Évolution du marché : Parties de machines de sondage ou de forage des n° 843041 ou 843049, n.d.a. (CN 843143) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution du commerce extérieur de l'Union européenne (UE) pour le code tarifaire 843143, qui couvre les parties de machines de sondage ou de forage des n° 843041 ou 843049, n.d.a., sur la période 2015–2025. Ce produit se situe au niveau de la nomenclature combinée à 8 chiffres, sous le chapitre 84 (réacteurs nucléaires, chaudières, machines et appareils mécaniques), et correspond au code PRODCOM 28.92.61.30.
L'UE demeure, sur l'ensemble de la période, un exportateur net de ces pièces, avec une balance commerciale excédentaire qui s'établit entre 1,1 et 2,0 milliard d'euros selon les années. Cependant, la période 2015–2025 se caractérise par trois dynamiques majeures : une contraction significative des volumes échangés, compensée partiellement par la hausse des prix unitaires ; une reconfiguration profonde des partenaires commerciaux, tant à l'import qu'à l'export ; et une série de chocs géopolitiques et conjoncturels qui ont redessiné la structure du marché.
1. Une contraction des volumes masquée par la dynamique des prix
Les exportations européennes ont perdu plus de la moitié de leur volume en dix ans
L'évolution la plus frappante du marché réside dans l'effondrement des volumes exportés par l'UE. La quantité exportée est passée de 160 379 tonnes en 2015 à 70 836 tonnes en 2025, soit une baisse de 55,8 %. Cette contraction ne fut pas linéaire : elle s'est concentrée sur la période 2015–2017 (chute de 160 379 à 103 777 tonnes), suivie d'une relative stabilisation autour de 68 000–71 000 tonnes à partir de 2021.
| Indicateur | 2015 | 2020 | 2025 | Variation 2015–2025 |
|---|---|---|---|---|
| Exportations (valeur, M€) | 2 421,7 | 1 443,2 | 1 426,6 | −41,1 % |
| Exportations (quantité, ktonnes) | 160,4 | 86,7 | 70,8 | −55,8 % |
| Exportations (prix unitaire, €/t) | 15 100 | 16 648 | 20 139 | +33,4 % |
La hausse des prix unitaires a partiellement amorti la chute de valeur
La baisse de la valeur des exportations (−41,1 %) est nettement moindre que celle des volumes (−55,8 %), ce qui s'explique par une hausse significative des prix unitaires à l'exportation : de 15 100 €/tonne en 2015 à 20 139 €/tonne en 2025 (+33,4 %). Cette progression peut refléter un effet de composition (montée en gamme des pièces exportées) ou une transmission des hausses de coûts de production. Le prix unitaire culmine d'ailleurs à 25 236 €/tonne en 2023, avant de refluer légèrement.
Les importations affichent une trajectoire plus stable, mais avec un différentiel de prix inversé
Du côté des importations, la situation contraste. La quantité importée est restée remarquablement stable, passant de 33 513 tonnes à 34 846 tonnes (+4,0 %). Toutefois, la valeur a diminué de 420,3 M€ à 342,0 M€ (−18,6 %), en raison d'une baisse du prix unitaire à l'importation de 12 539 €/tonne à 9 814 €/tonne (−21,7 %). L'écart de prix entre les exportations et les importations s'est donc creusé considérablement, passant d'un ratio de 1,2 en 2015 à 2,1 en 2025, ce qui suggère une différenciation croissante des produits échangés dans chaque sens du commerce.
2. Une reconfiguration géographique des partenaires commerciaux
L'Asie s'impose comme destination croissante à l'export, au détriment de l'Europe septentrionale
La répartition géographique des exportations européennes a connu des mutations notables. Les États-Unis demeurent le premier client, mais avec une valeur en recul de 270,2 M€ (2015) à 225,5 M€ (2025, −16,5 %). En revanche, l'Australie a fortement progressé, passant de 89,3 M€ à 132,9 M€ (+48,9 %), et s'est hissée au rang de deuxième destination. À l'inverse, les exportations vers la Norvège se sont effondrées de 150,1 M€ à 60,5 M€ (−59,7 %), et la Chine a perdu 41,4 % de sa valeur d'importation depuis l'UE (de 161,6 M€ à 94,6 M€).
Le cas le plus spectaculaire est celui des « High seas » (eaux internationales), qui représentaient 236,7 M€ d'exportations en 2015 et seulement 7,0 M€ en 2025 (−97,0 %), probablement lié à la réaffectation de plateformes offshore et à la relocalisation de certaines activités d'exploration.
| Destination | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| États-Unis | 270,2 | 225,5 | −16,5 % |
| Australie | 89,3 | 132,9 | +48,9 % |
| Chine | 161,6 | 94,6 | −41,4 % |
| Afrique du Sud | 103,9 | 86,2 | −17,0 % |
| Royaume-Uni | 61,9 | 68,6 | +10,7 % |
| Norvège | 150,1 | 60,5 | −59,7 % |
| Eaux internationales | 236,7 | 7,0 | −97,0 % |
La Chine gagne rapidement des parts à l'importation vers l'UE
Côté importations, la tendance dominante est la montée en puissance de la Chine. Les importations en provenance de Chine sont passées de 35,3 M€ (2015) à 68,4 M€ (2025), soit une hausse de 94,1 %. Cette progression s'est particulièrement accélérée à partir de 2021, sous l'effet probable d'un choc de prix (le prix unitaire des importations chinoises ayant bondi de 28,3 % en 2021) et d'un redressement des volumes. La Chine est ainsi passée de la cinquième à la première position parmi les fournisseurs non-UE.
À l'inverse, les importations en provenance de Norvège ont fortement décliné (53,8 M€ → 17,9 M€, −66,7 %), de même que celles du Royaume-Uni (70,2 M€ → 44,8 M€, −36,2 %). La Turquie, bien que partant d'une base modeste, a progressé de 45,7 % (6,5 M€ → 9,5 M€).
La concentration des échanges à l'export se renforce, tandis que les importations restent diversifiées
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des exportations a augmenté de 446 (2015) à 585 (2025), soit une hausse de 31,0 %. Ce mouvement signifie que les exportations se concentrent davantage sur un nombre réduit de destinations — en particulier les États-Unis et l'Australie. Du côté des importations, le HHI est resté stable autour de 1 620, indiquant une concentration modérée et constante, dominée par les États-Unis, le Royaume-Uni et la Chine.
3. Chocs externes et résilience de l'excédent commercial européen
La pandémie de COVID-19 a provoqué un choc de prix à l'exportation vers les États-Unis en 2020
L'année 2020 marque un choc de prix significatif sur les exportations vers les États-Unis. Le prix unitaire a bondi de 35,7 % par rapport à la baseline 2018–2019 (de 13 598 à 18 449 €/tonne), tandis que les volumes chutaient de 44,2 % (de 16 645 à 9 288 tonnes). Ce schéma — contraction des volumes et hausse des prix — est typique d'un choc d'offre, ici vraisemblablement lié aux perturbations logistiques et à la chute de la demande de forage liée à l'effondrement des prix du pétrole au premier semestre 2020.
L'effondrement des exportations vers la Russie constitue le choc le plus net de la période
L'événement le plus marquant est l'arrêt quasi total des exportations vers la Fédération de Russie. Alors que les exportations vers la Russie représentaient 78,8 M€ en 2015 et atteignaient encore 102,6 M€ en 2020, elles se sont effondrées à 0,03 M€ en 2023, puis à zéro en 2025. Cet effondrement, qui s'est amorcé dès 2022 (33,7 M€), correspond manifestement à l'instauration des sanctions économiques européennes consécutives à l'invasion de l'Ukraine. En volume, les exportations vers la Russie sont passées de 5 144 tonnes (2015) à zéro (2025). Les prix unitaires affichés pour les quantités résiduelles en 2023–2024 (plus de 92 000 €/tonne) suggèrent des transactions de très faible volume à forte valeur ajoutée, ou possiblement des réexportations ponctuelles.
Plusieurs chocs de prix ponctuels affectent les importations en provenance de Chine, de Turquie et d'Inde
L'analyse de volatilité révèle plusieurs chocs de prix à l'importation :
- Chine (2021) : hausse de prix de 28,3 % par rapport à la baseline 2019–2020, avec une « abnormalité » de 40,2, le choc le plus élevé détecté. Le prix unitaire est passé de 4 355 à 5 589 €/tonne, avant de se stabiliser autour de 5 450 €/tonne en 2022–2023, tandis que les volumes doublaient presque.
- Turquie (2023) : doublement du prix unitaire (+100,7 %), passant de 5 231 à 10 496 €/tonne, alors que les volumes étaient divisés par deux. Ce choc pourrait refléter un changement de composition des importations ou des difficultés d'approvisionnement.
- Inde (2022) : hausse de prix de 83,3 % (de 9 836 à 18 030 €/tonne), suivie d'un retour à la normale dès 2023.
L'excédent commercial demeure robuste, porté par une spécialisation production-exportation
Malgré la contraction des volumes et les chocs, l'excédent commercial de l'UE sur ce produit reste considérable : 2,0 milliards d'euros en 2015, 1,1 milliard en 2025. La dépendance nette aux importations demeure profondément négative (−226 % en 2025, contre −117 % en 2015), confirmant le statut de l'UE en tant qu'exportateur net structurel.
L'UE est par ailleurs un producteur majeur de ce type de pièces. La valeur de production PRODCOM estimée à l'échelle de l'UE est passée de 1 545 M€ (2015) à 1 800 M€ (2025), soit une hausse de 105,1 % sur la période plus longue 2003–2025. L'intensité commerciale et la propension à exporter restent élevées (respectivement 92 % et 91 % en 2025).
Parmi les États membres, la spécialisation à l'exportation est particulièrement forte en Finlande (RSCA = 0,91), à Chypre (0,93), en Estonie (0,76), en Suède (0,47) et en Roumanie (0,40), tandis que les Pays-Bas, l'Allemagne et la Suède dominent en termes de valeur absolue des exportations.
Conclusion
Le marché européen des pièces de machines de sondage et de forage (CN 843143) a traversé une décennie marquée par une restructuration profonde. Entre 2015 et 2025, l'UE a vu ses exportations perdre plus de la moitié de leur volume, mais cette contraction a été partiellement compensée par une hausse de 33 % des prix unitaires. Les flux commerciaux se sont réorientés géographiquement : l'Australie et l'Asie ont gagné en importance à l'export, tandis que la Chine s'est imposée comme un fournisseur croissant à l'import. Les chocs les plus significatifs — pandémie de COVID-19 en 2020, sanctions contre la Russie à partir de 2022 — ont redessiné la carte des partenaires sans pour autant remettre en cause le statut d'exportateur net structurel de l'UE. L'excédent commercial, bien qu'en repli, demeure supérieur à un milliard d'euros, soutenu par une base productive européenne dynamique et une spécialisation de plusieurs États membres dans ce segment.