Évolution du marché : Lait écrémé en poudre (CN 040210) — 2015–2025
Introduction
Le lait écrémé en poudre (code NC 040210) — c'est-à-dire le lait et la crème de lait, en poudre, en granulés ou sous d'autres formes solides, à teneur en matières grasses inférieure ou égale à 1,5 % — constitue l'un des produits laitiers les plus échangés au monde. L'Union européenne figure parmi les principaux exportateurs mondiaux de ce produit, alimentant une demande soutenue en Asie du Sud-Est, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. La période 2015–2025 a été marquée par des dynamiques commerciales contrastées : une forte progression des exportations, des chocs de prix majeurs autour de 2022, et un renforcement de l'autonomie de l'UE en tant qu'exportateur net. Ce rapport propose une analyse détaillée de ces évolutions, en s'appuyant sur les données commerciales de l'UE à 27.
1. Une position exportatrice dominante et en renforcement
L'Union européenne affirme sur la période 2015–2025 son rôle de fournisseur mondial majeur de lait écrémé en poudre. Le solde commercial, structurellement excédentaire, s'est considérablement renforcé, tandis que la production intérieure a connu une trajectoire ascendante tant en volume qu'en valeur.
Le commerce extérieur de l'UE est structurellement excédentaire et s'est consolidé
Sur l'ensemble de la période, les exportations de lait écrémé en poudre de l'UE vers les pays tiers ont représenté un volume considérable, passant de 706 558 tonnes en 2015 à 795 950 tonnes en 2025, soit une hausse de 12,7 %. En valeur, la progression a été plus marquée : de 1,51 milliard d'euros à 2,03 milliards d'euros (+34,3 %). Les importations, en revanche, restent modestes en comparaison : 45 450 tonnes pour 110 millions d'euros en 2025.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Exportations — valeur (M€) | 1 509 | 2 027 | +34,3 |
| Exportations — volume (kt) | 707 | 796 | +12,7 |
| Exportations — prix moyen (€/t) | 2 136 | 2 546 | +19,2 |
| Importations — valeur (M€) | 66 | 110 | +66,8 |
| Importations — volume (kt) | 53 | 45 | −14,1 |
| Importations — prix moyen (€/t) | 1 243 | 2 412 | +94,1 |
| Solde commercial (M€) | 1 444 | 1 917 | +32,8 |
Source : Vue d'ensemble du commerce
Le taux de dépendance nette aux importations confirme cette position dominante : il est négatif sur toute la période (−8,1 % en 2015, −71,5 % en 2025), ce qui signifie que l'UE exporte bien plus qu'elle n'importe. L'ampleur de ce ratio s'est fortement accentuée, passant d'un creux à −145 %, illustrant la capacité croissante de l'UE à écouler sa production sur les marchés tiers.
La production intérieure a connu une croissance significative, tirée par la hausse des prix
La production européenne de lait écrémé en poudre a progressé de 1,06 milliard de kg en 2015 à 1,37 milliard de kg en 2025 (+29,1 %). En valeur, la hausse est beaucoup plus spectaculaire : de 1,85 milliard d'euros à 4,29 milliards d'euros (+131,9 %). Ce décalage entre volumes et valeurs traduit une hausse structurelle des prix du lait en poudre, amplifiée par les tensions inflationnistes de 2021–2022 et la hausse des coûts de production (énergie, alimentation animale).
La France, la Belgique et l'Allemagne dominent les exportations intra-UE
Les principaux exportateurs de l'UE vers le reste du monde sont la France (345 M€ en 2025, stable), la Belgique (414 M€, +68 %), l'Allemagne (312 M€, −6 %), les Pays-Bas (226 M€, +51 %), l'Irlande (229 M€, +170 %) et la Pologne (231 M€, +60 %). L'Irlande se distingue par la progression la plus rapide, ce qui reflète l'expansion de son secteur laitier depuis la fin des quotas laitiers en 2015. L'Irlande et la Suède affichent par ailleurs les indices de spécialisation les plus élevés (RSCA de 0,785 et 0,368 respectivement en 2025).
2. Une géographie commerciale en recomposition, portée par la demande du Sud
Les flux commerciaux de lait écrémé en poudre de l'UE se sont profondément reconfigurés entre 2015 et 2025, avec une montée en puissance de certains marchés d'Asie du Sud-Est et du Moyen-Orient, un recul de la Chine, et une diversification des sources d'importation de l'UE.
Les exportations se concentrent sur l'Afrique du Nord, le Moyen-Orient et l'Asie du Sud-Est
Les principaux partenaires à l'exportation révèlent une géographie commerciale clairement orientée vers les pays à forte croissance démographique et à déficit laitier structurel.
| Partenaire | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Algérie | 221 | 328 | +48,2 |
| Arabie saoudite | 54 | 134 | +150,3 |
| Égypte | 115 | 139 | +20,4 |
| Indonésie | 97 | 124 | +27,1 |
| Philippines | 63 | 111 | +75,6 |
| Malaisie | 47 | 93 | +95,9 |
| Chine | 119 | 76 | −35,6 |
Source : Partenaires à l'exportation
L'Algérie reste le premier débouché de l'UE, avec une valeur oscillant entre 164 M€ et 432 M€ selon les années. L'Arabie saoudite (+150 %), la Malaisie (+96 %) et les Philippines (+76 %) affichent les hausses les plus dynamiques, reflétant la croissance de la demande alimentaire dans ces pays. En revanche, les exportations vers la Chine ont nettement reculé (−36 %), passant d'un pic de 337 M€ à seulement 76 M€ en 2025. Ce repli s'explique vraisemblablement par le développement de la production laitière chinoise, la diversification des approvisionnements chinois (Nouvelle-Zélande, Australie), et les tensions géopolitiques.
L'Ukraine émerge comme un fournisseur inattendu de l'UE
Du côté des importations, le Royaume-Uni demeure le premier fournisseur de l'UE (67 M€ en 2025, +13 %), ce qui s'explique par les liens historiques et la proximité géographique. Cependant, la progression la plus spectaculaire est celle de l'Ukraine : d'à peine 614 000 € en 2015, les importations en provenance d'Ukraine ont bondi à 34,3 M€ en 2025 (+5 488 %). Cette montée en puissance, qui s'est accélérée après 2020, témoigne de l'intégration progressive du secteur laitier ukrainien dans les chaînes d'approvisionnement européennes, malgré les turbulences liées au conflit de 2022. À l'inverse, certains fournisseurs traditionnels ont quasiment disparu : Israël (−99,9 %), l'Islande (−100 %), et la Norvège (−19,5 %).
La concentration des importations a fortement diminué
L'indice de concentration HHI des importations est passé de 8 225 en 2015 à 4 784 en 2025 (−42 %), signe d'une diversification des sources d'approvisionnement. Pour les exportations, la concentration reste faible (HHI de 529 à 567), ce qui reflète la dispersion géographique des débouchés de l'UE — un facteur de résilience. Cette diversification à l'import comme à l'export constitue un atout stratégique pour l'UE face aux aléas géopolitiques et climatiques.
3. Un marché marqué par la volatilité des prix et des chocs ponctuels
La période 2015–2025 a été caractérisée par une forte instabilité des prix du lait écrémé en poudre, avec un pic spectaculaire en 2022 suivi d'une correction. Les flux commerciaux ont par ailleurs été ponctués de chocs localisés, certains partenaires présentant une volatilité structurelle élevée.
L'année 2022 constitue un pic de prix exceptionnel
Les prix moyens à l'exportation ont connu une trajectoire en « montagnes russes » sur la période :
| Année | Prix export moyen (€/t) | Prix import moyen (€/t) |
|---|---|---|
| 2015 | 2 136 | 1 243 |
| 2016 | 1 727 | 1 160 |
| 2017 | 1 907 | 1 242 |
| 2018 | 1 690 | 1 348 |
| 2019 | 1 988 | 1 381 |
| 2020 | 2 409 | 1 788 |
| 2021 | 2 578 | 2 077 |
| 2022 | 3 726 | 3 256 |
| 2023 | 2 745 | 2 473 |
| 2024 | 2 611 | 2 412 |
| 2025 | 2 546 | 2 412 |
Source : Vue d'ensemble du commerce
Le pic de 2022 (3 726 €/t à l'exportation, 3 256 €/t à l'importation) s'explique par la convergence de plusieurs facteurs : la reprise post-COVID, la flambée des coûts énergétiques et alimentaires liée au conflit russo-ukrainien, et les perturbations des chaînes d'approvisionnement mondiales. Les prix se sont ensuite repliés en 2023–2025, sans toutefois revenir aux niveaux d'avant 2020, ce qui suggère une restructuration à la hausse du prix d'équilibre du marché.
Des chocs de prix ponctuels ont affecté certains partenaires en 2022
L'analyse des chocs d'approvisionnement révèle trois événements significatifs, tous concentrés en 2022 :
| Partenaire | Type de choc | Anomalie | Hausse (%) | Part de valeur (%) |
|---|---|---|---|---|
| Yémen | Prix | 48,9 | +47,2 | 3,9 |
| Singapour | Prix | 20,3 | +48,2 | 2,9 |
| Chine | Prix | 9,1 | +45,1 | 13,1 |
Ces chocs, tous de nature prix, reflètent la transmission inégale de la hausse des coûts mondiaux selon les marchés de destination. Le Yémen, marché fragile et dépendant des importations, a été particulièrement touché (anomalie de 48,9). La Chine, qui représentait 13,1 % de la valeur des exportations, a connu une hausse de prix de 45,1 %, ce qui a pu contribuer à la contraction ultérieure des volumes exportés vers ce pays.
La volatilité des flux est très inégalement répartie selon les partenaires
Le coefficient de variation des flux commerciaux varie considérablement d'un partenaire à l'autre. À l'importation, les flux en provenance d'Israël (CV = 2,42), de Suisse (CV = 1,65) et des États-Unis (CV = 1,28) sont les plus volatils, ce qui traduit des approvisionnements sporadiques et dépendants de conditions conjoncturelles. Le Royaume-Uni, en revanche, présente une volatilité beaucoup plus faible (CV = 0,38), confirmant son rôle de fournisseur régulier et structurel.
À l'exportation, la volatilité est globalement plus modérée, les coefficients de variation se situant entre 0,15 (Égypte) et 0,48 (Chine). L'Égypte et l'Algérie, partenaires historiques et importants, se distinguent par la relative stabilité de leurs flux, ce qui en fait des débouchés fiables pour les exportateurs européens.
Le segment des produits non sucrés en vrac domine largement les échanges
La décomposition par sous-code confirme la prédominance écrasante du code 04021019 (lait en poudre non sucré, emballages > 2,5 kg) dans les échanges. En 2025, ce segment représentait 784 954 tonnes à l'exportation (98,6 % du volume total) pour 1,98 milliard d'euros (97,9 % de la valeur). Le prix moyen de ce segment (2 527 €/t) est nettement inférieur à celui des produits en petits conditionnements (04021011 : 5 146 €/t), ce qui reflète la nature industrielle et en vrac de la majeure partie des échanges. Les segments sucrés (04021099 et 04021091) restent marginaux, avec des volumes d'exportation de 6 165 tonnes et 1 174 tonnes respectivement en 2025.
Conclusion
Le marché européen du lait écrémé en poudre a connu, sur la période 2015–2025, une trajectoire marquée par le renforcement de la position exportatrice de l'UE, la reconfiguration des partenaires commerciaux et une forte instabilité des prix. L'UE a consolidé son rôle de fournisseur mondial, avec un solde commercial excédentaire passé de 1,4 à 1,9 milliard d'euros, porté par une production en hausse de 29 % en volume. La géographie des exportations s'est diversifiée, avec une montée en puissance de l'Arabie saoudite, de la Malaisie et des Philippines, tandis que le marché chinois s'est contracté. Du côté des importations, l'émergence de l'Ukraine comme fournisseur et la diversification des sources (baisse de 42 % du HHI) renforcent la résilience de l'approvisionnement européen. Enfin, le pic de prix de 2022 — où les prix moyens à l'exportation ont atteint 3 726 €/t — a rappelé la sensibilité du marché aux chocs exogènes, avant un retour progressif vers des niveaux plus modérés autour de 2 500 €/t. À l'horizon, la capacité de l'UE à maintenir sa compétitivité-prix tout en diversifiant ses débouchés sera déterminante pour pérenniser cette position dominante.