Évolution du marché : Kiwis frais (CN 081050) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution des échanges commerciaux de l'Union européenne concernant les kiwis frais (code NC 081050) sur la période 2015-2025. L'UE, comme de nombreux acteurs du commerce agroalimentaire mondial, navigue entre des changements structurels, des chocs conjoncturels et des dynamiques de prix profondes. Les données révèlent une trajectoire marquée par un déficit commercial croissant, une forte augmentation des prix et une réorientation notable des flux commerciaux.
1. Une dépendance structurelle accentuée et un déficit commercial en forte expansion
1.1. Une explosion de la valeur des importations
La période 2015-2025 se caractérise par une croissance exceptionnelle de la valeur des importations de kiwis frais dans l'UE, qui passe de 271,6 M€ à 851,9 M€, soit une hausse de +213,7%. Cette augmentation spectaculaire, bien supérieure à celle des exportations, est le moteur principal de la détérioration de la balance commerciale du secteur.
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1.2. Un déficit commercial en creusement continu
Le solde commercial, déjà déficitaire de 25,5 M€ en 2015, s'est considérablement dégradé pour atteindre -414,4 M€ en 2025, un recul de plus de 1500%. Ce déficit chronique s'explique par des volumes d'importation nettement supérieurs aux volumes d'exportation. Alors que les exportations ont légèrement reculé en volume (-7,5%), les importations ont augmenté de 32,1%, soulignant une dépendance accrue de l'UE vis-à-vis de fournisseurs tiers pour couvrir sa consommation.
1.3. Une concentration des importations sur un fournisseur dominant
La Nouvelle-Zélande est de loin le premier partenaire d'approvisionnement de l'UE. Sa part dans les importations a considérablement augmenté, passant de 196,3 M€ à 728,9 M€ (+271,3%). Cette concentration est confirmée par l'indice HHI des importations, qui augmente de 5918 à 7498 (+26,7%). L'UE est ainsi devenue fortement dépendante d'un fournisseur unique pour ses besoins en kiwis frais, une dépendance accentuée sur la période.
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2. Un contexte de prix haussier soutenu et de fortes volatilités
2.1. Une hausse généralisée et marquée des prix unitaires
La dynamique la plus notable est la flambée des prix, tant à l'importation qu'à l'exportation. Le prix moyen d'importation a augmenté de 137,4% pour atteindre 2890 €/t en 2025, tandis que le prix moyen d'exportation a progressé de 92,3% pour atteindre 2131 €/t. Cette hausse généralisée a largement contribué à la forte croissance de la valeur des échanges, même lorsque les volumes stagnaient ou reculaient, comme pour les exportations.
2.2. Des volatilités contrastées selon les partenaires
L'analyse des coefficients de variation (CV) sur la période révèle des niveaux de volatilité très différents selon les partenaires. Les importations depuis la Turquie (CV=1,01) ou l'Iran (CV=1,08) sont extrêmement volatiles, reflétant des flux irréguliers. À l'exportation, la Suisse est le partenaire le plus stable (CV=0,06), tandis que l'Inde (CV=0,95) ou la Biélorussie (CV=0,94) présentent des fluctuations bien plus importantes.
2.3. Des chocs ponctuels d'approvisionnement et de prix
L'analyse a identifié plusieurs événements de choc. Par exemple, en 2017, des chocs de prix significatifs ont été détectés à l'exportation vers le Maroc (+31,1%) et l'Arabie Saoudite (+31,9%). Plus récemment, en 2022, un choc d'approvisionnement majeur a frappé les exportations vers l'Australie, avec un effondrement de -99,8% de leur valeur, illustrant la vulnérabilité des échanges à des perturbations logistiques ou commerciales.
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3. Une restructuration géographique des échanges au sein de l'UE et de ses partenaires
3.1. Le renforcement de la position des pays méditerranéens au sein de l'UE
À l'intérieur de l'UE, les pays du sud consolident leur rôle. La Grèce est devenue le premier exportateur de l'UE, avec une part de production de 12,2% et un RCA de 18,17, indiquant une très forte spécialisation. L'Italie reste un acteur majeur. Parallèlement, la Belgique et les Pays-Bas se sont imposés comme des hubs logistiques centraux, avec une part croissante des importations de l'UE (respectivement +234,6% et +410,7% en valeur).
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3.2. Une diversification géographique des marchés d'exportation
Les exportations de l'UE se sont diversifiées vers de nouveaux marchés. Les États-Unis sont devenus la première destination (+197,1%), suivis du Royaume-Uni (+94,7%) et du Brésil (+243,4%). L'Ukraine est également devenue un débouché important (+307,3%). Cette réorientation montre la capacité de l'UE à cibler des marchés dynamiques, même si la valeur exportée reste modeste comparée aux importations.
3.3. Des trajectoires divergentes des partenaires historiques
Les relations commerciales avec certains partenaires historiques se sont transformées. Les importations depuis le Royaume-Uni ont chuté de -86,6%, probablement un effet du Brexit. À l'opposé, l'Afrique du Sud a fortement augmenté ses livraisons à l'UE (+9862%). Les exportations vers la Biélorussie ont fortement reculé (-61,0%), tandis que le Canada a consolidé son rôle de débouché (+181,9%). Ces mouvements reflètent des réalignements géopolitiques et commerciaux significatifs.
Conclusion
Le marché européen des kiwis frais a connu une décennie de transformations profondes entre 2015 et 2025. L'UE a vu sa dépendance à l'importation, notamment vis-à-vis de la Nouvelle-Zélande, s'accentuer fortement, alimentant un déficit commercial record. Cette période est aussi marquée par une hausse structurelle des prix, amplifiant la valeur des échanges mais créant de nouveaux risques de volatilité. Enfin, le paysage des partenaires s'est reconfiguré, tant au sein de l'UE avec la montée en puissance des pays du sud et des hubs logistiques, qu'à l'international avec une diversification des marchés d'exportation. Ces dynamiques suggèrent un secteur en pleine adaptation, cherchant à équilibrer sécurité des approvisionnements, compétitivité-prix et diversification des risques dans un contexte global incertain.