Explorer les données en direct

Évolution du marché : Cheddar (CN 04069021) — 2015–2025

Introduction

Le cheddar — à l'exclusion des fromages râpés, en poudre et destinés à la transformation — constitue un segment significatif du commerce fromager de l'Union européenne avec les pays tiers. Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'UE pour ce produit a été marqué par trois dynamiques majeures : une flambée des prix qui a profondément restructuré la valeur des échanges ; une concentration géographique autour du Royaume-Uni, partenaire dominant à l'import comme à l'export ; et le renforcement de la position d'exportateur net de l'UE, porté par une production en croissance et le rôle central de l'Irlande. Le présent rapport propose une analyse détaillée de ces tendances, en s'appuyant exclusivement sur les données disponibles pour la fenêtre complète 2015–2025.


1. La flambée des prix internationaux, principal moteur de la croissance de la valeur des échanges

La caractéristique la plus marquante de la période 2015–2025 est la hausse substantielle des prix unitaires, tant à l'exportation qu'à l'importation. Cette dynamique a permis de gonfler la valeur totale des échanges alors même que les volumes échangés n'ont pas suivi la même trajectoire.

1.1 Des prix à l'exportation en hausse de 60 %, masquant une contraction des volumes

Entre 2015 et 2025, le prix moyen du cheddar exporté par l'UE est passé de 3 080 €/t à 4 926 €/t, soit une progression de +59,9 %. En revanche, les quantités exportées ont reculé de 145 458 t à 118 792 t (–18,3 %). C'est donc entièrement l'effet prix qui a soutenu la hausse de la valeur des exportations, passées de 448 M€ à 585 M€ (+30,6 %). Notons que les volumes ont connu des fluctuations notables, avec un maximum de 194 191 t et un minimum de 106 608 t au cours de la période, tandis que la valeur a culminé à 640 M€.

Indicateur 2015 2025 Variation
Valeur des exportations 448 M€ 585 M€ +30,6 %
Volume des exportations 145 458 t 118 792 t –18,3 %
Prix moyen à l'exportation 3 080 €/t 4 926 €/t +59,9 %

Source : Vue d'ensemble du commerce

1.2 Des importations européennes portées principalement par l'effet prix

Du côté des importations, la tendance est encore plus prononcée. Le prix moyen du cheddar importé est passé de 3 267 €/t à 5 657 €/t, soit +73,1 % — une hausse plus forte qu'à l'exportation. Les volumes importés ont progressé plus modérément, de 56 366 t à 67 641 t (+20,0 %), avec un minimum de 42 914 t. La valeur des importations a ainsi plus que doublé, passant de 184 M€ à 383 M€ (+107,8 %). L'écart de prix entre importations et exportations s'est d'ailleurs creusé : de 187 €/t en 2015 (prix import supérieur), il est passé à 732 €/t en 2025, suggérant que l'UE importe un cheddar de valeur unitaire plus élevée qu'elle n'en exporte.

Indicateur 2015 2025 Variation
Valeur des importations 184 M€ 383 M€ +107,8 %
Volume des importations 56 366 t 67 641 t +20,0 %
Prix moyen à l'importation 3 267 €/t 5 657 €/t +73,1 %

Source : Vue d'ensemble du commerce

1.3 Des chocs de prix ponctuels sur les marchés algérien et japonais en 2022

L'année 2022, marquée par une inflation mondiale généralisée et des perturbations des chaînes d'approvisionnement, a été le théâtre de chocs de prix significatifs sur les marchés d'exportation. Deux événements majeurs ont été détectés :

Marché Type de choc Amplitude du décalage Degré d'anomalie Part de la valeur
Algérie Prix +64,3 % 29,8 10,5 %
Japon Prix +57,5 % 8,3 10,1 %

Ces deux marchés, qui représentaient chacun environ 10 % de la valeur des exportations, ont connu des hausses de prix très au-delà des normes historiques. En Algérie, l'anomalie (29,8) traduit un choc particulièrement violent, probablement lié à la conjoncture géopolitique et aux difficultés d'approvisionnement mondiales.


2. Une géographie commerciale dominée par le Royaume-Uni, avec une diversification progressive des débouchés

L'analyse des partenaires commerciaux révèle une asymétrie fondamentale : le Royaume-Uni occupe une position prépondérante dans les deux sens du commerce, tandis que les exportations de l'UE se sont progressivement diversifiées vers l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient.

2.1 Le Royaume-Uni, partenaire incontournable à l'importation et à l'exportation

Le Royaume-Uni est de loin le premier partenaire commercial de l'UE pour le cheddar. À l'importation, les livraisons britanniques vers l'UE sont passées de 176 M€ à 356 M€ (+102,4 %), représentant 93 % de la valeur totale des importations de cheddar de l'UE en 2025. À l'exportation, le Royaume-Uni reste également le premier débouché, avec des exportations stables autour de 282 M€ (+0,2 %), soit près de la moitié de la valeur exportée. La stabilité remarquable de ce flux est confirmée par un faible coefficient de variation (0,24 à l'exportation, 0,13 à l'importation), attestant de la faible volatilité des échanges avec le Royaume-Uni.

2.2 Une diversification des exportations vers l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient

Si le Royaume-Uni reste le premier débouché, les exportations de cheddar se sont sensiblement diversifiées vers les marchés méditerranéens et moyen-orientaux :

Partenaire Valeur 2015 Valeur 2025 Variation
Royaume-Uni 281 M€ 282 M€ +0,2 %
Algérie 30 M€ 59 M€ +99,7 %
Japon 9 M€ 40 M€ +339,4 %
Arabie saoudite 27 M€ 19 M€ –30,2 %
Maroc 12 M€ 16 M€ +38,3 %
Libye 10 M€ 20 M€ +109,5 %
Égypte 14 M€ 11 M€ –18,3 %

Source : Partenaires par valeur

L'Algérie a doublé ses achats (+99,7 %), le Japon a quadruplé les siens (+339,4 %), et la Libye a connu une progression remarquable (+109,5 %). À l'inverse, l'Arabie saoudite et l'Egypte ont réduit leurs importations en provenance de l'UE. Du côté des importations, les fournisseurs alternatifs au Royaume-Uni restent marginaux mais connaissent des progressions spectaculaires en pourcentage : les États-Unis (de 14 536 € à 7,3 M€), l'Australie (de 22 172 € à 601 k€) et le Canada (de 454 € à 10 770 €). La Nouvelle-Zélande demeure le second fournisseur avec 19 M€ en 2025 (+131,1 %).

2.3 Concentration des importations et diversification des exportations

L'évolution de l'indice de concentration HHI confirme cette dualité :

Indice HHI (valeur) 2015 2025 Variation
Importations 9 119 8 661 –5,0 %
Exportations 4 079 2 600 –36,2 %

Les importations restent très concentrées (HHI élevé), conséquence directe de la domination britannique, avec une très légère tendance à la baisse. Les exportations, nettement plus diversifiées, ont connu une baisse significative de leur concentration (–36,2 %), traduisant l'ouverture de nouveaux débouchés géographiques. En volume, les tendances sont similaires (importations : –8,7 % ; exportations : –30,9 %).


3. Une industrie européenne en expansion, portée par l'Irlande, dans un contexte d'autonomie commerciale renforcée

Malgré la croissance des importations, l'Union européenne demeure structurellement exportatrice nette de cheddar. Cette position est soutenue par une production en forte croissance et par le rôle prépondérant de l'Irlande.

3.1 Une production européenne de cheddar en forte croissance

Selon les données de production disponibles, la production de cheddar dans l'UE a connu une progression significative sur la période :

Indicateur 2015 2025 Variation
Volume de production 4,9 Mt 6,5 Mt +32,9 %
Valeur de production 19,4 Mrd € 42,0 Mrd € +116,4 %

La valeur de production a plus que doublé (+116,4 %), soit une progression bien supérieure à celle des volumes (+32,9 %), ce qui reflète la hausse généralisée des prix du lait et des produits laitiers observée au cours de la période. La production a culminé à 8,2 Mt et 42 Mrd € au cours de la fenêtre considérée, avec un minimum de 3,6 Mt.

3.2 L'Irlande, moteur quasi-monopolistique des exportations européennes de cheddar

L'Irlande domine massivement les exportations européennes de cheddar :

Pays de l'UE Export. 2015 Export. 2025 Variation
Irlande 361 M€ 522 M€ +44,5 %
Pays-Bas 39 M€ 20 M€ –49,7 %
Danemark 6 M€ 12 M€ +99,8 %
Pologne 8 M€ 6 M€ –25,6 %
Allemagne 17 M€ 5 M€ –69,2 %
Belgique 8 M€ 3 M€ –62,2 %
France 2 M€ 7 M€ +201,4 %

Source : Rapporteurs par valeur

L'Irlande représente 89 % de la valeur des exportations de l'UE en 2025 et affiche un indice de spécialisation RCA de 17,12 et un RSCA de 0,89, confirmant une spécialisation extrêmement forte. L'Irlande concentre 35,8 % de la production européenne de cheddar pour seulement 2,1 % du commerce total de l'UE. À l'opposé, plusieurs pays d'Europe de l'Est (Slovaquie, Slovénie, Roumanie, Finlande) présentent des indices de spécialisation quasi nuls (RSCA < –0,99), illustrant leur absence quasi totale de ce segment.

Parmi les importateurs intra-UE, la France se distingue par une progression spectaculaire de ses achats de cheddar en provenance de pays tiers, passant de 21 M€ à 176 M€ (+757,9 %), devenant ainsi le premier importateur de l'UE devant l'Irlande (43 M€) et les Pays-Bas (45 M€). Le Danemark (+122,5 %) et l'Espagne (+310,2 %) ont également connu des hausses marquées, tandis que les Pays-Bas ont réduit leurs importations (–20,3 %).

3.3 Une autonomie commerciale confirmée, mais un excédent qui se réduit

L'UE demeure exportatrice nette de cheddar sur l'ensemble de la période, avec un taux de dépendance aux importations nettes constamment négatif :

Indicateur 2015 2025 Variation
Dépendance nette aux importations –9,4 % –12,7 % –35,7 %
Intensité commerciale 12,7 % 15,5 % +21,5 %
Propension à exporter 10,8 % 13,5 % +25,6 %
Solde commercial 264 M€ 202 M€ –23,3 %

Sources : Dépendance nette · Intensité commerciale · Propension à exporter

La dépendance nette aux importations est passée de –9,4 % à –12,7 %, signe que l'UE a renforcé sa position d'autonomie en termes relatifs. Ce renforcement est dû à la forte croissance de la production (+32,9 %), qui a plus que compensé la hausse des importations. L'intensité commerciale et la propension à exporter ont toutes deux progressé, indiquant que le cheddar est un produit de plus en plus « internationalisé » dans le commerce européen. L'indicateur de propension à exporter obtient d'ailleurs le score de saillance le plus élevé (62,1 contre 56,0 pour l'intensité commerciale).

Cependant, le solde commercial en valeur absolue s'est réduit de 264 M€ à 202 M€ (–23,3 %), après avoir atteint un minimum de 144 M€ au cours de la période. Cette contraction s'explique par la croissance beaucoup plus rapide des importations (+107,8 %) que des exportations (+30,6 %), tirée principalement par la quasi-duplication des achats en provenance du Royaume-Uni. Le maximum du solde, à 404 M€, a été atteint au cours de la période, avant que la dynamique importatrice ne s'accélère.


Conclusion

Sur la période 2015–2025, le marché du cheddar (CN 04069021) dans l'Union européenne a été profondément remodelé par la hausse des prix internationaux, qui a fait grimper la valeur des échanges bien au-delà de l'évolution des volumes. L'UE demeure un exportateur net, porté par une production en forte croissance et par la domination irlandaise, mais son excédent commercial s'est réduit face à la montée des importations, très majoritairement en provenance du Royaume-Uni. La diversification géographique des exportations vers l'Afrique du Nord et l'Asie constitue une tendance encourageante, mais la concentration des importations autour du Royaume-Uni (93 % de la valeur) représente un facteur de vulnérabilité. Les chocs de prix observés en 2022 sur les marchés algérien et japonais rappellent par ailleurs la sensibilité du commerce de cheddar aux crises conjoncturelles. À moyen terme, la capacité de l'UE à maintenir sa compétitivité à l'exportation tout en diversifiant ses sources d'approvisionnement sera déterminante pour l'équilibre de ce marché.

Généré le 2026-08-08. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

Si vous avez besoin de conseils sur la politique commerciale européenne, ou de représentation pour vos intérêts à Bruxelles, merci de me contacter à support@tradedashboard.eu. Vous trouverez mon CV à cette adresse.