Évolution du marché : Composés organosulfurés [à l’exclusion des thiocarbamates, des dithiocarbamates, des mono-, di- ou tétrasulfures de thiourame, de la méthionine, du 2-(N,N-diéthylamino)éthanethiol, du sulfure de bis(2-hydroxyéthyle) «thiodiglycol (DCI)», de l’aldicarbe (ISO), du captafol (ISO), du méthamidophos (ISO) et du 2-(N,N-diméthylamino)éthanethiol] (CN 293090) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 293090 regroupe une catégorie résiduelle de composés organosulfurés, excluant notamment les thiocarbamates, la méthionine, le thiodiglycol et certains pesticides. Cette position tarifaire, qui sert de fourre-tout à une grande diversité de molécules (acides aminés soufrés comme la cystéine, antioxydants, intermédiaires pharmaceutiques et agrochimiques), représente un volume d'échanges significatif pour l'Union européenne : les importations se sont élevées à 624,2 M€ en 2025 et les exportations à 493,7 M€.
Sur la période 2015–2025, le marché européen de ces composés a connu des évolutions contrastées. Si les valeurs globales des échanges sont restées relativement contenues dans une fourchette de ±20 %, des mouvements de fond — reconfiguration des partenaires commerciaux, chocs de prix, recomposition de la production intérieure et amélioration de l'autonomie de l'UE — ont profondément remodelé la structure de ce commerce. Le présent rapport analyse ces dynamiques à la lumière des données disponibles, en trois axes principaux.
1. Une contraction modérée des échanges globaux masquant un décalage structurel entre importations et exportations
Les échanges totaux restent dans une bande de fluctuation relativement étroite
Entre 2015 et 2025, la valeur des exportations de l'UE en composés organosulfurés (CN 293090) est passée de 551,9 M€ à 493,7 M€, soit une baisse de 10,5 %. Le point bas a été atteint en 2024 (453,3 M€), avant un rebond partiel en 2025. Du côté des importations, la valeur est restée plus stable : de 633,1 M€ en 2015 à 624,2 M€ en 2025 (−1,4 %), avec un pic notable en 2022 à 800,6 M€.
| Indicateur | 2015 | Pic (année) | 2025 | Variation 2015→2025 |
|---|---|---|---|---|
| Exportations (M€) | 551,9 | 599,6 (2022) | 493,7 | −10,5 % |
| Importations (M€) | 633,1 | 800,6 (2022) | 624,2 | −1,4 % |
| Solde commercial (M€) | −81,2 | +1,7 (2013*) | −130,5 | −60,7 % |
Source : Vue d'ensemble du commerce
Les volumes et les prix divergent nettement
L'évolution des volumes échangés révèle une trajectoire asymétrique. Les quantités exportées ont diminué de 7,0 % (de 98 789 à 91 875 tonnes), tandis que les quantités importées ont bondi de 28,2 % (de 104 336 à 133 763 tonnes). Cette divergence s'accompagne d'une baisse des prix à l'importation nettement plus marquée (−23,1 %) qu'à l'exportation (−3,9 %) :
| Flux | Quantité 2015 (t) | Quantité 2025 (t) | Prix unitaire 2015 (€/kg) | Prix unitaire 2025 (€/kg) |
|---|---|---|---|---|
| Exportations | 98 789 | 91 875 | 5,58 | 5,37 |
| Importations | 104 336 | 133 763 | 6,07 | 4,66 |
Source : Vue d'ensemble du commerce
La convergence des prix unitaires entre importations et exportations (de 5,58 vs 6,07 €/kg en 2015 à 5,37 vs 4,66 €/kg en 2025) traduit un effacement du différentiel de valeur ajoutée entre les flux entrants et sortants. Les importations à bas prix, probablement des volumes d'intermédiaires chimiques standardisés, se sont intensifiées, tandis que les exportations de produits à plus forte valeur ajoutée n'ont pas compensé la perte de volumes.
L'année 2022 constitue un pic exceptionnel
L'année 2022 se distingue nettement dans la série temporelle : les importations atteignent 800,6 M€ (maximum de la période) et les exportations 599,6 M€. Ce pic est imputable à une hausse conjoncturelle des prix (effet inflationniste post-Covid et tensions énergétiques) plutôt qu'à un accroissement structurel des volumes. En effet, les quantités importées en 2022 (117 276 tonnes) sont restées en deçà du niveau de 2019 (117 067 tonnes), tandis que les prix unitaires à l'importation ont bondi. Le rebond de 2025 s'explique quant à lui par une reprise des volumes autant que par la stabilisation des prix.
La production intérieure de l'UE connaît une tendance baissière
Les données de production (source Eurostat/Prodcom) indiquent un recul de la production européenne de composés organosulfurés. La production en valeur est passée d'environ 937 M€ en 2015 à 780 M€ en 2025 (−16,7 %), tandis que la production en quantité a chuté de 320 à 272 millions d'unités (−38,9 %). Ce repli, conjugué à la hausse des importations en volume, traduit une perte progressive de compétitivité de l'appareil productif européen sur ce segment.
Source : Volumes de production
2. Des recompositions géographiques profondes : montée de la Chine, effondrement du Royaume-Uni et sortie de la Russie
La Chine s'impose comme le premier fournisseur de l'UE, loin devant les États-Unis
L'une des dynamiques les plus marquantes de la période est la montée en puissance de la Chine comme source d'approvisionnement de l'UE. Les importations en provenance de Chine ont progressé de 174,3 M€ en 2015 à 250,4 M€ en 2025 (+43,7 %), avec un pic à 302,5 M€ en 2022. En parallèle, la Chine a consolidé sa position de premier partenaire à l'importation, représentant désormais 40,1 % de la valeur totale des importations de l'UE sur ce code, contre 27,5 % en 2015.
Les États-Unis demeurent le deuxième fournisseur, avec une valeur stable autour de 155 M€ sur la période (+0,5 %), tandis que l'Inde, troisième partenaire, a connu une baisse de 11,0 % (de 93,1 M€ à 82,9 M€). Le Japon a perdu 21,1 % de ses parts, passant de 56,6 M€ à 44,6 M€.
| Partenaire (import.) | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Chine | 174,3 | 250,4 | +43,7 % |
| États-Unis | 154,5 | 155,4 | +0,5 % |
| Inde | 93,1 | 82,9 | −11,0 % |
| Japon | 56,6 | 44,6 | −21,1 % |
| Royaume-Uni | 63,0 | 6,2 | −90,1 % |
| Israël | 9,8 | 26,2 | +166,2 % |
| Corée du Sud | 18,9 | 4,1 | −78,4 % |
Source : Principaux partenaires par valeur
Le Brexit a provoqué un effondrement des importations en provenance du Royaume-Uni
Le cas du Royaume-Uni est spectaculaire : les importations de l'UE depuis le Royaume-Uni ont chuté de 63,0 M€ en 2015 à seulement 6,2 M€ en 2025 (−90,1 %). En volume, le recul est tout aussi brutal (de 9 325 à 407 tonnes). Ce déclin, amorcé dès 2018 et accéléré après le Brexit effectif (2021), reflète vraisemblablement à la fois des obstacles tarifaires et non tarifaires (formalités douanières, règles d'origine) et un réacheminement des flux commerciaux. Les exportations vers le Royaume-Uni sont cependant restées remarquablement stables (de 46,6 M€ à 42,9 M€, −8,1 %), ce qui suggère que les chaînes d'approvisionnement à l'export ont mieux résisté aux effets du Brexit.
La sortie de la Russie du marché à l'exportation
Les exportations vers la Russie ont connu un effondrement quasi total entre 2021 et 2025. En 2021, elles s'élevaient encore à 4 934 tonnes ; en 2022, elles ont chuté à 1 319 tonnes ; puis à 78 tonnes en 2023, 43 tonnes en 2024 et pratiquement zéro en 2025. Ce mouvement correspond aux sanctions européennes imposées à la suite de l'invasion de l'Ukraine en février 2022. De manière remarquable, les prix unitaires des rares transactions résiduelles ont explosé (de 2 753 €/kg en 2021 à 23 000 €/kg en 2025), indiquant que seules des livraisons de niche ou de très faible volume ont subsisté.
Source : Chocs d'offre
La concentration géographique s'accroît à l'importation comme à l'exportation
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) mesure la concentration des flux commerciaux. Sur la période, l'HHI des importations est passé de 1 828 à 2 496 (+36,5 %), tandis que celui des exportations est passé de 1 151 à 1 557 (+35,2 %). Cette hausse signifie que les échanges se concentrent sur un nombre réduit de partenaires :
| Indicateur HHI | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations (valeur) | 1 828 | 2 496 | +36,5 % |
| Exportations (valeur) | 1 151 | 1 557 | +35,2 % |
Source : Concentration
À l'importation, la concentration accrue reflète la prédominance croissante de la Chine. À l'exportation, le Royaume-Uni et les États-Unis demeurent les principaux débouchés (respectivement 42,9 M€ et 170,3 M€ en 2025), mais l'Inde (+32,4 %) et la Corée du Sud (+64,3 %) ont progressé, tandis que le Japon (−15,8 %) et le Brésil (−55,4 %) ont reculé. Les Émirats arabes unis ont presque doublé leurs achats (+107,8 %), passant de 5,5 M€ à 11,5 M€.
Les États membres se redistribuent les rôles
Au sein de l'UE, les dynamiques sont très hétérogènes. L'Allemagne, premier importateur et premier exportateur en 2015, a vu ses flux se contracter fortement : −37,0 % à l'importation (de 195,5 M€ à 123,2 M€) et −44,1 % à l'exportation (de 221,7 M€ à 124,0 M€). La Belgique reste un acteur majeur mais a perdu 30,6 % de ses importations. À l'inverse, l'Espagne a connu une progression spectaculaire de ses exportations (+200,7 %), passant de 14,3 M€ à 43,1 M€, devenant le cinquième exportateur de l'UE. L'Irlande a multiplié ses importations par 2,9 (de 12,3 M€ à 36,1 M€), probablement liée à la croissance de son secteur pharmaceutique.
Source : Principaux États membres par valeur
La spécialisation européenne reste concentrée sur quelques États membres
En 2025, les données de spécialisation (RSCA) confirment que seuls quelques États membres possèdent un avantage comparatif significatif sur ce code. La Belgique (RSCA = 0,622) et la France (0,367) sont les seuls États clairement spécialisés. L'Allemagne, bien que représentant 16,0 % de la production de l'UE, présente un RSCA négatif (−0,14), indiquant qu'elle importe relativement plus qu'elle n'exporte sur ce segment.
| État membre | RSCA (2025) | Part dans la production UE | Part dans le commerce UE |
|---|---|---|---|
| Belgique | 0,622 | 36,3 % | 8,5 % |
| France | 0,367 | 16,9 % | 7,8 % |
| Pays-Bas | −0,005 | 14,4 % | 14,5 % |
| Allemagne | −0,140 | 16,0 % | 21,2 % |
Source : Spécialisation
3. Chocs de prix ciblés, volatilité des flux et réduction progressive de la dépendance aux importations
Plusieurs chocs de prix significatifs ont affecté les flux commerciaux
L'analyse de la volatilité révèle plusieurs événements de prix anormaux au cours de la période. Le plus notable concerne les exportations vers le Royaume-Uni en 2022 : le prix unitaire a bondi de 40,4 % par rapport à la baseline 2020–2021, avec un degré d'anormalité de 65,0 (le plus élevé détecté). Ce choc, qui représente 10,3 % de la valeur totale des exportations, coïncide avec la période post-Brexit et la crise énergétique, suggérant une répercussion des surcoûts logistiques et énergétiques sur les prix à destination du Royaume-Uni.
Un choc similaire, mais d'amplitude plus forte (+63,0 %), a frappé les exportations vers la Corée du Sud en 2022. Les volumes ont simultanément chuté de moitié (de 6 941 à 3 258 tonnes), indiquant un effet de destruction de demande face à la hausse des prix. Les volumes ne se sont jamais rétablis au niveau d'avant-choc (2 847 et 2 763 tonnes en 2023–2024), bien qu'un rebond spectaculaire ait lieu en 2025 (7 038 tonnes).
| Événement détecté | Partenaire | Type | Année | Décalage prix | Anomalie |
|---|---|---|---|---|---|
| Choc de prix (export.) | Royaume-Uni | Prix | 2022 | +40,4 % | 65,0 |
| Choc de prix (export.) | Corée du Sud | Prix | 2022 | +63,0 % | 11,0 |
| Choc de prix (export.) | Russie | Prix | 2023 | +424,2 % | 8,4 |
| Choc de prix (export.) | Turquie | Prix | 2021 | +48,7 % | 7,5 |
Source : Chocs d'offre et de prix
Les importations en provenance des États-Unis ont également subi un choc de prix en 2022 (+46,1 %, anomalie 3,8), sans que les volumes ne soient significativement affectés, ce qui traduit une élasticité-prix faible de la demande européenne sur ce fournisseur.
La volatilité des flux varie fortement selon les partenaires
Le coefficient de variation (CV) des quantités échangées sur la période 2015–2025 révèle des profils de stabilité très différents. Les exportations vers le Royaume-Uni (CV = 0,099) et les importations des États-Unis (CV = 0,118) sont les plus stables. À l'opposé, les importations depuis Taïwan (CV = 1,520), Hong Kong (0,945) et le Royaume-Uni (0,934) présentent une volatilité extrême, reflétant des flux de faible base sujets à de grandes fluctuations relatives.
| Flux | Partenaire le plus stable (CV) | Partenaire le plus volatile (CV) |
|---|---|---|
| Importations | États-Unis (0,118) | Taïwan (1,520) |
| Exportations | Royaume-Uni (0,099) | Arabie saoudite (0,819) |
Source : Volatilité
La dépendance nette de l'UE aux importations a considérablement diminué
L'un des signaux les plus positifs pour l'autonomie stratégique européenne sur ce segment est la réduction spectaculaire de la dépendance nette aux importations (en % de la consommation apparente). Cet indicateur est passé de 57,1 % en 2006 à un minimum de −12,6 % en 2013–2014 (l'UE était alors exportatrice nette), avant de remonter à 17,5 % en 2025. Si le niveau de 2025 reste supérieur à celui de 2013–2014, il demeure très inférieur au niveau de 2006–2008.
Parallèlement, la propension à exporter (exportations / production) a bondi de 32,2 % en 2006 à 58,5 % en 2025 (+81,7 %), ce qui indique qu'une part croissante de la production européenne est destinée à l'exportation.
| Indicateur | 2006 | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|---|
| Dépendance nette aux importations (%) | 57,1 | 4,2 | 17,5 | −69,3 % (vs 2006) |
| Intensité commerciale (%) | — | 74,4 | 76,9 | +3,3 % |
| Propension à exporter (%) | 32,2 | 69,7 | 58,5 | +81,7 % (vs 2006) |
Source : Dépendance nette aux importations, Intensité commerciale, Propension à exporter
La tendance récente (2021–2025) montre cependant une remontée progressive de la dépendance (de 3,4 % à 17,5 %), coïncidant avec la contraction de la production intérieure et la montée des importations chinoises. Cette trajectoire mérite une attention particulière pour la politique industrielle européenne.
L'acide DL-2-hydroxy-4-méthylthiobutyrique domine les échanges en volume
Le segment produit le plus important en volume est le sous-code 29309030 (acide DL-2-hydroxy-4-méthylthiobutyrique), avec 61 689 tonnes importées et 13 775 tonnes exportées en 2025. Ce composé, analogue synthétique de la méthionine utilisé dans l'alimentation animale, représente environ 46 % des importations en volume. Ses prix à l'importation restent relativement bas (1 877 €/kg en 2025) et stables.
Les dérivés de la cystéine et de la cystine (29309016) constituent un segment de niche à haute valeur ajoutée : les prix à l'exportation s'établissent à 34 941 €/kg en 2025, bien que les volumes restent modestes (1 483 tonnes). La catégorie résiduelle 29309095 (regroupant les composés organosulfurés non spécifiés ailleurs) apparaît pour la première fois dans les données de 2025 avec des volumes considérables (66 333 tonnes importées, 75 766 tonnes exportées), ce qui pourrait refléter un ajustement des pratiques de déclaration douanière ou une reclassification de produits auparavant déclarés sous d'autres codes.
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen des composés organosulfurés (CN 293090) a connu des mutations profondes sous une apparence de stabilité globale. Trois grandes tendances se dégagent :
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Une polarisation géographique croissante : la Chine s'est imposée comme le fournisseur dominant de l'UE (+43,7 %), tandis que le Royaume-Uni a quasiment disparu des importations (−90,1 %) et que la Russie a été éliminée des flux d'exportation à la suite des sanctions. La concentration des échanges (HHI) a augmenté de près de 35 %, rendant l'UE plus dépendante d'un nombre réduit de partenaires.
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Une pression sur les prix et une érosion de la valeur ajoutée européenne : les prix à l'importation ont reculé de 23 %, creusant l'écart avec les prix à l'exportation (−4 %). Les chocs de prix de 2022 ont affecté plusieurs partenaires clés, suggérant une transmission forte des tensions énergétiques et logistiques dans ce secteur.
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Une autonomie en voie de réduction après une période faste : si la dépendance nette de l'UE aux importations est restée modérée en 2025 (17,5 %), elle a progressé de manière continue depuis 2021, en lien avec le déclin de la production intérieure (−38,9 % en volume depuis 2015). La montée des importations de Chine et le déclin de la production européenne dessinent un risque de dépendance accrue qu'il conviendra de surveiller dans les années à venir.
Ces évolutions appellent une vigilance particulière sur la résilience des chaînes d'approvisionnement européennes en composés organosulfurés, un segment chimique essentiel pour les secteurs pharmaceutique, agroalimentaire et des matériaux avancés.