Évolution du marché : Boissons rafraîchissantes (CN 220299) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport examine l'évolution du commerce extérieur de l'Union européenne pour le code douanier 220299, qui couvre les boissons non alcooliques à l'exclusion des eaux, des jus de fruits ou de légumes, du lait et de la bière. Cette catégorie résiduelle du chapitre 2202 regroupe notamment les sodas, boissons énergisantes, boissons à base de soja et boissons lactées aromatisées. Les données disponibles couvrent la période 2017–2025 (les années antérieures n'étant pas renseignées).
Sur cette période, l'UE s'est affirmée comme un exportateur net structurel de plus en plus massif. La valeur des exportations a progressé de 89 %, tandis que le solde commercial s'est envolé de +97 %, passant de 1,08 milliard € à 2,12 milliards €. Plusieurs dynamiques se superposent : une forte poussée des prix à l'export, un redéploiement géographique vers l'Asie et le Moyen-Orient, ainsi qu'une transformation structurelle de la production européenne.
1. Une puissance exportatrice européenne en consolidation rapide
1.1. Les exportations progressent plus vite en valeur qu'en volume
Entre 2017 et 2025, les exportations de l'UE vers les pays tiers ont connu une croissance spectaculaire :
| Indicateur | 2017 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur (Mds €) | 1,34 | 2,54 | +89,1 % |
| Volume (kt) | 1 127 | 1 589 | +41,0 % |
| Prix moyen (€/t) | 1 192 | 1 600 | +34,2 % |
L'écart entre la progression de la valeur (+89 %) et celle du volume (+41 %) révèle un effet prix significatif. Le prix unitaire moyen à l'export a augmenté de 34 % sur la période, ce qui suggère une montée en gamme des produits exportés et/ou l'impact de l'inflation post-Covid sur les coûts de production. En unités supplémentaires (1 000 m³), la hausse est de 31 %, confirmant que le gain de valeur provient davantage du prix que du volume physique.
1.2. Le solde commercial se creuse de façon spectaculaire
L'UE est structurellement excédentaire sur ce segment. Le solde commercial est passé de 1,08 Md€ en 2017 à 2,12 Md€ en 2025, soit une quasi-duplication (+97 %). Parallèlement, le taux de dépendance nette aux importations est passé de −5,9 % à −14,3 % : l'UE exporte près de 15 fois plus qu'elle n'importe (en valeur relative à la production).
La propension à exporter a été multipliée par 2,3 (de 6,5 % à 15,2 %), tandis que l'intensité commerciale globale a bondi de 7,4 % à 17,5 % (+136 %). Ces indicateurs confirment une ouverture commerciale croissante de la filière européenne vers les marchés extra-européens.
1.3. Les importations progressent aussi, mais à un rythme plus modéré
Les importations ont également augmenté, mais dans des proportions moindres :
| Indicateur | 2017 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur (M€) | 269 | 421 | +56,8 % |
| Volume (kt) | 251 | 327 | +30,1 % |
| Prix moyen (€/t) | 1 068 | 1 288 | +20,6 % |
La hausse des prix à l'import (+21 %) est plus modérée qu'à l'export (+34 %), ce qui indique que la pression inflationniste est plus forte sur les produits européens exportés. L'écart de prix entre exportations (1 600 €/t) et importations (1 288 €/t) s'est creusé, ce qui peut refléter une différenciation de gamme entre les produits sortants (marques premium, boissons spécialisées) et les produits entrants.
2. Une dynamique géographique en pleine reconfiguration
2.1. Le Royaume-Uni reste le partenaire dominant, mais de nouveaux marchés émergent
Le Royaume-Uni demeure de loin le premier client de l'UE pour les boissons rafraîchissantes, avec des exportations passées de 546 M€ à 999 M€ (+83 %). Il représente à lui seul près de 40 % de la valeur totale des exportations extra-UE en 2025. La Suisse (187 M€, +128 %) et la Norvège (77 M€, +146 %) complètent le trio des marchés historiques européens en forte croissance.
Toutefois, la dynamique la plus remarquable concerne les marchés lointains :
| Partenaire | Export. 2017 (M€) | Export. 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Chine | 24 | 68 | +184 % |
| Israël | 16 | 49 | +201 % |
| Norvège | 31 | 77 | +146 % |
| Suisse | 82 | 187 | +128 % |
| Turquie | 82 | 115 | +41 % |
| États-Unis | 93 | 101 | +8 % |
La Chine et Israël ont connu les hausses les plus spectaculaires en pourcentage, bien que partant de niveaux bas. Les États-Unis, en revanche, affichent une croissance relativement modeste (+8 %), avec un volume de volatilité élevé (coefficient de variation de 0,37).
2.2. Les sources d'importation se diversifient
Du côté des importations, le Royaume-Uni demeure le premier fournisseur (74 M€, +58 %), suivi de la Suisse (74 M€, +3 %). La Corée du Sud (38 M€, +61 %), la Thaïlande (25 M€, +75 %) et Taïwan (26 M€, +33 %) illustrent une montée en puissance des fournisseurs asiatiques. La Turquie affiche la plus forte progression (+173 %), passant de 6 M€ à 16 M€.
L'indice de concentration HHI des importations a baissé de 1 363 à 954 (−30 %), confirmant une diversification des sources d'approvisionnement. En revanche, l'HHI des exportations est resté relativement stable (1 893 → 1 764, −7 %), signe que les marchés de destination restent plus concentrés autour de quelques partenaires clés.
2.3. L'Irlande, un cas atypique d'explosion des importations
Parmi les États membres importateurs, l'Irlande se distingue avec une augmentation de ses importations de +342 % (de 11 M€ à 48 M€), une progression bien supérieure à celle des autres pays. Ce phénomène pourrait être lié à la présence de sièges européens de multinationales agroalimentaires sur le territoire irlandais et à la relocalisation de flux commerciaux post-Brexit.
L'Allemagne reste le premier importateur (89 M€, +36 %), devant les Pays-Bas (68 M€, +42 %) et la France (33 M€, +53 %). L'Italie affiche également une forte progression (+96 %).
3. Une filière en mutation structurelle
3.1. Les Pays-Bas et l'Allemagne dominent l'export, tandis que l'Espagne et la France accélèrent
L'analyse par État membre exportateur révèle une concentration du pouvoir exportateur :
| État membre | Export. 2017 (M€) | Export. 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Pays-Bas | 460 | 777 | +69 % |
| Allemagne | 228 | 538 | +136 % |
| Belgique | 100 | 207 | +107 % |
| Espagne | 69 | 177 | +156 % |
| Danemark | 108 | 157 | +45 % |
| France | 52 | 152 | +192 % |
| Italie | 157 | 131 | −17 % |
L'Allemagne a doublé son poids relatif (+136 %), tandis que l'Espagne (+156 %) et la France (+192 %) ont connu des hausses remarquables. À l'inverse, l'Italie est le seul grand pays à enregistrer un recul de ses exportations (−17 %), passant de la 3ᵉ à la 4ᵉ position, dépassée par la Belgique.
3.2. La production européenne croît en valeur plus qu'en volume
La production de l'UE a augmenté de +20 % en volume (en milliers de m³) mais de +45 % en valeur, passant de 10,5 Mds€ à 15,2 Mds€. Cet écart confirme la tendance à la valorisation des produits : soit par une montée en gamme, soit par l'intégration d'ingrédients à plus forte valeur ajoutée (protéines végétales, boissons fonctionnelles).
Les pays les plus spécialisés dans l'exportation de ce produit sont Chypre (RSCA = 0,64), l'Autriche (0,58) et le Danemark (0,43), tandis que l'Irlande (RSCA = −0,91) et la Bulgarie (−0,78) figurent parmi les moins spécialisés.
3.3. La composition des échanges se transforme au niveau des sous-produits
L'analyse des sous-catégories du code 220299 à l'export révèle des trajectoires contrastées (en volume, 2017 vs 2025) :
| Sous-produit | Export 2017 (t) | Export 2025 (t) | Variation |
|---|---|---|---|
| 22029919 — Boissons sans lait/soja (excl. eaux, jus, bière) | 613 372 | 656 017 | +7 % |
| 22029915 — Boissons à base de soja (<2,8 % prot.) / fruits à coques / céréales | 93 230 | 361 881 | +288 % |
| 22029995 — Boissons lactées (mat. grasses 0,2–2 %) | 104 203 | 323 029 | +210 % |
| 22029991 — Boissons lactées (mat. grasses <0,2 %) | 145 005 | 118 500 | −18 % |
| 22029999 — Boissons lactées (mat. grasses ≥2 %) | 88 257 | 70 622 | −20 % |
| 22029911 — Boissons à base de soja (≥2,8 % prot.) | 83 141 | 59 000 | −29 % |
La catégorie dominante reste les boissons sans lait ni soja (22029919), qui représentent 41 % du volume exporté en 2025, mais sa croissance est modeste (+7 %). Les deux segments en forte expansion sont :
- Les boissons à base de soja à faible teneur en protéines et boissons végétales (22029915), dont les exportations ont été multipliées par près de 4, reflétant l'essor des boissons végétales (avoine, amande, etc.) en Europe et à l'export.
- Les boissons lactées à teneur intermédiaire en matières grasses (22029995), en progression de 210 %, ce qui peut s'expliquer par la popularité croissante des boissons lactées fermentées et des smoothies.
À l'import, la catégorie dominante est les boissons lactées à très faible teneur en matières grasses (22029991), qui représente le plus grand volume, suivi des boissons sans lait/soja (22029919).
3.4. Chocs de prix ponctuels sur certains partenaires
L'analyse de la volatilité et des chocs détectés révèle trois événements significatifs :
| Partenaire | Type de choc | Direction | Année | Amplitude | Part de valeur |
|---|---|---|---|---|---|
| Turquie | Prix | Export | 2020 | +29,3 % | 6,2 % |
| Thaïlande | Prix | Import | 2021 | +21,1 % | 8,1 % |
| Norvège | Prix | Export | 2023 | +10,2 % | 3,6 % |
Le choc turc de 2020 coïncide avec la crise de la lire turque et le contexte Covid-19, qui ont pu affecter la structure des prix. Le choc thaïlandais de 2021 s'inscrit dans la période de perturbations des chaînes d'approvisionnement post-Covid. Les flux vers le Vietnam (CV = 0,84) et la Chine (CV = 0,67 à l'import, 0,75 à l'export) figurent parmi les plus volatils, ce qui traduit la relative immaturité de ces partenariats commerciaux pour ce produit spécifique.
Conclusion
Le marché européen des boissons rafraîchissantes (CN 220299) a connu une transformation profonde entre 2017 et 2025. L'UE a consolidé sa position d'exportateur net majeur, avec un solde commercial ayant quasiment doublé pour atteindre 2,12 milliards d'euros. Cette dynamique repose à la fois sur une croissance du volume (+41 %) et une forte appréciation des prix (+34 %), témoignant d'une montée en gamme de l'offre européenne.
Trois tendances structurelles se dégagent :
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La géographie commerciale se diversifie : si le Royaume-Uni demeure le pilier des exportations, de nouveaux marchés (Chine, Israël, Norvège) connaissent des progressions à trois chiffres, et les sources d'importation se multiplient (Asie du Sud-Est, Turquie).
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La structure produit évolue : les boissons végétales (soja à faible teneur en protéines, boissons à base de céréales et de fruits à coques) et les boissons lactées à teneur intermédiaire en matières grasses sont les segments de croissance, au détriment des boissons de soja traditionnelles à haute teneur en protéines.
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La production européenne se valorise : la valeur de la production a progressé deux fois plus vite que son volume (+45 % vs +20 %), ce qui suggère un déplacement vers des produits à plus forte marge.
La principale source de vigilance réside dans la concentration encore élevée des exportations sur le Royaume-Uni (40 % de la valeur) et dans la volatilité des flux vers certains marchés émergents. Toutefois, la diversification en cours des partenaires commerciaux et des sous-produits exportés confère à la filière européenne une base plus solide pour absorber d'éventuels chocs futurs.