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Évolution du marché : Poly[chlorure de vinyle], sous formes primaires, non mélangé à d'autres substances (CN 390410) — 2015–2025

Introduction

Ce rapport examine l'évolution des échanges extérieurs de l'Union européenne en matière de polychlorure de vinyle (PVC) non mélangé, sous formes primaires (code NC 390410), sur la période 2015–2025. Produit de base de l'industrie des matières plastiques, le PVC sous forme primaire fait l'objet d'un commerce important entre l'UE et le reste du monde. Sur la décennie étudiée, trois dynamiques majeures se dessinent : la compression progressive de l'excédent commercial de l'UE, un choc de prix d'une ampleur exceptionnelle en 2021–2022, et une profonde reconfiguration géographique des flux, marquée par l'effondrement des échanges avec la Russie et la montée en puissance de nouveaux partenaires. Ce rapport décrit et interprète ces évolutions en s'appuyant sur les données douanières de commerce extérieur de l'UE.

1. Un excédent commercial historique sous pression croissante

1.1 Un recul marqué des exportations en volume

Les exportations de PVC de l'UE vers les pays tiers ont suivi une trajectoire descendante sur la période. En volume, elles sont passées de 1 417 715 tonnes en 2015 à 1 095 549 tonnes en 2025, soit un recul de 22,7 %. Le point bas a été atteint en 2022 avec 1 075 001 tonnes, tandis que le maximum de la période s'établissait en 2020 à 1 494 677 tonnes — un niveau soutenu par la demande de reconstitution des stocks post-confinement. En valeur, les exportations ont diminué de 17,0 %, passant de 1,18 milliard d'euros à 980 millions d'euros, le recul en valeur étant moindre grâce à la hausse des prix moyens (+7,4 % sur la période, à 895 €/t en 2025 contre 833 €/t en 2015).

1.2 Une progression soutenue des importations

Dans le même temps, les importations de PVC dans l'UE ont connu une croissance significative, avec une progression de 37,8 % en valeur (de 288 M€ à 397 M€) et de 49,4 % en volume (de 333 536 tonnes à 498 424 tonnes). Le volume importé a culminé en 2023 à 660 449 tonnes — un niveau presque double par rapport au début de la période. Cette hausse traduit à la fois une diversification des sources d'approvisionnement et un rattrapage structurel de la demande européenne vis-à-vis de fournisseurs extra-européens devenus plus compétitifs.

Le tableau suivant synthétise l'évolution des principaux indicateurs sur la période :

Indicateur 2015 2020 2022 2025 Var. 2015–2025
Exportations (valeur, M€) 1 181 1 228 1 716 980 −17,0 %
Exportations (volume, kt) 1 418 1 495 1 075 1 096 −22,7 %
Prix export. moyen (€/t) 833 822 1 596 895 +7,4 %
Importations (valeur, M€) 288 285 805 397 +37,8 %
Importations (volume, kt) 334 374 537 498 +49,4 %
Prix import. moyen (€/t) 863 764 1 498 796 −7,8 %
Solde commercial (M€) 893 943 911 583 −34,7 %

Source : aperçu du commerce

1.3 Un solde excédentaire en contraction de plus d'un tiers

L'excédent commercial de l'UE en PVC s'est contracté de 34,7 %, passant de 893 M€ en 2015 à 583 M€ en 2025. Le point le plus bas du solde a été atteint en 2023 (518 M€), année où les importations ont atteint leur volume maximum. La dépendance nette aux importations, indicateur négatif tant que l'UE est exportatrice nette, est passée de −26,5 % en 2015 à −24,3 % en 2024, après avoir atteint −38,5 % en 2020 (quand les importations avaient fortement chuté pendant la pandémie) et −13,5 % en 2023 (quand les importations avaient dépassé leur niveau d'avant-crise). L'UE demeure un exportateur net structurel de PVC, mais sa marge d'excédent se réduit sous l'effet conjugué du déclin des volumes exportés et de la montée des importations.

2. Le séisme tarifaire de 2021–2022 et ses répercussions

2.1 Un doublement exceptionnel des prix moyens

L'épisode le plus marquant de la période est le choc de prix survenu en 2021–2022. En deux ans, le prix moyen des exportations de PVC de l'UE a été multiplié par près de deux : de 822 €/t en 2020, il a bondi à 1 413 €/t en 2021 puis à 1 596 €/t en 2022 — le maximum de la période. Du côté des importations, le prix moyen est passé de 764 €/t en 2020 à 1 349 €/t en 2021 et 1 498 €/t en 2022. Ce choc s'explique par la conjonction de plusieurs facteurs : la reprise de la demande post-COVID, les tensions persistantes sur les chaînes d'approvisionnement mondiales, et surtout la flambée des coûts énergétiques en Europe liée à la crise gazière de 2021–2022, le PVC étant un produit à forte intensité énergétique. En 2023–2025, les prix ont entamé une correction mais n'ont pas retravaille leur niveau d'avant-crise, se stabilisant autour de 895 €/t à l'exportation et 796 €/t à l'importation en 2025.

2.2 Des chocs de prix généralisés sur l'ensemble des partenaires

L'analyse de volatilité des prix confirme que le choc de 2021 a touché indistinctement l'ensemble des partenaires commerciaux. Les principaux événements de choc détectés révèlent des hausses de prix de 60 % à 100 % par rapport à la baseline 2019–2020 :

Partenaire Flux Hausse de prix (2021 vs 2019–2020) Part de valeur (%) Indice d'anomalie
Algérie Exportations +99,0 % 4,5 % 191,2
Turquie Exportations +97,9 % 33,9 % 87,0
États-Unis Importations +84,5 % 23,1 % 87,5
Ukraine Exportations +61,3 % 4,1 % 30,7
Inde Exportations +61,5 % 3,8 % 13,4
Suisse Exportations +55,7 % 5,2 % 10,4

La Turquie, premier partenaire à l'exportation (33,9 % de la valeur), a vu ses prix bondir de 97,9 %. Du côté des importations, les prix en provenance des États-Unis ont augmenté de 84,5 %. Ces hausses, couplées à des volumes souvent en baisse, ont mécaniquement comprimé les quantités échangées tout en gonflant la valeur nominale du commerce.

2.3 Une production européenne en déclin structurel

Le choc de prix s'est accompagné d'une évolution préoccupante de la production intra-européenne. Les données PRODCOM (code 20.16.30.10) montrent que la production de PVC de l'UE a connu un déclin sensible sur la période 2015–2024 :

Année Volume (Mds kg) Valeur (Mds €) Prix moyen (€/kg)
2015 5,24 4,26 0,81
2018 4,84 3,69 0,76
2020 4,97 3,39 0,68
2021 5,19 5,43 1,05
2022 4,47 6,14 1,37
2023 4,05 4,37 1,08
2024 4,43 4,03 0,91

Source : volumes de production

En volume, la production a reculé de 15,5 % entre 2015 et 2024, passant de 5,24 à 4,43 milliards de kg, avec un minimum de 4,05 milliards en 2023. En valeur, le recul est moindre (−5,4 %) en raison de la hausse des prix de vente, la valeur de la production ayant même culminé à 6,14 milliards d'euros en 2022. Cette contraction de la production, qui précède le choc de prix et se poursuit après, témoigne d'une désindustrialisation progressive de la filière PVC en Europe, probablement tirée par les contraintes réglementaires (REACH, taxonomie verte) et la concurrence de producteurs situés dans des zones à moindre coût énergétique.

3. Une reconfiguration géopolitique des flux commerciaux

3.1 L'effondrement des échanges avec la Russie

Le bouleversement géopolitique le plus spectaculaire de la période est la disparition totale des exportations de PVC de l'UE vers la Russie. La Russie était en 2015 le troisième partenaire à l'exportation avec 124 M€, un niveau porté à 157 M€ en 2021 (choc d'offre détecté). Dès 2022, les exportations s'effondrent à 58 M€, puis tombent strictement à zéro à partir de 2023. En volume, le déclin est tout aussi brutal : de 121 243 tonnes (2015) à 30 683 tonnes (2022), puis zéro. Cette rupture complète résulte directement des sanctions commerciales imposées par l'UE à la Russie à la suite de l'invasion de l'Ukraine en février 2022. La perte de ce marché a représenté une réduction d'environ 7,5 % de la valeur totale des exportations de PVC de l'UE, contribuant significativement au choc d'offre observé.

3.2 L'essor spectaculaire de la Corée du Sud comme fournisseur principal

Du côté des importations, l'évolution la plus remarquable est la montée en puissance de la Corée du Sud. En 2015, les importations de PVC en provenance de Corée du Sud ne représentaient que 8 M€ (7 891 023 €). En 2025, elles atteignent 116 M€ (116 435 142 €), soit une progression de 1 375 %. En 2025, la Corée du Sud est devenue le premier fournisseur extra-européen de PVC de l'UE, dépassant le Mexique (104 M€), la Norvège (52 M€) et les États-Unis (16 M€). En volume, la Corée du Sud a fourni environ 152 950 tonnes en 2025, soit 30,7 % du volume total importé par l'UE. Son prix moyen d'exportation vers l'UE (environ 761 €/t) se situe légèrement en dessous de la moyenne des importations (796 €/t), ce qui suggère un avantage de compétitivité-prix. À l'inverse, l'Égypte, qui était un fournisseur notable (20 M€ en 2015, 63 M€ en 2022), a totalement disparu des importations en 2025 (15 €).

3.3 L'impact différencié du Brexit sur les échanges avec le Royaume-Uni

Le Royaume-Uni occupe une position particulière dans le commerce du PVC de l'UE. À l'exportation, il est resté le deuxième partenaire, avec une valeur passée de 213 M€ en 2015 à 235 M€ en 2025 (+10,0 %), avec un pic remarquable à 435 M€ en 2022 — année où les prix ont atteint leur maximum. En revanche, en tant que source d'importations pour l'UE, le Royaume-Uni a connu un effondrement : les importations sont passées de 41 M€ en 2015 à 12 M€ en 2025, soit une chute de 70,2 %. En volume, elles sont passées de 40 988 à 13 666 tonnes sur la même période. Ce déclin, qui s'est accéléré à partir de 2021 (17 929 tonnes, contre 49 793 en 2020), coïncide avec la mise en œuvre effective du Brexit et la création de barrières douanières et réglementaires entre l'UE et le Royaume-Uni.

3.4 L'émergence de nouveaux marchés d'exportation

Pour compenser partiellement la perte du marché russe, l'UE a développé ses exportations vers de nouvelles destinations :

Destination 2015 (M€) 2025 (M€) Variation
Inde 13 47 +247 %
Égypte 9 22 +162 %
Algérie 20 32 +64 %

Ces trois marchés ont progressé de manière significative, tirés par la demande de construction et d'infrastructures dans ces économies émergentes. Toutefois, leur taille cumulée (101 M€ en 2025) reste bien inférieure au volume perdu sur le marché russe (124 M€ en 2015, 157 M€ en 2021). Les deux piliers des exportations européennes de PVC demeurent la Turquie (267 M€, −18,9 %) et le Royaume-Uni (235 M€, +10,0 %), qui à eux deux représentent près de la moitié des exportations de l'UE.

3.5 Une concentration des échanges en mutation

La concentration des flux, mesurée par l'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI), a évolué de manière divergente selon le sens du commerce :

Indice HHI 2015 2022 2025 Variation
Importations 2 378 1 861 1 937 −18,5 %
Exportations 1 310 1 417 1 472 +12,4 %

À l'importation, la baisse de l'HHI (de 2 378 à 1 937) traduit une diversification des sources d'approvisionnement de l'UE, portée notamment par l'essor de la Corée du Sud et l'entrée de nouveaux fournisseurs. À l'exportation, l'augmentation (de 1 310 à 1 472) reflète une légère reconcentration, logiquement liée à la disparition totale du marché russe et à la prédominance croissante de la Turquie et du Royaume-Uni.

Par ailleurs, l'analyse de spécialisation des États membres en 2025 montre que le Portugal (RSCA : 0,60), la France (0,52), la Hongrie (0,47) et la Suède (0,38) sont les pays les plus spécialisés dans les exportations de PVC, tandis que l'Allemagne, premier exportateur en valeur absolue (262 M€), affiche une spécialisation plus modérée (RSCA : 0,11) en raison de la diversité de son appareil exportateur.

Conclusion

La période 2015–2025 a profondément transformé le marché du PVC sous formes primaires dans l'Union européenne. L'UE demeure un exportateur net, mais son excédent commercial s'est contracté d'un tiers sous l'effet d'une baisse de 22,7 % des volumes exportés et d'une hausse de 49,4 % des volumes importés. Le séisme tarifaire de 2021–2022, qui a vu les prix moyens doubler, a marqué un tournant, sans toutefoir enrayer la tendance de fond au déclin de la production intra-européenne (−15,5 % en volume entre 2015 et 2024). Sur le plan géographique, la disparition du marché russe et l'essor de la Corée du Sud comme premier fournisseur illustrent la sensibilité aiguë du secteur aux chocs géopolitiques. La légère reconcentration des exportations et le développement de marchés émergents (Inde, Égypte, Algérie) témoignent d'une phase d'ajustement dont l'issue dépendra de la capacité de l'industrie européenne du PVC à maintenir sa compétitivité dans un environnement de coûts énergétiques élevés et de contraintes environnementales croissantes.

Généré le 2026-08-05. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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