Évolution du marché : Autres fongicides (CN 38089290) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 38089290 couvre les fongicides présentés dans des formes ou emballages de vente au détail ou à l'état de préparations, à l'exclusion des fongicides inorganiques (cupriques), des dithiocarbamates, des benzimidazoles, des diazoles/triazoles, des diazines/morpholines et des produits de la sous-position 3808.59. Il s'agit donc d'un poste résiduel regroupant une grande variété de substances actives — notamment des produits biologiques, des strobilurines, des phénylpyrroles, des cyanoacétamides-oximes et d'autres molécules de nouvelle génération (Vue d'ensemble du périmètre du code NC 38089290).
Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'Union européenne pour ce poste a connu des transformations profondes. Les exportations ont perdu près de la moitié de leur valeur (de 983 M€ à 518 M€), tandis que les importations ont reculé de manière plus modérée (de 393 M€ à 277 M€). Ces mouvements s'inscrivent dans un contexte de baisse généralisée des prix unitaires, de recomposition géographique des partenaires et de modifications structurelles au sein même de l'UE. Le présent rapport propose une analyse en trois volets de ces dynamiques.
I. Une contraction sévère du commerce extérieur européen, tirée par l'effondrement des prix
La valeur des exportations a été divisée par deux en une décennie
Le constat le plus frappant est l'ampleur du recul des exportations intra-UE vers le reste du monde. En 2015, les ventes extérieures de fongicides de la position 38089290 atteignaient 983 M€ ; en 2025, elles ne s'élevaient plus qu'à 518 M€, soit une chute de 47,3 %. Ce mouvement contraste avec l'évolution des volumes exportés, qui n'ont diminué que de 4,0 % (de 58 021 t à 55 688 t). L'écart entre ces deux trajectoires s'explique quasi intégralement par l'effondrement du prix moyen à l'exportation, passé de 16 943 €/t à 9 304 €/t (−45,1 %) (Indicateurs généraux du commerce UE).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Exportations — valeur (M€) | 983 | 518 | −47,3 % |
| Exportations — volume (kt) | 58,0 | 55,7 | −4,0 % |
| Exportations — prix moyen (€/t) | 16 943 | 9 304 | −45,1 % |
| Importations — valeur (M€) | 393 | 277 | −29,4 % |
| Importations — volume (kt) | 34,4 | 35,0 | +1,9 % |
| Importations — prix moyen (€/t) | 11 429 | 7 916 | −30,7 % |
| Solde commercial (M€) | 590 | 241 | −59,2 % |
Les importations ont mieux résisté en volume mais reculé en valeur
Du côté des importations, le constat est différent. Le volume importé est resté remarquablement stable (de 34 378 t à 35 021 t, soit +1,9 %), mais la valeur a reculé de 29,4 % (de 393 M€ à 277 M€), sous l'effet d'une baisse du prix moyen à l'importation de 30,7 % (de 11 429 €/t à 7 916 €/t). L'UE a donc continué à s'approvisionner à l'extérieur en quantités comparables, mais à des prix nettement inférieurs — ce qui traduit à la fois un environnement de prix mondiaux en déflation et un possible glissement vers des sources d'approvisionnement à moindre coût.
L'excédent commercial de l'UE s'est considérablement réduit
Le solde commercial, qui s'établissait à +590 M€ en 2015, est tombé à +241 M€ en 2025, soit une contraction de 59,2 %. L'UE demeure exportatrice nette, mais son avantage s'est fortement érodé. L'indicateur de dépendance nette aux importations (qui prend des valeurs négatives lorsque l'UE est exportatrice nette) est passé de −29,3 % à −23,5 %, confirmant un resserrement du différentiel (Indicateur de dépendance nette aux importations).
La production européenne de volume a fortement chuté, mais sa valeur est restée stable
Les données de production PRODCOM pour l'UE révèlent un contraste saisissant. En volume, la production est passée de 310 571 t à 112 036 t (−63,9 %), alors qu'en valeur elle n'a diminué que de 2,3 % (de 1 710 M€ à 1 671 M€). Ce phénomène indique un puissant effet de substitution vers des produits à plus forte valeur ajoutée unitaire : les industriels européens ont concentré leur activité sur des formulations plus sophistiquées et onéreuses, tandis que les volumes plus « commoditaires » ont été délocalisés ou abandonnés (Évolution de la production en volume · Évolution de la production en valeur).
II. Une redistribution géographique profonde des flux commerciaux
Le Brexit a reconfiguré les liens entre l'UE et le Royaume-Uni
La trajectoire la plus spectaculaire concerne le Royaume-Uni, partenaire historiquement central. Du côté des importations UE en provenance du Royaume-Uni, la valeur est passée de 222 M€ à 42 M€ (−81,0 %). Ce recul massif est cohérent avec les nouvelles barrières douanières et réglementaires introduites après le Brexit (déclaration en douane, contrôles phytosanitaires, perte de la reconnaissance mutuelle des homologations). Du côté des exportations UE vers le Royaume-Uni, la baisse est plus modérée (−32,1 %, de 82 M€ à 56 M€), ce qui suggère que les agriculteurs britanniques continuent de dépendre des fournisseurs continentaux malgré les frictions (Principaux partenaires commerciaux de l'UE).
La Chine et l'Inde sont devenues des fournisseurs majeurs
Les importations en provenance de Chine ont été multipliées par 5,2 (de 9,3 M€ à 48,1 M€, soit +416,7 %), et celles en provenance d'Inde ont progressé de 234,2 % (de 10,2 M€ à 34,1 M€). Ces deux pays asiatiques ont ainsi conquis des parts de marché significatives, probablement grâce à leur compétitivité-prix sur des molécules génériques et à la consolidation de leurs capacités de synthèse. Israël a également fortement accru ses livraisons à l'UE (+71,9 %, de 61 M€ à 105 M€), consolidant sa position de premier fournisseur extra-européen — un statut sans doute lié à la spécialisation de groupes agrochimiques israéliens (ADAMA, désormais intégré à Syngenta/ChemChina) dans les formulations de vente au détail.
| Fournisseur | Import. 2015 (M€) | Import. 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Israël | 61 | 105 | +71,9 % |
| Royaume-Uni | 222 | 42 | −81,0 % |
| Inde | 10 | 34 | +234,2 % |
| Chine | 9 | 48 | +416,7 % |
| États-Unis | 24 | 25 | +5,0 % |
Le Brésil, premier débouché à l'export, s'est effondré
Le revers de la médaille pour l'UE est la contraction de ses marchés d'exportation. Le cas le plus marquant est celui du Brésil : premier client de l'UE en 2015 avec 375 M€, il n'importait plus que 38 M€ en 2025 (−89,8 %). Ce recul considérable peut s'expliquer par le développement de la capacité de production brésilienne (le pays est devenu l'un des plus grands producteurs mondiaux de fongicides, notamment sous l'impulsion de groupes comme Nufarm ou UPL), par la concurrence accrue des fournisseurs chinois et indiens, et par d'éventuelles restrictions phytosanitaires ou commerciales.
Les exportations vers les États-Unis ont diminué de près de moitié (−48,9 %, de 47 M€ à 24 M€), tandis que les flux vers la Russie (−8,5 %), l'Ukraine (−3,3 %) et la Turquie (−10,5 %) ont mieux résisté, probablement parce que ces marchés restent plus dépendants des formulations européennes (Principaux pays de destination des exportations UE).
| Client | Export. 2015 (M€) | Export. 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Brésil | 375 | 38 | −89,8 % |
| Royaume-Uni | 82 | 56 | −32,1 % |
| États-Unis | 47 | 24 | −48,9 % |
| Russie | 40 | 37 | −8,5 % |
| Ukraine | 44 | 43 | −3,3 % |
| Turquie | 29 | 26 | −10,5 % |
| Chine | 26 | 9 | −64,5 % |
L'Espagne et l'Italie montent en puissance au sein de l'UE ; la France recule fortement
Au niveau des États membres, la recomposition est tout aussi nette. La France, qui dominait largement les exportations avec 669 M€ en 2015 (principalement via des grands groupes comme Bayer, BASF, Syngenta et des PME spécialisées), n'exportait plus que 171 M€ en 2025 (−74,5 %). À l'inverse, l'Espagne a progressé de 66,9 % (de 50 M€ à 84 M€) et l'Italie de 72,8 % (de 21 M€ à 37 M€), ces deux pays bénéficiant vraisemblablement de l'essor des cultures méditerranéennes (oliviers, vignes, fruits et légumes) qui consomment des fongicides de ce type (Principaux États membres exportateurs).
| États membres | Export. 2015 (M€) | Export. 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| France | 669 | 171 | −74,5 % |
| Allemagne | 109 | 59 | −45,7 % |
| Espagne | 50 | 84 | +66,9 % |
| Belgique | 42 | 37 | −13,1 % |
| Pays-Bas | 40 | 34 | −15,8 % |
| Italie | 21 | 37 | +72,8 % |
Du côté des importations intra-UE, la Pologne a connu la progression la plus remarquable (+113,7 %, de 20 M€ à 44 M€), devenant le troisième importateur de l'UE, ce qui est cohérent avec la forte croissance de l'agriculture polonaise et l'intégration de plus en plus poussée de ce pays dans les chaînes d'approvisionnement agrochimiques européennes. Les Pays-Bas (−49,8 %), la Belgique (−55,5 %) et l'Allemagne (−55,8 %) ont vu leurs importations se contracter fortement (Principaux États membres importateurs).
III. Diversification des partenaires, chocs de prix et évolution de la spécialisation
Le marché est devenu structurellement moins concentré
L'un des développements les plus positifs pour la résilience du marché est la diversification progressive des partenaires commerciaux. L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) pour les importations a diminué de 3 600 à 2 206 (−38,7 %), et celui des exportations a chuté de 1 654 à 439 (−73,4 %). Ces baisses traduisent un éclatement des flux : l'UE ne dépend plus autant d'un petit nombre de fournisseurs et ne concentre plus ses ventes sur quelques marchés de destination. En valeur, le HHI des importations demeure toutefois dans une zone modérément concentrée (au-dessus de 2 000), ce qui signifie que la dépendance vis-à-vis de quelques partenaires clés — notamment Israël — n'a pas entièrement disparu (Indice de concentration HHI).
Des chocs de prix ponctuels ont marqué la période 2021–2023
L'analyse des chocs d'approvisionnement révèle trois événements significatifs :
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2021 — Choc de prix à l'exportation vers les États-Unis : une hausse anormale de 66,3 % du prix unitaire des exportations UE vers les États-Unis (avec une anomalie statistique de 7,8 écarts-types). Ce choc est vraisemblablement lié aux perturbations logistiques mondiales post-COVID et à la pénurie de conteneurs, qui ont artificiellement gonflé les prix de transaction.
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2022 — Choc de prix à l'importation en provenance d'Inde : une hausse de 105,7 % du prix unitaire (anomalie de 3,7 écarts-types), coïncidant avec la flambée des coûts de l'énergie et des matières premières chimiques en Inde.
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2023 — Choc de prix à l'exportation vers la Chine : une hausse de 67,5 % (anomalie de 3,7 écarts-types), reflétant possiblement une réorientation des volumes vers d'autres marchés et une raréfaction de l'offre disponible pour la Chine.
Ces événements, bien que ponctuels, illustrent la sensibilité du marché aux perturbations des chaînes d'approvisionnement mondiales (Événements de choc détectés).
Les coefficients de variation confirment des profils de volatilité hétérogènes
Les partenaires les plus volatils ne sont pas nécessairement les plus importants en volume. Les importations en provenance de Suisse (CV = 1,54) et du Chili (CV = 1,12) affichent la plus grande instabilité, sans doute en raison de la faiblesse de leurs volumes de base qui amplifie les variations relatives. Du côté des exportations, la Colombie (CV = 0,57) et l'Équateur (CV = 0,40) présentent les niveaux de volatilité les plus élevés, ce qui est caractéristique de marchés andins de petite taille soumis aux aléas climatiques et monétaires (Barres de volatilité par partenaire).
La France conserve une spécialisation élevée, mais d'autres pays émergent
En 2025, la France reste le pays de l'UE le plus spécialisé dans les fongicides de la position 38089290, avec un indice de spécialisation (RSCA) de 0,61 et un avantage comparatif révélé (RCA) de 4,19. La Grèce (RSCA = 0,60, RCA = 4,06) et le Portugal (RSCA = 0,36, RCA = 2,13) complètent le trio de tête. À l'opposé, l'Irlande (RSCA = −0,99), la Suède (RSCA = −0,98) et la Slovaquie (RSCA = −0,98) présentent les niveaux de spécialisation les plus faibles, confirmant que la production de fongicides de ce type reste géographiquement concentrée dans les pays du sud et de l'ouest de l'Europe, là où les cultures sensibles aux maladies fongiques (vignes, céréales, fruits) occupent une place importante (Classement de spécialisation des États membres).
La propension à exporter et l'intensité commerciale reculent
Deux indicateurs structurels confirment l'effacement relatif du commerce extérieur de l'UE dans ce segment. La propension à exporter (part des exportations dans la production totale) est passée de 39,4 % à 32,5 % (−17,6 %), et l'intensité commerciale (rapport entre échanges extérieurs et production) a reculé de 48,1 % à 40,5 % (−15,9 %). L'UE consacre donc une part croissante de sa production au marché intérieur, ce qui peut refléter à la fois une demande domestique stable et une perte de compétitivité à l'exportation sur les marchés tiers (Indicateurs de vulnérabilité et d'autonomie).
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'UE en fongicides divers (CN 38089290) a subi une triple transformation. Premièrement, la valeur des échanges a fortement reculé, principalement sous l'effet d'une déflation des prix à l'exportation (−45 %) qui a effacé la moitié de la valeur des ventes extérieures tout en préservant les volumes. Deuxièmement, la géographie des flux a été profondément reconfigurée : le Brexit a coupé le lien avec le Royaume-Uni comme fournisseur, la Chine et l'Inde ont grimpé en puissance comme sources d'approvisionnement, et le Brésil a presque disparu des débouchés à l'exportation. Enfin, au sein même de l'UE, la France a perdu sa prééminence au profit de l'Espagne et de l'Italie.
Malgré ces turbulences, le marché présente des signes de résilience : la diversification des partenaires s'est améliorée (HHI en baisse), l'excédent commercial demeure positif et la production européenne, bien qu'en fort repli volumétrique, a maintenu sa valeur grâce à un glissement vers des produits à plus forte valeur ajoutée. Les principaux risques à surveiller restent la dépendance résiduelle vis-à-vis de quelques fournisseurs clés (Israël en tête), la volatilité des prix sur certains marchés périphériques et la sensibilité aux chocs de prix mondiaux, comme ceux observés en 2021–2023.