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Évolution du marché : Feuillards en acier inoxydable (CN 722020) — 2015–2025

Introduction

Le code nomenclature combinée 722020 désigne les produits laminés plats, en aciers inoxydables, d'une largeur inférieure à 600 mm, simplement laminés à froid. Il s'agit d'un code regroupant six sous-positions, classées selon l'épaisseur (≥ 3 mm, entre 0,35 mm et 3 mm, ≤ 0,35 mm) et la teneur en nickel (≥ 2,5 % ou < 2,5 %). Ces produits, communément appelés feuillards ou bandes en acier inoxydable, trouvent leurs applications dans les secteurs de l'automobile, de l'électroménager, de l'agroalimentaire, de la chimie et de la construction.

La période couverte (2015–2025) est marquée par des transformations structurelles profondes : reconfiguration des chaînes d'approvisionnement mondiales après la pandémie de Covid-19, forte hausse des coûts des matières premières (nickel, chrome, énergie), montée en puissance de nouveaux fournisseurs et instabilité géopolitique. Ce rapport analyse l'évolution des échanges commerciaux extérieurs de l'Union européenne avec le reste du monde pour ce produit, en s'appuyant sur les données de valeur, volume et prix ainsi que sur les indicateurs de spécialisation et de concentration.


1. Un excédent commercial en repli face à la montée des importations

1.1 L'Union européenne demeure exportatrice nette, mais son avantage se réduit

Sur l'ensemble de la période, l'UE a conservé un excédent commercial structurel sur les feuillards en acier inoxydable. Cependant, cet excédent a considérablement diminué :

Indicateur 2015 2025 Variation
Exportations (valeur) 490,3 M€ 554,4 M€ +13,1 %
Importations (valeur) 150,3 M€ 356,6 M€ +137,4 %
Solde commercial 340,1 M€ 197,7 M€ −41,9 %

L'excédent a donc été quasiment divisé par deux en termes de valeur. La dynamique est claire : les exportations ont progressé modérément (+13 %), tandis que les importations ont plus que doublé.

1.2 Un recul des volumes exportés masqué par la hausse des prix

L'évolution des exportations apparaît relativement stable en valeur, mais cache une réalité plus préoccupante en volume :

Indicateur 2015 2025 Variation
Exportations (volume) 162 045 t 123 672 t −23,7 %
Exportations (prix moyen) 3 026 €/t 4 482 €/t +48,1 %
Importations (volume) 44 345 t 61 350 t +38,3 %
Importations (prix moyen) 3 388 €/t 5 813 €/t +71,6 %

Les exportations en volume ont reculé de près d'un quart, passant de 162 000 à 124 000 tonnes. C'est la hausse substantielle des prix à l'exportation (+48 %) qui a compensé cette érosion en volume. À l'inverse, les importations ont progressé à la fois en volume (+38 %) et en prix (+72 %).

1.3 Une production intérieure en contraction notable

Les données de production de l'UE confirment cette tendance :

Indicateur 2015 2025 Variation
Production (quantité) 1 304 M kg 510 M kg −60,9 %
Production (valeur) 1 641 M€ 1 762 M€ +7,3 %

La production physique a chuté de près de 61 %, une baisse spectaculaire qui s'explique probablement par les difficultés du secteur sidérurgique européen (hausse des coûts énergétiques, concurrence internationale, fermetures d'usines). En valeur, la production a cependant augmenté de 7 %, reflétant là encore la forte inflation des prix de l'acier inoxydable.


2. Une recomposition géographique des échanges marquée par la montée en puissance des États-Unis

2.1 Les États-Unis, principal partenaire des deux côtés du commerce

Les données relatives aux principaux partenaires révèlent un changement significatif dans la géographie des échanges :

Top 7 des partenaires d'importation de l'UE (en valeur) :

Partenaire 2015 2025 Variation
États-Unis 36,2 M€ 169,6 M€ +369,0 %
Corée du Sud 37,1 M€ 47,5 M€ +27,9 %
Japon 24,5 M€ 49,0 M€ +99,9 %
Inde 12,5 M€ 25,0 M€ +99,9 %
Turquie 2,0 M€ 14,4 M€ +631,6 %
Taiwan 1,8 M€ 11,9 M€ +548,2 %
Afrique du Sud 6,7 M€ 3,4 M€ −49,3 %

La progression la plus spectaculaire est celle des États-Unis, qui sont passés de 36 M€ à 170 M€, devenant de loin le premier fournisseur de l'UE, représentant près de la moitié des importations. La Turquie et Taïwan ont également connu des hausses très marquées. À l'inverse, l'Afrique du Sud a perdu près de la moitié de ses parts.

Top 7 des partenaires d'exportation de l'UE (en valeur) :

Partenaire 2015 2025 Variation
Royaume-Uni 81,5 M€ 84,8 M€ +4,1 %
États-Unis 94,5 M€ 74,6 M€ −21,1 %
Suisse 77,2 M€ 73,9 M€ −4,3 %
Chine 35,0 M€ 74,8 M€ +113,6 %
Turquie 43,9 M€ 50,3 M€ +14,5 %
Brésil 25,5 M€ 38,8 M€ +52,2 %
Mexique 10,8 M€ 33,5 M€ +210,6 %

Côté exportations, le Royaume-Uni reste le premier client, suivi de la Suisse. La Chine a doublé ses achats auprès de l'UE, et le Mexique a triplé les siens. Les États-Unis, qui étaient le premier client en 2015, sont passés en deuxième position avec une baisse de 21 %.

2.2 Une concentration accrue des importations

L'indice de concentration Herfindahl-Hirschman (HHI) confirme ce mouvement :

Indicateur 2015 2025 Variation
HHI importations (valeur) 1 666 2 747 +64,9 %
HHI exportations (valeur) 1 113 986 −11,4 %
HHI importations (volume) 1 553 1 494 −3,8 %
HHI exportations (volume) 1 156 1 005 −13,0 %

L'HHI des importations en valeur a bondi de 1 666 à 2 747 (+65 %), indiquant une concentration nettement plus forte des sources d'approvisionnement. Cela s'explique principalement par le poids croissant des États-Unis. Un HHI de 2 747 se situe dans la zone de « concentration modérée », ce qui signifie un certain degré de dépendance envers un nombre limité de fournisseurs.

À l'inverse, les exportations sont légèrement moins concentrées (HHI passant de 1 113 à 986), ce qui traduit une meilleure diversification des débouchés.

2.3 Une spécialisation géographique au sein de l'UE

Les indicateurs de spécialisation des États membres pour 2025 révèlent une forte asymétrie :

État membre RSCA RCA Part dans la production UE Part dans le commerce UE
Roumanie 0,80 9,22 15,4 % 1,7 %
Finlande 0,50 3,02 3,0 % 1,0 %
Suède 0,47 2,80 6,7 % 2,4 %
Italie 0,41 2,36 18,9 % 8,0 %
France 0,12 1,27 9,9 % 7,8 %

La Roumanie présente le niveau de spécialisation le plus élevé (RSCA de 0,80), ce qui indique une forte compétitivité à l'exportation dans ce segment, bien que sa part dans la production globale soit modeste. L'Italie est le premier producteur (18,9 % de la production UE), suivi de la Roumanie (15,4 %) et de la France (9,9 %).

À l'opposé, des pays comme l'Irlande (RSCA de −1,00), la Bulgarie, la Lettonie, l'Estonie et la Hongrie (RSCA inférieur à −0,98) sont quasi-absents de cette activité.

Les données de spécialisation des États membres importateurs montrent aussi des évolutions notables :

État membre Importations 2015 Importations 2025 Variation
Italie 11,9 M€ 127,7 M€ +972 %
Roumanie 5,0 M€ 46,5 M€ +828 %
Grèce 0,05 M€ 39,9 M€ +86 280 %
Pologne 9,5 M€ 26,4 M€ +178 %
Allemagne 52,8 M€ 32,9 M€ −38 %

L'Italie a connu une explosion de ses importations, passant de 12 M€ à 128 M€, ce qui en fait de loin le premier importateur au sein de l'UE. La Grèce et la Roumanie ont également connu des hausses très importantes. À l'inverse, l'Allemagne, deuxième importateur en 2015, a réduit ses importations de 38 %.


3. Une volatilité des prix et des chocs d'approvisionnement accentués

3.1 Une inflation générale des prix depuis 2021

L'ensemble des séries de prix montre une forte accélération à partir de 2021–2022, avant un recul partiel en 2023–2025. Cette dynamique s'explique par la convergence de plusieurs facteurs :

  • La hausse des coûts de l'énergie en Europe (crise gazière de 2022)
  • L'envolée des prix du nickel sur les marchés mondiaux
  • Les perturbations des chaînes d'approvisionnement post-Covid
  • Les tensions géopolitiques (guerre en Ukraine)

Pour les importations, le prix moyen global est passé de 3 388 €/t en 2015 à un maximum de 7 964 €/t avant de revenir à 5 813 €/t en 2025.

3.2 Des disparités marquées entre sous-produits

L'analyse des segments de produits révèle des trajectoires très différentes :

Évolution des prix à l'importation par sous-produit (€/t) :

Sous-produit 2015 2022 (pic) 2025 Variation 2015-2025
72202081 (≤0,35 mm, Ni ≥ 2,5 %) 3 588 10 419 16 253 +353 %
72202089 (≤0,35 mm, Ni < 2,5 %) 5 542 5 136 3 231 −42 %
72202041 (0,35-3 mm, Ni ≥ 2,5 %) 3 537 5 142 3 724 +5 %
72202049 (0,35-3 mm, Ni < 2,5 %) 1 967 2 466 1 673 −15 %
72202021 (≥ 3 mm, Ni ≥ 2,5 %) 3 465 3 922 4 341 +25 %
72202029 (≥ 3 mm, Ni < 2,5 %) 5 527 3 620 2 618 −53 %

La sous-position 72202081 (bandes fines, ≤ 0,35 mm, haute teneur en nickel) a connu une inflation de prix absolument spectaculaire : le prix à l'importation a été multiplié par plus de 4,5, passant de 3 588 à 16 253 €/t. Ce segment, qui représente la plus grande part en valeur des importations (241 M€ en 2025 sur un total de 357 M€), est clairement le plus tendu du marché.

À l'inverse, certains segments à faible teneur en nickel (72202049, 72202029) ont vu leurs prix diminuer, ce qui peut refléter une moindre tension sur ces niches ou un effet de substitution.

Volume des importations par sous-produit (tonnes) :

Sous-produit 2015 2025 Variation
72202049 (0,35-3 mm, Ni < 2,5 %) 10 375 26 306 +154 %
72202081 (≤0,35 mm, Ni ≥ 2,5 %) 15 673 14 847 −5 %
72202041 (0,35-3 mm, Ni ≥ 2,5 %) 12 215 11 639 −5 %
72202089 (≤0,35 mm, Ni < 2,5 %) 3 936 7 394 +88 %
72202021 (≥ 3 mm, Ni ≥ 2,5 %) 1 587 607 −62 %
72202029 (≥ 3 mm, Ni < 2,5 %) 560 558 0 %

Le segment 72202049 (bandes d'épaisseur moyenne, faible teneur en nickel) a connu la plus forte progression en volume (+154 %). C'est également le segment le plus importé en volume (26 306 t en 2025), ce qui suggère une demande croissante pour les aciers inoxydables économiques dans l'industrie européenne.

3.3 Des chocs d'approvisionnement identifiés sur la période

L'analyse des chocs a détecté trois événements significatifs :

Choc Type Flux Partenaire Date Amplitude Part en valeur
Prix Japon Prix Importations Japon 2022 +119,5 % 14,6 %
Prix Inde Prix Exportations Inde 2021 +48,1 % 4,9 %
Prix États-Unis Prix Exportations États-Unis 2022 +80,8 % 23,4 %

Le choc le plus marquant est celui des importations en provenance du Japon en 2022, avec une hausse de prix de 119,5 % et un indice d'anormalité de 764,8 (une valeur extrêmement élevée). Ce choc est cohérent avec la flambée des coûts de production en Asie et la volatilité des prix du nickel en 2022.

Les indicateurs de volatilité confirment des niveaux de fluctuation très différents selon les partenaires :

Partenaire (importations) Coefficient de variation
Chine 1,11
Taiwan 0,57
Turquie 0,53
Suisse 0,54
Afrique du Sud 0,47
États-Unis 0,39
Corée du Sud 0,16
Japon 0,17

La Chine présente la volatilité la plus élevée (CV de 1,11), ce qui traduit des flux très irréguliers — probablement liés aux cycles de prix et aux mesures commerciales. Les fournisseurs historiques (Corée du Sud, Japon) offrent des flux plus stables.


Conclusion

Le marché des feuillards en acier inoxydable (CN 722020) a connu une transformation profonde entre 2015 et 2025. L'Union européenne reste exportatrice nette, mais son excédent commercial s'est réduit de 42 % en valeur, sous l'effet d'une double dynamique : une contraction des volumes exportés (−24 %) et une forte croissance des importations (+38 % en volume, +137 % en valeur).

La production intérieure européenne a subi un recul très marqué en volume (−61 %), reflétant les difficultés structurelles de l'industrie sidérurgique européenne (coûts énergétiques, concurrence internationale). La hausse des prix a certes maintenu les valeurs, mais ne compense pas la perte de capacité productive.

La géographie des échanges s'est reconfigurée : les États-Unis sont devenus le premier fournisseur de l'UE (170 M€ en 2025), concentrant à eux seuls près de la moitié des importations. Cette dépendance accrue, traduite par un HHI en forte hausse (+65 %), constitue un facteur de vulnérabilité potentiel. En parallèle, des fournisseurs émergents comme la Turquie et Taïwan ont gagné des parts significatives.

L'épisode 2021–2022 a été marqué par des chocs de prix majeurs, en particulier sur le segment des bandes fines à haute teneur en nickel (72202081), dont le prix à l'importation a été multiplié par 4,5 sur la période. Ces tensions illustrent la sensibilité du marché aux fluctuations des prix des matières premières et de l'énergie.

À moyen terme, la capacité de l'UE à maintenir sa position concurrentielle dans ce segment dépendra de sa capacité à stabiliser sa base productive, à diversifier ses sources d'approvisionnement et à maîtriser ses coûts énergétiques.

Généré le 2026-08-09. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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