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Évolution du marché : Huile de soja brute (CN 15071090) — 2015–2025

Introduction

L'huile de soja brute (code NC 15071090), même dégommée — à l'exclusion de celle destinée à des usages techniques ou industriels — constitue l'un des principaux oléagineux bruts échangés dans le commerce agroalimentaire mondial. Cette huile, issue du pressage des graines de soja, alimente notamment les filières de raffinage, d'alimentation humaine et, dans une moindre mesure, de production de biocarburants.

La période 2015–2025 a été marquée par des bouleversements profonds dans les échanges commerciaux de l'Union européenne avec les pays tiers. L'UE, historiquement exportatrice nette de ce produit, a vu son excédent commercial se réduire de manière spectaculaire, passant de 476 millions d'euros en 2015 à seulement 15 millions d'euros en 2025, soit une érosion de 96,8 %. Ce basculement résulte de la convergence de plusieurs dynamiques : un effondrement des volumes exportés (–52 %), un doublement des volumes importés (+97,5 %), un choc de prix majeur en 2021–2022, et une réorientation géopolitique des partenaires commerciaux de l'UE.

Ce rapport identifie et analyse ces dynamiques selon trois axes principaux, en s'appuyant exclusivement sur les données du Trade Dashboard.


1. L'effondrement de l'excédent commercial européen

La première dynamique majeure observée sur la période est la détérioration radicale de la balance commerciale de l'UE en huile de soja brute. Alors que l'Union disposait en 2015 d'un excédent confortable, celui-ci s'est quasiment résorbé en 2025. Ce phénomène s'explique par la combinaison d'une contraction sévère des exportations et d'une expansion vigoureuse des importations.

Les exportations en volume ont été réduites de plus de moitié

Les exportations de l'UE vers les pays tiers ont connu un déclin continu en volume, passant de 927 000 tonnes en 2015 à 445 000 tonnes en 2025, soit une baisse de 52,0 %. La valeur exportée a reculé dans des proportions moindres (–29,7 %), passant de 621 à 437 millions d'euros, grâce à la hausse des prix unitaires (+46,4 %) qui a partiellement compensé l'érosion des volumes.

Le prix moyen à l'exportation est ainsi passé de 670 à 982 euros la tonne, avec un pic à 1 451 euros la tonne au cours de la période. Cette hausse des prix reflète en partie la tension globale sur les marchés des oléagineux, notamment en 2021–2022.

En termes géographiques, la contraction des exportations a été particulièrement marquée sur certains marchés traditionnels de l'UE :

Partenaire 2015 (M EUR) 2025 (M EUR) Variation (%)
Maroc 227 268 +18,1 %
Algérie 163 76 –53,4 %
Égypte 92 13 –85,4 %
Royaume-Uni 42 57 +35,5 %
Inde 44 ~0 –100,0 %
Tunisie 19 5 –73,8 %
Afrique du Sud 10 ~0 –100,0 %

Source : Principaux partenaires à l'exportation

Le Maroc demeure le principal débouché de l'UE et a même renforcé sa position (+18 %). En revanche, l'Algérie (–53 %), l'Égypte (–85 %), l'Inde et l'Afrique du Sud (tombées à quasi-zéro) ont vu leurs achats auprès de l'UE s'effondrer. L'Inde, qui importait pour 44 millions d'euros d'huile de soja brute européenne en 2015, a totalement cessé ses achats, probablement au profit de fournisseurs asiatiques ou sud-américains.

Au sein de l'UE, la géographie de l'exportation s'est également reconfigurée. L'Allemagne, premier exportateur en 2015 (236 M EUR), est tombée à seulement 3 M EUR en 2025 (–99 %). Inversement, l'Italie est passée de 12 à 140 M EUR (+1 042 %), le Portugal de 4 à 39 M EUR (+822 %), et la Belgique de 0,2 à 11 M EUR (+5 406 %). L'Espagne demeure le premier exportateur de l'UE (153 M EUR), bien qu'en repli de 28 % par rapport à 2015.

Source : Principaux États membres exportateurs

Les importations ont doublé en volume et triplé en valeur

Dans le même temps, les importations de l'UE en provenance des pays tiers ont connu une progression spectaculaire. Le volume importé est passé de 218 000 tonnes à 430 000 tonnes (+97,5 %), tandis que la valeur a bondi de 145 à 422 millions d'euros (+190,7 %). Le prix moyen à l'importation a suivi une trajectoire comparable à celui des exportations, passant de 667 à 982 euros la tonne (+47,2 %).

La croissance des importations a été portée principalement par l'Ukraine, dont les livraisons à l'UE ont explosé, passant de 34 à 275 millions d'euros (+717 %). D'autres partenaires ont également progressé, notamment la Norvège (+62 %) et la Serbie (+53 %).

Partenaire 2015 (M EUR) 2025 (M EUR) Variation (%)
Ukraine 34 275 +717,4 %
Norvège 40 65 +61,8 %
Serbie 32 50 +53,4 %
Royaume-Uni 9 5 –42,3 %
Argentine ~0 ~0 –99,1 %
Russie 17 ~0 –100,0 %
Paraguay 9 3 –68,8 %

Source : Principaux partenaires à l'importation

Du côté des États membres importateurs, la Pologne a connu la progression la plus spectaculaire : elle est passée de 29 à 218 M EUR (+652 %), devenant de loin le premier importateur de l'UE, absorbant à elle seule plus de la moitié des importations européennes. L'Espagne (+301 %), la Bulgarie (+443 %) et les Pays-Bas (+111 %) ont également fortement accru leurs achats.

Source : Principaux États membres importateurs

L'excédent commercial de 476 millions d'euros s'est évaporé

La combinaison de la chute des exportations et de la hausse des importations a conduit à une érosion dramatique de l'excédent commercial de l'UE :

Indicateur 2015 2025 Variation (%)
Exportations (valeur, M EUR) 621 437 –29,7 %
Exportations (volume, kt) 927 445 –52,0 %
Prix moyen export (EUR/t) 670 982 +46,4 %
Importations (valeur, M EUR) 145 422 +190,7 %
Importations (volume, kt) 218 430 +97,5 %
Prix moyen import (EUR/t) 667 982 +47,2 %
Solde commercial (M EUR) 476 15 –96,8 %

Source : Vue d'ensemble des échanges

Le solde est ainsi passé de 476 millions d'euros à seulement 15 millions d'euros, soit un effacement de 96,8 % de l'excédent. L'UE est désormais au seuil de l'équilibre commercial pour ce produit, ce qui constitue un changement structurel majeur par rapport à sa position d'exportatrice nette au début de la période.


2. Le tournant de 2021–2022 : chocs de prix et réalignement géopolitique

La période 2021–2022 constitue un point d'inflexion dans les échanges d'huile de soja brute de l'UE. Un double phénomène de choc de prix et de réorientation géopolitique des flux a profondément reconfiguré les relations commerciales de l'Union, avec des conséquences qui structurent encore le marché en 2025.

Un choc de prix simultané sur les importations et les exportations

L'analyse de la volatilité des échanges révèle l'existence de deux événements de choc majeurs, tous deux centrés sur l'année 2021 :

Événement Flux Partenaire Décalage de prix Anomalie Part de valeur
Choc de prix Importations Ukraine +67,2 % 7,8 50,8 %
Choc de prix Exportations Algérie +68,9 % 7,1 31,1 %

Source : Chocs d'approvisionnement détectés

Ces deux chocs, d'une ampleur comparable (décalages de prix de 67 à 69 %), sont survenus dans un contexte de flambée mondiale des prix des matières premières agricoles en 2021–2022, alimentée par la reprise post-COVID, les tensions sur les chaînes d'approvisionnement, puis le déclenchement du conflit russo-ukrainien en février 2022. L'anomalie statistique élevée (7,8 et 7,1 écarts-types respectivement) souligne le caractère exceptionnel de ces événements.

La volatilité des échanges, mesurée par le coefficient de variation, confirme la forte instabilité de certains corridors commerciaux. Les partenaires d'importation les plus volatils sur la période sont l'Argentine (CV de 2,25), le Paraguay (1,77) et les États-Unis (3,25), reflétant des flux erratiques ou en voie de disparition.

Source : Volatilité des échanges

L'Ukraine, d'un fournisseur marginal à un partenaire dominant

L'évolution la plus marquante de la période est l'ascension de l'Ukraine en tant que principal fournisseur d'huile de soja brute de l'UE. En 2015, les importations en provenance d'Ukraine ne représentaient que 34 millions d'euros, soit environ 23 % des importations totales. En 2025, elles atteignent 275 millions d'euros, soit environ 65 % de la valeur totale des importations de l'UE en huile de soja brute.

Cette progression de 717 % s'explique par plusieurs facteurs convergents :

  • L'entrée en vigueur provisoire de l'Accord d'association UE-Ukraine (incluant la Zone de libre-échange approfondi et complet, DCFTA) à partir de 2016, qui a facilité les échanges commerciaux ;
  • La libéralisation temporaire des droits de douane par l'UE en 2022 en faveur de l'Ukraine, dans le contexte du conflit armé, pour soutenir les exportations agricoles ukrainiennes dont les routes traditionnelles via la mer Noire étaient perturbées ;
  • La compétitivité prix de l'huile de soja ukrainienne, dans un contexte où l'Ukraine est l'un des principaux producteurs mondiaux de tournesol et de soja.

Le coefficient de variation relativement élevé de l'Ukraine (0,60) traduit toutefois la volatilité inhérente à ce partenariat, conditionné par des facteurs géopolitiques et logistiques majeurs.

L'effacement de l'Argentine et de la Russie

À l'opposé de la trajectoire ukrainienne, deux partenaires traditionnels ont quasi-disparu des approvisionnements européens :

  • L'Argentine, dont les importations maximales vers l'UE ont atteint 91 millions d'euros au cours de la période mais qui n'a livré que 1 467 euros en 2025 (–99,1 %). Ce retrait s'explique notamment par la concurrence de fournisseurs plus proches géographiquement et par des politiques commerciales argentines restrictives ;
  • La Russie, passée de 17 millions d'euros en 2015 à 115 euros en 2025 (–100 %). L'effondrement des importations en provenance de Russie est directement lié aux sanctions commerciales imposées par l'UE dans le contexte du conflit russo-ukrainien.

Du côté des exportations, la perte de certains marchés africains et asiatiques est tout aussi significative. L'Inde et l'Afrique du Sud ont totalement cessé leurs achats auprès de l'UE, tandis que l'Égypte (–85 %) et la Tunisie (–74 %) ont fortement réduit leurs importations. Seul le Maroc a consolidé sa position de premier débouché extérieur de l'UE (+18 %).


3. Concentration croissante et autonomie structurellement limitée

La troisième dynamique majeure concerne l'évolution de la structure du marché européen de l'huile de soja brute. Malgré une production intérieure en forte croissance, l'UE n'a pas réussi à renforcer son autonomie. Au contraire, la concentration de ses échanges sur un nombre réduit de partenaires a considérablement augmenté, accroissant la vulnérabilité du bloc face à d'éventuels chocs d'approvisionnement.

Une production européenne en hausse de 60 %, mais structurellement insuffisante

La production européenne d'huile de soja brute a connu une croissance substantielle sur la période :

Indicateur 2015 2025 Variation (%) Minimum Maximum
Volume (Mt) 1,50 2,40 +60,0 % 1,43 3,04
Valeur (M EUR) 912 1 278 +40,2 % 829 2 030

La production a ainsi augmenté de 60 % en volume, passant de 1,50 à 2,40 millions de tonnes, avec un pic à 3,04 millions de tonnes au cours de la période. En valeur, la hausse est de 40,2 %, avec un maximum de 2 030 millions d'euros nettement supérieur au niveau de 2025 (1 278 M EUR), ce qui suggère que le pic de valeur coïncide avec le choc de prix de 2021–2022.

Toutefois, cette progression ne suffit pas à combler l'écart entre l'offre et la demande intérieure. La part de la production destinée à l'exportation a diminué, comme en témoigne la baisse de la propension à l'exportation de 61,5 % à 47,4 % (–22,9 %). L'UE exporte désormais une part moindre de sa production, ce qui pourrait refléter une demande intérieure croissante (alimentation humaine, biocarburants) ou une moindre compétitivité à l'exportation.

Les États membres les plus spécialisés dans la production et l'exportation de ce produit, selon l'indice RSCA (indice de spécialisation comparative révélé symétrisé), sont :

État membre RSCA RCA Part dans la production UE
Portugal 0,72 6,18 8,5 %
Pologne 0,46 2,72 18,1 %
Pays-Bas 0,44 2,60 37,7 %
Espagne 0,37 2,20 12,7 %
Slovénie 0,27 1,73 1,7 %

Les Pays-Bas dominent la production avec 37,7 % du volume de l'UE, suivis de la Pologne (18,1 %) et de l'Espagne (12,7 %). Le Portugal affiche le ratio de spécialisation le plus élevé (RCA de 6,18), ce qui indique une forte orientation vers l'exportation de ce produit.

À l'inverse, la Suède (RCA de 0,0002), le Danemark (0,002) et la Slovaquie (0,049) sont les États membres les moins spécialisés, avec une production quasi nulle ou très marginale.

Une concentration extrême des partenaires commerciaux

L'indice de concentration Herfindahl-Hirschman (HHI) révèle une augmentation dramatique de la concentration des échanges :

Flux HHI 2015 HHI 2025 Variation (%)
Importations (valeur) 2 015 4 644 +130,5 %
Importations (volume) 1 979 4 678 +136,4 %
Exportations (valeur) 2 358 4 261 +80,7 %
Exportations (volume) 2 353 4 355 +85,1 %

Rappelons qu'un HHI supérieur à 2 500 est généralement considéré comme reflétant un marché « hautement concentré ». En 2025, les HHI dépassent 4 600 pour les importations et 4 300 pour les exportations, ce qui traduit un degré de concentration extrême.

Côté importations, cette concentration est principalement imputable à la dominance de l'Ukraine, qui représente à elle seule environ 65 % de la valeur des importations en 2025. Côté exportations, le Maroc (268 M EUR sur 437 M EUR) pèse pour environ 61 % du total, avec un coefficient de variation relativement faible (0,13), ce qui indique une certaine stabilité de ce partenariat.

Une dépendance nette aux importations stable autour de 50 %

Malgré les transformations profondes observées, le taux de dépendance nette aux importations de l'UE est resté remarquablement stable :

Indicateur 2015 2025 Minimum Maximum
Dépendance nette aux importations (%) 49,7 50,1 34,2 57,3
Intensité commerciale (%) 85,2 78,8 68,9 89,0
Propension à l'exportation (%) 61,5 47,4 37,0 70,7

La dépendance nette aux importations oscille entre 34,2 % et 57,3 % sur la période, avec un niveau de 50,1 % en 2025, quasiment identique à celui de 2015 (49,7 %). Cela signifie que l'UE dépend structurellement des importations pour environ la moitié de sa consommation intérieure d'huile de soja brute.

L'intensité commerciale — rapport entre le volume des échanges (exportations + importations) et la production — a légèrement diminué, passant de 85,2 % à 78,8 % (–7,6 %). Ce recul indique que le marché européen tend à se replier légèrement sur lui-même, mais demeure néanmoins très dépendant du commerce international.

L'indicateur de vulnérabilité le plus saillant reste l'intensité commerciale (score de saillance de 36,4), devant la propension à l'exportation (25,5). Ce résultat confirme que l'UE est profondément engagée dans les échanges internationaux pour ce produit, et que sa capacité à couvrir sa demande intérieure par la seule production domestique reste limitée.


Conclusion

L'analyse des échanges de l'Union européenne en huile de soja brute (CN 15071090) sur la période 2015–2025 fait apparaître une triple transformation du marché.

Premièrement, l'excédent commercial européen s'est quasiment effacé, passant de 476 à 15 millions d'euros, sous l'effet combiné d'une contraction de 52 % des volumes exportés et d'un quasi-doublement des volumes importés. Deuxièmement, la période 2021–2022 a constitué un tournant avec un choc de prix d'une ampleur exceptionnelle (décalages de +67 à +69 %) et une réorientation géopolitique majeure : l'Ukraine est devenue le fournisseur dominant (65 % des importations), tandis que l'Argentine et la Russie ont disparu des flux. Troisièmement, la concentration des échanges a atteint des niveaux extrêmes (HHI > 4 000), alors même que la dépendance nette aux importations demeure stable autour de 50 %, signe d'une autonomie structurellement limitée.

Ces évolutions posent des questions importantes en termes de sécurité d'approvisionnement de l'UE. La forte dépendance vis-à-vis de l'Ukraine — partenaire dont la stabilité logistique et géopolitique demeure incertaine — ainsi que la concentration extrême des marchés tant à l'import qu'à l'export représentent des vulnérabilités significatives. La croissance de la production européenne (+60 %) constitue un facteur atténuant, mais elle n'a pas permis de réduire la dépendance aux importations. À l'horizon, la diversification des partenaires commerciaux et le renforcement de la capacité de production intérieure apparaissent comme des enjeux structurants pour la résilience du secteur européen des oléagineux.

Généré le 2026-08-08. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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