Explorer les données en direct

Évolution du marché : Cuir de bovin et équin préparé (CN 4107) — 2015–2025

Introduction

Le code NC 4107 couvre les cuirs et peaux préparés de bovins (y compris buffles) et d'équidés, épilés, à l'exclusion des cuirs chamoisés, vernis, plaqués ou métallisés. Il englobe six sous-positions (410711, 410712, 410719, 410791, 410792, 410799) qui se distinguent selon que les peaux sont entières ou en pièces, et selon le type de refente (pleine fleur non refendue, côté fleur, ou autres).

Sur la période 2015–2025, le commerce de ce produit avec les pays tiers a connu un recul marqué tant en volume qu'en valeur. Les exportations de l'Union européenne ont diminué de 26,6 % en valeur (de 1,99 milliard à 1,46 milliard d'euros) et de 29,0 % en quantité (de 93 099 à 66 054 tonnes), tandis que les importations se sont contractées de manière bien plus sévère : −62,8 % en valeur (de 924 millions à 344 millions d'euros) et −50,8 % en quantité (de 55 252 à 27 186 tonnes). Ces mouvements contrastés ont paradoxalement renforcé le solde excédentaire de l'UE, passé de 1,07 milliard à 1,12 milliard d'euros (+4,7 %), l'Union consolidant sa position de nette exportatrice nette sur ce segment.

Ce rapport analyse les principales dynamiques à l'œuvre sur cette décennie : la contraction généralisée des volumes échangés, la restructuration géographique des partenaires commerciaux, et le redimensionnement structurel de la production européenne.


1. Une contraction profonde et asymétrique des échanges extérieurs

1.1 Les importations s'effondrent plus vite que les exportations

Le trait le plus frappant de la période est le déclin accéléré des importations. En valeur, elles ont chuté de 62,8 % contre 26,6 % pour les exportations. En quantité, l'écart est également significatif : −50,8 % pour les importations contre −29,0 % pour les exportations. Le volume importé passe de 55 252 à 27 186 tonnes, un recul de plus de 28 000 tonnes en une décennie.

Indicateur 2015 2025 Variation (%)
Exportations (valeur, M€) 1 993 1 463 −26,6 %
Exportations (quantité, kt) 93,1 66,1 −29,0 %
Exportations (prix moyen, €/t) 21 406 22 154 +3,5 %
Importations (valeur, M€) 924 344 −62,8 %
Importations (quantité, kt) 55,3 27,2 −50,8 %
Importations (prix moyen, €/t) 16 724 12 651 −24,4 %
Solde commercial (M€) 1 069 1 119 +4,7 %

Source : Vue d'ensemble du commerce

1.2 Une divergence structurelle des prix à l'import et à l'export

Les prix moyens à l'export ont résisté, progressant légèrement de 21 406 à 22 154 €/t (+3,5 %), ce qui suggère que l'UE a su maintenir la valeur ajoutée de ses expéditions malgré la baisse des volumes. À l'inverse, les prix moyens à l'import ont reculé de 16 724 à 12 651 €/t (−24,4 %). Cet écart croissant entre prix à l'export et prix à l'import — qui passe de 4 682 à 9 503 €/t — reflète vraisemblablement une montée en gamme des exportations européennes (cuirs de meilleure qualité ou davantage transformés) couplée à un afflux de produits importés à moindre valeur unitaire, ou bien une dégradation de la qualité moyenne des approvisionnements extérieurs.

1.3 Un choc de 2020 amplifié par la pandémie, suivi d'une reprise inachevée

L'année 2020 marque un point bas marquant. Les importations chutent à 249 millions d'euros et les exportations à 1,66 milliard, sous l'effet combiné de la pandémie de Covid-19 et de la désorganisation des chaînes d'approvisionnement mondiales du cuir. Bien qu'un rebond ait eu lieu en 2021–2022, il demeure incomplet : en 2025, ni les importations ni les exportations n'ont retrouvé leurs niveaux d'avant-crise. Le ratio d'intensité commerciale passe de 78,4 % à 72,2 %, indiquant une moindre ouverture du secteur sur les marchés extérieurs.


2. Une restructuration géographique profonde des partenaires commerciaux

2.1 Les fournisseurs traditionnels en repli massif

Les principaux partenaires à l'import ont tous subi des déclins marqués, à l'exception notable de la Turquie et de l'Afrique du Sud :

Partenaire à l'import 2015 (M€) 2025 (M€) Variation (%)
Brésil 240,3 88,8 −63,1 %
Inde 139,9 49,2 −64,8 %
Pakistan 59,1 22,2 −62,5 %
Russie 64,9 0,007 −100,0 %
Royaume-Uni 76,8 22,0 −71,3 %
Turquie 25,3 37,3 +47,4 %
Afrique du Sud 21,0 25,4 +20,5 %

Source : Principaux partenaires par valeur

L'effacement quasi-total des importations en provenance de Russie (−100 %) est directement lié aux sanctions économiques imposées à la suite du conflit russo-ukrainien à partir de 2022. Le recul des importations depuis le Royaume-Uni (−71,3 %) s'explique en partie par les frictions commerciales post-Brexit. Les replis du Brésil, de l'Inde et du Pakistan, fournisseurs historiques de cuirs bruts ou semi-finis, s'inscrivent dans une tendance de fond liée à la transformation locale croissante dans ces pays et à la concurrence accrue sur les matières premières.

2.2 Une concentration des exportations européennes qui se desserre

Les exportations de l'UE vers ses principaux marchés tiers ont reculé de manière significative, avec toutefois des trajectoires divergentes :

Partenaire à l'export 2015 (M€) 2025 (M€) Variation (%)
Hong Kong 324,8 64,8 −80,1 %
Chine 199,4 86,2 −56,8 %
États-Unis 222,2 139,0 −37,5 %
Vietnam 130,4 149,1 +14,4 %
Tunisie 141,7 140,5 −0,9 %
Inde 74,5 60,0 −19,5 %
Ukraine 72,4 58,1 −19,8 %

Source : Principaux partenaires par valeur

L'effondrement des exportations vers Hong Kong (−80,1 %) est le mouvement le plus spectaculaire. Hong Kong servait historiquement de plateforme de réexportation vers la Chine continentale ; la baisse combinée de la demande chinoise de cuir tanné et le développement de la transformation locale expliquent ce déclin. Le Vietnam (+14,4 %) se distingue comme le seul partenaire majeur en croissance, traduisant probablement le transfert d'une partie de la chaîne de valeur de la maroquinerie et de la chaussure vers ce pays.

L'indice de concentration HHI des exportations (en valeur) passe de 735 à 575 (−21,7 %), confirmant une diversification géographique des débouchés de l'UE. À l'inverse, l'HHI des importations (en volume) augmente fortement, de 1 420 à 2 111 (+48,7 %), indiquant une concentration accrue des sources d'approvisionnement malgré la baisse globale des volumes.

2.3 L'Italie, pivot incontesté du commerce européen de cuirs

Au sein de l'UE, l'Italie domine largement le commerce du CN 4107. Elle représente à elle seule 71,8 % des exportations intra-UE vers l'extérieur en 2025 (1 051 millions d'euros) et 40,1 % des importations (138 millions d'euros). Son indice de spécialisation RSCA atteint 0,75 en 2025, avec un RCA de 7,06, confirmant un avantage comparatif très prononcé. Les autres États membres importants — Allemagne, France, Espagne, Pologne — affichent des volumes nettement inférieurs et, pour la plupart, en recul.

État membre exportateur 2015 (M€) 2025 (M€) Variation (%)
Italie 1 416 1 051 −25,8 %
Allemagne 147 73 −50,5 %
Pologne 58 64 +9,4 %
France 89 62 −30,3 %
Espagne 78 63 −19,7 %
Autriche 54 23 −56,8 %
Portugal 14 33 +135,3 %

Source : Principaux reporters par valeur

La Pologne (+9,4 %) et surtout le Portugal (+135,3 %) sont les deux seuls pays à avoir accru leurs exportations, témoignant d'un dynamisme propre ou d'un transfert de capacités de production au sein de l'UE.


3. Un redimensionnement structurel de la production européenne

3.1 Une production en repli de 41 % en volume

La production européenne de cuirs préparés bovins et équins a connu un déclin profond. En volume, elle passe de 832 442 tonnes (2015) à 491 076 tonnes (2025), soit une baisse de 41,0 %. En valeur, le recul est plus modéré (−12,9 %), de 3,18 milliards à 2,77 milliards d'euros, ce qui traduit une augmentation de la valeur unitaire moyenne de la production. Ce phénomène suggère un recentrement sur des produits à plus forte valeur ajoutée, compensant partiellement la contraction des volumes.

3.2 Une concentration segmentaire : le côté fleur domine les importations

L'analyse des sous-positions révèle une structure segmentaire marquée. La sous-position 410712 (cuirs entiers côté fleur) représente la part dominante des importations en volume : 16 792 tonnes en 2025, soit 61,8 % du total importé, bien qu'en repli par rapport aux 28 759 tonnes de 2015 (−41,6 %). Les prix moyens à l'import de ce segment s'érodent particulièrement, passant de 17 705 à 10 310 €/t (−41,8 %), ce qui peut refléter une pression concurrentielle accrue ou un changement de qualité des approvisionnements.

Sous-position Description (abrégée) Imports 2015 (t) Imports 2025 (t) Var. (%)
410712 Entiers, côté fleur 28 759 16 792 −41,6 %
410792 Pièces, côté fleur 12 749 4 790 −62,4 %
410799 Pièces, autres 3 891 1 984 −49,0 %
410791 Pièces, pleine fleur 4 755 878 −81,5 %
410719 Entiers, autres 3 098 1 496 −51,7 %
410711 Entiers, pleine fleur 2 001 1 246 −37,7 %

Source : Ventilation par segment produit

3.3 À l'export, les segments pleine fleur et pièces préservent mieux leur valeur

Côté exportations, la sous-position 410712 (entiers côté fleur) demeure également dominante avec 29 660 tonnes en 2025, mais son volume reste relativement stable par rapport aux 30 464 tonnes de 2015 (−2,6 %). Les segments 410792 (pièces côté fleur) et 410799 (pièces autres) ont connu des baisses plus marquées (−35,9 % et −43,6 % respectivement en volume). En revanche, les prix à l'export de plusieurs segments ont progressé, notamment la sous-position 410792 (de 14 516 à 20 074 €/t, +38,3 %) et 410799 (de 14 291 à 19 185 €/t, +34,2 %), ce qui confirme une dynamique de montée en valeur sur les produits semi-finis de pièces.

3.4 Une vulnérabilité accrue mais un excédent qui se consolide

Le taux de dépendance nette aux importations passe de −1,5 % en 2015 à −45,3 % en 2025. Ce chiffre négatif élevé signifie que l'UE exporte désormais près de deux fois plus de cuirs préparés qu'elle n'en importe, rapporté à sa production. Paradoxalement, alors que les volumes absolus de commerce diminuent, la position excédentaire de l'UE se renforce considérablement. L'indice de propension à l'exporter reste élevé (63,3 %), confirmant que le secteur européen reste tourné vers l'extérieur malgré la contraction.

Les chocs d'approvisionnement les plus notables concernent les prix à l'export vers le Vietnam (abnormalité de 12,7 en 2022, avec une hausse de prix de 22,9 %), le Mexique et l'Albanie. Ces pics de prix, concentrés autour de 2022, coïncident avec les tensions inflationnistes post-pandémiques et la désorganisation des chaînes logistiques mondiales.


Conclusion

Sur la période 2015–2025, le marché européen du cuir bovin et équin préparé (CN 4107) a connu une transformation profonde. Le constat dominant est celui d'une contraction généralisée des volumes échangés, tant à l'import qu'à l'export, avec un déclin particulièrement prononcé des importations (−62,8 % en valeur). Cette évolution s'inscrit dans un mouvement plus large de relocalisation de la transformation du cuir dans les pays d'origine des matières premières, combinée aux effets du Brexit, des sanctions contre la Russie et des répercussions durables de la pandémie de Covid-19.

Néanmoins, l'Union européenne a paradoxalement renforcé sa position excédentaire, son solde commercial passant de 1,07 à 1,12 milliard d'euros. L'Italie demeure le centre de gravité incontesté du secteur, tandis que des pays comme le Portugal et la Pologne ont émergé comme de nouveaux moteurs d'exportation. La montée en gamme des exportations (prix à l'export en hausse de 3,5 %) contraste avec l'érosion des prix à l'import (−24,4 %), suggérant une spécialisation croissante de l'industrie européenne sur des produits à plus forte valeur ajoutée.

L'avenir du secteur dépendra de la capacité de l'industrie européenne à maintenir sa compétitivité sur les segments à haute valeur ajoutée, alors que la production continue de se contracter (−41 % en volume) et que la concurrence internationale s'intensifie dans un contexte de demande mondiale de cuir en mutation structurelle, notamment sous l'effet de la montée des alternatives synthétiques.

Généré le 2026-08-07. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

Si vous avez besoin de conseils sur la politique commerciale européenne, ou de représentation pour vos intérêts à Bruxelles, merci de me contacter à support@tradedashboard.eu. Vous trouverez mon CV à cette adresse.