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Évolution du marché : Farines de poisson (CN 230120) — 2015–2025

Introduction

Les farines, poudres et agglomérés sous forme de pellets de poissons, crustacés, mollusques ou autres invertébrés aquatiques impropres à l'alimentation humaine (code CN 230120) constituent un intrant stratégique pour les industries de l'aquaculture et de l'alimentation animale. Ce rapport examine les échanges de l'Union européenne avec les pays tiers sur la période 2015–2025 (données annuelles, périodes incomplètes exclues).

Sur cette décennie, trois grandes dynamiques se dégagent : premièrement, la hausse des valeurs commerciales est essentiellement portée par l'inflation des prix, les volumes stagnant voire reculant côté exportations ; deuxièmement, la géographie des partenaires commerciaux s'est profondément reconfigurée, avec un effondrement de certaines sources traditionnelles et l'émergence de nouveaux fournisseurs ; troisièmement, l'Union européenne est passée d'une dépendance nette significative aux importations à une situation de quasi-autonomie, portée par la montée en puissance du Danemark comme plateforme exportatrice dominante.


1. Une croissance tirée par les prix dans un contexte de stagnation des volumes

1.1. Les importations progressent de 30 % en valeur, soutenues à la fois par les volumes et les prix

Entre 2015 et 2025, les importations de farines de poisson par l'Union européenne en provenance de pays tiers ont augmenté de 30,3 % en valeur, atteignant 439,8 M€. Cette hausse résulte d'une progression conjointe des volumes (+19,5 %, passant de 255,0 kt à 304,6 kt) et des prix moyens (+9,1 %, de 1 324 €/t à 1 444 €/t). Le marché importateur européen a donc connu une véritable expansion quantitative, traduisant une demande soutenue, notamment de la part des industries aquacoles du Nord et du Sud de l'Europe.

Indicateur 2015 2025 Évolution
Valeur (M€) 337,6 439,8 +30,3 %
Volume (kt) 255,0 304,6 +19,5 %
Prix moyen (€/t) 1 324 1 444 +9,1 %

Source : Vue d'ensemble des échanges

1.2. Les exportations : une valeur en progression qui masque un recul des volumes

Du côté des exportations, l'évolution est contrastée. La valeur a crû de 18,3 % (de 333,2 M€ à 394,1 M€), mais cette hausse repose entièrement sur l'augmentation des prix moyens (+22,0 %, de 1 496 €/t à 1 825 €/t). En volume, les exportations ont reculé de 3,0 % (de 222,7 kt à 216,0 kt). Autrement dit, la capacité exportatrice de l'UE en termes physiques s'est légèrement érodée, et la croissance nominale masque une tendance volume en repli.

Indicateur 2015 2025 Évolution
Valeur (M€) 333,2 394,1 +18,3 %
Volume (kt) 222,7 216,0 −3,0 %
Prix moyen (€/t) 1 496 1 825 +22,0 %

Source : Vue d'ensemble des échanges

1.3. Une production européenne dont la valeur a plus que doublé, signe d'une tension structurelle sur les prix

La production intra-UE illustre de manière frappante cette dynamique de prix. Le volume produit a légèrement reculé (de 414,9 M kg à 400,0 M kg, soit −3,6 %), tandis que la valeur de production a bondi de 139,8 %, passant de 262,7 M€ à 630,0 M€. Le prix implicite de la production est ainsi passé d'environ 633 €/t à 1 575 €/t, soit une multiplication par 2,5. Cette divergence entre volumes stables et valeurs en forte hausse reflète à la fois l'inflation des coûts des matières premières halieutiques et la tension croissante entre l'offre mondiale de farine de poisson et la demande portée par l'essor de l'aquaculture.

Indicateur 2015 2025 Évolution
Volume de production (M kg) 414,9 400,0 −3,6 %
Valeur de production (M€) 262,7 630,0 +139,8 %

Source : Volumes de production


2. Une géographie commerciale en profonde mutation

2.1. L'effondrement d'Islande et la percée de l'Amérique latine et de l'Afrique australe côté importations

La recomposition des partenaires d'approvisionnement de l'UE est l'un des traits marquants de la période. En 2015, l'Islande était le premier fournisseur de l'UE (63,9 M€) ; en 2025, ses livraisons se sont effondrées à 4,1 M€ (−93,6 %). À l'inverse, le Chili a multiplié ses exportations vers l'UE par 2,6 (de 27,3 M€ à 69,8 M€, soit +155,7 %), et l'Afrique du Sud a connu une progression spectaculaire (+378,0 %, passant de 13,2 M€ à 63,2 M€). Le Pérou demeure un fournisseur majeur (89,9 M€ en 2025, +57,7 %), confirmant son rôle historique de premier exportateur mondial de farine de poisson. Le Maroc progresse également de manière soutenue (+47,0 %). Seule la Norvège voit ses livraisons vers l'UE légèrement reculer (−12,8 %).

Partenaire 2015 (M€) 2025 (M€) Évolution
Pérou 57,0 89,9 +57,7 %
Chili 27,3 69,8 +155,7 %
Maroc 46,3 68,1 +47,0 %
Afrique du Sud 13,2 63,2 +378,0 %
Norvège 59,7 52,1 −12,8 %
Îles Féroé 19,4 20,0 +3,2 %
Islande 63,9 4,1 −93,6 %

Source : Principaux partenaires par valeur

L'effondrement islandais pourrait refléter une réallocation des quotas de pêche, une diminution des captures ou une réorientation des exportations islandaises vers d'autres marchés. À l'inverse, la montée en puissance de l'Afrique du Sud et du Chili s'inscrit dans le développement des industries de pêche dans l'hémisphère sud, tirées par les eaux très poissonneuses du courant de Humboldt et du courant des Aiguilles.

2.2. La Norvège, destination quasi dominante des exportations européennes, et le recul des marchés asiatiques

Côté exportations, la Norvège est devenue de loin la première destination des farines de poisson UE, absorbant 250,8 M€ en 2025 contre 122,1 M€ en 2015 (+105,3 %). Elle représente désormais près des deux tiers (63,6 %) de la valeur totale des exportations de l'UE. Le Royaume-Uni reste un partenaire stable (60,2 M€, +2,9 %). En revanche, les marchés asiatiques se sont fortement contractés : la Chine a reculé de 61,9 % (de 26,8 M€ à 10,2 M€) et Taïwan de 61,1 % (de 11,9 M€ à 4,6 M€). Les États-Unis ont doublé leurs achats (+112,3 %), tandis que le Canada a progressé de 54,8 %.

Partenaire 2015 (M€) 2025 (M€) Évolution
Norvège 122,1 250,8 +105,3 %
Royaume-Uni 58,6 60,2 +2,9 %
Chine 26,8 10,2 −61,9 %
Canada 9,9 15,3 +54,8 %
États-Unis 5,3 11,2 +112,3 %
Taïwan 11,9 4,6 −61,1 %
Turquie 4,5 3,4 −24,5 %

Source : Principaux partenaires par valeur

La domination norvégienne s'explique par la structure même de l'industrie aquacole européenne : la Norvège est le premier producteur mondial de saumon d'élevage, activité extrêmement consommatrice de farine de poisson. L'UE, et en particulier le Danemark, alimente cette demande en tant que plateforme de transformation.

2.3. Une concentration extrême des exportations et une recomposition intra-UE

L'indice de concentration HHI (Herfindahl-Hirschman) des exportations a connu une hausse spectaculaire, passant de 1 813 à 4 334 (+139,1 %). Un HHI supérieur à 2 500 est considéré comme reflétant un marché « hautement concentré » ; le niveau de 4 334 indique une concentration extrême. Côté importations, le HHI est resté relativement stable (de 1 314 à 1 302), témoignant d'un approvisionnement diversifié.

Indicateur 2015 2025 Évolution
HHI importations (valeur) 1 314 1 302 −0,9 %
HHI exportations (valeur) 1 813 4 334 +139,1 %

Source : Concentration (HHI)

Cette concentration extrême côté exportations s'explique par la prééminence du Danemark, qui est passé de 201,7 M€ à 314,3 M€ (+55,8 %) et représente désormais 79,8 % des exportations intra-UE vers les pays tiers. L'Allemagne, deuxième exportateur en 2015 avec 88,9 M€, a connu un effondrement de 71,7 % (à 25,2 M€). Parallèlement, du côté des importations intra-UE, l'Allemagne a perdu sa première place (de 165,1 M€ à 82,6 M€, −50,0 %) au profit du Danemark (de 89,3 M€ à 169,4 M€, +89,8 %) et de l'Espagne (de 33,1 M€ à 95,1 M€, +187,0 %). La Grèce a connu la plus forte progression (+681,1 %), reflet de l'essor de l'aquaculture méditerranéenne (bars, dorades).

État membre (exportations) 2015 (M€) 2025 (M€) Évolution Part 2025
Danemark 201,7 314,3 +55,8 % 79,8 %
Allemagne 88,9 25,2 −71,7 % 6,4 %
Irlande 18,6 22,3 +19,9 % 5,7 %
France 11,2 11,9 +6,4 % 3,0 %
Espagne 5,5 6,5 +18,6 % 1,7 %
État membre (importations) 2015 (M€) 2025 (M€) Évolution Part 2025
Danemark 89,3 169,4 +89,8 % 38,5 %
Espagne 33,1 95,1 +187,0 % 21,6 %
Allemagne 165,1 82,6 −50,0 % 18,8 %
Grèce 5,9 46,4 +681,1 % 10,6 %
Italie 12,4 12,5 +1,0 % 2,8 %

Source : Principaux États membres par valeur


3. De la dépendance à l'autonomie : l'UE consolide sa position sur le marché mondial

3.1. Un basculement structurel : de 48 % de dépendance nette à la quasi-autonomie

L'indicateur de dépendance nette aux importations a connu un retournement complet sur la période, passant de +48,0 % en 2015 à −4,8 % en 2025. Une valeur positive traduit une dépendance aux importations ; une valeur négative indique que l'UE est devenue légèrement exportatrice nette lorsque la production domestique est prise en compte. Ce basculement est le fait le plus marquant de la décennie : l'Union européenne est passée d'une situation de vulnérabilité structurelle à une position d'autonomie, voire de léger excédent.

Indicateur 2015 2025 Évolution
Dépendance nette aux importations (%) 48,0 −4,8 −110,0 %
Intensité commerciale (%) 78,0 70,3 −9,8 %
Propension à exporter (%) 47,2 55,3 +17,0 %

Source : Dépendance nette aux importations

Parallèlement, la propension à exporter a augmenté (de 47,2 % à 55,3 %), tandis que l'intensité commerciale (rapport du commerce extérieur au total de la production et du commerce) a légèrement diminué (de 78,0 % à 70,3 %), signe que la part relative du commerce dans le marché global s'est réduite au profit de la production domestique. Notons toutefois que la balance commerciale bilatérale avec les pays tiers est restée déficitaire en 2025 (−45,7 M€), après avoir oscillé entre un creux de −131,1 M€ et un pic de +59,5 M€ au cours de la décennie.

Sources : Intensité commerciale · Propension à exporter

3.2. Le Danemark, pivot de la spécialisation européenne

L'analyse des avantages comparatifs révèle une forte hétérogénéité entre États membres. En 2025, le Danemark affiche un indice RCA (Revealed Comparative Advantage) de 12,0 et un RSCA de 0,85, ce qui en fait de loin le membre le plus spécialisé de l'UE dans ce produit. La Lettonie (RCA 10,8, RSCA 0,83) et l'Espagne (RCA 3,6, RSCA 0,57) complètent le trio des pays les plus spécialisés. À l'opposé, l'Autriche (RSCA −1,00), la Roumanie (RSCA −0,99) et la Tchéquie (RSCA −0,99) n'ont aucun avantage comparatif dans ce secteur, ce qui s'explique par leur enclavement géographique et l'absence d'industrie halieutique significative.

État membre RCA RSCA Part dans la prod. UE Part dans le total UE
Danemark 12,03 0,85 20,7 % 1,7 %
Lettonie 10,81 0,83 3,6 % 0,3 %
Chypre 6,66 0,74 0,2 % 0,03 %
Estonie 5,66 0,70 1,9 % 0,3 %
Espagne 3,60 0,57 20,9 % 5,8 %

Source : Spécialisation

Le Danemark combine une part importante de la production UE (20,7 %) avec une position exportatrice dominante. Son rôle de plateforme de transformation est renforcé par sa situation géographique (accès à la mer du Nord et à la Baltique), son industrie de transformation halieutique historique et sa proximité avec la Norvège, principal marché de destination.

3.3. Des chocs de prix concentrés en 2022, révélant une vulnérabilité résiduelle

Malgré l'amélioration de l'autonomie, le marché demeure exposé à des chocs de prix. L'année 2022 a été marquée par trois événements de prix anormalement élevés sur les importations, tous détectés avec des scores d'anormalité supérieurs à 5 :

Partenaire Type de choc Variation de prix Anormalité Part dans la valeur
Îles Féroé Prix +38,6 % 6,5 8,2 %
Pérou Prix +32,4 % 6,6 18,3 %
Afrique du Sud Prix +33,0 % 5,1 11,0 %

Source : Chocs d'offre

Ces trois chocs simultanés en 2022 coïncident avec la crise énergétique et la forte inflation des matières premières qui ont suivi le conflit russo-ukrainien. Ils illustrent la sensibilité du marché européen aux perturbations de l'offre mondiale, d'autant que ces trois partenaires représentaient collectivement 37,5 % de la valeur des importations.

L'analyse de la volatilité (coefficient de variation) confirme une hétérogénéité marquée entre partenaires. Du côté des importations, l'Islande (CV 0,70), la Mauritanie (CV 0,72) et les États-Unis (CV 0,89) sont les sources les plus volatiles. Du côté des exportations, le Japon (CV 1,38) et la Turquie (CV 0,83) se distinguent par leur instabilité. À l'inverse, le Maroc (CV 0,26) et le Canada (CV 0,20) offrent des flux plus réguliers.

Source : Volatilité


Conclusion

La période 2015–2025 a transformé le marché européen de la farine de poisson (CN 230120). En premier lieu, la croissance des valeurs commerciales (+30 % côté importations, +18 % côté exportations) est essentiellement le produit de l'inflation des prix ; les volumes exportés ont reculé de 3 %, tandis que la production intra-UE en valeur a été multipliée par 2,5 malgré un volume stable. En deuxième lieu, la carte des partenaires s'est profondément redessinée : l'effondrement islandais (−94 %) s'est accompagné de l'émergence du Chili (+156 %) et de l'Afrique du Sud (+378 %), tandis que les exportations se sont concentrées massivement vers la Norvège (+105 %). Enfin, l'UE est passée d'une dépendance nette de 48 % à une quasi-autonomie (−5 %), portée par la consolidation du Danemark comme hub exportateur dominant, avec un HHI exportateur porté à un niveau extrêmement élevé (4 334).

Cette évolution comporte des risques : la concentration des exportations sur un seul État membre et une seule destination (Danemark → Norvège) crée une vulnérabilité structurelle. Les chocs de prix de 2022 rappellent que le marché reste exposé aux fluctuations de l'offre mondiale. La dépendance aux fournisseurs latino-américains et africains, bien que diversifiée, devra être surveillée dans un contexte de changement climatique affectant les stocks de poissons pélagiques.

Généré le 2026-08-09. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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