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Évolution du marché : Huiles de poisson (CN 150420) — 2015–2025

Introduction

Le code NC 150420 couvre les graisses et huiles de poissons et leurs fractions, même raffinées, mais non chimiquement modifiées, à l'exclusion des huiles de foie. Ce produit, dont les deux sous-positions principales sont les fractions fluides (15042090) et les fractions solides (15042010), constitue une matière première stratégique pour l'industrie des aliments pour animaux (aquaculture notamment), des compléments alimentaires (oméga-3) et des nutraceutiques. La période 2015–2025 a été marquée par des transformations profondes du commerce de l'UE, combinant une hausse structurelle des prix mondiaux, une diversification des partenaires et un basculement remarquable du solde commercial. Ce rapport vise à analyser ces dynamiques en trois axes principaux.


1. Du déficit au surplus : la mutation commerciale de l'UE

L'UE est devenue exportatrice nette d'huiles de poisson au cours de la période

L'évolution la plus marquante de la décennie est le basculement de la position commerciale de l'UE. En 2015, l'Union était importatrice nette, avec un taux de dépendance aux importations nettes de +15,6 %. En 2025, ce taux s'établit à -7,7 %, signifiant que l'UE exporte désormais davantage qu'elle n'importé. En termes de solde commercial, l'Union est passée d'un déficit de -19,8 M€ en 2015 à un excédent de +79,8 M€ en 2025, soit une progression de +502,6 %.

Indicateur 2015 2025 Variation
Taux de dépendance nette +15,6 % -7,7 % -149,4 %
Solde commercial (€) -19,8 M€ +79,8 M€ +502,6 %

La croissance des exportations a nettement dépassé celle des importations

Sur la période, les exportations ont crû de +116,3 % en valeur (de 258 M€ à 558 M€) et de +36,6 % en volume (de 130 431 t à 178 211 t). Les importations ont progressé plus modestement, de +72,1 % en valeur (de 278 M€ à 478 M€) et de +21,9 % en volume (de 170 051 t à 207 213 t).

Flux Valeur 2015 Valeur 2025 Δ Valeur Volume 2015 Volume 2025 Δ Volume
Exportations 258 M€ 558 M€ +116,3 % 130 431 t 178 211 t +36,6 %
Importations 278 M€ 478 M€ +72,1 % 170 051 t 207 213 t +21,9 %

L'intensité et la propension à l'exportation confirment l'ancrage extérieur du secteur

Le taux d'intensité commerciale de l'UE sur ce produit est passé de 90,6 % à 107,8 % (+19,0 %), tandis que la propension à exporter a bondi de 81,2 % à 116,3 % (+43,2 %). L'indicateur le plus saillant reste la propension à l'exportation (score de salience de 109,5), témoignant de la forte orientation export du secteur européen, sous l'impulsion notamment de la production danoise.


2. Une hausse des prix mondiaux qui reconfigure les flux

Les prix ont presque doublé entre 2015 et 2024, avant un recul en 2025

La dynamique des prix est l'un des moteurs fondamentaux de la croissance en valeur observée. Le prix moyen des exportations est passé de 1 977 €/t à 3 127 €/t (+58,2 %), avec un pic à 4 814 €/t en 2024. Les prix des importations ont suivi une trajectoire comparable, passant de 1 633 €/t à 2 305 €/t (+41,2 %), culminant à 4 099 €/t en 2024.

Indicateur de prix 2015 Min. Max. 2025
Prix export (€/t) 1 977 1 521 4 814 3 127
Prix import (€/t) 1 633 1 436 4 099 2 305

La hausse des prix reflète les tensions sur l'offre mondiale de farines et huiles de poisson

Plusieurs facteurs structurels expliquent cette inflation des prix : la raréfaction des stocks halieutiques mondiaux liée au changement climatique (courants El Niño perturbant les captures de pérouvier en Amérique du Sud), la pression croissante de la demande en oméga-3 pour les marchés nutraceutiques, et la concurrence avec le secteur de l'aquaculture qui absorbe une part croissante de la production mondiale. L'année 2022 marque un point de rupture, avec un prix export qui bondit à 2 607 €/t, avant de culminer à 4 814 €/t en 2024.

Le recul de 2025 indique un début de normalisation

En 2025, les prix se sont repliés à 3 127 €/t pour les exportations et 2 305 €/t pour les importations, restant toutefois nettement au-dessus des niveaux de 2015. Ce recul pourrait s'expliquer par un retour partiel des captures péruviennes et chiliennes, ou par un ajustement de la demande face à des prix jugés trop élevés. Les volumes restent élevés (178 211 t exportées, 207 213 t importées), ce qui suggère que le marché demeure dynamique malgré la correction des prix.


3. Diversification des partenaires et rôle central du Danemark

Les importations se sont diversifiées, passant d'une forte concentration à une répartition plus équilibrée

L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI des importations en valeur) est passé de 1 838 à 1 088 (-40,8 %), indiquant une diversification significative des sources d'approvisionnement. En revanche, le HHI des exportations est resté élevé (de 4 688 à 5 218, +11,3 %), confirmant la concentration des flux sortants autour d'un nombre limité de partenaires.

Indicateur HHI 2015 2025 Variation
HHI import (valeur) 1 838 1 088 -40,8 %
HHI export (valeur) 4 688 5 218 +11,3 %

Le Chili s'est imposé comme un fournisseur majeur, tandis que le Pérou reste incontournable

Sur le plan des fournisseurs, la Norvège demeure le premier partenaire à l'importation (77 M€ en 2025, +36,7 % depuis 2015), avec une faible volatilité (CV = 0,17). Le Pérou reste un fournisseur incontournable (95 M€ en 2025) malgré une volatilité marquée (CV = 0,53). La progression la plus spectaculaire revient au Chili, dont les exportations vers l'UE ont bondi de +362,4 %, passant de 10,6 M€ à 49,0 M€, faisant de ce pays un acteur désormais central.

Fournisseur Import. 2015 Import. 2025 Variation CV (volatilité)
Norvège 56,1 M€ 76,6 M€ +36,7 % 0,17
Pérou 87,0 M€ 95,2 M€ +9,4 % 0,53
Chili 10,6 M€ 49,0 M€ +362,4 % 0,60
Maroc 31,4 M€ 40,6 M€ +29,2 % 0,41

Le Danemark, hub incontournable, domine les flux intra-UE et extra-UE

Au sein de l'UE, le Danemark occupe une position quasi-monopolistique. À l'exportation, le Danemark est passé de 204 M€ à 384 M€ (+88,0 %), représentant à lui seul la majorité des exportations extra-UE de l'Union. À l'importation, il a progressé de 147 M€ à 207 M€ (+40,3 %). D'autres États membres ont connu des croissances remarquables :

Reporter UE Export. 2015 Export. 2025 Variation
Danemark 204,1 M€ 383,8 M€ +88,0 %
Belgique 5,0 M€ 45,8 M€ +810,5 %
France 20,3 M€ 53,9 M€ +165,5 %
Espagne 1,0 M€ 17,0 M€ +1 606,4 %

Le Danemark figure également parmi les pays les plus spécialisés dans ce produit au sein de l'UE (RCA = 1,49), devancé toutefois par la Lettonie (RCA = 12,18) et l'Estonie (RCA = 6,36), qui, bien que de petits volumes, sont fortement spécialisées dans cette niche.

La Norvège, principal partenaire export de l'UE, avec une relation de plus en plus asymétrique

La Norvège est le premier client de l'UE pour les huiles de poisson, avec des exportations européennes vers ce pays passées de 163 M€ à 396 M€ (+143,0 %). Cette croissance exceptionnelle, combinée à une volatilité très faible (CV = 0,13), en fait un partenaire privilégié. Paradoxalement, la Norvège est également un fournisseur important de l'UE, ce qui reflète une spécialisation complémentaire des deux blocs et une forte intégration de la chaîne de valeur atlantique.


Conclusion

La période 2015–2025 a profondément transformé le marché européen des huiles de poisson (CN 150420). Trois grandes tendances se dégagent : (i) l'UE est passée de la position d'importatrice nette à celle d'exportatrice nette, portée par une croissance vigoureuse de ses exportations et une production qui, en valeur, a bondi de 82 M€ à 560 M€ sur la période ; (ii) les prix mondiaux ont presque doublé sous l'effet des tensions structurelles sur l'offre halieutique mondiale, avant de connaître un début de correction en 2025 ; (iii) l'approvisionnement s'est diversifié, avec l'émergence du Chili comme fournisseur clé et le maintien d'une relation commerciale dense avec la Norvège. Le Danemark demeure le pivot central de ce commerce, tant à l'import qu'à l'export, et concentre l'essentiel des flux extra-UE. Dans un contexte de raréfaction des ressources marines et de demande croissante en oméga-3, ce secteur devrait rester soumis à des tensions prix significatives et à une compétition accrue entre les principaux bassins de production (Amérique du Sud, Europe du Nord, Afrique de l'Ouest).

Généré le 2026-08-09. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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