pays comme l'Irelande ou la Bulgarie n'y sont quasiment pas présents. L'Allemagne, l'Italie et la Belgique restent les poids lourds en valeur absolue.
Conclusion
Sur la période 2015-2025, le secteur des machines pour le verre (NC 8475) dans l'UE a connu une transformation structurelle. La valeur des exportations a été soutenue non pas par les volumes, mais par une forte appréciation des prix, témoignant d'une spécialisation vers des équipements à haute valeur ajoutée. Parallèlement, une réorientation géographique a eu lieu, avec un désengagement relatif des États-Unis et un renforcement des liens avec l'Asie (Inde, Chine) et certains voisins. Le développement remarquable de la production intérieure a permis à l'UE de renforcer considérablement son autonomie. Néanmoins, le secteur reste caractérisé par une volatilité élevée, des chocs de prix ponctuels et une concentration des capacités de production au sein de quelques États membres. L'avenir dépendra de la capacité de l'industrie européenne à maintenir son avantage technologique face à la concurrence croissante.