Évolution du marché : Appareils de traitement thermique (CN 841989) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 841989 regroupe les appareils et dispositifs — même chauffés électriquement — destinés au traitement de matières par des opérations impliquant un changement de température (chauffage, cuisson, stérilisation, évaporation, condensation, refroidissement, etc.), à l'exclusion des appareils domestiques et des fours relevant du n° 8514. Il s'agit d'une position résiduelle au sein du chapitre 8419, qui couvre notamment le sous-code 84198998 (appareils de traitement thermique n.d.a.), le 84198910 (refroidissement par retour d'eau sans paroi d'échange) et le 84198930 (métallisation sous vide).
Ce rapport examine l'évolution des échanges commerciaux de l'Union européenne avec les pays tiers sur la période 2015–2025. Au cours de cette décennie, le commerce extérieur de l'UE sur ce segment a connu une expansion notable : la valeur des exportations a progressé de 56,7 % tandis que celle des importations a plus que doublé (+115,9 %). L'UE demeure cependant un exportateur net structurel, avec une balance commerciale excédentaire maintenue entre 1,3 et 2,2 milliards d'euros sur l'ensemble de la période (aperçu général).
Une expansion commerciale soutenue, portée davantage par les prix que par les volumes
Les échanges suivent une trajectoire haussière avec des pics en 2024 et des creux en 2022
L'évolution annuelle des échanges révèle une tendance globale à la hausse, ponctuée par des épisodes de ralentissement. Les exportations sont passées de 1 669 M€ en 2015 à un record de 3 017 M€ en 2024, avant de se replier à 2 615 M€ en 2025. Les importations, quant à elles, ont grimpé de 363 M€ à un sommet de 1 074 M€ en 2023, avant de se stabiliser autour de 784 M€ en 2025. L'année 2022 marque un creux notable pour la balance commerciale (1 270 M€), lié à la fois à une contraction des exportations et à une forte poussée des importations :
| Année | Exportations (M€) | Importations (M€) | Balance (M€) |
|---|---|---|---|
| 2015 | 1 669 | 363 | 1 306 |
| 2016 | 1 833 | 366 | 1 467 |
| 2017 | 2 472 | 398 | 2 074 |
| 2018 | 2 593 | 421 | 2 172 |
| 2019 | 2 360 | 477 | 1 884 |
| 2020 | 2 484 | 508 | 1 976 |
| 2021 | 2 770 | 644 | 2 126 |
| 2022 | 2 170 | 900 | 1 270 |
| 2023 | 2 564 | 1 074 | 1 490 |
| 2024 | 3 017 | 787 | 2 230 |
| 2025 | 2 615 | 784 | 1 831 |
L'année 2022 apparaît comme un point d'inflexion : la conjonction de la crise énergétique européenne et des tensions sur les chaînes d'approvisionnement post-Covid a simultanément pesé sur les exportations et dopé les importations, comprimant la balance à son niveau le plus bas de la période.
La hausse des prix unitaires constitue le moteur principal de la valeur ajoutée
Si la valeur des exportations a progressé de 56,7 % entre 2015 et 2025, les volumes exportés n'ont augmenté que de 9,8 % (de 81 178 t à 89 122 t). Le prix unitaire à l'exportation est ainsi passé de 20 551 €/t à 29 342 €/t (+42,8 %). Du côté des importations, l'écart est encore plus marqué : la valeur a bondi de 115,9 % alors que les quantités n'ont progressé que de 78,7 %, le prix unitaire passant de 23 800 €/t à 28 735 €/t (+20,7 %). Cette dynamique traduit un environnement d'inflation des coûts dans le secteur des équipements industriels, combiné à une montée en gamme des produits échangés (aperçu général).
La catégorie résiduelle 84198998 domine largement les échanges
Le sous-code 84198998 (appareils de traitement thermique n.d.a.) représente la quasi-totalité des échanges. En 2025, il concentre 90,3 % de la valeur des exportations (2 362 M€) et 93,1 % de celle des importations (729 M€). La sous-catégorie 84198910 (refroidissement par retour d'eau) reste un segment secondaire mais stable, tandis que le 84198930 (métallisation sous vide) présente une trajectoire singulière : ses exportations ont chuté de 169 M€ à 92 M€ (−46 %), alors que leur prix unitaire a bondi de 47 698 à 78 914 €/t (+65 %), suggérant une concentration sur des équipements de plus en plus sophistiqués (comparaison par segment).
Un réalignement géographique majeur des flux commerciaux
L'effondrement des exportations vers la Russie et la montée en puissance des marchés américains
Le changement le plus spectaculaire de la décennie concerne les partenaires à l'exportation. La Russie, qui représentait 186 M€ d'exportations en 2015 (avec un pic à 665 M€ au cours de la période), s'est effondrée à moins de 2 M€ en 2025 (−98,9 %), un effacement directement lié aux sanctions commerciales imposées à la suite de l'invasion de l'Ukraine. À l'inverse, les États-Unis sont devenus le premier débouché de l'UE, avec une progression de 262 M€ à 615 M€ (+134,9 %). Le Mexique affiche la hausse la plus spectaculaire en valeur relative, passant de 37 M€ à 236 M€ (+541,7 %), ce qui suggère un développement industriel soutenu dans ce pays ou une réorientation des flux à travers l'Atlantique. La Suisse (62 M€ → 127 M€, +104 %) et le Royaume-Uni (85 M€ → 139 M€, +63,9 %) confirment leur rôle de partenaires commerciaux stables de proximité (partenaires à l'exportation).
La diversification des sources d'approvisionnement, portée par l'Asie émergente
Du côté des importations, la croissance la plus notable provient d'Asie. La Chine est passée de 43 M€ à 155 M€ (+259,6 %), devenant le premier fournisseur asiatique. L'Inde a doublé son apport (9 M€ → 23 M€, +166,8 %). Mais c'est la Malaisie qui affiche la progression la plus vertigineuse : de 2,7 M€ à 41,6 M€ (+1 427 %), avec un pic à 191 M€ au cours de la période, ce qui traduit une intégration soudaine dans les chaînes de valeur mondiales. La Suisse reste néanmoins le premier fournisseur de l'UE (110 M€ → 146 M€), suivie des États-Unis (94 M€ → 143 M€) (partenaires à l'importation).
L'indice HHI révèle des trajectoires opposées pour les importations et les exportations
L'indice de concentration Herfindahl-Hirschman (HHI) illustre ce réalignement de façon synthétique. Sur la base des valeurs, l'indice à l'importation a diminué de 1 895 à 1 282 (−32,3 %), signe d'une diversification des fournisseurs. À l'inverse, l'indice à l'exportation a augmenté de 622 à 875 (+40,7 %), traduisant une concentration accrue autour de quelques marchés clés, principalement les États-Unis et le Mexique (concentration HHI).
L'Allemagne et l'Italie dominent la spécialisation européenne
Au sein de l'UE, l'analyse de la spécialisation à l'exportation (2025) confirme le leadership industriel de l'Allemagne (RSCA de 0,278, part de 37,5 % dans la production du secteur) et de l'Italie (RSCA de 0,170, part de 11,3 %). La Suède se distingue par le RSCA le plus élevé (0,306), bien que sa part de production soit plus modeste (4,5 %). L'Autriche et la Roumanie complètent le peloton de tête des spécialistes. À l'opposé, Malte, l'Irlande et le Luxembourg ne disposent d'aucune spécialisation notable dans ce segment (spécialisation par pays).
Ouverture commerciale accrue et exposition aux chocs de prix
L'intensité commerciale et la propension à l'exportation ont presque doublé
Au-delà des volumes et des valeurs absolues, la structure même du commerce de l'UE dans ce segment s'est profondément transformée. L'intensité commerciale (commerce total rapporté à la production) est passée de 59,9 % à 109,1 % (+82,0 %), tandis que la propension à exporter (exportations rapportées à la production) a bondi de 51,1 % à 111,7 % (+118,5 %). Ces chiffres indiquent que le secteur est devenu structurellement plus dépendant des marchés extérieurs, tant pour l'écoulement de sa production que pour son approvisionnement (intensité commerciale · propension à exporter).
Des chocs de prix ponctuels sur certains partenaires clés
L'analyse de la volatilité et des chocs identifie plusieurs épisodes marquants. Le choc le plus prononcé concerne les exportations vers l'Arabie saoudite en 2021 : un bond de prix de +103,3 % avec une anomalie de 92,8 (sur une échelle de 100), probablement lié à des commandes exceptionnelles dans le cadre de projets d'infrastructure. Un choc de prix de +46,5 % est également détecté sur les exportations vers les États-Unis en 2022 (anomalie de 37,9), ce qui est cohérent avec l'inflation des coûts de production post-pandémie et l'impact de la crise énergétique européenne. Enfin, un choc plus ancien de +37,0 % est identifié sur les exportations vers la Suisse en 2017 (chocs détectés).
En termes de volatilité mesurée par le coefficient de variation, les flux les plus instables concernent les importations en provenance de Malaisie (CV de 1,74), du Japon (0,98) et de Thaïlande (0,91), ainsi que les exportations vers les Émirats arabes unis (1,07), la Russie (0,92) et la Corée du Sud (0,95). À l'inverse, les échanges avec les États-Unis (CV de 0,08 à l'importation) et le Royaume-Uni (0,20 à l'exportation) se distinguent par leur relative stabilité (volatilité des flux).
Une production européenne en forte hausse de volume, mais dont la valeur unitaire recule
Le secteur de la production européenne (PRODCOM) a connu une croissance spectaculaire des volumes : la quantité produite est passée de 881 907 pièces en 2015 à 2 776 120 pièces en 2025 (+214,8 %), tandis que la valeur de production progressait de 1 735 M€ à 2 703 M€ (+55,8 %). L'écart entre ces deux trajectoires — le volume triplant alors que la valeur ne croît que de moitié — suggère une montée en puissance de segments de production à moindre valeur unitaire, ou une pression concurrentielle accrue sur les prix de fabrication. Ce dynamisme productif, conjugué à la hausse des exportations, confirme la capacité de l'industrie européenne à absorber la demande internationale, malgré des coûts de production en hausse (volumes de production).
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen des appareils de traitement thermique (CN 841989) a fait preuve d'une dynamique commerciale robuste. L'UE a conservé et renforcé sa position d'exportateur net, avec une balance commerciale excédentaire structurelle comprise entre 1,3 et 2,2 milliards d'euros. La croissance de la valeur des échanges a été portée principalement par la hausse des prix unitaires (+42,8 % à l'exportation), les volumes progressant de manière plus modeste.
La période a également été marquée par une profonde restructuration géographique. L'effacement de la Russie comme débouché (−98,9 %) a été compensé par une montée en puissance des marchés américains, avec les États-Unis comme premier partenaire à l'exportation (615 M€) et le Mexique comme destination à la croissance la plus rapide (+541,7 %). Du côté des importations, la diversification s'est accrue au profit des fournisseurs asiatiques, la Malaisie affichant une progression spectaculaire.
Enfin, le secteur est devenu structurellement plus ouvert sur l'extérieur, avec une intensité commerciale passée de 60 % à 109 % et une propension à exporter de 51 % à 112 %. Cette intégration accrue expose davantage l'industrie européenne aux chocs de prix et aux tensions géopolitiques, comme en témoignent les épisodes de volatilité détectés. L'année 2022, marquée par la crise énergétique et les tensions sur les chaînes d'approvisionnement, a constitué un point de bascule temporaire avant une reprise vigoureuse en 2024, année record pour les exportations.