Évolution du marché : Bois de chêne scié (CN 44079190) — 2015–2025
Introduction
Le bois de chêne scié (code combiné 44079190) désigne les bois du genre Quercus sciés ou dédossés longitudinalement, tranchés ou déroulés, d'une épaisseur supérieure à 6 mm, à l'exclusion des bois rabotés, poncés ou collés par assemblage en bout. Il s'agit d'une essence stratégique pour les industries européennes de l'ameublement, du parquet, du tonnelier et de la construction. Entre 2015 et 2025, le marché européen de ce produit a connu des transformations profondes : un basculement spectaculaire de la balance commerciale, une hausse considérable des prix unitaires, une contraction des volumes échangés, et une reconfiguration majeure des partenaires commerciaux, en partie liée à des chocs géopolitiques. Le présent rapport analyse ces dynamiques en s'appuyant exclusivement sur les données disponibles sur la période 2015–2025.
1. De déficitaire à excédentaire : le basculement structurel de la balance commerciale de l'UE
1.1. Un retournement complet de la balance en valeur
Au début de la période, l'Union européenne apparaissait comme une zone déficitaire en matière de bois de chêne scié. En 2015, les importations s'élevaient à 208,0 M€ contre 183,9 M€ d'exportations, soit un déficit commercial de 24,1 M€. Dès 2025, la situation s'est entièrement inversée : les exportations atteignent 267,2 M€ tandis que les importations ont reculé à 170,3 M€, dégageant un excédent de 97,0 M€. L'amélioration nette de la balance s'élève ainsi à plus de 121 M€ sur la décennie (aperçu général).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Exportations (M€) | 183,9 | 267,2 | +45,3 % |
| Importations (M€) | 208,0 | 170,3 | −18,1 % |
| Balance commerciale (M€) | −24,1 | +97,0 | +502,6 % |
1.2. Une dynamique asymétrique : repli des importations et progression des exportations
Ce basculement résulte de deux mouvements combinés. Du côté des importations, le recul est marqué : la valeur a diminué de 18,1 % et les volumes massiques (en tonnes) ont chuté de 61,1 %, passant de 376 750 t à 146 396 t. Du côté des exportations, la valeur a progressé de 45,3 %, mais les volumes en tonnes sont restés relativement stables (−4,4 %, de 278 583 t à 266 287 t). L'essentiel de la croissance des exportations provient donc d'une augmentation des prix unitaires plutôt que d'une expansion des volumes physiques.
1.3. L'UE s'affirme comme exportateur net structurel
L'indicateur de dépendance nette aux importations confirme ce basculement structurel. Passant de −19,5 % à −35,0 %, il indique que l'UE a non seulement conservé son statut d'exportateur net, mais l'a considérablement renforcé. Parallèlement, la propension à exporter a crû de 43,0 % à 47,3 %, signifiant qu'une part croissante de la production européenne de chêne scié est destinée aux marchés tiers, tandis que la production a simultanément reculé de 7,13 millions de m³ à 5,40 millions de m³ (−24,3 %).
2. L'envolée des prix face à l'érosion des volumes : une tension structurelle sur l'offre
2.1. Des prix unitaires en forte hausse sur les deux sens du commerce
La dynamique la plus marquante de la période est la hausse généralisée des prix unitaires. Le prix moyen à l'exportation a grimpé de 660 €/t à 1 004 €/t (+52,0 %), tandis que le prix moyen à l'importation a plus que doublé, passant de 552 €/t à 1 163 €/t (+110,7 %). L'écart de prix entre importations et exportations s'est inversé : en 2015, le bois importé était moins cher que le bois exporté (552 €/t contre 660 €/t), tandis qu'en 2025, les importations affichent un prix supérieur aux exportations (1 163 €/t contre 1 004 €/t) (aperçu général).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Prix export (€/t) | 660 | 1 004 | +52,0 % |
| Prix import (€/t) | 552 | 1 163 | +110,7 % |
| Production UE (M m³) | 7,13 | 5,40 | −24,3 % |
| Valeur production UE (Mds €) | 1,99 | 2,08 | +4,3 % |
2.2. Une contraction des volumes échangés, côté importations surtout
Les volumes importés ont connu un effondrement. En tonnes, les importations ont chuté de 376 750 t à 146 396 t (−61,1 %), un recul beaucoup plus prononcé que celui des exportations (−4,4 %). En volume supplémentaire (mètres cubes), les importations ont diminué de 665 241 m³ à 476 476 m³ (−28,4 %). Cette contraction des volumes importés s'explique vraisemblablement par la raréfaction de l'offre sur les marchés d'approvisionnement traditionnels, couplée à une concurrence accrue pour les ressources de chêne disponibles.
2.3. Une production européenne en repli qui alimente la tension
La production européenne a diminué de 24,3 % en volume (de 7,13 à 5,40 millions de m³) entre 2015 et 2025, alors que sa valeur en euros a légèrement progressé (+4,3 %). Ce recul volumétrique peut s'expliquer par plusieurs facteurs : les effets à long terme des tempêtes et sécheresses ayant affecté les forêts de chêne européennes, les contraintes réglementaires accrues (notamment la législation européenne sur la déforestation, EUDR), et les dynamiques sylvicoles (le chêne est une essence à croissance lente). Cette raréfaction de l'offre intérieure contribue à expliquer la tension haussière sur les prix, tant pour les exportations que pour les importations.
3. Chocs géopolitiques et diversification : la recomposition des flux commerciaux
3.1. L'effondrement des importations en provenance de Russie
L'évolution la plus spectaculaire côté importations concerne la Fédération de Russie. Les importations de bois de chêne scié en provenance de Russie ont chuté de 1,85 M€ à seulement 89 000 € entre 2015 et 2025, soit un recul de 95,2 %. Cette chute coïncide avec les sanctions commerciales imposées à la Russie à partir de 2022, à la suite de l'invasion de l'Ukraine. La Russie, qui figurait parmi les principaux fournisseurs de chêne de l'UE, a quasiment disparu de l'approvisionnement européen. L'Ukraine, premier fournisseur de l'UE, a également vu ses exportations vers l'UE reculer de 75,8 M€ à 53,9 M€ (−29,0 %), probablement en raison des perturbations liées au conflit sur son territoire.
3.2. Une géographie des exportations tournée vers l'Asie et le Royaume-Uni
Côté exportations, le Royaume-Uni demeure le premier débouché de l'UE, avec une progression de 72,2 M€ à 95,9 M€ (+32,9 %). Mais la dynamique la plus notable concerne les marchés asiatiques. Les exportations vers la Chine ont progressé de 58,5 % (de 18,1 M€ à 28,7 M€), celles vers le Vietnam de 16,0 % (de 18,4 M€ à 21,3 M€), et celles vers l'Indonésie de 54,8 % (de 10,0 M€ à 15,5 M€). L'Asie du Sud-Est, en particulier, s'affirme comme un débouché majeur, probablement lié à la transformation industrielle (parqueterie, mobilier) réalisée dans ces pays avant réexportation.
| Partenaire (export UE) | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 72,2 | 95,9 | +32,9 % |
| Chine | 18,1 | 28,7 | +58,5 % |
| Vietnam | 18,4 | 21,3 | +16,0 % |
| Bosnie-Herzégovine | 6,8 | 16,7 | +145,6 % |
| Indonésie | 10,0 | 15,5 | +54,8 % |
| Suisse | 18,1 | 20,0 | +10,7 % |
| Malaisie | 8,8 | 8,3 | −5,3 % |
3.3. L'émergence de la Croatie et la dynamique des pays d'Europe du Sud-Est
Au sein de l'UE, la Croatie a connu une progression remarquable de ses exportations, passant de 17,7 M€ à 50,2 M€ (+184,4 %), la plaçant au troisième rang des exportateurs de l'UE derrière la France et l'Italie. La Croatie affiche également le plus fort indice de spécialisation (RSCA de 0,97), confirmant le rôle central de l'essence chêne dans son économie forestière. La Hongrie a également doublé ses exportations (+152,3 %), passant de 7,7 M€ à 19,4 M€. En parallèle, la Bosnie-Herzégovine s'est imposée à la fois comme un fournisseur stable pour l'UE (21,4 M€ à 22,8 M€ d'importations) et comme un débouché croissant pour les exportations européennes (+145,6 %), illustrant les dynamiques d'intégration régionale dans les Balkans.
3.4. Une concentration des approvisionnements qui reste élevée
L'indice de concentration Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations en valeur est resté élevé (3 578 en 2015, 3 501 en 2025), signifiant que l'approvisionnement de l'UE en chêne scié reste concentré sur un petit nombre de partenaires — principalement les États-Unis (81,6 M€) et l'Ukraine (53,9 M€). À l'inverse, les exportations de l'UE se sont diversifiées (HHI passant de 1 926 à 1 654, −14,2 %), reflétant l'ouverture de nouveaux débouchés en Asie et dans les Balkans. Côté volatilité, les flux les plus instables sont ceux liés à la Moldavie (CV de 1,38) et à la Turquie (CV de 0,95) côté importations, et à la Malaisie (CV de 1,26) et l'Indonésie (CV de 0,60) côté exportations. Un choc de prix significatif a été détecté sur les exportations vers le Vietnam en 2022 (hausse de prix de 36,1 %), coïncidant avec la période post-COVID de forte demande asiatique.
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen du bois de chêne scié a connu une triple transformation. Premièrement, l'UE est passée d'une position de déficit commercial à un excédent net de 97 M€, s'affirmant comme exportateur structurel dans un contexte de production intérieure en repli (−24,3 % en volume). Deuxièmement, les prix ont connu une hausse spectaculaire (+52 % à l'export, +111 % à l'import), témoignant d'une tension durable entre une offre qui se raréfie — en Europe comme chez les principaux fournisseurs — et une demande internationale qui reste soutenue, notamment en Asie. Troisièmement, la géographie des échanges a été profondément reconfigurée par les chocs géopolitiques : l'effondrement des importations en provenance de Russie (−95 %), la perturbation des flux ukrainiens, et le développement rapide des débouchés asiatiques (Chine, Vietnam, Indonésie) ont redessiné la carte commerciale du chêne européen. L'émergence de la Croatie comme troisième exportateur de l'UE et la diversification des débouchés export (HHI en baisse) constituent des signaux d'adaptation du secteur, mais la concentration encore élevée des approvisionnements importés (HHI de 3 501) reste un facteur de vulnérabilité pour l'industrie européenne de transformation du chêne.