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Évolution du marché : Fruits congelés (CN 081190) — 2015–2025

Introduction

Le code CN 081190 couvre une catégorie résiduelle de fruits congelés non cuits ou cuits à l'eau ou à la vapeur, à l'exclusion des fraises, framboises, mûres et groseilles — ces dernières étant classées séparément sous les codes 081110 et 081120. Cette position tarifaire regroupe ainsi un large éventail de produits : les fruits tropicaux (mangues, papayes, goyaves, fruits de la passion…), les myrtilles, les cerises (dont les cerises acides Prunus cerasus), ainsi qu'un ensemble de fruits divers (pêches, abricots, prunes, pommes, etc.) avec ou sans ajout de sucre.

Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'Union européenne pour ce produit a connu une transformation profonde. La valeur des importations a plus que doublé, le déficit commercial s'est creusé de manière spectaculaire, et la géographie des flux s'est reconfigurée avec l'émergence de nouveaux fournisseurs en Amérique latine et en Asie du Sud-Est. Ce rapport s'attache à décrire et interpréter ces dynamiques en s'appuyant exclusivement sur les données disponibles.

Vue d'ensemble du produit CN 081190


1. Une dynamique de croissance tirée par les prix plus que par les volumes

1.1. Les importations ont plus que doublé en valeur tout en croissant modérément en volume

Entre 2015 et 2025, la valeur des importations de l'UE en provenance des pays tiers est passée de 371,4 M€ à 758,0 M€, soit une progression de +104,1 %. Sur la même période, les volumes importés ont augmenté de 227 700 t à 356 085 t (+56,4 %). L'écart entre ces deux trajectoires traduit une hausse significative des prix unitaires moyens, passés de 1 631 €/t à 2 129 €/t (+30,5 %). La croissance de la valeur est donc portée pour environ un tiers par la hausse des prix et pour deux tiers par l'augmentation des volumes.

Indicateur 2015 2025 Variation
Valeur importations 371,4 M€ 758,0 M€ +104,1 %
Volume importations 227 700 t 356 085 t +56,4 %
Prix moyen importations 1 631 €/t 2 129 €/t +30,5 %

1.2. Les exportations ont progressé en valeur mais reculé en volume

Du côté des exportations, la trajectoire est différente. La valeur exportée est passée de 157,6 M€ à 282,3 M€ (+79,1 %), mais les volumes ont diminué de 101 936 t à 94 557 t (−7,2 %). C'est donc entièrement la hausse des prix unitaires — de 1 546 €/t à 2 986 €/t (+93,1 %) — qui a porté la croissance de la valeur exportée. Ce phénomène pourrait refléter une montée en gamme des exportations européennes, une spécialisation sur des produits à plus forte valeur ajoutée, ou simplement l'effet de l'inflation mondiale sur les prix des denrées alimentaires.

Indicateur 2015 2025 Variation
Valeur exportations 157,6 M€ 282,3 M€ +79,1 %
Volume exportations 101 936 t 94 557 t −7,2 %
Prix moyen exportations 1 546 €/t 2 986 €/t +93,1 %

1.3. Le déficit commercial s'est creusé de manière structurelle

L'écart entre la dynamique des importations et celle des exportations a entraîné un élargissement considérable du déficit commercial de l'UE. Passant de −213,8 M€ en 2015 à −475,7 M€ en 2025 (−122,5 %), ce déficit reflète une dépendance croissante de l'UE vis-à-vis des approvisionnements extérieurs en fruits congelés. Toutefois, le taux de dépendance nette aux importations est resté relativement stable autour de 30 à 31 %, oscillant entre un minimum de 26,0 % et un maximum de 38,0 % sur la période. Cette stabilité relative s'explique par le fait que la production intérieure de l'UE a elle aussi progressé : les volumes produits sont passés de 662 328 t à 814 796 t (+23,0 %), et la valeur de production a bondi de 591 M€ à environ 2 000 M€ (+238,4 %).

Indicateur 2015 2025 Variation
Solde commercial −213,8 M€ −475,7 M€ −122,5 %
Dépendance nette aux importations 31,5 % 30,6 % −2,8 %
Production intérieure (volume) 662 328 t 814 796 t +23,0 %

Données de commerce global


2. Une reconfiguration géographique des flux commerciaux

2.1. L'Amérique latine et l'Asie du Sud-Est s'imposent comme fournisseurs majeurs

L'analyse des partenaires d'importation révèle des évolutions très contrastées. Les trois fournisseurs les plus dynamiques sur la période sont le Pérou (+625 %, passant de 17,3 M€ à 125,7 M€), le Vietnam (+512 %, de 11,8 M€ à 72,1 M€) et le Maroc (+277,9 %, de 11,1 M€ à 42,0 M€). Ces trois pays ont considérablement accru leur part dans l'approvisionnement de l'UE.

Partenaire Valeur 2015 Valeur 2025 Variation
Pérou 17,3 M€ 125,7 M€ +625,0 %
Vietnam 11,8 M€ 72,1 M€ +512,0 %
Maroc 11,1 M€ 42,0 M€ +277,9 %
Serbie 43,5 M€ 99,7 M€ +129,0 %
Canada 60,3 M€ 117,1 M€ +94,2 %
Ukraine 42,0 M€ 81,6 M€ +94,2 %
Chine 27,7 M€ 31,4 M€ +13,3 %

Le Pérou, dont l'économie fruitière est structurée autour de la production de mangues et de fruits de la passion congelés, a bénéficié de l'accord commercial UE-Pérou/Colombie/Équateur entré en vigueur en 2013. Le Vietnam, grand exportateur de fruits tropicaux transformés, a connu une progression fulgurante. Le Maroc a également renforcé sa position, porté par sa proximité géographique et des accords d'association avantageux avec l'UE.

La Serbie, avec une croissance de 129 % pour atteindre 99,7 M€, confirme son rôle de fournisseur clé de fruits congelés (notamment de framboises et de fruits divers) dans le cadre du processus d'intégration européenne. Le Canada, premier fournisseur de myrtilles congelées, a vu ses exportations vers l'UE progresser de 94,2 %, reflétant la demande croissante pour ce superfruit.

2.2. La Pologne consolide sa position de premier exportateur de l'UE

Au sein de l'Union européenne, la structure des exportations vers les pays tiers a été dominée par la Pologne, dont les exportations ont bondi de 34,6 M€ à 89,0 M€ (+157,1 %). La Pologne occupe ainsi la première position, devant la Belgique (19,3 M€ → 52,7 M€, +172,5 %) et la Grèce (17,6 M€ → 29,2 M€, +65,8 %). Les indicateurs de spécialisation confirment cette prééminence : la Pologne affiche un indice de spécialisation corrigé (RSCA) de 0,62, un coefficient d'avantage comparatif (RCA) de 4,25, et représente 28,2 % de la production européenne de fruits congelés.

État membre Valeur export. 2015 Valeur export. 2025 Variation RSCA (2025)
Pologne 34,6 M€ 89,0 M€ +157,1 % 0,619
Belgique 19,3 M€ 52,7 M€ +172,5 %
Grèce 17,6 M€ 29,2 M€ +65,8 % 0,666
Suède 13,9 M€ 11,7 M€ −15,9 %
Italie 12,1 M€ 14,6 M€ +20,5 %

La Belgique et les Pays-Bas jouent un rôle important de plateforme logistique et de réexportation. En revanche, la Suède a connu un recul notable de ses exportations (−15,9 %), tandis que l'Allemagne, premier importateur de l'UE (143,8 M€ en 2025), reste structurellement peu spécialisée dans l'exportation de ce produit (RSCA de −0,53), confirmant son rôle de grand consommateur plutôt que de transformateur-exportateur.

Spécialisation des États membres

2.3. Le Royaume-Uni, principal débouché, confirme son ancrage commercial malgré le Brexit

Le Royaume-Uni demeure de loin le premier client de l'UE pour les fruits congelés, avec des exportations passées de 37,3 M€ à 64,3 M€ (+72,2 %). Cette progression, en dépit du Brexit (effectif en 2020), témoigne de la solidité des chaînes d'approvisionnement et de l'absence d'alternatives comparables pour le marché britannique. La volatilité des flux vers le Royaume-Uni est d'ailleurs la plus faible parmi les principaux partenaires (CV de 0,08), ce qui confirme la stabilité de cette relation commerciale.

La Suisse (21,1 M€ → 29,5 M€, +39,4 %) constitue un second marché stable (CV de 0,03). En revanche, les exportations vers la Chine ont chuté de 30,3 M€ à 9,0 M€ (−70,2 %), probablement en raison du développement de la production locale chinoise et de la concurrence accrue d'autres fournisseurs asiatiques.

Partenaires commerciaux


3. Volatilité des prix, chocs d'approvisionnement et dynamiques de segment

3.1. Les fruits tropicaux congelés, moteur de la croissance des importations

La ventilation des importations par sous-produit révèle une dynamique de croissance particulièrement marquée pour les fruits tropicaux et exotiques. Le code 08119085 (goyaves, mangues, mangoustans, papayes, fruits de la passion, litchis, noix de coco, etc., sans ajout de sucre) a vu ses importations en volume passer de 30 892 t à 89 509 t (+190 %), et en valeur de 54,8 M€ à 156,2 M€ (+185 %). Ce segment représente désormais environ 25 % du volume total importé.

Le code 08119095 (fruits divers sans ajout de sucre, catégorie résiduelle incluant pêches, abricots, pomles, prunes, etc.) reste le plus volumineux avec 162 484 t importées en 2025 (valeur : 314,5 M€), en progression de 44 % en volume par rapport à 2015.

Code Produit Volume 2015 Volume 2025 Variation Valeur 2025
08119095 Fruits divers (sans sucre) 112 857 t 162 484 t +44,0 % 314,5 M€
08119085 Fruits tropicaux (sans sucre) 30 892 t 89 509 t +189,8 % 156,2 M€
08119050 Myrtilles (V. myrtillus) 43 260 t 32 398 t −25,1 % 98,9 M€
08119070 Myrtilles (V. angustifolium) 15 465 t 48 599 t +214,3 % 114,3 M€
08119075 Cerises acides 22 297 t 17 091 t −23,3 % 59,7 M€

Segmentation des produits

3.2. Les myrtilles nord-américaines supplantent les myrtilles européennes dans les importations

Une tendance notable concerne le basculement entre les deux codes de myrtilles. Les importations de myrtilles Vaccinium myrtillus (code 08119050, myrtilles européennes) ont reculé de 43 260 t à 32 398 t (−25,1 %), tandis que celles de myrtilles Vaccinium angustifolium et V. myrtilloides (code 08119070, myrtilles nord-américaines, principalement canadiennes) ont triplé, passant de 15 465 t à 48 599 t (+214,3 %). Le Canada, qui est le premier fournisseur de ce dernier code, a ainsi consolidé sa position. Ce basculement peut s'expliquer par la disponibilité croissante de myrtilles sauvages canadiennes, leur prix compétitif et la standardisation de leur qualité pour l'industrie agroalimentaire.

Côté exportations, la production européenne de myrtilles V. myrtillus reste un segment important (11 099 t exportées en 2025), mais en légère baisse par rapport à 2015 (13 717 t). Les myrtilles nord-américaines exportées depuis l'UE restent un volume marginal (2 124 t en 2025), confirmant que l'UE est avant tout un consommateur net de ce produit.

3.3. Des chocs de prix ponctuels mais significatifs sur certains partenaires

L'analyse de la volatilité et des chocs d'approvisionnement met en lumière plusieurs événements marquants :

  • Biélorussie – Exportations (2018) : un choc de prix d'une anormalité de 9,6 (sur une échelle standard), correspondant à une hausse de +201,7 % des prix à l'exportation. Ce choc, d'une part de valeur de 7,5 %, coïncide avec la période de tensions géopolitiques et de modifications des flux commerciaux entre l'UE et la Biélorussie, sans doute liées à des réexportations vers la Russie.

  • Chine – Importations (2019) : un choc de prix avec une anormalité de 5,4 et un bond de +45,1 %, peut-être lié à des perturbations climatiques affectant la production chinoise ou à des effets de spéculation.

  • Inde – Importations (2022) : un choc de prix d'anormalité 4,1 et de +31,1 %, coïncidant avec la période post-COVID et la hausse généralisée des coûts logistiques mondiaux.

Événement Type Flux Anormalité Hausse de prix Période
Biélorussie Prix Exportations 9,6 +201,7 % 2018
Chine Prix Importations 5,4 +45,1 % 2019
Inde Prix Importations 4,1 +31,1 % 2022

La volatilité mesurée par le coefficient de variation est la plus élevée pour les importations en provenance du Vietnam (CV = 0,74), du Pérou (CV = 0,50) et de la Biélorussie (CV = 0,53). Côté exportations, les flux vers la Fédération de Russie affichent un CV extrême de 1,27, ce qui est cohérent avec les perturbations commerciales liées aux sanctions et aux contresanctions depuis 2014.

Volatilité des échanges

Chocs d'approvisionnement


Conclusion

Le marché européen des fruits congelés (CN 081190) a connu, entre 2015 et 2025, une double transformation : une forte inflation de la valeur des échanges, portée par la hausse des prix mondiaux et la croissance de la demande, et une profonde reconfiguration géographique des flux. L'Amérique latine (Pérou) et l'Asie du Sud-Est (Vietnam) se sont imposés comme des fournisseurs incontournables, tandis que l'Europe du Sud-Est (Serbie) et l'Afrique du Nord (Maroc) ont consolidé leur rôle dans les chaînes d'approvisionnement.

La Pologne s'est affirmée comme le premier exportateur et producteur de l'UE, tandis que les pays du Benelux et l'Allemagne concentrent les importations. Le déficit commercial s'est creusé, mais la dépendance nette aux importations est restée maîtrisée autour de 30 %, grâce à une production intérieure en progression.

Les principales fragilités identifiées concernent la concentration géographique croissante des importations (l'indice HHI des importations est passé de 767 à 999), la volatilité des prix sur certains corridors d'approvisionnement (Vietnam, Pérou), et l'exposition aux chocs géopolitiques, comme en témoignent les perturbations des flux avec la Biélorussie et la Russie. À l'horizon, le maintien de la diversification des sources d'approvisionnement et le développement de la production intérieure européenne — notamment en Pologne et dans les pays baltes — apparaissent comme des enjeux clés pour la résilience de ce marché.

Généré le 2026-08-09. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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