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Évolution du marché : Café, torréfié, non décaféiné (CN 090121) — 2015–2025

Introduction

Ce rapport analyse l'évolution des échanges commerciaux de l'Union européenne en matière de café torréfié non décaféiné (code NC 090121) sur la période 2015–2025. Produit de consommation courante à forte valeur ajoutée, le café torréfié occupe une place singulière dans le commerce agroalimentaire européen : l'UE est à la fois un immense marché de consommation et un acteur majeur de la torréfaction et de l'exportation. Les données analysées révèlent une transformation profonde de la position commerciale de l'UE, marquée par le basculement vers un excédent commercial, une géographie des échanges fortement asymétrique, et des dynamiques de prix affectées par des chocs majeurs à partir de 2022.

Vue d'ensemble du tableau de bord


1. Le basculement structurel : de déficit chronique à excédent commercial

1.1 Les exportations ont progressé de 145 % en valeur, portées par une hausse simultanée des volumes et des prix

Entre 2015 et 2025, la valeur des exportations de café torréfié non décaféiné de l'UE vers les pays tiers est passée de 1,065 milliard d'euros à 2,612 milliards d'euros, soit une progression de 145,2 %. Cette croissance s'explique par la combinaison de deux facteurs :

  • Les volumes exportés ont augmenté de 59,2 %, passant de 138 407 tonnes à 220 406 tonnes ;
  • Les prix unitaires moyens à l'exportation ont augmenté de 54,0 %, passant de 7 695 €/tonne à 11 849 €/tonne.
Année Valeur (Mds €) Volume (ktonnes) Prix unitaire (€/t)
2015 1,065 138,4 7 695
2016 1,143 151,6 7 542
2017 1,249 166,0 7 527
2018 1,272 175,9 7 233
2019 1,384 193,8 7 142
2020 1,501 201,1 7 461
2021 1,530 210,4 7 273
2022 1,857 215,6 8 613
2023 1,961 212,7 9 218
2024 2,118 223,9 9 459
2025 2,612 220,4 11 849

Évolution du commerce

L'essentiel de la hausse des prix à l'exportation s'est concentré sur la période 2022–2025, en lien avec la flambée des cours mondiaux du café (conséquences de gels et sécheresses au Brésil, perturbations logistiques post-Covid). Le prix unitaire à l'exportation est ainsi passé de 7 273 €/tonne en 2021 à 11 849 €/tonne en 2025, soit une hausse de 63 % en seulement quatre ans.

1.2 Les importations accusent une croissance nettement plus modeste, avec des volumes en repli depuis le pic de 2019

Sur la même période, la valeur des importations n'a progressé que de 12,6 %, passant de 1,398 milliard d'euros à 1,574 milliard d'euros. Les volumes importés ont crû de 19,7 % (de 56 144 à 67 213 tonnes), mais ils restent nettement inférieurs au pic de 2019 où 97 905 tonnes avaient été importées. Depuis lors, les importations ont connu une contraction de 31 % en volume.

Année Valeur (Mds €) Volume (ktonnes) Prix unitaire (€/t)
2015 1,398 56,1 24 897
2016 1,445 64,5 22 391
2017 1,484 70,2 21 147
2018 1,393 76,8 18 124
2019 1,478 97,9 15 095
2020 1,541 86,0 17 932
2021 1,582 82,8 19 099
2022 1,571 76,0 20 669
2023 1,491 66,2 22 502
2024 1,500 67,1 22 349
2025 1,574 67,2 23 416

Le prix unitaire des importations (23 416 €/tonne en 2025) demeure près de deux fois supérieur à celui des exportations (11 849 €/tonne). Cet écart structurel traduit la nature différente des flux : l'UE importe principalement des produits de marque à forte valeur ajoutée, notamment depuis la Suisse, et exporte des volumes plus importants à valeur unitaire plus faible.

1.3 Le solde commercial a basculé en territoire positif en 2022 et atteint plus d'un milliard d'euros en 2025

La convergence des trajectoires — exportations en forte hausse, importations stagnantes — a conduit à un retournement spectaculaire du solde commercial :

Année Solde commercial (M €)
2015 −333
2016 −302
2017 −235
2018 −120
2019 −94
2020 −41
2021 −52
2022 +286
2023 +470
2024 +617
2025 +1 038

Le solde est ainsi passé de −333 millions d'euros en 2015 à +1 038 millions d'euros en 2025, soit une amélioration de 412 %. Le point de bascule se situe nettement en 2022, année où l'excédent apparaît pour la première fois, coïncidant avec la flambée des prix mondiaux du café.

Indicateur de dépendance nette aux importations


2. Une géographie commerciale déséquilibrée : approvisionnements concentrés et débouchés diversifiés

2.1 La Suisse domine les importations de l'UE à hauteur de 86 %

L'un des traits les plus marquants de ce marché est la concentration extrême des importations sur un seul partenaire. En 2025, la Suisse fournit 1,358 milliard d'euros de café torréfié à l'UE, soit 86,3 % de l'ensemble des importations hors UE. L'indice de concentration HHI des importations, qui s'établit à 7 537 en 2025, confirme un niveau de concentration très élevé (au-delà du seuil de 2 500 généralement retenu comme indicatif d'une concentration élevée).

Partenaire Valeur 2015 (M €) Valeur 2025 (M €) Variation
Suisse 1 227 1 358 +10,7 %
Royaume-Uni 146 142 −2,5 %
Bosnie-Herzégovine 2 10 +419,3 %
Kenya < 1 6 n.d.
Serbie 2 7 +234,4 %
Syrie < 1 5 n.d.
Norvège 5 2 −54,1 %

Principaux partenaires à l'importation

La Suisse est un carrefour mondial du commerce du café : elle abrite les sièges de grandes entreprises de torréfaction (Nestlé, notamment) et de maisons de négoce international. Le café « importé » depuis la Suisse par l'UE est vraisemblablement constitué en grande partie de produits de marque à forte valeur ajoutée, ce qui explique le prix unitaire très élevé des importations (23 416 €/tonne en 2025). L'indice HHI des importations a toutefois légèrement baissé (−3,6 %) sur la période, passant de 7 816 à 7 537.

Indice HHI de concentration

Le Royaume-Uni constitue le deuxième fournisseur (142 M€ en 2025), mais il reste très loin derrière la Suisse. Les partenaires restants représentent chacun moins de 1 % du total, même si certains connaissent des croissances spectaculaires en pourcentage, partant de bases très faibles (Kenya, Syrie, Bosnie-Herzégovine).

Du côté des États membres importateurs, la France domine largement avec 1,050 milliard d'euros en 2025, soit 66,7 % des importations totales de l'UE. L'Allemagne (126 M€), les Pays-Bas (110 M€) et l'Autriche (85 M€) complètent le tableau, avec des évolutions contrastées : les Pays-Bas ont vu leurs importations quintupler (+405 %) tandis que celles de la Belgique ont chuté de 73 %.

Principaux importateurs au sein de l'UE

2.2 L'Italie, l'Allemagne et les Pays-Bas forment le trio de tête des exportateurs européens

À l'export, la structure est beaucoup plus diversifiée. L'indice HHI des exportations n'est que de 739 en 2025, en baisse de 34,2 % par rapport à 2015 (1 124), ce qui traduit une diversification croissante des débouchés sur la période.

Trois pays concentrent l'essentiel des exportations de l'UE :

Pays exportateur Valeur 2015 (M €) Valeur 2025 (M €) Variation Part 2025
Italie 457 1 053 +130,5 % 40,3 %
Allemagne 174 409 +135,3 % 15,7 %
Pays-Bas 69 315 +358,1 % 12,1 %
Pologne 32 191 +488,6 % 7,3 %
France 113 131 +15,4 % 5,0 %
Belgique 27 72 +168,2 % 2,8 %
Suède 42 56 +33,1 % 2,2 %

Principaux exportateurs au sein de l'UE

L'Italie, avec 1,053 milliard d'euros, représente à elle seule 40,3 % des exportations de café torréfié de l'UE en 2025. Sa tradition de torréfaction, incarnée par des marques mondialement reconnues, et la forte demande mondiale pour l'espresso italien expliquent cette prééminence. L'indicateur de spécialisation RSCA confirme cette position : l'Italie affiche un score de 0,475 en 2025, figurant parmi les économies les plus spécialisées de l'UE dans ce produit, juste derrière la Bulgarie (0,535).

Carte de spécialisation

À l'inverse, des États membres comme l'Irlande (RSCA de −0,999), Malte (−0,997) et Chypre (−0,997) figurent parmi les moins spécialisés, avec une production quasi inexistante et une dépendance totale aux importations.

2.3 La Pologne, la Turquie et les marchés émergents enregistrent les plus fortes progressions à l'export

Au-delà du trio de tête, plusieurs marchés de destination ont connu des croissances remarquables sur la période :

Destination Valeur 2015 (M €) Valeur 2025 (M €) Variation
Turquie 20 127 +535,9 %
Ukraine 46 189 +313,1 %
États-Unis 93 259 +177,7 %
Suisse 80 166 +107,8 %
Norvège 44 74 +69,7 %
Royaume-Uni 296 514 +73,8 %
Russie 101 171 +69,2 %

Principaux partenaires à l'exportation

La Turquie (+535,9 %) et l'Ukraine (+313,1 %) se distinguent par des progressions exponentielles. La Turquie est passée de 20 M€ à 127 M€, ce qui peut refléter l'essor de la consommation de café dans ce pays historiquement consommateur de thé. L'Ukraine a quadruplé ses importations en provenance de l'UE, passant de 46 M€ à 189 M€, témoignant de l'intégration croissante de ce marché dans les chaînes de valeur européennes, y compris dans un contexte géopolitique difficile depuis 2022.

Les États-Unis demeurent un débouché majeur (259 M€ en 2025), tandis que la Pologne s'affirme au sein de l'UE comme un pôle exportateur en pleine ascension, avec une progression de 488,6 % sur la période (de 32 M€ à 191 M€).


3. Intensification des échanges, chocs de prix et vulnérabilités

3.1 L'intensité commerciale du secteur a atteint 23,7 % en 2024

Le ratio d'intensité commerciale [(exportations + importations) / production] de l'UE pour le café torréfié s'établit à 23,7 % en 2024, un niveau qui traduit l'ouverture significative de ce secteur sur les marchés internationaux. Sur le long terme, ce ratio est passé de seulement 4,4 % en 2003 à près de 24 % en 2024, soit une multiplication par plus de cinq.

Intensité commerciale

La propension à exporter a connu une trajectoire similaire, passant de 3,4 % en 2003 à 15,4 % en 2024. L'UE produit environ 1,83 milliard de kilogrammes de café torréfié non décaféiné par an (13,75 milliards d'euros en valeur en 2024) et en exporte désormais une part croissante.

Propension à exporter

Production de l'UE

En parallèle, l'indicateur de dépendance nette aux importations est passé de +3,4 % en 2015 (position de dépendance) à −4,7 % en 2024 (position de net exportateur), confirmant le basculement structurel observé dans la section 1. L'UE qui dépendait encore légèrement des importations en 2015 est devenue un exportateur net de café torréfié.

3.2 Un choc de prix significatif affecte les exportations vers les États-Unis en 2022

L'analyse des chocs détectés sur la période révèle un épisode marquant en 2022 : le prix unitaire des exportations de café torréfié vers les États-Unis a connu une hausse anormale de 39,5 % par rapport à la baseline 2020–2021, avec un score d'anomalie de 66,0 (le plus élevé de la période). Ce choc représente 12,1 % de la valeur totale des exportations de l'UE.

Période Prix moyen vers les États-Unis (€/t) Écart vs baseline Quantité moyenne (t)
Baseline (2020–2021) 7 497 17 736
Choc (2022) 10 457 +39,5 % 17 178
Post-choc (2023–2024) 10 698 +42,7 % 19 238

Chocs de prix détectés

Ce choc est cohérent avec la flambée des cours mondiaux du café vert observée en 2022, conséquence de la succession de gels et de sécheresses au Brésil (premier producteur mondial) et des perturbations logistiques post-pandémiques. Un choc similaire, d'ampleur plus modeste (anomalie de 4,9), a été détecté sur les exportations vers la Chine, avec une hausse de prix de 19,0 % en 2022.

Notablement, les prix à l'exportation vers les États-Unis ne sont pas revenus à leur niveau d'avant-choc : ils ont atteint 11 482 €/tonne en 2025, soit +53 % par rapport à la baseline 2020–2021. Cela suggère un ajustement structurel des prix, alimenté par la tension persistante sur les marchés mondiaux du café.

3.3 La volatilité des approvisionnements secondaires appelle une vigilance accrue

Si la Suisse constitue un partenaire d'approvisionnement relativement stable (coefficient de variation de 0,156 sur la période), plusieurs fournisseurs secondaires présentent une volatilité nettement plus élevée :

Partenaire (importations) Coefficient de variation
Suisse 0,156
Liban 0,175
Royaume-Uni 0,293
Bosnie-Herzégovine 0,316
Norvège 0,341
Syrie 0,527
Kosovo 0,672
Brésil 0,687
Kenya 0,725

Volatilité des échanges

Le Kenya (CV de 0,725) et le Brésil (CV de 0,687) figurent parmi les partenaires les plus volatils en importation, bien que leurs volumes restent faibles. Les importations en provenance du Kenya ont connu des fluctuations extrêmes en valeur : elles sont passées de 20 619 € en 2015 à un pic de 10 356 503 € en 2022, avant de retomber à 6 236 879 € en 2025. Cette volatilité pourrait refléter des fluctuations de production liées aux conditions climatiques dans les pays d'origine, ainsi que des réexportations ponctuelles via des hubs de négoce.

Du côté des exportations, la Turquie (CV de 0,539) et la Biélorussie (CV de 0,644) se distinguent par leur instabilité. Les exportations vers la Turquie ont connu une croissance spectaculaire mais irrégulière, passant de 2 658 tonnes en 2015 à un pic de 12 307 tonnes en 2025. Les exportations vers la Biélorussie ont été marquées par des mouvements erratiques, avec un pic de 9 550 tonnes en 2024, probablement lié aux réorientations commerciales induites par le contexte géopolitique et les sanctions.


Conclusion

Le marché européen du café torréfié non décaféiné a connu une transformation profonde entre 2015 et 2025. Trois dynamiques majeures structurent cette évolution :

  1. Le basculement vers l'excédent commercial : l'UE est passée d'un déficit de 333 millions d'euros en 2015 à un excédent de 1 038 millions d'euros en 2025, porté par des exportations en croissance de 145 % en valeur. Le point de bascule, en 2022, coïncide avec la flambée des prix mondiaux du café.

  2. Une géographie commerciale profondément asymétrique : les importations restent extrêmement concentrées sur la Suisse (86 % du total, HHI de 7 537), tandis que les exportations se sont diversifiées vers un large éventail de marchés (HHI de 739 seulement), de l'Ukraine à la Turquie en passant par les États-Unis.

  3. Une intensification et une exposition croissantes aux chocs : l'intensité commerciale du secteur a atteint 23,7 % en 2024, et les chocs de prix de 2022 ont laissé des traces durables sur les prix à l'exportation, qui n'ont jamais retrouvé leur niveau d'avant-choc. La volatilité de certains partenaires secondaires (Kenya, Brésil, Biélorussie) constitue un risque à surveiller.

L'écart persistant entre le prix des importations (23 416 €/tonne) et celui des exportations (11 849 €/tonne) en 2025 reflète la nature différenciée des flux commerciaux de l'UE, qui importe des produits de marque à haute valeur ajoutée et exporte des volumes significatifs à valeur unitaire intermédiaire. La poursuite de la tension sur les marchés mondiaux du café — sous l'effet du changement climatique et de la demande croissante — devrait maintenir les prix à des niveaux élevés dans les années à venir, consolidant la position excédentaire de l'UE tout en posant la question de la soutenabilité des approvisionnements.

Généré le 2026-08-05. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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