Évolution du marché : Tuyaux flexibles (CN 830710) — 2015–2025
Introduction
Le code nomenclature combinée 830710 recouvre les tuyaux flexibles en fer ou en acier, même avec accessoires, un produit clé pour les secteurs de l'énergie, de la construction navale, du pétrole et du gaz. Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'Union européenne avec les pays tiers a connu une trajectoire de croissance marquée, tant en volume qu'en valeur. Ce rapport analyse les dynamiques fondamentales de ce marché, en s'appuyant sur les données de l'aperçu général du commerce.
1. Une expansion commerciale vigoureuse, portée par une position exportatrice renforcée
1.1. Croissance globale des échanges sur la décennie
Entre 2015 et 2025, les exportations de l'UE vers les pays tiers ont progressé de 76,1 % en valeur (de 483,6 M€ à 851,4 M€), tandis que les importations ont doublé (+105,7 %), passant de 126,8 M€ à 260,8 M€. En volume, l'évolution est également dynamique : +48,3 % pour les exportations (de 28 058 t à 41 612 t) et +43,5 % pour les importations (de 13 150 t à 18 875 t).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Exportations (M€) | 483,6 | 851,4 | +76,1 % |
| Importations (M€) | 126,8 | 260,8 | +105,7 % |
| Exportations (t) | 28 058 | 41 612 | +48,3 % |
| Importations (t) | 13 150 | 18 875 | +43,5 % |
| Prix export (€/t) | 17 233 | 20 454 | +18,7 % |
| Prix import (€/t) | 9 643 | 13 816 | +43,3 % |
Sources : Aperçu général
1.2. Un excédent commercial structurel en progression nette
L'Union européenne demeure un exportateur net de tuyaux flexibles en acier sur l'ensemble de la période. L'excédent commercial est passé de 356,8 M€ en 2015 à 590,5 M€ en 2025, soit une progression de 65,5 %. Ce solde a toutefois connu des fluctuations notables : il a atteint un point bas autour de 149,5 M€ avant de se redresser fortement. La dépendance nette aux importations, mesurée en pourcentage, est passée de −19,5 % à −50,8 %, confirmant que l'UE a accru significativement sa position d'excédent.
1.3. Une production européenne en forte hausse
La production communautaire de tuyaux flexibles en fer ou acier a connu une croissance spectaculaire : les volumes produits sont passés de 98,7 millions de kg en 2015 à 312,4 millions de kg en 2025 (+216,4 %), avec un pic à 360 millions de kg sur la période. La valeur de production a progressé de 57,9 % (de 823,7 M€ à 1 300,8 M€), ce qui suggère un accroissement des capacités industrielles européennes plutôt qu'un simple effet de prix. L'intensité commerciale de ce secteur a doublé (de 27,4 % à 61,9 %) et la propension à exporter est passée de 22,7 % à 54,1 %, signe d'une ouverture extérieure croissante du secteur.
2. Une géographie commerciale en profonde mutation
2.1. Le pivot vers l'Afrique subsaharienne : Angola et Nigeria au premier plan
L'une des transformations les plus remarquables concerne la répartition géographique des exportations. L'Angola est passé de 40,4 M€ à 154,8 M€ (+282,8 %), devenant le premier partenaire à l'exportation en valeur. Le Nigeria a connu une progression encore plus spectaculaire : de 1,0 M€ à 41,6 M€ (+4 209 %). À l'inverse, le Ghana, autrefois destination majeure (74,5 M€ en début de période), s'est effondré à 0,3 M€ (−99,6 %). Ces mouvements reflètent très probablement les cycles d'investissement dans les secteurs pétrolier et gazier africains, les tuyaux flexibles en acier étant des composants essentiels des infrastructures d'extraction et de transport d'hydrocarbures.
2.2. Des partenaires d'importation diversifiés mais dominés par la Chine et la Turquie
Du côté des importations, la Chine et la Turquie dominent largement le marché européen, chacune ayant approximativement doublé ses ventes vers l'UE sur la période (respectivement +92,2 % et +80,3 %, atteignant chacune environ 56 M€ en 2025). Les États-Unis, troisième fournisseur, ont également progressé fortement (+103,0 %, à 48,3 M€). La progression la plus remarquable vient de la Serbie, qui est passée d'un flux marginal (0,17 M€) à 10,7 M€ (+6 359 %), s'inscrivant dans la dynamique d'intégration des Balkans occidentaux dans les chaînes de valeur européennes.
| Partenaire (importations) | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Chine | 29,4 | 56,4 | +92,2 % |
| Turquie | 31,4 | 56,5 | +80,3 % |
| États-Unis | 23,8 | 48,3 | +103,0 % |
| Inde | 8,2 | 17,2 | +109,8 % |
| Royaume-Uni | 10,3 | 17,6 | +71,4 % |
| Serbie | 0,17 | 10,7 | +6 359 % |
Source : Partenaires à l'importation
2.3. La montée en puissance du Danemark comme exportateur majeur au sein de l'UE
Au sein de l'Union, la répartition par État membre révèle des trajectoires contrastées. La France reste le premier exportateur (289,6 M€ à 416,9 M€), suivie de l'Allemagne. Cependant, le cas le plus frappant est celui du Danemark, dont les exportations hors UE ont bondi de 4,8 M€ à 145,9 M€ (+2 949 %), avec un pic à 185,9 M€. Le Danemark est ainsi devenu le troisième exportateur de l'UE, dépassant les Pays-Bas et l'Espagne. Cette progression extraordinaire pourrait s'expliquer par le développement de projets d'infrastructure offshore (éolien, plateformes pétrolières en mer du Nord), pour lesquels les tuyaux flexibles en acier sont indispensables.
| État membre (exportations) | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| France | 289,6 | 416,9 | +44,0 % |
| Allemagne | 118,1 | 152,9 | +29,5 % |
| Danemark | 4,8 | 145,9 | +2 949 % |
| Pays-Bas | 20,8 | 47,8 | +129,6 % |
| Espagne | 11,1 | 25,7 | +130,6 % |
Source : États membres exportateurs
3. Spécialisation, concentration et volatilité : les signaux de maturité du secteur
3.1. Une spécialisation industrielle inégalement répartie au sein de l'UE
L'analyse des avantages comparatifs révélés (RSCA) pour 2025 montre que la spécialisation dans les tuyaux flexibles en acier est concentrée dans quelques pays seulement. La Bulgarie (RSCA = 0,54), la Tchéquie (0,45) et l'Espagne (0,40) se distinguent par un avantage comparatif marqué. L'Allemagne, qui représente 34,1 % de la production communautaire, affiche un RSCA modéré (0,23), indiquant que sa production est diversifiée au-delà de ce seul segment. À l'inverse, le Portugal, l'Irlande, la Roumanie et la Lituanie présentent des RSCA fortement négatifs, signalant une dépendance importatrice structurelle pour ce produit.
3.2. Une concentration des échanges en légère déclin
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations de l'UE est passé de 1 671 à 1 508 (−9,8 %) en valeur, et celui des exportations de 920 à 809 (−12,1 %). Cette réduction de la concentration indique une diversification progressive des partenaires commerciaux, tant à l'import qu'à l'export. En volume, le HHI des importations est resté stable (environ 2 395 à 2 410), suggérant que la diversification observée en valeur est partiellement liée à des dynamiques de prix plutôt qu'à une redistribution complète des flux physiques.
3.3. Volatilité et chocs de prix sur les marchés africains
L'analyse de la volatilité des flux commerciaux révèle des contrastes frappants. À l'importation, les flux en provenance de Chine et du Royaume-Uni sont relativement stables (CV ≈ 0,13), tandis que ceux de Serbie (0,78) ou du Brésil (0,98) sont très volatils. À l'exportation, les destinations africaines se distinguent par une forte instabilité : le Nigéria (CV = 1,48), le Ghana (1,46) et l'Angola (1,35) présentent les coefficients de variation les plus élevés.
Plusieurs chocs de prix majeurs ont été détectés, tous sur les exportations :
- Trinidad-et-Tobago (2018) : choc de prix de +1 713 %, reflétant probablement un projet d'infrastructure ponctuel de grande envergure dans le secteur énergétique.
- Ghana (2022) : hausse de prix de +647,8 %, coïncidant avec l'effondrement des volumes exportés observé sur la même période.
- Nigéria (2022) : hausse de prix de +946,1 %, dans un contexte de montée en puissance des livraisons vers ce marché.
Ces événements illustrent la nature cyclique et projet-dépendante du commerce de tuyaux flexibles vers les pays producteurs d'hydrocarbures.
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen des tuyaux flexibles en fer ou en acier (CN 830710) a connu une dynamique de croissance robuste, portée par une industrie communautaire dont les capacités de production ont plus que triplé en volume. L'Union européenne a renforcé sa position d'exportateur net, avec un excédent commercial porté à 590,5 M€ et une propension à exporter ayant plus que doublé. Cette expansion s'est accompagnée d'une profonde reconfiguration géographique : l'Afrique subsaharienne (Angola, Nigéria) est devenue une destination majeure, tandis que le Danemark a émergé comme un acteur de premier plan au sein de l'UE, probablement lié au développement de l'offshore énergétique. La diversification des partenaires commerciaux se traduit par un déclin mesuré de la concentration (HHI), signe d'un marché en maturation. Toutefois, la forte volatilité des flux vers les marchés africains et la nature sporadique des chocs de prix rappellent que ce secteur reste exposé aux cycles d'investissement dans les infrastructures pétrolières et gazières mondiales.