Évolution du marché : Lait demi-écrémé (CN 040120) — 2015–2025
Introduction
Le présent rapport analyse l'évolution du commerce extérieur de l'Union européenne pour le code douanier 040120, couvrant le lait et la crème de lait à teneur en matières grasses supérieure à 1% et inférieure ou égale à 6% (lait demi-écrémé). Sur la période 2015-2025, le marché a connu des transformations significatives, marquées par une forte augmentation des importations, un redéploiement géographique des échanges et une hausse généralisée des prix, influencée par des chocs ponctuels.
1. Une dynamique d'échange caractérisée par une dépendance accrue aux importations
L'analyse des flux commerciaux sur la période révèle une asymétrie marquée entre la croissance des importations et celle des exportations, conduisant à une détérioration du solde commercial.
1.1. Une croissance vigoureuse des importations supérieure à celle des exportations
Les importations de l'UE en valeur ont connu une hausse de 126,9% entre 2015 et 2025, passant de 173 M€ à 393 M€. Cette dynamique est plus que trois fois supérieure à la progression des exportations (+36,2% sur la même période) (Évolution générale des échanges).
| Indicateur | Valeur 2015 | Valeur 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur des exportations (M€) | 439 | 598 | +36,2% |
| Valeur des importations (M€) | 173 | 393 | +126,9% |
| Solde commercial (M€) | 266 | 206 | -22,7% |
1.2. Une dépendance nette aux importations en hausse
Ce déséquilibre se traduit par une augmentation de la dépendance nette de l'UE aux importations. Cet indicateur, qui était légèrement négatif en 2015 (-0,42%), s'est creusé pour atteindre -1,64% en 2025, signifiant que la consommation intérieure est de plus en plus soutenue par des apports extérieurs (Indicateurs de vulnérabilité).
1.3. Une intensification des échanges et une propension accrue à exporter
Malgré cette dépendance, le marché montre une plus grande ouverture. L'intensité commerciale (rapport du commerce extérieur au total de la production) est passée de 2,3% à 6,3%, et la propension à exporter (part des exportations dans la production) a augmenté de 1,4% à 4,1%. Cela indique que le secteur laitier européen s'intègre davantage dans les chaînes de valeur mondiales, tant à l'achat qu'à la vente (Indicateurs de vulnérabilité).
2. Une reconfiguration géographique des partenaires commerciaux
La géographie du commerce du lait demi-écrémé a évolué, avec une concentration des importations et une diversification des exportations vers de nouveaux marchés.
2.1. Le Royaume-Uni, partenaire dominant et croissant pour les importations
La structure des importations de l'UE est très concentrée (Indice de Herfindahl-Hirschman - HHI autour de 9600). Le Royaume-Uni est de loin le premier fournisseur, représentant 98% de la valeur des importations en 2025 (384 M€). Les échanges avec ce pays ont été multipliés par 2,2 en valeur sur la période, reflétant probablement les réorganisations logistiques post-Brexit et la forte intégration des marchés laitiers britannique et européen (Principaux partenaires par valeur).
2.2. Une diversification des destinations à l'exportation
À l'inverse, les exportations de l'UE sont plus diversifiées (HHI autour de 980). Si la Chine reste le premier débouché, sa part a diminué. En parallèle, de nouveaux marchés ont émergé ou connu une forte croissance :
- Philippines : +974% en valeur.
- Corée du Sud : +2571% en valeur.
- Suisse et Royaume-Uni : poursuites d'une relation commerciale stable ou en croissance.
Cette dynamique témoigne d'une stratégie de diversification des débouchés hors des marchés traditionnels (Principaux partenaires par valeur).
2.3. Une spécialisation très inégale des États membres
L'analyse de la spécialisation révèle de fortes disparités au sein de l'UE. Les pays baltes (Lettonie, Estonie) et la Slovénie se montrent très spécialisés dans l'exportation de ce produit. À l'opposé, des pays comme l'Irlande ou l'Italie affichent un déficit marqué de spécialisation, malgré des volumes d'échanges importants. L'Irlande, par exemple, est le premier importateur de l'UE (383 M€ en 2025) mais n'a qu'une propension très faible à exporter ce produit spécifique (Spécialisation des États membres).
3. L'impact d'une baisse de la production intérieure et de chocs de prix
L'évolution des échanges est intrinsèquement liée à la dynamique de production européenne et à des événements macroéconomiques qui ont provoqué des pics de prix.
3.1. Une production européenne en repli quantitatif mais en progression en valeur
La production de lait demi-écrémé dans l'UE a diminué de 18,6% en volume (quantité) entre 2015 et 2025, passant de 25,8 millions de tonnes à 21 millions de tonnes. Cependant, sa valeur a progressé de 20%, passant de 12,2 Mds€ à 14,7 Mds€. Cette divergence suggère un recentrage sur des produits à plus forte valeur ajoutée ou une hausse des coûts de production répercutée dans les prix (Évolution de la production). Cette baisse de la production intérieure est un facteur explicatif clé de l'augmentation des besoins importateurs.
3.2. Une forte hausse généralisée des prix à l'exportation
Les prix unitaires à l'exportation ont significativement augmenté sur la période, avec une hausse globale de 24,6% (de 604 €/t à 753 €/t). Cette tendance est visible pour toutes les catégories de produits et a été particulièrement marquée pour le lait en emballage > 2L (code 04012019) et le lait à plus de 3% de MG en petit conditionnement (code 04012091) (Évolution générale des échanges).
3.3. Des chocs de prix ponctuels mais intenses en 2022
L'année 2022 a été marquée par des chocs de prix importants sur les exportations vers plusieurs pays tiers. Ces événements, dont l'abnormalité est mesurée, illustrent la volatilité du marché :
- Mauritanie : choc de prix avec une abnormalité de 37,7 et une hausse de prix de 26,6%.
- Corée du Sud : abnormalité de 17,2 et hausse de 25,8%.
- Viêt Nam : abnormalité de 13,2 et hausse de 21,1%.
Ces pics coïncident avec la période post-COVID et le début du conflit en Ukraine, qui ont fortement perturbé les chaînes d'approvisionnement et les marchés des matières premières alimentaires (Détection des chocs).
Conclusion
Entre 2015 et 2025, le marché du lait demi-écrémé de l'UE s'est transformé sous l'effet de tendances structurelles et conjoncturelles. Le principal constat est le renforcement de la dépendance aux importations, dominées quasi exclusivement par le Royaume-Uni, dans un contexte de baisse de la production intérieure. Simultanément, l'UE a su diversifier ses marchés d'exportation vers l'Asie, notamment, et a connu une hausse des prix qui reflète à la fois une inflation des coûts et des chocs externes. Le secteur fait face à un défi d'équilibre entre sécurisation des approvisionnements et développement de débouchés à forte valeur sur des marchés concurrentiels et volatils.