Évolution du marché : Éthylène (CN 290121) — 2015–2025
Introduction
L'éthylène est l'un des produits chimiques organiques les plus fondamentaux de l'industrie pétrochimique européenne, servant de matière première à de nombreuses dérivés (polyéthylène, oxyde d'éthylène, styrène, etc.). Ce rapport analyse l'évolution des échanges commerciaux de l'Union européenne avec le reste du monde pour le code NC 290121 sur la période 2015–2025. Les données révèlent une transformation profonde du marché européen : un effondrement quasi continu des exportations, une restructuration majeure des partenaires d'approvisionnement et une dépendance accrue de l'UE aux importations, dans un contexte de baisse de la production intra-européenne.
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1. L'effondrement des exportations européennes et le creusement du déficit commercial
Des exportations en chute libre depuis 2018
La dynamique la plus marquante de la période est l'effondrement des exportations d'éthylène de l'UE vers le reste du monde. En valeur, les exportations ont chuté de 532,8 M€ en 2018 à seulement 24,2 M€ en 2025, soit un recul de 81,8 % sur l'ensemble de la période. En volume, le déclin est encore plus spectaculaire : de 602 737 tonnes exportées en 2018 à 30 084 tonnes en 2025 (−83,1 %).
| Indicateur | 2015 | 2018 (pic) | 2025 | Variation 2015–2025 |
|---|---|---|---|---|
| Exportations (M€) | 132,7 | 532,8 | 24,2 | −81,8 % |
| Exportations (tonnes) | 178 540 | 602 737 | 30 084 | −83,1 % |
| Prix export (€/tonne) | 743 | 878 | 803 | +8,1 % |
Source : Données d'échanges
Un déficit commercial qui ne cesse de se creuser
Le solde commercial, structurellement négatif, s'est considérablement détérioré : il est passé de −762,6 M€ en 2015 à −1 314,4 M€ en 2025 (−72,3 %). Les importations ont progressé de 49,5 % en valeur (de 895,3 M€ à 1 338,5 M€) et de 21,2 % en volume (de 1,13 Mt à 1,37 Mt). Le prix moyen des importations a augmenté de 23,4 %, passant de 793 à 978 €/tonne.
Une production intra-européenne en déclin structurel
Ce déséquilibre commercial s'explique en partie par la baisse de la production européenne d'éthylène. Les données de production montrent un recul de la production de l'UE de 12,1 Mt (2006, pic historique) à 8,1 Mt en 2024, soit une contraction de 33,2 %. La valeur de la production est passée de 7,5 Mds€ à 6,1 Mds€ (−18,8 %). Ce repli reflète les fermetures et rationalisations de craqueurs en Europe face à la concurrence internationale, notamment américaine et du Moyen-Orient, où les coûts de production (gaz naturel bon marché) sont nettement inférieurs.
Le recul spectaculaire des exportateurs européens historiques
Tous les grands pays exportateurs d'éthylène de l'UE ont vu leurs ventes s'effondrer :
| Pays | Export. 2015 (M€) | Export. 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Italie | 58,5 | 0,06 | −99,9 % |
| Pays-Bas | 17,8 | 9,8 | −44,9 % |
| France | 3,3 | 0,06 | −98,3 % |
| Portugal | 22,7 | 0,007 | −100,0 % |
| Belgique | 29,7 | 4,5 | −84,7 % |
Source : Exportateurs par pays
L'Italie, qui était le premier exportateur de l'UE (361,7 M€ en 2018), a quasiment cessé ses exportations. Le Portugal et la France ont suivi un schéma analogue.
2. La restructuration géographique des approvisionnements en importation
Le déclin relatif du Royaume-Uni comme fournisseur principal
Le Royaume-Uni demeure en 2025 le premier fournisseur d'éthylène de l'UE avec 365,8 M€, mais son poids a nettement diminué : ses exportations vers l'UE ont reculé de 41,7 % depuis 2015 (627,8 M€). La part du Royaume-Uni dans les importations totales de l'UE est ainsi passée d'environ 70 % en 2015 à moins de 27 % en 2025. Un choc de prix significatif a été détecté en 2021 (choc de prix), avec un bond du prix moyen de +63,2 % (de 897 à 1 239 €/tonne), tandis que les volumes importés du Royaume-Uni s'effondraient de 814 570 à 232 717 tonnes. Cet épisode coïncide avec les premières années post-Brexit et la hausse des prix de l'énergie en Europe.
L'essor spectaculaire des États-Unis
La dynamique la plus frappante est la montée en puissance des importations en provenance des États-Unis : de 59,9 M€ en 2015 à 566,2 M€ en 2025, soit une hausse de 844,8 %. Les volumes ont crû de 64 278 à 607 572 tonnes sur la même période. Les États-Unis sont ainsi devenus le deuxième fournisseur de l'UE, tirés par l'essor du gaz de schiste qui leur confère un avantage compétitif considérable. Le coefficient de variation des importations américaines est élevé (CV = 0,99), témoignant d'une certaine volatilité liée aux pics de 2021 (942,4 M€) et 2022.
La montée de la Norvège et l'apparition de nouveaux fournisseurs
Les importations en provenance de Norvège ont progressé de 167,6 % (de 122,7 M€ à 328,5 M€), avec une relative stabilité (CV = 0,21). La Norvège se positionne comme un fournisseur structurel fiable, bénéficiant de sa proximité géographique et de capacités pétrochimiques basées sur le gaz naturel.
De nouveaux partenaires ont émergé :
| Partenaire | Première présence | Valeur 2025 (M€) | Commentaire |
|---|---|---|---|
| Libye | 2024 | 34,3 | Émergence récente, forte volatilité |
| Arabie saoudite | 2016 (irrégulier) | 11,7 | Approvisionnement sporadique |
| Émirats arabes unis | 2015–2022 | — | Disparu après 2022 |
Une concentration des importations en baisse
Malgré l'émergence de nouveaux partenaires, l'indice de concentration HHI des importations a diminué de 5 174 (2015) à 3 149 (2025), soit −39,1 %. Ce chiffre traduit une diversification progressive des sources d'approvisionnement, passant d'une forte dépendance au Royaume-Uni à un équilibre entre trois grands fournisseurs (Royaume-Uni, Norvège, États-Unis) complétés par des sources secondaires. La concentration HHI confirme cette tendance à la diversification.
La concentration à l'exportation, à l'inverse, s'aggrave
À l'inverse, le HHI des exportations a presque doublé, passant de 2 361 à 4 368 (+85,0 %). Avec la disparition progressive des grands marchés d'exportation (Indonésie, Chine, Taïwan), les rares volumes restants sont concentrés vers un nombre très réduit de destinations, notamment le Maroc (13,8 M€ en 2025) et l'Algérie (8,0 M€).
3. Dépendance accrue et transformation structurelle de l'industrie européenne
Une dépendance nette aux importations en hausse constante
Le taux de dépendance nette aux importations est passé de 13,5 % en 2015 à 17,1 % en 2025 (+26,4 %), atteignant un niveau record. Ce chiffre, combiné à l'effondrement de la propension à exporter (de 0,72 % à 0,13 %, soit −82,1 %), révèle un basculement structurel : l'UE, autrefois exportatrice significative d'éthylène, est désormais quasi exclusivement importatrice.
Une spécialisation nationale très inégale
La carte de spécialisation de 2025 révèle une concentration géographique marquée de la production au sein de l'UE :
| Pays | RSCA 2025 | RCA 2025 | Part de la production UE |
|---|---|---|---|
| Finlande | 0,74 | 6,80 | 6,8 % |
| Pays-Bas | 0,54 | 3,34 | 48,5 % |
| Belgique | 0,34 | 2,03 | 17,2 % |
| France | 0,01 | 1,02 | 8,0 % |
| Allemagne | −0,14 | 0,76 | 16,0 % |
Les Pays-Bas dominent largement la production européenne d'éthylène, concentrant près de la moitié de la production de l'UE. La Finlande, la Belgique et la France se situent dans une zone de compétitivité positive (RSCA > 0). En revanche, l'Allemagne (RSCA = −0,14), pourtant deuxième producteur en volume, affiche un désavantage comparatif révélé, et les grands pays comme l'Italie (RSCA = −1,0) ne produisent quasiment plus d'éthylène.
Le poids croissant des importateurs « secondaires »
Côté importations, des pays qui étaient des importateurs marginaux en 2015 ont considérablement accru leurs achats :
| Pays | Import. 2015 (M€) | Import. 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Belgique | 372,7 | 704,0 | +88,9 % |
| Italie | 10,4 | 180,8 | +1 642 % |
| France | 3,4 | 74,3 | +2 106 % |
| Allemagne | 221,2 | 45,9 | −79,2 % |
Source : Importateurs par pays
La Belgique, port par lequel transitent de grandes quantités de produits pétrochimiques, a presque doublé ses importations. L'Italie et la France ont multiplié les leurs, compensant la perte de capacité de production nationale. À l'opposé, l'Allemagne a réduit ses importations de 79,2 %, ce qui pourrait refléter une contraction de la demande industrielle ou un recentrage sur l'approvisionnement intra-UE.
Chocs de prix et volatilité
L'analyse de la volatilité révèle des niveaux de volatilité contrastés selon les partenaires :
- Les importations depuis la Russie (CV = 1,87) et le Brésil (CV = 1,12) sont les plus erratiques, mais de faible volume.
- Le Royaume-Uni (CV = 0,49) et la Norvège (CV = 0,21) offrent une relative stabilité.
- Côté exportations, les flux vers le Royaume-Uni (CV = 1,57) et l'Arabie saoudite (CV = 1,73) sont très volatils, reflétant des opérations ponctuelles plutôt qu'un commerce régulier.
Plusieurs chocs notables ont été détectés :
- Choc de prix sur les importations du Royaume-Uni (2021) : bond de 63,2 % du prix, avec une chute concomitante des volumes de −73,4 %. Ce choc s'inscrit dans le contexte de la crise énergétique européenne post-Covid et des ajustements post-Brexit.
- Choc de prix sur les exportations vers l'Indonésie (2017) : hausse de 32,4 % du prix, signalant un rééquilibrage tarifaire sur ce marché.
- Choc de prix sur les exportations vers le Maroc (2021) : baisse de 22,8 % du prix, avec des volumes en repli.
Conclusion
La période 2015–2025 marque un tournant historique pour le marché européen de l'éthylène. L'UE est passée d'un modèle où elle disposait d'une certaine capacité exportatrice à celui d'un importateur structurellement déficitaire, avec un taux de dépendance nette aux importations atteignant 17,1 % en 2025. Ce basculement s'explique par la contraction de la production intra-européenne (−33,2 % depuis le pic), face à la concurrence de producteurs disposant d'avantages en matière de coûts (gaz de schiste aux États-Unis, gaz naturel au Moyen-Orient et en Norvège).
La géographie des approvisionnements a été profondément reconfigurée : les États-Unis sont devenus le deuxième fournisseur de l'UE (+844,8 %), le Royaume-Uni a vu son poids relatif fondre malgré le maintien de son rang, et de nouveaux acteurs (Norvège, Libye, Arabie saoudite) se sont affirmés. Cette diversification, mesurée par la baisse du HHI des importations, offre une relative protection contre les risques de dépendance excessive vis-à-vis d'un seul partenaire.
Néanmoins, la concentration croissante des exportations résiduelles et la volatilité de certains flux appellent à une vigilance accrue. L'avenir du secteur européen de l'éthylène dépendra de la capacité de l'industrie à s'adapter aux contraintes de compétitivité-coût, aux exigences de décarbonation et aux évolutions de la demande des secteurs aval (polymères, chimie fine).